Gasparo Cairano, aussi appelé Gasparo da Cairano, de Cayrano, da Milano, CoiranoVito Zani, Gasparo Cairano p.102 n°85 (né avant 1489 à Milan ou Cairate ou encore Pieve del Cairo et mort aux alentours de 1517 à Brescia) est un sculpteur italien.
Gasparo Cairano se distingua à partir de 1489 dans la haute société intellectuelle et culturelle milanaise, il fit une carrière réussie qui le propulsa en très peu de temps au niveau de personnage le plus important de la Sculpture Renaissance de Brescia avec des œuvres fameuses telles que les Bustes des Césars pour le Palais de la Loggia de Brescia, ou encore le Mausolée Martinengo. Il est connu pour son style d'inspiration classique (de la Rome antique) en opposition au style décoratif local très raffiné que Cairano met au second plan. Durant la première décennie du , il acquit d'importants clients, publics ou privés, qui lui achetèrent ses œuvres au point qu'il arriva à supplanter la concurrence.
Tombé dans l'oubli à cause de la critique laïque provoquée par d'importants malentendus, sa personnalité artistique et ses œuvres n'ont été reconnues qu'à partir de la fin du grâce à d’importantes études critiques le ciblant qui ont permis pour la première fois une analyse approfondie et une redécouverte de sa grande collection d'œuvres.
Biographie
On ne sait rien de Gasparo Cairano avant 1489 et aucune information sur sa date et son lieu de naissance n'ont été retrouvées, ni des circonstances qui l'ont amené à Brescia. L’appellation da Milano (de Milan) que l'on retrouve dans certaines sources relatives à sa vie ne fournit pas une information précise, en effet il pourrait s'agir de la ville ou du duché ou encore du diocèse. Quelques conjectures peuvent être aussi faites sur le nom de famille Cairano qui pourrait provenir du village de Cairate (en province de Varèse) qui est encore appelé Caira dans le dialecte localPlusieurs sources historiques (dont Vito Zani à la page 102 de son livre Gasparo Cairano) donnent d'autres variantes du nom de famille de Gasparo dont celles considérées comme les plus probables sont : da Cairano, de Cayrano, da Milano et Coirano..
Les débuts : le chantier de Santa Maria dei Miracoli Les débuts des œuvres de Cairano à Brescia sont un cycle de douze statues des apôtres pour la première coupole de l'église de Santa Maria dei Miracoli à Brescia (travail pour lequel il fut payé le Anciennement Archivio Storico di Santa Maria dei Miracoli, cart. A, fascicule 3, perdu, voire Guerrini 1930, 209-210.), effectué à peu près pendant la même période où Antonio della Porta sculptait ses douze Anges du contrepoint pour la même église.
Quasiment toute la production de statues, bustes et décors de l'intérieur du bâtiment de l'église de Santa Maria dei Miracoli faite dans la décennie suivant la fabrication du cycle des douze Apôtres est due à Cairano et ses collaborateursVito Zani, Gasparo Cairano p.104. Il n'est pas à exclure que tous ses travaux furent les conséquences d'une réelle dispute entre le Cairano et Antonio della Porta sur le droit de chacun d'eux de continuer les travaux seul. Il faut cependant noter que le cycle des Anges de Della Porta à un niveau de qualité bien plus élevé que le cycle des Apôtres de Gasparo Cairano, de par sa modernité tourné vers le classicisme vénitien mais aussi pour sa qualité de technique bien supérieureVito Zani, Gasparo Cairano, 98. Il est donc probable que Gasparo Cairano ait bénéficié d'un soutien local qui lui permit de s'imposer sur Antonio della Porta bien que ses capacités artistiques ne soient encore qu'en développement. De plus, Antonio della Porta ne contribua au chantier que très peu de temps avant de le laisser au main du Cairano après avoir été payé modestement, en effet, il avait reçu moins d'argent pour ses douze anges et ses autres statues que Cairano rien que pour son cycle des douze apôtres. À la suite de cela Antonio della Porta quitta définitivement le chantier et la ville de Brescia dans laquelle il ne revint qu'une décennie plus tardVito Zani, Gasparo Cairano, 99.
