La bataille de Deir ez-Zor a lieu lors de la guerre civile syrienne. De 2012 à 2014, elle oppose le régime syrien et les rebelles pour le contrôle de la ville de Deir ez-Zor. Le , les djihadistes de l'État islamique supplantent les forces d'opposition et les chassent totalement du gouvernorat de Deir ez-Zor, prenant au cours d'une offensive le contrôle de la moitié de la ville et de la totalité de la province. Seule la partie ouest de la ville, ainsi que l'aéroport situé au sud-est, demeurent aux mains du régime syrien. L'État islamique poursuit alors les combats pour tenter de prendre les quartiers encore aux mains des loyalistes. D'importantes offensives sont menées par les djihadistes, principalement en , en et en . Elles leur permettent de gagner du terrain et d'isoler l'aéroport le , mais pas d'emporter la totalité de la ville. Finalement une offensive de l'armée syrienne et de ses alliés permet au régime de briser le siège de Deir ez-Zor le , puis de reprendre entièrement la ville le .

Prélude En 2011, lors du printemps arabe, les premières manifestations pacifiques de l'opposition au régime de Bachar el-Assad ont lieu les 18 et . D'autres suivent les 15 et ; puis en mai, elles deviennent hebdomadaires. Le , quatre manifestants sont abattus par la police ; il s'agit alors des premiers décès de la révolution syrienne à Deir ez-Zor.

Le , défilent à Deir ez-Zor selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Le , manifestent dans la ville selon l'OSDH. L'armée arabe syrienne intervient alors du 28 au avec des chars : elle investit le quartier d'Hawiqat et tue six personnes. Selon Al Jazeera, 137 soldats font défection. Malgré la répression, une nouvelle manifestation de a lieu à Deir ez-Zor le . Le , l'armée se retire de la ville. Selon une source de l'opposition, au moins 89 civils ont été tués à Deir ez-Zor au cours de l'intervention de l'armée. Le , Ziad al-Obeidi, figure de l'opposition et organisateur de manifestations, est assassiné.

Déroulement Combats entre rebelles et loyalistes, de 2012 à 2014 vignette|upright=1.4|gauche|Situation à Deir ez-Zor, en :

Les manifestations se poursuivent en 2012 : dans la nuit du 11 au , au moins 13 civils sont notamment tués par des tirs d'obus dans le quartier de Jbeileh. Le , l'armée syrienne lance une vaste offensive et entre dans Deir ez-Zor.

L'opposition commence à se militariser à partir de l'été 2011 ; de nombreuses factions sont formées à Deir ez-Zor. Le , le Conseil militaire suprême de l'Armée syrienne libre est fondé, il est représenté sur le front est par Mohammad Abboud, ancien colonel de l'armée syrienne, et regroupe principalement dans cette région la division d’infanterie, la division d’infanterie, la division de commandos, la division, la division, le Liwa Jund al-Rahman, le Liwa Chouhada Deïr ez-Zor, la Brigade Ahfad al-Rassoul, le Liwa al-Khadra, le Liwa al-Abbas, le Liwa al-Qadisiya, le Liwa al-Muhajirin ila Allah. Cependant le Conseil militaire manque de soutien extérieur et ne parvient pas à subvenir aux besoins des groupes rebelles ; son influence s'étiole progressivement.

Des coalitions islamistes se forment alors : avec en , le Harakat Abna al-Islam, qui regroupe Jaych al-Tawhid, les Kataeb al-Ansar et les Kataeb al-Saïqa ; en , Jaych Ahl as-Sunna wal-Jamaat, qui regroupe des factions rattachées au Front de l'authenticité et du développement, le Liwa al-Athar, le Liwa Usud as-Sunna et le Liwa Ahl al-Raya ; et le , le Jabhat al-Jihad wal-Bina al-Islamiyya (Front islamique du Jihad et de la Construction), qui regroupe le Liwa Jafar al-Tayyar, le Liwa la Ilaha illa Allah, le Liwa al-Hawaz, le Liwa Ibn Qiam, le Liwa al-Risalla, le Liwa al-Tawhid al-Islami, le Liwa Othman bin Afan, le Liwa Ahfad Mohammad, le Liwa Sarayat al-Rasoul, le Liwa Sadiq al-Amin et Tajamm’u al-Rachidin.

