Qassem Soleimani , né le à Rabor (province de Kerman) et mort assassiné le à Bagdad, est un général iranien, commandant de la Force Al-Qods du corps des gardiens de la révolution islamique.

Après avoir participé à la guerre Iran-Irak, il dirige les opérations extérieures de la république islamique d'Iran, et participe aux , à la guerre d'Irak, à la guerre israélo-libanaise et à la guerre civile syrienne, où il est accusé de nombreux crimes de guerre.

Il étend l'influence de l'Iran au Moyen-Orient en chapeautant de nombreuses milices chiites pro-iraniennes, notamment les Hachd al-Chaabi en Irak et le Hezbollah au Liban. En Syrie, il participe à la formation des Forces de défense nationale et dirige les milices chiites étrangères qui viennent en aide au régime baasiste de Bachar el-Assad. Il appuie également les groupes anti-israéliens de Palestine et les rebelles Houthis au Yémen. Soleimani est un artisan clé de l'Axe de la résistance.

Architecte de la puissance régionale de l'Iran, on l'a parfois surnommé « le Commandant de l'ombre ».

Proche du Guide suprême de la Révolution Ali Khamenei, il est élevé au rang d'icône par la république islamique d'Iran. Il est tué à Bagdad dans une frappe de drone ciblée menée par les États-Unis, lors de la crise américano-iranienne de 2019-2020.

Biographie Jeunesse Qassem Soleimani naît le dans une famille de paysans modestes de la région de Kerman Adam Taylor, Qasem Soleimani: Who was Iran’s powerful military leader?, washingtonpost.com, 3 janvier 2020. Après cinq années d’école obligatoire, il devient ouvrier à l'âge de 13 ans. Sa famille est de confession musulmane chiite issue de l'ethnie des Lors.

En 1979, il participe à la révolution iranienne et rejoint le corps des gardiens de la révolution islamique.

Guerre Iran-Irak Qassem Soleimani fait ses premières armes en 1980, au début de la guerre Iran-Irak. Soleimani gagne une réputation de bravoure, surtout à la suite des missions de reconnaissance entreprises derrière les lignes irakiennes.

Après avoir participé à l'écrasement d'une révolte kurde dans le nord-ouest du pays, il devient lieutenantPierre Alonso, « Iran : Qassem Soleimani, infatigable exportateur de la révolution islamique », Libération, 3 janvier 2020.. Pendant la guerre Iran-Irak, il sert sur le front sud.

Après la fin du conflit, il est commandant des Gardiens de la révolution dans sa province natale de Kerman. Il est ensuite envoyé au Sistan-et-Baloutchistan combattre les groupes indépendantistes arabes sunnites et les trafiquants de drogue à la frontière afghane.

Il gravit rapidement les grades en raison de son rôle dans les opérations réussies de reconquête face à l'armée irakienne, dans la province du Khouzistan. Il finit par devenir le chef de la division Tharallah Ali Mamouri, « The enigma of Qasem Soleimani and his role in Iraq », Al-Monitor, 8 octobre 2013..

Force Al-Qods Vers la fin de 1997, Qassem Soleimani est nommé à la tête de la Force Al-Qods, la force d'élite des gardiens de la révolution islamique.

Reconnu comme un brillant tacticien, y compris par les Occidentaux, il utilise les chiites au Moyen-Orient pour renforcer la puissance régionale de l'Iran.

Au Liban et en Palestine, il fournit pendant des décennies un soutien financier et militaire au Hezbollah, au Hamas et au Jihad islamiqueMarc Daou, Qassem Soleimani, bête noire des États-Unis et ennemi numéro un d’Israël, France 24, 3 janvier 2020..

vignette|Le guide de la révolution, Ali Khamenei, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et Qassem Soleimani à Téhéran. Date inconnue, image publiée en 2019.|centré|329x329px

En Iran, lors des protestations étudiantes de 1999, Qassem Soleimani s'exprime publiquement et, avec d'autres généraux, menacent par écrit le président réformateur Mohammad Khatami d'un coup d'État s'il ne met pas rapidement un terme à ces manifestations.