Les clefs de voûte du Duomo Vecchio de Brescia À peine Gasparo Cairano avait-il obtenu le droit de continuer ses travaux dans l'église de Santa Maria dei Miracoli, son art et sa carrière commencèrent son ascension. Le Vito Zani, Gasparo Cairano, 116, lui furent payés les deux clefs de voûte pour le nouveau presbytère du Duomo Vecchio de Brescia en cours de construction dans le cadre du projet de Bernardino Martinengo. Deux années plus tard, Cairano commence son premier propre projet dans le chantier du palais de la Loggia de BresciaVito Zani, Gasparo Cairano, 105.
On note donc un chevauchement entre les différents projets et demandes (publiques et ecclésiastiques) faites à Gasparo Cairano qui sont pour la plupart bien plus importantes que le chantier de l'église de Santa Maria dei Miracoli qui est par ailleurs arrêté environ à la même époque. Le sculpteur revient travailler dans les années qui suivent sur le sanctuaire de Santa Maria dei Miracoli seulement occasionnellement mais le chantier de l'église ne reprit véritablement qu'au milieu du Ceriana, 146 et 148-149..
Le succès : les sculptures de la Loggia
Le , Gasparo Cairano se lance dans sa plus grande production sculpturale avec la demande qu'il reçoit pour la décoration du revêtement extérieur du palais de la Loggia ; en effet, il lui est demandé « capita 5 imperatorum romanorum »Zamboni, 137 soit la réalisation de cinq bustes représentant des empereurs romains pour le cycle des trente Césars (on ne peut par ailleurs que noter la ressemblances entre ceux qui sont sur la façade face à la place et avec la statue du ColleonePietro Adorno, Il Verrocchio. Nuove proposte nella civiltà artistica del tempo di Lorenzo il Magnifico, Florence, Edam, 1991, , 214 à 222.).
En général, le bond considérable de qualité par rapport aux Apôtres du sanctuaire des Miracles, sculptés quelques années plus tôt est très appréciableVito Zani, Gasparo Cairano, 106 : il faut noter comment le cycle des Césars est inégalé dans la production Renaissance sculpturale précédente sur le thème des effigies impériales et pas seulement pour l'entité numérique, mais également de la grande taille de chaque exemplaireVito Zani, Gasparo Cairano, 21. Gasparo Cairano, grâce à la production de ces Césars et de divers ornements architecturaux de la Loggia, devient ainsi l'architecte chef de file de l'envie commune de clients publics et privés de Brescia, qui désirent traduire par la pierre leur fierté pour leur descendance historique de la Rome antiqueVito Zani, Gasparo Cairano, 62Vito Zani, Gasparo Cairano, 24.
Aux alentours de 1497, alors qu'il continue, à intervalles réguliers, à sculpter les bustes des Césars, il réalise aussi les cinq clefs de voûte pour le portique du palais de la Loggia qui représentent, respectivement : Sant'Apollonio, San Faustino, San Giovita, la Justice et la Foi. Entre 1499 et 1500 furent terminés les deux grands Trofei qui seront placés aux deux angles du palais situé du côté de la place. Puis, jusqu'en 1505, Gasparo Cairano participe à la réalisation de plusieurs protomés de lion, de quelques chapiteaux de colonnes et des candélabresZamboni, 53.
Le monopole de Gasparo Cairano sur les Césars ne fut interrompu que pendant une brève période où Antonio della Porta, retourné à Brescia, est recruté pour le chantier du palais de la Loggia probablement grâce à la célébrité qu'il avait obtenue à PavieVito Zani, Gasparo Cairano 68, où il avait travaillé après être parti de Brescia. Le sculpteur réalise trois Césars et plusieurs autres sculptures mineures sans toutefois recevoir aucune appréciation pour son travail, le panorama artistique de Brescia étant de plus en plus monopolisé par Cairano qui était entre-temps devenu le sculpteur le plus en vogue de la ville. Antonio della Porta, de nouveau déçu par l’accueil glacial que lui avait réservé la ville de Brescia, partit pour ne plus jamais revenir.