Enfin, des groupes salafistes, comme Ahrar al-Cham et le Liwa al-Fatihoun min Ard ach-Cham, et salafiste djihadistes, comme le Front al-Nosra et l'État islamique en Irak et au Levant, apparaissent.

Ailleurs dans le gouvernorat, les rebelles prennent le poste-frontière de Boukamal le , puis ils attaquent la ville le et s'en emparent le . Puis, pour la première fois, les rebelles s'emparent le d'un champ pétrolier, celui d'al-Ward. Le , la ville de Mayadine est conquise à son tour. Le , les rebelles entourent l'aéroport de Deir ez-Zor. Le , l'armée abandonne aux rebelles le champ pétrolier d'al-Omar — ou al-Amr — le plus grand de Syrie, situé au sud-est de Deir ez-Zor. À la fin du mois de novembre, le gouvernorat de Deir ez-Zor est presque entièrement aux mains des rebelles ; la ville de Deir ez-Zor est toujours tenue par les loyalistes mais elle est isolée et encerclée.

Le , le pont suspendu de Deir ez-Zor est détruit.

À l'été et à l'automne 2013, les rebelles lancent des offensives qui leur permettent de s'emparer de plusieurs quartiers de Deir ez-Zor. Le général Jam’a Jam’a, le chef des renseignements militaires de la ville, est tué le . Les forces du régime tiennent essentiellement les quartiers de Joura et Qussour, à l'ouest.

Le , les rebelles prennent le pont de Siyasiya, qui est alors le seul de Deir ez-Zor encore debout.

Offensive de l'État islamique et défaite des rebelles, de janvier à juillet 2014

En , un conflit général éclate dans l'ensemble de la Syrie entre les rebelles et l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, les rebelles prennent d'abord l'avantage et parviennent à chasser l'EIIL en février. Mais le , l'organisation djihadiste lance une large contre-offensive dans la région de Deir ez-Zor. Les affrontements pour le contrôle du gouvernorat durent plus de deux mois et font des centaines de morts de chaque côté, mais l'État islamique prend l'avantage : le , la ville de Boukamal passe sous son contrôle après le ralliement du chef local d'al-Nosra ; le , les troupes du « califat » prennent Mayadine et le champ pétrolier d'al-Amr. Finalement le , le Front al-Nosra et Ahrar al-Cham abandonnent leurs positions dans la ville de Deir ez-Zor ; certains de leurs combattants rejoignent les rangs de l'État islamique, les autres se retirent de la région. Le gouvernorat de Deir ez-Zor est alors contrôlé de 95 à 98 % par l'État islamique ; seule la partie ouest de la ville de Deir ez-Zor reste tenue par les loyalistes.

Début août cependant, la tribu des Al-Cheitaat se révolte contre les nouveaux maîtres de la région ; les djihadistes répliquent brutalement en massacrant près d'un millier de personnes en deux semaines, dont une grande majorité de civils.

Escarmouches de juillet à novembre 2014 Le , les forces loyalistes et l'État islamique s'affrontent près de l'aéroport de Deir ez-Zor. L'armée syrienne riposte par plusieurs bombardements.

L'État islamique attaque ensuite l'aéroport les 2, 3 et , tout en menant des incursions au sud-est de la ville les 3 et . Ces attaques sont repoussées par les loyalistes qui regagnent même du terrain le dans les quartiers sud-est. Le , le général Issam Zahreddine reçoit 600 gardes républicains de la parachutiste en renfort. Ces derniers viennent renforcer la brigade de l'armée syrienne, déjà éprouvée par les combats.

Le , le pont de Siyasiya est détruit par les loyalistes.

Le , les loyalistes lancent une offensive et s'emparent le 27 de la vaste île de Hawijet Sakr, au sud-est de la ville. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 25 djihadistes et 20 loyalistes sont tués le 14 et le . Le dans la même zone, au moins deux soldats syriens sont tués et leurs cadavres décapités ; un chef de l'EI est également blessé9 IS militants at least killed in Deir Ezzor, OSDH, 24 novembre 2014.. Le lendemain, 22 djihadistes sont tués à Deir ez-Zor, dont 13 par des frappes aériennes sur l'île de Hawijet Sakr22 fighters from ISIS killed by IEDs, and air strikes in Der-Ezzor,OSDH, 24 novembre 2014..

Le , un avion syrien est abattu par les djihadistes près de la villeIS militants shoot down a warplane in Deir Ezzor, OSDH, 23 novembre 2014..

