L'église Sainte-Marguerite est une église catholique paroissiale située à Glaignes, en France. Malgré un aspect encore roman et ses fenêtres en plein cintre, elle a été bâtie en plusieurs campagnes rapprochées au début du , dans le style gothique primitif. Des chapelles ont été ajoutées peu de temps après l'achèvement, au nord et au sud de la travée droite du chœur. L'église Sainte-Marguerite se signale par une construction solide ; une façade bien composée ; un clocher de facture romane, caractéristique de la région ; une belle homogénéité ; et par l'effet monumental de sa nef. Bien que construite à l'économique et conçue pour ne pas être voûtée, elle paraît élégante et élancée, et ses grandes arcades avec leurs chapiteaux de qualité sont remarquables. L'église a été classée aux monuments historiques par arrêté du .. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse la vallée de l'Automne avec siège à Verberie. Les messes dominicales y sont célébrées occasionnellement le dimanche à .
Localisation
L'église Sainte-Marguerite est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée Sainte-Marie (ruisseau affluent de l'Automne), sur la commune de Glaignes, rue du sieur de Javelle. L'église est bâtie sur une terrasse à flanc de coteau, à l'orée du bois, à la limite ouest du village, dont elle domine la partie basse. C'est le chevet que l'on aperçoit de loin en approchant l'église depuis le village. En gravissant la colline, on peut également bénéficier d'une perspective partielle sur l'élévation méridionale, mais les arbres ne permettent pas de tout voir. La façade occidentale regarde le versant oriental du plateau du Valois. Elle est précédée d'un parvis exigu, et il n'est guère possible de la contempler avec quelque recul. Les deux élévations latérales donnent sur le cimetière, mais la partie sud du cimetière n'est qu'un étroit lopin de terre, et enclavée dans le domaine du château. L'élévation méridionale de l'église est donc également difficilement appréciable. On peut néanmoins faire le tour de l'église.
Historique thumb|left|Vue depuis le sud-est.
En 1215, le roi Philippe Auguste cède, par un échange, les dîmes de Glaignes, Séry et Bouillant à l'évêque Guérin.. Un acte de 1227, recopié par le chanoine Afforty, de Senlis, précise l'étendue du dîmage de Glaignes. Le premier curé de Glaignes dont le nom soit connu est Raoul, en 1308.. L'on ne dispose pas de mentions plus anciennes du village, et les origines de la paroisse se perdent dans le temps. Elle remonte au moins à la fin du , quand se prépare la construction de l'église actuelle.. Louis Graves affirme même que la paroisse de Glaignes est matrice, c'est-à-dire primitive et l'une des plus anciennes du diocèse de Senlis, dont elle dépend du temps de l'Ancien Régime. Elle est comprise dans le doyenné de Crépy-en-Valois. Le collateur de la cure est l'évêque de Senlis. La sainte patronne de l'église est Notre-Dame selon Louis Graves et Dominique Vermand, et sainte Marguerite d'Antioche selon la paroisse. et la mairie.. C'est vraisemblablement sa seconde patronne, et l'église en possède deux statues. Aucune autre église des environs n'étant dédiée à sainte Marguerite, ce titre permet d'éviter la confusion, car les églises consacrées à Notre-Dame sont très nombreuses. thumb|Vue générale intérieure.
Les documents d'archives faisant défaut, l'époque de construction de l'église Sainte-Marguerite doit être déterminée par l'analyse stylistique de ses caractéristiques, et des principaux éléments de sa modénature et sculpture. Pour Louis Graves, l'appartenance du portail à la première période gothique apparaît déjà comme une évidence, et les voûtes évoquent pour lui le . Eugène Müller date l'édifice de la seconde moitié ou de la fin du , et s'appuie sans doute sur l'arc en plein cintre des fenêtres et le type du clocher, qui évoque plusieurs clochers romans des environs, dont Béthisy-Saint-Martin, Orrouy et Saint-Vaast-de-Longmont. En connaissance de cause, mais sans préciser ses arguments, Dominique Vermand affirme qu'en dépit de certains éléments rappelant l'architecture romane, l'ensemble de l'église aurait été bâtie en trois campagnes rapprochées au début du . Cet auteur a étudié la plupart des monuments religieux de la région. D'après lui, la construction aurait commencé par le chœur, au tout début du , et se serait poursuivie par le clocher, la nef, les bas-côtés et la façade. L'église est donc homogène, et ne comporte en élévation aucun élément de la précédente église. Une fois achevée, deux chapelles ont été ajoutées au nord et au sud de la première travée du chœur, qui sert en même temps de base au clocher. L'église a été classée aux monuments historiques par arrêté du . Elle est aujourd'hui restaurée, et se présente dans un parfait état de conservation.
Le Concordat de 1801 apporte la suppression définitive du siège épiscopal de Senlis. Dans un premier temps, les paroisses du département de l'Oise sont rattachées au diocèse d'Amiens, puis le diocèse de Beauvais est rétabli en 1822, et devient le siège épiscopal pour l'ensemble des paroisses de l'Oise. Selon Louis Graves, l'église de Glaignes fait alors partie de la paroisse de Séry-Magneval (1843). Ce village n'ayant qu'un faible nombre d'habitants, l'on peut supposer qu'un regroupement paroissial avec plusieurs autres villages est créé à la suite, mais aucun auteur n'en fait état. Le nombre de prêtres régresse depuis la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, et plusieurs paroisses des environs perdent leur curé au cours des années 1930 et 1940 : Néry en 1930, Gilocourt à la fin des années 1930 et Saint-Sauveur en 1947.. En 1996, le manque de prêtres motive la définition de seulement quarante-cinq nouvelles paroisses à l'échelle du département, et Glaignes est réunie à la paroisse de Verberie.. Cette très grande paroisse au titre de « paroisse de la vallée de l'Automne / paroisse Saint-Pierre » s'étend sur quatorze communes dont deux disposent de deux, voire trois églises (Néry et Fresnoy-la-Rivière). Le calendrier paroissial prévoyant des messes hebdomadaires dans deux églises (Verberie et Béthisy) et des messes bi-hebdomadaires dans deux autres (Saint-Sauveur et Morienval), il n'y a guère plus qu'une messe par trimestre à Glaignes. Il s'agit de messes dominicales célébrées le dimanche matin à 9 h 00, à tour de rôle avec Morienval et une autre église de la haute Vallée de l'Automne.