Lors de la campagne d'Afghanistan de 2001, alors que l'Iran redoute se retrouver avec des troupes américaines à ses frontières, Soleimani défend devant le Conseil suprême de sécurité nationale l'idée d'une coopération avec les Américains contre les talibans. Des diplomates iraniens pilotés par Soleimani rencontrent alors le diplomate Ryan Crocker et lui livrent de nombreux renseignements sur les talibans. Cette collaboration s'écroule cependant en 2002, alors que les États-Unis préparent l'invasion de l'Irak et que George W. Bush désigne l'Iran comme un membre de l'« Axe du Mal ».

Après le début de la guerre d'Irak en 2003, Soleimani développe un réseau de milices chiites pro-iraniennes, inspiré du Hezbollah libanais. Il arme, entraîne et dirige les actions de ces milices contre les forces américainesFrédéric Autran, Mort de Soleimani : «Il y aura des représailles et il faut espérer que l'administration Trump s'y est préparée», Libération, 3 janvier 2020.. Selon les estimations de l'armée américaine, environ 600 militaires américains sont tués par les combattants pro-iraniens lors du conflit irakienJames P. Rubin, James P. Rubin : « Une guerre entre les États-Unis et l’Iran est aujourd’hui une réelle possibilité », Le Monde, 8 janvier 2020..

En 2006, au début du conflit israélo-libanais, il se rend au Liban avec Imad MoughniyahIran: le général Soleimani raconte sa guerre israélo-libanaise de 2006, AFP, octobre 2019..

Il reste dans le pays pendant presque toute la durée du conflit.

Le , il est nommé major général par l'ayatollah Khamenei.

À partir de la fin de 2012, il engage la Force Al-Qods dans le conflit syrienLouis Imbert, Ghassem Soleimani, sentinelle de l’Iran, Le Monde, 12 mai 2017.. Tout au long de la guerre civile syrienne, il est la tête de plusieurs dizaines de milliers de miliciens islamistes chiites venus d'Irak, du Liban, d'Afghanistan et du Pakistan qui appuient les forces de Bachar el-Assad.. Il est accusé de nombreux crimes de guerre. En 2012, il participe à la formation des Forces de défense nationale, qui réunissent l'ensemble des milices prorégimes. En 2013, il dirige les forces du Hezbollah à la bataille de Qousseir.

Le , dans les heures qui suivent la chute de Mossoul, l'Iran dépêche Qassem Soleimani en IrakIrak: le chef d'une unité d'élite iranienne est arrivé dès la prise de Mossoul, AFP, 28 novembre 2014.. Au cours des mois suivants, il intervient notamment lors du siège d'Amerli, la bataille d'Al-Anbar, la bataille de Baïji et la bataille de TikritLes Gardiens de la révolution iranienne en première ligne contre l’EI en Irak France 24.

vignette|gauche|upright=1.2|Qassem Soleimani avec des miliciens hazaras afghans de la Division des Fatimides à Al-Tanf, en Syrie, le 12 juin 2017.

Qassem Soleimani poursuit également ses opérations en Syrie, où il se rend régulièrement. En , à Moscou, il participe à la planification de l'intervention russe en Syrie.. Le , il est légèrement blessé à al-Eiss, au sud-ouest d'Alep, lors de combats contre les rebellesLe général iranien Souleimani légèrement blessé en Syrie (ONG, source syrienne), AFP, 25 novembre 2015.. Le , il se rend sur le front de HamaStéphane Mantoux Syrie: les djihadistes d'Hayat Tahrir al-Cham mettent en scène leurs combats au nord d'Hama, France Soir, 14 avril 2017.. En , il supervise personnellement la bataille de BoukamalLa reprise d'Abou Kamal au groupe EI, une «grande victoire» selon l'Iran, RFI, 21 novembre 2017.La "fin de l'EI" en Syrie et en Irak annoncée depuis Téhéran, France 24 avec AFP et Reuters, 21 novembre 2017.Adrien Jaulmes, Les quatre visages du Hezbollah libanais, Le Figaro, 26 novembre 2017..

