La classe South Carolina est une classe de cuirassés de la Marine des États-Unis. Cette classe compte deux navires, l' et l'. Ces navires sont les premiers navires de guerre américains de type dreadnought dont les capacités dépassent de loin celles des cuirassés du type pré-Dreadnought.

Dans les premières années du , la théorie dominante du combat naval conçoit la tactique navale avec une configuration de combat relativement proche des navires ennemis à l'aide d'armes légères à tir rapide. Chacun des navires de la classe de cuirassée précédente (la classe Connecticut) dispose de beaucoup d'armes de taille moyenne avec quatre gros canons. Les théoriciens américains proposent alors une nouvelle conception de navire disposant de batteries plus homogènes avec de plus gros canons, plus efficaces dans la bataille.

Cette proposition trouvant de l'écho dans les milieux concernés, le Congrès des États-Unis autorise la marine à construire deux petits cuirassés de . Une classe de la même taille que la classe Connecticut, mais déjà plus petites que la norme des cuirassés des marines étrangères contemporaines. La solution est trouvée dans un design ambitieux élaboré par le contre-amiral Washington L. Capps, le chef du Bureau of Construction and Repair, qui présente un armement lourd et un blindage relativement épais, deux points défendus par les théoriciens de la marine. Cependant, cette proposition est à la limite de ce que le mandat du Congrès autorise. La conception doit trouver un compromis entre armements principales, blindage, et vitesse. C'est ce dernier paramètre qui fera les frais du compromis, un désavantage finalement fatal et qui limite gravement leur utilité dans un conflit.

Avec leurs tourelles superposées (), Le South Carolina et le Michigan marquent le début d'une nouvelle époque dans la conception de navires de guerre, aux côtés du Britanniques , même si ces derniers sont rapidement dépassés par des navires toujours plus grands et plus puissants comme avec les super cuirassés. Et leur faible vitesse de pointe de , contre 39 km/h pour le standard des cuirassés américains suivants (), les rend rapidement obsolètes. Par la suite, les deux navires de la classe South Carolina sont démolis en vertu du traité naval de Washington.

Contexte

En 1901, le design pré-Dreadnought des cuirassés de l'US Navy reflètent la théorie dominante du combat où les navires combattent à une certaine distance l’un de l’autre, mais où ils doivent s’approcher pour porter les derniers coups, avec des armes à plus courte portée et plus rapide adaptées aux combats rapprochés. La première classe de cuirassé réalisée dispose de quatre canons de , huit de et douze de , une force de frappe légèrement plus lourde que ce que disposent les cuirassés étrangers typiques de l'époque.

Le magazine de l'Institut naval des États-Unis consacre deux de ses numéros de l'année 1902 aux questions de conception des cuirassés. Le premier article est rédigé par le lieutenant Matt H. Signor, qui plaide pour un navire équipé de canons de et de calibres 40 disposés dans quatre tourelles triples. Et d'une batterie secondaire composée de canons de / 60. Cet article provoque assez de bruit pour entrainer la publication par Proceedings des commentaires du capitaine William M. Folger, du professeur P.R. Alger et du constructeur naval David W. Taylor, futur chef du Bureau of Construction and Repair (C & R). Ces commentaires expriment des doutes quant à la faisabilité d’une telle proposition, mais ils louent l’idée comme un pas dans la bonne direction. Alger estime que Signor est sur la bonne voie en proposant un plus grand armement, bien qu'il pense que des tourelles triples seraient inutilisable et que huit canons de en quatre tourelles doubles serait un compromis plus réaliste. L'historien naval estime que c'est l'une des premières propositions sérieuses pour concevoir une batterie monocalibre de grands canons.

vignette|gauche|upright=1.4|L' dernier représentant des cuirassés pré-Dreadnought américain avant la classe South Carolina.

La suggestion menant directement à la classe South Carolina provient de Homer Poundstone, un lieutenant commander dans la Marine, qui devient le principal promoteur la conception américaine all-big-gun (cuirassé armé uniquement de grandes batteries monocalibres). Dans un courrier daté de et adressé au président Theodore Roosevelt, il plaide pour l'augmentation de la taille des navires de guerre actuels, mais il appuie également le maintien de batteries principales mixtesRoosevelt pense que les propositions de cette lettre sont excellentes, même s’il n’est pas certain que le Congrès adopte un point de vue similaire. Theodore Roosevelt to Homer C. Poundstone, 27 December 1902, Theodore Roosevelt Papers, Manuscripts division, The Library of Congress.. Cependant, dans les numéros de mars et de Proceedings, Poundstone commence à se faire l’avocat du all-big-gun, défendant des canons de montés sur un navire de . En octobre de la même année, l'architecte naval italien Vittorio Cuniberti présente une idée similaire dans un article pour Fighting Ships Jane intitulé Un croiseur idéal pour la marine britannique. Il plaide en faveur d'un navire avec douze canons de disposant d’un déplacement légèrement plus grand que les cuirassés en service à l'époque, . Il pense que le poids plus élevé permettrait de disposer d’un blindage de et de machines capables de propulser le navire à 44 km/h. Poundstone utilise ce qu'il croit être l'idée dominante en Europe pour justifier la conception all-big-gun.

