J. M. Coetzee (le nom Coetzee se prononçant en afrikaans moderne, mais Coetzee lui-même prononce [kutˈseː], et la BBC préconise en anglais la prononciation - approximative - , en se basant sur la prononciation de l'auteur lui-même ), de son nom complet John Maxwell Coetzee, est un romancier et professeur en littérature australien, d'origine sud-africaine, et d'expression anglaise, né le au Cap en Afrique du Sud. Il est lauréat de nombreux prix littéraires de premier ordre dont le prix Nobel de littérature en 2003. Marquée par le thème de l'ambiguïté, la violence et la servitude, son œuvre juxtapose réalité politique et allégorie afin d'explorer les phobies et les névroses de l'individu, à la fois victime et complice d'un système corrompu qui anéantit son langage J.M. Coetzee sur l'encyclopédie Larousse, consulté le 11 mai 2014..

Biographie Coetzee naît au Cap dans une famille boer calviniste (colons afrikaners). Son père est avocat et sa mère institutrice. L'anglais est sa langue maternelle. Il suit sa scolarité dans une école anglophoneNotice bibliographique sur J.M. Coetzee sur le site de l'Académie suédoise.. Le foyer est instable et l'auteur grandit durant l'instauration violente du régime d'apartheid. Initialement, il ne poursuit aucun cursus universitaire dans les lettres et étudie les mathématiques à l'université du Cap. En 1960, il part pour l'Angleterre et poursuit à Londres des études de linguistique et d'informatique.

Après avoir travaillé comme programmeur pour IBM et International Computers, Coetzee nourrit des ambitions littéraires. Toutefois, il est tiraillé entre ses besoins financiers et sa passion pour les lettres et l'écriture. L'attribution d'une bourse d'études lui permet de reprendre des études d'anglais à l'université du Texas à Austin, où il soutient une thèse de doctorat en 1969 sur les romans de Samuel Beckett. Il se voit ensuite proposer un poste à l'université de Buffalo (New York) où il enseigne jusqu'en 1971. En 1970, il se retrouve dans une cellule de prison américaine pour avoir participé à une manifestation contre la guerre au Vietnam ; cela marque la fin de sa carrière universitaire américaine. L'année suivante, il obtient une chaire de professeur en littérature au département d'anglais de l'université du Cap. Son premier ouvrage, Terres de crépuscule (Dusklands), y est publié en 1974. Son parcours d'écrivain est marqué par la lecture de Beckett, T.S. Eliot, William Faulkner et Vladimir Nabokov.

Coetzee s'installe en Australie en 2002, pour enseigner à l'université d'Adélaïde. Il est maintenant professeur émérite à l'université de Chicago (Illinois), aux États-Unis.

L'auteur a reçu de nombreux prix littéraires de première importance : il est le premier écrivain, et à ce jour encore le seul, avec l'Australien Peter Carey et la Britannique Hilary Mantel à obtenir deux fois le prestigieux Prix Booker, en 1983 pour Michael K, sa vie, son temps (Life and Times of Michael K) et en 1999 pour Disgrâce (Disgrace). La plus prestigieuse récompense internationale, le prix Nobel de littérature, vient couronner en 2003 une œuvre « qui, dans de multiples travestissements, expose la complicité déconcertante de l’aliénation. »Communiqué de presse sur le prix Nobel 2003 sur le site des prix Nobel..

En 1963, Coetzee avait épousé Philippa Jubber avec laquelle il a eu deux enfants : Nicolas (né en 1966) et Gisela (née en 1968). Le couple a divorcé en 1980. Son fils Nicolas est décédé, en 1989, des suites d'un accident.... Le journaliste David Coetzee, son frère cadet, meurt en 2010.

Le , J.M. Coetzee obtient la nationalité australienne.

En 2008, il rejoint plusieurs auteurs de renommée mondiale dont Philip Roth, Salman Rushdie et Carlos Fuentes et trois autres lauréats du prix Nobel (Gabriel García Márquez, Nadine Gordimer et Orhan Pamuk) pour soutenir l'écrivain franco-tchèque Milan Kundera, soupçonné d'avoir dénoncé à l'ancienne police tchécoslovaque l'un de ses concitoyens, condamné à 22 ans de prison.