Les commandes privées de Brunelli et Caprioli
Une fois le prestige gagné sur le site de construction de la Loggia, Cairano reçoit au moins deux commandes de familles nobles de Brescia, toutes deux impliquées dans la direction administrative du palais de la Loggia et, par conséquent, certainement au courant de son talent et de sa capacitéVito Zani, Gasparo Cairano, 107. Des documents font remonter à 1496Guerrini, 206 la demande pour l'exécution de la tombe de Gaspare Brunelli, daté de 1500, destinée à être placée dans la chapelle Brunelli dans l'église Saint-François d’Assise. À la même période, la famille Capriolo lui commande un monument funéraire pour Luigi Caprioli, destiné à la chapelle Caprioli dans l'église San Giorgio.
Il ne reste presque rien du monument funéraire Caprioli (démembré au En 1805 d'après Vito Zani à la page 117 de son livre Gasparo Cairano.) mais le bas-relief de l'Adoration Caprioli, chef-d’œuvre de Gasparo Cairano, fut conservé et placé, en 1841 par Rodolfo Vantini, sur le maître-autel de l'église Saint-François d'Assise. Dans l'Adoration Caprioli, Cairano met en place une grande maîtrise technique, non seulement par des perspectives extrêmement précises des cadres, mais aussi dans le choix de bloc monolithique, qui ne sont pas strictement nécessaires pour un travail de ce type. Par Bernardo Faino et Francesco Paglia, l'on sait que ce bas-relief était inséré dans un ornement architectural peut-être exécuté aussi par CairanoVito Zani, Gasparo Cairano, 117.
Les sculptures des églises San Pietro in Oliveto et San Francesco
En 1503, Gasparo Cairano livre les derniers Césars destinés à être placés sur la façade du palais de la Loggia en finissant ainsi son travail sur le chantier de ce bâtiment sans qu'aucun retour sur celui-ci ne soit connuLa production d'ornements décoratifs et de statues continua encore pour quelques années avant d'être définitivement arrêtée pour des raisons de guerre. Il est peu probable que le chantier fut continué avec Gasparo Cairano bien que ce dernier ait pu encore visiter le site régulièrement pour suivre la phase finale. Voir Vito Zani à la page 107 de son livre Gasparo Cairano.. Il termine par cette même date son fabuleux travail pour les commandes publiques qui l'avait mené au summum de son succès.
Dans son besoin de relancer son activité, Cairano entre probablement en contact avec les différentes personnalités rencontrées au cours des travaux de la Loggia, à la recherche de commandes importantes. Indépendamment de sa volonté, son chemin artistique le mène de plus en plus vers l'art sacré. En 1504, le chanoine de la basilique San Pietro de Dom, Francesco Franzi d'Orzinuovi, lui commande, à travers son testament, la construction d'une chapelle pour la basilique, dont on ne sait presque rienMonica Franchi, 173-174Archives du Duomo de Brescia, manuscrit 239.
En 1507, Gasparo Cairano travaille sur le chantier de l'église San Pietro in Oliveto (le troisième plus grand chantier de la Renaissance à Brescia, après le palais de la Loggia et le sanctuaire des Miracles dont la construction finira la même annéeEn effet, on peut lire la date MDVII (soit 1507) au-dessus l'arc de la porte principale.) où il exécute plusieurs ornements décoratifs pour l'intérieur. On remarque par ailleurs que certains éléments s'inscrivent nettement dans le style des Sanmicheli, les seconds plus importants sculpteurs de Brescia après Gasparo Cairano et aussi parmi les seuls à pouvoir s'imposer dans une œuvre aussi monumentale. Gasparo Cairano s'occupe de sculpter douze autres bustes des apôtres qui seront disposés dans la nef où on reconnait parfaitement la touche de l'artisteVito Zani, Gasparo Cairano, 76. Malheureusement, il existe très peu de documents, la plupart étant mal conservés et abîmés, relatifs à cette période historique de l'édificeVito Zani, Gasparo Cairano, 30.