En , après le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien, Soleimani se rend à Souleimaniye et aurait œuvré afin d'obtenir le retrait des troupes de l'UPK, lesquelles n'opposent guère de résistance lors de l'offensive de Kirkouk menée le par l'armée irakienne et les Hachd al-ChaabiCatherine Gouëset, Irak: comment les Kurdes ont perdu Kirkouk, L'Express, 17 octobre 2017. Pourquoi la bataille de Kirkouk a-t-elle été si courte ?, France 24, 17 octobre 2017.Anthony Samrani, Bagdad profite des divisions kurdes pour s’emparer de Kirkouk, OLJ, 17 octobre 2017..

En , au début des manifestations contre le gouvernement irakien, politiquement proche de l'Iran, Soleimani organise une réunion à Bagdad avec des responsables de la sécurité irakiens pour faire valoir le savoir-faire de sa milice pour « contrôler » les manifestations. Les milices pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi sont particulièrement impliquées dans la répression qui fait 600 mortsHélène Sallon,« On doit rester unis jusqu’à la chute du régime » : à Bagdad, la contestation de la place Tahrir résiste à la répression, Le Monde, 2 novembre 2019.Irak: un 3e militant assassiné en 10 jours, l'ONU accuse des "milices", AFP, 11 décembre 2019.En Irak, une génération est broyée et le système remis en cause, Médiapart, 19 décembre 2019..

Selon l'agence Thomson Reuters, à la mi-, lors d'une réunion à Bagdad, alors que l'Irak commence à être en proie aux manifestations antigouvernementales, Qassem Soleimani donne pour instruction aux milices chiites de mener des attaques sur des cibles américaines afin de provoquer des ripostes de la part de Washington qui pourraient faire tourner la colère des Irakiens vers les États-UnisLe plan de Soleimani pour intensifier les attaques contre les forces US en Irak dévoilé par Reuters, OLJ, 5 janvier 2020.. Il donne également l'ordre aux Gardiens de la révolution de transférer des roquettes Katioucha et des missiles sol-air portatifs aux Kataeb Hezbollah, qui sont chargées de coordonner ces attaques.

L'Iran est également touché en par un mouvement de protestation anti-gouvernemental. Des portraits de Qassem Soleimani et du guide de la révolution Ali Khamenei sont brûlés. Les autorités coupent internet et les gardiens de la révolution islamique mènent une violente répression qui fait entre 300 et Ghazal Golshiri, Avec le retour d’Internet, les Iraniens découvrent l’ampleur de la répression, Le Monde, 26 novembre 2019.Soulayma Mardam Bey, Pourquoi l’Iran risque de fermer complètement la parenthèse révolutionnaire, OLJ, 6 janvier 2020.Ghazal Golshiri, Iran : retour sur un massacre dans le sud du pays, Le Monde, 7 décembre 2019.Le bilan de la répression en Iran atteindrait 1.500 morts - sources, Reuters, 23 décembre 2019..

Qassem Soleimani a également joué un rôle dans la relation de l'Iran aux rebelles houthis du Yémen.

Assassinat et conséquences

upright=1.2|vignette|Passage à travers la foule des cercueils de Soleimani, de Mouhandis et des quatre officiers iraniens, le 6 janvier 2020, à Téhéran. upright=1.2|vignette|Le Guide de la Révolution Ali Khamenei, le président Hassan Rohani, le président du Parlement Ali Larijani, le chef de l'Autorité judiciaire Ebrahim Raïssi, le chef des Gardiens de la révolution islamique Hossein Salami et le chef de la Force Al-Qods Ismael Qaani devant le cercueil de Soleimani, le 6 janvier 2020, à Téhéran.