Le retable lavallois est une forme particulière de retable à l'origine d'une école, ayant pour centre la ville de Laval, dans l'actuel département de la Mayenne. Les retables lavallois du sont parmi les plus remarquables et les plus originaux de France. Au début du , naît un nouvel élément de décor intérieur d'église : le retable de tuffeau et de marbre. Le retable Corbineau, du nom de l'architecte qui a défini ce style, fera la renommée des architectes lavallois dans tout l'Ouest de la France. Aux , la ville de Laval a été un centre de création de retables très important, au point de donner naissance à une véritable école : les retabliers lavallois ont diffusé leur art dans tout l'Ouest de la France.

Parmi cette école, on retrouve les noms de sculpteurs et d'architectes :

vignette|L'un des retables de la cathédrale de Laval. Histoire Origine Dans la seconde moitié du , époque de la Contre-Réforme, l'Église catholique réaffirme son identité. Les arts sont alors mis à contribution pour séduire les fidèles, et l'art baroque, par son exubérance et sa surcharge décorative, est pleinement employé dans les églises.

À Laval, la production de retables, qui remonte au moins au , connaît alors un nouveau souffle. L'activité connaît son apogée au cours du , et une véritable école lavalloise émerge. Pour Jacques Salbert, la prospérité à cette époque de l'industrie du lin et du chanvre dans la région de Laval et Vitré est à l'origine de la construction des retables lavallois. Les produits du commerce favorisent et soutiennent des fondations religieuses.

Géographie Ces retables sont non seulement visibles dans plusieurs églises de Laval, mais aussi à travers le département de la Mayenne et au-delà, notamment dans la Sarthe, en Bretagne et dans le nord de l'Anjou. Les retables étaient alors pratiquement obligatoires dans les églises et il en existe donc un grand nombre. Beaucoup d'entre eux n'ont toutefois pas survécu à la Révolution. On en retrouve aussi dans le Bourbonnais et le Val-de-Loire.

Matériaux Les retables lavallois ont connu le succès à partir de 1630. Ils sont construits en marbre et en tuffeau et ils ont été dessinés par des architectes.

Le tuffeau, absent du sous-sol lavallois, venait du val de Loire.

Le marbre provenait de carrières locales: Marbre de Saint-Berthevin : le rouge provient de Saint-Berthevin, ce marbre fournit les plus beaux spécimens allant du brun rouge au lilas pâle ; Marbre noir d’Argentré :le noir ou jaspé, de Montroux ou du Rocher à Argentré le noir, de Grenoux ou Marbre de Sablé.

Ces carrières étaient généralement récentes et les gisements n'avaient été découverts qu'aux alentours de 1550. Les pierres les plus employées sont des marbres noirs, jaspés, brun-rouge ou lilas pâle.

Architecture Les architectes les plus prolifiques sont souvent issus de grandes familles, comme les Corbineau, les Houdault et les Langlois. La construction d'un retable durait plusieurs années.

Les retables lavallois utilisent généralement les ordres architecturaux et un registre baroque et classique, incluant des frontons, des guirlandes, des niches, des chérubins, des pilastres, des obélisques, etc. La structure générale est faite en tuffeau tandis que les colonnes sont en marbre. Certains éléments sont peints, ce qui permet par exemple d'ajouter des touches dorées à l'ensemble.

Jean Delumeau décrit ainsi les retables lavallois :

En Basse-Bretagne des artistes (certains sont connus comme les frères Le Déan de Quimper et Jean Cevaër, de Lopérec) ont copié les retables lavallois, notamment à Pont-l'Abbé (église Notre-Dame des Carmes), Saint-Jean-du-Doigt, Sizun, Bodilis, etc. Certains retables couvrent tout le mur du chevet comme à Rumengol ou à Saint-Segal (chapelle Saint-Sébastien) ; ailleurs ce sont d'immenses tabernacles à tourelles comme à Pleyben et à Arzano"Histoire de la Bretagne et des pays celtiques", tome 3, "La Bretagne province", Skol Vreiz, 1986.

Déclin La demande s'essouffle à la fin du , à cause d'un mauvais climat économique. Les retables se font plus modestes, et le marbre n'est utilisé qu'avec parcimonie. Par ailleurs, le bois est alors préféré à la pierre, considérée comme trop rigide.