Offensive de l'État islamique en décembre 2014 Le , l'État islamique lance une offensive dont le but principal est de prendre l'aéroport de Deir ez-Zor. Celui-ci est stratégique car il s'agit de la seule base aérienne du régime pour les avions et les hélicoptères dans l'est de la Syrie, c'est également la seule voie de ravitaillement alimentaire pour les troupes loyalistes presque encerclées à Deir ez-Zor. L'EI attaque les villages d'al-Mariyah et al-Jafra situés à l'est de la ville, près de la base aérienne, ainsi que l'île de Hawijet Sakr.

La nuit du 3 au , une attaque-suicide au véhicule piégé à al-Masemekeh, des tirs d'artillerie sur le village d'al-Jafra et des combats à Hwayjet al-Mariyah provoquent la mort d'au moins 19 soldats et miliciens loyalistes, ainsi que sept djihadistes selon l'OSDH. Les hommes de l'EI s'emparent de deux chars, d'un véhicule blindé, de pièces d'artillerie et d'armes automatiques.

Le 4, malgré dix frappes de l'aviation syrienne, les djihadistes progressent à Hawijet Sakr et s'emparent des villages d'al-Jafra et al-Mariyah ; 24 soldats syriens sont capturés puis décapitésOSDH : 10 air strikes on Der-Ezzor amid advanced for the IS towards the military airport.

Le 5, les djihadistes attaquent la montagne de Deir ez-Zor, au sud de la ville, où les loyalistes disposent d'un radar et d'une batterie d'artillerie. Les assaillants progressent et s'emparent de quelques pièces. Au matin du , au moins 16 soldats et 9 djihadistes ont été tués selon l'OSDH.

Pour l'OSDH, le bilan des combats des 3, 4 et est d'au moins 60 à 70 djihadistes — dont 33 Syriens, 2 Français et 1 Tunisien — et 51 militaires et miliciens loyalistes tués.

La nuit du 5 au 6, l'EI attaque l'aéroport depuis le village d'al-Jafra. Après des tirs d'artillerie et l'envoi d'un véhicule piégé kamikaze, les djihadistes lancent l'assaut et s'emparent de la base d'un bataillon de missiles de l'armée, située sur une colline au sud-est de l'aéroport. Mais selon l'OSDH, la progression des djihadistes vers l'aéroport est ensuite stoppée par d'intenses bombardements et l'utilisation par les loyalistes de gaz de chlore. Les hommes de l'EI reculent également dans les montagnes. Le 6, les loyalistes reprennent pied à al-Mariyah.

Le , malgré l'arrivée de renforts les djihadistes sont repoussés : ils abandonnent le terrain gagné dans la montagne et l'aéroport, ainsi que la base du bataillon de missiles. Selon l'OSDH, les combats ont alors fait plus de 100 morts chez les djihadistes et 59 pour les loyalistes depuis le début de l'offensive.

Le , les combats se poursuivent autour de l'aéroport. L'aviation syrienne mène au moins 11 raids à Deir ez-Zor et ses environs et un kamikaze de l'EI se fait sauter avec un véhicule piégé. Selon l'OSDH, le bilan de la journée est d'au moins huit morts pour l'armée syrienne et 11 tués du côté de l'EIOSDH.

Le , l'aviation syrienne mène dix raids dans les environs de Deir ez-Zor. Le même jour, les djihadistes envoient un char T-55 bourré de d'explosifs sur l'aéroport afin de faire une brèche dans les lignes loyalistes, mais l'attaque échoue. Dans la nuit du 11 au 12, un kamikaze se fait exploser près de l'aéroport ; l'aviation syrienne continue également ses frappes et les combats se poursuivent près de l'aéroport et de la zone de Hweja Saker où les djihadistes lancent un nouvel assaut dans lequel ils perdent au moins douze hommes. Les 12 et 13, de nouveaux assauts de l'EI sont repoussés. Le 17, les loyalistes progressent vers le village d'al-Jafra. Puis le 18, ils reprennent Al-Mariyah et la base des missiles.

Le soir du , l'EI lance un nouvel assaut sur l'aéroport, il est cependant repoussé et selon l'OSDH au moins 20 djihadistes et deux soldats loyalistes sont tués. Les djihadistes progressent à nouveau sur quelques points le 24.

Phase d'affrontements ponctuels en 2015