En 2013, il fait partie des signataires, en compagnie de nombreux écrivains dont quatre autres prix Nobel (Günter Grass, Elfriede Jelinek, Orhan Pamuk et Tomas Tranströmer), d'un manifeste contre la société de surveillance et l'espionnage des citoyens orchestré par les États.

Œuvre littéraire Thèmes Politique et allégorie Coetzee refuse de se définir comme « auteur sud-africain », préférant parler de lui comme d'un « écrivain occidental vivant en Afrique du Sud. »Article consacré à J.M. Coetzee par Jacqueline Bardolph in le Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, édition Laffont-Bompiani, Paris, 1994, volume 1, page 705.. Ses romans prennent souvent pour toile de fond son pays natal et sa réalité politique (racisme, ségrégationnisme, inégalités ethniques et sociales, violence, paranoïa...). Cependant, ses livres, contrairement à ceux de ses compatriotes Nadine Gordimer et André Brink, ne traitent pas des spécificités du régime sud-africain en eux-mêmes. Ils ne cèdent ni aux partis pris, ni aux modes idéologiques, ni au manichéisme. Son engagement anti-apartheid transparaît dans son œuvre mais Coetzee refuse de passer pour un auteur politique. Ses récits réfutent le réalisme social en vigueur dans la littérature sud-africaine et sont en dehors de l'histoire ou de toute réflexion dialectique. Ils évitent également de se déterminer sur le plan géographique : les références à l'Afrique du Sud sont évidentes mais elles sont floutées et le cadre fictionnel s'inscrit dans la dimension universelle de la fable J.M. Coetzee sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 13 octobre 2012.. Si l'auteur traite des problèmes qui rongent sa nation, il les déréalise et les subvertit sur un mode allégorique. Par le biais d'une écriture post-moderne, le romancier étudie les conséquences de la persécution d'État jusque dans l'intimité des individus, élargissant le propos à toutes les formes d'oppression dans le tempsPrix Nobel de littérature attribué à JM Coetzee sur Ina.fr..

Maître, esclave et aliénation Coetzee renvoie le cadre de l'apartheid à un fonctionnement philosophique général : . L'écrivain cherche d'ailleurs à démystifier le rôle de l'artiste, l'incluant, comme maillon ordinaire, à la chaîne sociale dont il est censé se départir : . En effet, Coetzee s'attache à retranscrire l'humanité fébrile de vies et de destins singuliers pris en étau dans un système politique dont ils sont à la fois les victimes et les complices. Il dit surtout s'intéresser .

Cruauté, ambiguïté et pessimisme L'écriture de Coetzee rompt toute distance, comme celle d'un journal de bord ou d'un récit cauchemardesque. Ses œuvres explorent le comportement pathologique et les discours propres aux situations de survie individuelle dans des régimes politiques qui ont pris en otage le langage et brisé toute possibilité de dialogue. Cet ordre de la violence isole chacun dans un soliloque ou un délire et anéantit le sens des mots. Le vrai et le faux, la réalité et les images mentales, l'irrationnel et la banalité quotidienne se télescopent sans pouvoir être démêlés. Le lecteur est alors pris de malaise dans la mesure où il s'identifie aux personnages qui sont épris de culpabilité et luttent pour leur liberté, mais sont en même temps fascinés par le morbide, la violence, l'humiliation et l'image victimaire dans un monde à l'avenir incertain. Confronté aux questions de l'asservissement, l'oppression, la résistance et la quête de l'autre, l'individu cherche à s'extraire de sa propre aliénation tout en s'y confortant. Ce fonctionnement proprement « amoral » (en dehors de toute considération sur le bien et le mal) met sans cesse en exergue la frontière ténue entre normalité et folie, innocence et culpabilité, haute culture et barbarie, statut de victime et celui de bourreau ou encore position du maître et de celle de l'esclave. Tout processus de libération, interne comme externe, semble impossible. Le scepticisme de l'écriture de Coetzee, son refus de toute interprétation manichéenne ou psychologisante et son profond pessimisme, dérivant par instants vers la misanthropie, rappellent la thématique et le style des œuvres de Kafka et Beckett.