L'école lavalloise disparaît totalement au cours des années 1680 et 1690, au profit des retabliers angevins. Ces derniers utilisent beaucoup le bois, ce qui leur permet notamment d'épouser le style rococo qui naît au milieu du . Reprise au La production de retables lavallois reprend néanmoins au , notamment lorsque le diocèse de Laval est créé et que de nombreuses églises du département sont entièrement reconstruites. Le marbre est abondamment employé, mais à partir des années 1840 et 1850, les formes médiévales sont privilégiées. Les retables redeviennent donc de simples supports à image, parfois sans aucune sculpture. La production s'éteint définitivement avec l'arrivée de la mode romano-byzantine.

Exemples de retable lavallois

Liste des retables lavallois

Côtes d'Armor Retable du maître-autel et 2 retables latéraux de l'église de Laniscat d'Olivier Martinet Retable du rosaire et un autre retable latéral de l'église Saint jean du Baly () et retables de l'église de Brélévenez de Lannion d'Olivier Martinet

Finistère Retable- Retable de l'église Saint-Colomban de Quimperlé de l'église Saint-Colomban de Quimperlé d'Olivier Martinet (1650-1652)

Ille et Vilaine thumb|Le retable du maître-autel de l'église Saint-Pierre de Piré-sur-Seiche, représentatif de l'école lavalloise. thumb|Le retable du maître-autel de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de La Gouesnière. L'Ille-et-Vilaine conserve de nombreux retables de l'école lavalloise, essentiellement situés dans la zone toilière couvrant la région vitréenne et le sud du pays fougerais. Le comté de Laval et la Baronnie de Vitré dépendaient des mêmes seigneurs de la famille de Laval. Retable du maître-autel- Retable du maître-autel d'Availles-sur-Seiche et 2 retables latéraux de l'église Saint-Pierre d'Availles-sur-Seiche, œuvres de Tugal Caris Retable du maître-autel de l'église Saint-Marse de Bais attribué à François Huguet Retable du maître-autel- Retable du maître-autel de Billé (1629) de l'église Saint-Médard de Billé, attribué à Jean Martinet Retable du maître-autel œuvre du lavallois Jean-François Huguet établi à Rennes en 1686 Retable du maître-autel et 2 retables latéraux en marbre, tuffeau et bois de l'église Notre-Dame de Brie, œuvres de Pierre Corbineau en 1638 et Gilles Corbineau son fils en 1653 Retable du maître-autel, œuvre de Jean et Michel Langlois et 2 retables des croisillons Nord (1647) Retable du maître-autel de l'église Saint-Mélaine de Cornillé () Retable du maître-autel de Domalain. Il est construit en 1637 par Pierre Corbineau- Retable et gradin d'autel de Domalain. Le retable possède la même structure que celui de l'église de la Trinité de Laval. Retable du maître-autel, œuvre de Jean Langlois en 1657 et 2 petits retables latéraux, œuvres de François Langlois en 1699 de l'église Saint-Pierre de Dompierre-du-Chemin Retable du maître-autel, œuvre de Michel Langlois et 2 petits retables latéraux, celui de gauche étant une œuvre de Pierre Corbineau- Retable latéral sud et tabernacle de Drouges entre 1637 et 1640 de l'église de Drouges- Retable et tabernacle de Drouges. Le retable du maître-autel est très proche de celui de l'église Saint-Vigor de Neau, et permet d'attribuer ce dernier aux LangloisEt non pas comme l'indique P. Maloubier-Tournier à Pierre Corbineau. Retable du maître-autel- Retable du maître-autel de Gennes-sur-Seiche et 4 retables latéraux de l'église Saint-Sulpice de Gennes-sur-Seiche, œuvres de François II Houdault en 1676 Retable du maître-autel de La GouesnièreRetable du maître-autel de La Gouesnière, œuvre de François II Houdault en 1667 3 retables lavallois, œuvre de François Langlois (1686-87) de l'église Saint-Jean-Baptiste de La Selle-en-Luitré 2 retables latéraux œuvre de Jean et Michel Langlois pour le retable nord en 1653 et François Langlois en 1671 pour le retable de Notre-Dame-de-Pitié de l'église Saint-Patern de Louvigné-de-Bais. Retable du maître-autel et 2 retables latéraux de l'église Saint-Martin de Moulins, œuvres de Jean et Michel Langlois Retable du maître-autel de l'église Saint-Martin de Noyal-sur-Seiche qui paraît être de François Langlois Retable du maître-autel, œuvre de Pierre Corbineau et du sculpteur Pierre Biardeau en 1632 et 2 retables latéraux de Saint-Jean et du Rosaire en 1637 par Pierre Corbineau de l'église Saint-Pierre de Piré-sur-Seiche. Retable de la chapelle du cimetière de Piré-sur-Seiche œuvre probable de François II Houdault en 1684 Retable du maître-autel- Retable du maître-autel de Rannée de l'église de Rannée, œuvre de Tugal Caris Grand retable de pierre- Retable de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon et marbre de l'ancienne abbatiale Saint-Sauveur de Redon (1634-1636) de Tugal Caris, l'une des plus belles de Bretagne et 2 retables latéraux de Tugal Caris vraisemblablement 2 retables latéraux œuvre de François II Houdault 1672-1674 de l'église Toussaints de Rennes Retable du maître-autel de Torcé- Retable de Torcé de Pierre Corbineau Retable de la chapelle du Château du Verger-au-Coq- Chapelle du Château du Verger-au-Coq à Saint-Germain-sur-Ille attribué à Pierre Corbineau Retable du maître-autel- Retable du maître-autel de Tinténiac de l'église de Tinténiac attribué à Tugal Caris Retable du maître-autel œuvre attribué à François II Houdault et 2 retables latéraux () de l'église paroissiale de Vergéal Retable du maître-autel- Retable du maître-autel de Visseiche (1638) de l'église de Visseiche, attribué à Jean Martinet 5 retable latéraux () de l'ancienne collégiale Notre-Dame de Vitré