En 1903, les idées de Poundstone commencent à recevoir l'attention des autorités navales américaines. Après avoir été affiné par , le travail de Poundstone est porté au Naval War College, où il est simulé lors de jeux de guerre au cours de la conférence de Newport en 1903. Les résultats indiquent qu'en théorie, un cuirassé débarrassé de l'armement intermédiaire de et armé uniquement avec douze canons de , tous capables de tirer en une seule bordée, valait trois cuirassés de l'époque. Selon les hommes qui ont effectué les essais, le raisonnement principal à l’origine de ces conclusions est que l’efficacité de l’artillerie est directement liée à la portée maximale efficace des torpilles d'un navire ennemi. À ce moment, celle-ci est d'environ et à cette distance, les canons de communs aux batteries intermédiaires américaines ne sont pas en mesure de pénétrer le blindage d'un cuirassé ennemi. Pire encore, les États-Unis élaborant des torpilles d'une portée efficace de , la portée des canons devrait encore augmenter dans un proche avenir, rendant les canons intermédiaires totalement inutiles. Une batterie principale de canons de devrait être capable de pénétrer le blindage avec une puissance explosive suffisante pour neutraliser un navire ennemi, et en ajoutant autant d'armes de que possible, cela pourrait constituer une bonne défense contre les destroyers lance-torpille dénués de blindage.

Conception vignette|droite|upright=1.6|Les croquis d'armement et de blindage (zones grisées) des cuirassés de classe South Carolina. Brassey's Naval Annual, 1912. Devant ces éléments, le General Board of the United States Navy envoie une demande formelle en au Bureau of Construction and Repair (C & R), afin d’élaborer les plans d’un cuirassé suivant ces caractéristiques. Mais il faut attendre le , pour que le General Board demande à C & R d'inclure dans les plans quatre canons de , huit de , et l'exclusion de tout armement intermédiaire en dehors des canons anti-destroyers de 76 mm. L'intégration de canons de résulte des doutes des autorités navales sur la capacité physique d'un navire à ne supporter que des armes de sur ses flancs. Ce n'est qu'en septembre que C & R commence à planifier un navire avec quatre canons de à double tourelles avec huit doubles de ou quatre canons de simples.

Pendant ce temps, le Naval War College met en concurrence trois concepts de cuirassé lors de la conférence Newport de 1904 : les navires construits après la conférence de 1903; le nouveau concept de C*R développé depuis ; et les derniers cuirassés en construction, la classe Connecticut. Les canons de , et même les canons de , démontrent à nouveau leur insuffisance. Même en simulant une frappe idéale avec un angle de 90° au niveau de la ceinture, ils n'ont pas réussi à percer un blindage Krupp au-delà de d'épaisseur ; bien insuffisant pour neutraliser les principaux navires ennemis. Des calculs de vitesse sont également effectués et démontrent que même un avantage de sur une flotte ennemie est négligeable sur le résultat de presque toutes les batailles navales parce que des navires plus lents pourraient rester à portée en disposant d'un rayon de manœuvre plus serré.

Dans les bureaux de la marine, cependant, il y a encore beaucoup de résistance. Entre la mi et la fin 1904, Poundstone continue de faire pression sur le General Board tandis que C & R conteste les conclusions selon lesquelles l’artillerie légère est devenue obsolète dans le combat naval, et que dans tous les cas, uniformiser les batteries sur la base de canon aussi gros n’est pas envisageable. Poundstone répond avec un design de sa propre création, qu'il appelle USS Possible. Ce dernier comporte douze canons de sur un navire qui déplace . Appuyé par le lieutenant commandant William Simsqui démontre les capacités de la Marine à effectuer des tirs longues distances de plus en plus précis, et l'intérêt que porte le président Théodore Roosevelt au projet, les derniers blocages bureaucratiques se lèvent.

Le , le Congrès des États-Unis adopte une loi qui autorise la Marine à construire deux nouveaux navires de guerre et nommés d'après les États de la Caroline du Sud et du Michigan. La limite maximale de la jauge est fixée à , le même poids que la classe Connecticut lancée deux ans avant, afin d'endiguer la hausse des couts de nouveaux navires de la Marine. Cette dernière disposition rencontre un accueil mitigé des designers navals. Certains, y compris George Dewey, amiral à la retraite, estiment que le déplacement aurait dû s'aligner sur la norme des cuirassés étrangers, soit environ . D'autres ont expliqué qu’une augmentation significative de la vitesse ou de la puissance de feu exigerait beaucoup plus de , et ont fait valoir que l'augmentation de la taille offre à l’ennemi une cible plus grande et un navire bien moins manœuvrable"Dispute over Battleships," New York Times, 16 octobre 1905..

Le responsable de la construction navale de l’US Navy, le contre-amiral Washington L. Capps, conçoit un design ambitieux qui combine un armement puissant et un blindage épais sur une petite coque. Il pense que les batailles navales futures impliqueront davantage des flottes entières plutôt que des navires seuls. Et tandis que les tourelles disposées sur les ailes sont communes notamment aux constructions européennes, car utiles pour mettre un maximum de puissance de feu dans une direction donnée, elles le sont moins dans le cadre d'une ligne de bataille. De là, Caps théorise que la principale préoccupation d'un cuirassé est combien de poids d'obus, il peut tirer par bordée. La disposition des tourelles dans un format superposé sur l'axe permet à la coque d’être aussi courte que possible tout en disposant de la plus puissante bordée possible. Un navire avec sa batterie principale placée le long du centre du navire peut concentrer la même quantité de feu à bâbord ou à tribord pendant une bordée. En comparaison, les tourelles d'ailes ont des lacunes importantes. Leur emplacement sur la gauche et sur la droite de la superstructure d'un navire limite la puissance des bordées, tous les canons ne pouvant tirer ensemble, et le poids extrême placé sur les côtés des navires conduit à des contraintes de torsions et augmente l'inertie du roulis