Description thumb|Plan de l'église.
Aperçu général
Orientée un peu irrégulièrement avec une déviation de l'axe de l'édifice vers le nord-est de 26° du côté du chevet, l'église répond à un plan cruciforme symétrique, qui a été rendu irrégulier par la transformation de la chapelle sud en sacristie. L'église se compose d'une nef non voûtée de quatre travées accompagnée de deux bas-côtés de longueur identique ; d'un chœur de deux travées comportant une travée droite et une abside à cinq pans ; et de deux chapelles au nord et au sud de la première travée du chœur, que l'on peut considérer comme croisée du transept. Cette travée sert également de base au clocher en bâtière. Seulement le chœur et les chapelles latérales sont voûtés d'ogives. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, ou un portail latéral dans la troisième travée du bas-côté sud. La structure des toitures est conforme au plan, avec des pignons à l'ouest, au nord et au sud, et des toits en appentis prenant appui contre les murs gouttereaux de la nef pour les bas-côtés.
Intérieur Nef et bas-côtés thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|, élévation nord.
Pour Eugène Müller, l'intérieur de l'église est d'une architecture robuste et agréable à l'œil. Les murs gouttereaux de la nef sont environ deux fois plus hauts que la nef est large. Le plafond, qui est une fausse voûte en berceau en bois plâtré, ajoute encore de l'élévation. Pour obtenir la même hauteur sous une nef voûtée d'ogives, il aurait fallu monter les murs goutteraux plus hauts, car les voûtes sont toujours entièrement prises sur l'élévation des murs, et le volume compris dans la toiture reste inexploité. Les trois entraits de la charpente sont visibles depuis la nef, et trahissent la nature véritable de la voûte. Les élévations latérales comportent deux niveaux, à savoir l'étages des grandes arcades et l'étage des fenêtres hautes. Les grandes arcades, sans tenir compte de leur mouluration, représentent deux tiers de la hauteur des murs gouttereaux. Ceci ne laisse que peu de place aux fenêtres, qui sont petites, et alignées au-dessus des piliers. Au dans le Beauvaisis et le Valois, c'est une disposition courante dans les nefs conçues pour ne pas être voutées. D'autres exemples dans les environs sont Béthancourt-en-Valois, Champlieu (commune d'Orrouy), Gilocourt, Orrouy, Saint-Gervais de Pontpoint et Vauciennes. L'on compte ainsi quatre grandes arcades au nord et au sud, mais seulement trois fenêtres hautes. Elles sont en plein cintre, fortement ébrasées, et s'ouvrent au-dessus d'un long glacis à gradins, comme dans la chapelle de la Vierge de Condécourt, dans l'abside de Moussy et dans les nefs de Bailleval, Champlieu et Saint-Félix. De telles fenêtres ne détonneraient pas à la première moitié du . Toutes les parties hautes de la nef traduisent une grande économie des moyens, mais ce n'est pas le cas des grandes arcades. Comme déjà dans la nef de Villers-Saint-Paul vers 1130, elles sont en tiers-point. Contrairement aux nefs plus anciennes, elles ne sont pas simplement chanfreinées, mais moulurées. Elles sont à double rouleau, et chaque rang de claveaux est mouluré d'un tore dégagé.
Les arcades retombent sur des tailloirs octogonaux, dont l'assiette n'aurait pas suffi pour recevoir les nervures des voûtes des bas-côtés et les faisceaux de colonnettes des hautes-voûtes : avec la position des fenêtres, c'est l'une des deux preuves que l'absence de voûtes ne doit pas être comprise comme un signe d'inachèvement. La forme des corbeilles des chapiteaux est commandée par les tailloirs, dont leur partie supérieure épouse exactement la forme, et par le diamètre des piliers monocylindriques appareillées en tambour, sur lesquelles elles ne débordent pas. Eugène Müller qualifie les chapiteaux de trapus, et leur galbe d'un peu vulgaire. Comme le souligne Dominique Vermand, de simples mais belles feuilles découpées tapissent les angles : des feuilles charnues du nénuphar associées à la vigne sauvage, des feuilles de vigne, du cresson, des feuilles d'acanthe. L'on trouve aussi quelques autres espèces végétales, ainsi qu'un chapiteau de feuilles striées aux extrémités recourbées en crochets, au dernier pilier isolé du sud. Au début des grandes arcades, les chapiteaux et tailloirs sont à moitié engagés dans le mur occidental ; à la fin des grandes arcades, celles-ci retombent sur de simples massifs de maçonnerie, ce qui devrait être le résultat d'une réfection. Sauf ici, les bases se composent d'un petit et d'un gros boudin aplatis, qui paraissent écrasés par les piliers, et prennent appui sur des socles octogonaux, dont certains sont entourés de bancs de pierre également octogonaux, comme si le sol de la nef avait été abaissé.