Loire-Atlantique Nantes, Retable de l'autel Notre-Dame-de-Pitié dans une des chapellesDictionnaire des églises de France, tome IV, Bretagne, p. 81. de la cathédrale de Nantes par Tugal Caris vers 1656 Saint-Julien-de-Concelles, chapelle de la Gentilhommière de la Meslerie (1701) Maine-et-Loire Angers, Retable de la Chapelle de la Barre par Pierre Biardeau Angers, Retable de Ursulines d'Angers. Consacré en 1651, il est comparable à ceux de l'école lavalloise, notamment ceux de Pierre Corbineau effectués pour les Ursulines de Château-Gontier.

Mayenne thumb|Retable de la basilique Notre-Dame d'Avesnières à Laval. thumb|Le grand retable de la Sainte-Trinité de Laval. La Mayenne a connu une production intense de retables baroques au , à l'époque de l'école lavalloise.

Les ensembles les plus importants sont : Trois retables dans l'église paroissiale d'Ampoigné. Huit retables dans l'église paroissiale d'Argentré. Trois retables dans l'église de Beaumont-Pied-de-Bœuf. Deux retables à Bonchamp-lès-Laval. Trois retables à Brecé. Cinq retables à Brée. Deux retables à Châtres-la-Forêt. Trois retables à La Chapelle-Rainsouin. Les retables de l'église des Cordeliers de Laval. L'église ne comprenait, avant les travaux du , qu'une nef principale flanqué d'un collatéral unique au nord sur lequel s'ouvrait 7 chapelles latérales qui furent ornéées au d'une série extraordinaire de retables constituant ainsi sans doute le plus grand ensemble de l'Ouest de la France. Les retables de la cathédrale de la Sainte-Trinité de Laval. Trois retables à Livet. Trois retables à Montourtier. Deux retables à Saint-Christophe-du-Luat. Deux retables à Soulgé-sur-Ouette.

Morbihan Auray, maitre-autel de l'Église Saint-Gildas d'Auray par Olivier Martinet Vannes, retable de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié de la Cathédrale Saint-Pierre de Vannes de Gilles et Bernard Moussin

Sarthe La Flèche, maitre-autel de l'Église Saint-Louis de La Flèche par Pierre Corbineau

Notes et références

Bibliographie . Jules-Marie Richard, Les constructeurs de retables, Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, 1906.