Droits des animaux J. M. Coetzee est végétarien. Il milite pour , une organisation australienne qui défend les droits des animaux, aux côtés de Peter Singer et de Hugo Weaving. En 2014, il souhaite se porter candidat aux élections européennes de 2014 aux Pays-Bas sur la liste du Parti pour les animaux.

Ce thème est abordé entre autres dans (1999), Elizabeth Costello (2003), et L'abattoir de verre (2017), en partie en référence avec l'intelligence animale, à Peter Singer, et .

Principaux ouvrages Au cœur de ce pays (1977) et En attendant les barbares (1980) Au cœur de ce pays (In the Heart of the Country, 1977) prend la forme d'un journal de 266 segments que tient une vieille fille dans une ferme du veld. Sur un mode halluciné et oppressant, ce roman met en opposition quatre personnages : Magda, la narratrice, son père, maître blanc, leur contremaître noir et la jeune épouse de ce dernier. De manière brutale, parfois haineuse, Magda constate qu' et témoigne d'une entente impossible entre les communautés noire et blanche. Dans la même ambiance fantasmagorique, En attendant les barbares (Waiting for the Barbarians, 1980) narre les tourments d'un progressiste, surnommé le Magistrat, qui règne dans un temps incertain sur un fort désertique aux confins d'un État autoritaire dénommé l'Empire. Il tombe amoureux d'une prisonnière venue de la tribu nomade voisine qu'il soigne et veut ramener sur sa terre. L'Empire percevant le peuple de chasseurs-nomades hors de ses frontières comme un danger, se persuade de l'invasion imminente de son territoire et se livre à tous les extrêmes (expéditions punitives, tortures) dont le Magistrat fait l'objet pour avoir failli à sa mission. Comme dans la pièce de Beckett En attendant Godot, les « barbares » du titre représentent un but vain, absurde et dangereux pour les sujets impériaux, aveuglés par la peur de l'autre. Ce roman, qui trahit également l'influence thématique et stylistique du Désert des Tartares de Dino Buzzati (et du Rivage des Syrtes (1951) de Julien Gracq) vaut à Coetzee une renommée internationale et plusieurs louanges pour sa peinture allégorique et féroce d'un régime ségrégationniste, miroir de l'Afrique du Sud, à la fois paranoïaque, décomposé et mortifié.

Michael K, sa vie, son temps (1983) et L'Âge de fer (1990) Michael K, sa vie, son temps (Life & Times of Michael K, 1983), nouvelle parabole, conte l'itinéraire physique et mental d'un inoffensif bec-de-lièvre. Le personnage principal s'apparente à un jardinier et, sans que cela ne soit dit explicitement, à un homme noir attaché à un désert qu'il tente de faire reverdir. Il se bat également pour la liberté et l'égalité dans son pays, ravagé par la guerre civile. À la recherche d'une paix illusoire, Michael K fuit vers une ferme-refuge au nord. Arrêté par la police, il devient, en raison de sa particularité physique, la victime d'un système mystérieux et oppressant analogue à celui du Château de Franz Kafka. L'Âge de fer (Age of Iron, 1990) épouse la forme du roman épistolaire. Ce récit relate les derniers jours d'une femme rongée par un cancer, soudainement confrontée à une explosion de violence engendrée par l'apartheid. Alors que la maladie l'entraîne vers la tombe et fait écho au mal qui anéantit son pays, elle écrit une lettre à sa fille exilée en Amérique dans laquelle elle revient sur les événements auxquels elle assiste : l'émeute et la répression policière d'un township voisin, la découverte du corps criblé de balles du fils de sa domestique noire et l'exécution par les forces de l'ordre d'un autre adolescent. Accompagnée d'un vagabond réfugié chez elle, à la fois confident et ange de la mort, l'héroïne tente de faire la paix avec elle-même et le monde.

Disgrâce (1999)