Le mortier de 280 TR modèle 1914 Schneider était un mortier de siège construit en petite série par Schneider et Cie. Utilisé principalement par la France durant la Grande Guerre, une quarantaine d'exemplaires fut vendue à l'Empire de Russie pour servir, entre autres, durant la guerre civile russe et la guerre russo-polonaise sous la dénomination de (« mortier de siège de modèle 1912 ») ou plus communément (« mortier Schneider de modèle 1914/15 »). Une version chambrée en calibre fut créée à la demande de l'US Army, désignée , mais ne fut pas terminée avant la fin de la Guerre.
Contrairement à sa dénomination officielle, il conviendrait plutôt d'utiliser le terme d'« obusier » au lieu de « mortier » en raison de ses caractéristiques techniques (chargement par la culasse au lieu de la bouche et longueur en calibre inférieure à L/20Différence entre le calibre en mm et la longueur du canon).
Contexte L'artillerie du fut souvent divisée en deux types : l'artillerie dite « de campagne », plus conventionnelle, accompagnant l'infanterie sur le champ de bataille et l'artillerie « de siège » utilisée pour réduire les positions fortifiées ennemies. Ce dernier type était caractérisé par des armes de gros calibre nécessitant un important déploiement logistique. L'efficacité de l'artillerie de siège fut mise en lumière lors du siège de Port-Arthur () durant lequel l'Armée impériale japonaise déploya contre les fortifications et navires de guerre russes, des mortiers lourds de , conçus par la firme anglaise Armstrong. Ce détail de l'histoire n'échappa pas aux Russes qui approchèrent, dès 1909, la société Schneider et Cie pour concevoir un obusier de siège de calibre () TR (à tir rapide) ayant une portée de afin d'améliorer l'artillerie du Tsar.
Le prototype de Schneider, issu de son usine du Creusot, fut livré à l'Armée impériale russe pour essais en 1912 sous le nom de (mortier de siège de modèle 1912). Ce nouvel obusier fut testé face à des cibles fortifiées spécialement construites pour l'occasion, sur le polygone de tir de l’île de Berezan du fleuve Dniepr (Russie). Ces essais sont connus sous le nom d'« expériences d’Otchakoff ».. Bien que les projectiles ne fussent pas capables de percer des fortifications modernes renforcées, les performances générales du concept furent jugées satisfaisantes. Ainsi, la Russie commanda à Schneider qui furent fournis en 1915 sous la désignation de officielle de (mortier Schneider de modèle 1914/15).
Durant cette période, l'Armée de terre française fut également intéressée par le concept pour remplacer ses vieux mortiers de 270 de Bange modèle 1885. L'Assemblée nationale hésita jusqu'en 1913 avant d'autoriser une commande de, au moment où il était évident que l'Europe allait basculer dans la guerre. Initialement, les canons français devaient être en calibre mais furent finalement construits sous la norme russe . Bien que le calibre soit identique, les pièces russes et françaises présentent des différences, notamment au niveau de la culasse. À la suite de retards en partie dus à la mobilisation générale d'août 1914, les premiers obusiers français furent livrés à la fin de 1915.
Conception Le mortier de 280 modèle 1914 Schneider était un obusier de siège de conception classique pour son époque, avec culasse à filetage interrompu type de Bange. Afin de compenser le fort recul induit par le calibre, un système d'absorption hydropneumatique, existant sur les autres pièces d'artillerie françaises, était monté sur le canon. Ce canon de de longueur (L/12) autorisait une vitesse de sortie initiale des projectiles de pour une portée maximale de . Contrairement aux autres armes de siège contemporaines, dont les pivots étaient positionnés très haut sur le tube pour permettre d'absorber le recul lors des angles de tir élevés, le modèle 1914 nécessitait de creuser une fosse sous la plaque de base pour accueillir la course de recul du canon. En contrepartie, cette pièce d'artillerie n'avait pas besoin d'une large plaque de base pour sa stabilité mais seulement d'une paire de bras articulés terminées par des plaques carrées. Optionnellement, un bouclier pouvait être monté.
Composants
Bouche à feu La bouche à feu en acier est composée d'un tube renforcé sur toute sa longueur par deux manchons : le manchon de volée et le manchon de culasse portant chacun une agrafe destinée à réunir le mortier au traineau.
La fermeture de culasse est à obturateur plastique, à vis à filet interrompu, à manœuvre rapide par un seul mouvement continu d'un levier. Un appareil de mise à feu à répétition qui peut être actionné soit directement sous par l'intermédiaire d'un cordeau tire-feu permettant au pointeur de « mettre le feu » sous tous les angles de tir..
Traîneau Le traîneau est constitué par un bloc en acier dans lequel sont aménagés les logements des freins et du récupérateur pneumatique. Il est fixé au mortier par des agrafes et un dispositif de calage à vis permettant son transport en voiture et sa mise en batterie. Il porte sur sa partie supérieure des glissières garnies de bronze pour le recul sur le berceau.
Les deux freins hydrauliques à contre-tige centrale, indépendants du récupérateur, sont munis de modérateurs de rentrée en batterie. Le récupérateur pneumatique est composé d'un cylindre, au-dessus duquel sont placés deux réservoirs à air, communiquant avec le cylindre par des conduits percés dans le traîneau.
Berceau (B) Le berceau en tôle d'acier porte sur sa partie supérieure les glissières sur lesquelles recule le traîneau. Il est renforcé en son milieu par une entretoise portant les tourillons, qui reposent dans les sous bandesDéfinition de « sous-bande » (issue du Dictionnaire de Français Littré) : de l'affût. Vers l'avant du berceau sont fixés les tiges des pistons de freins et de récupérateurs.
Affût-châssis L'affût supporte l'ensemble de la masse oscillante (berceau, traîneau et bouche à feu) et est formé de deux flasquesDéfinition de « flasque » (issue du Dictionnaire de français Littré) : en tôle reposant sur un plancher de même matière. Les flasques et le plancher sont reliés à l'avant et à l'arrière par des entretoises. Chacune est munie sur sa partie supérieure de sous-bandes et de sus-bandes pour les tourillons du berceau. Chaque sous-bande porte une couronne de galets montée sur ressort qui supportent le berceau et réduisent les efforts de manœuvre pendant les mouvements de pointage et de retour à la position de chargement.
L'affût repose sur une plateforme, fixée à l'avant par un pivot et à l'arrière sur son chemin de roulement au moyen de deux galets à effacement fixés aux flasques et montés sur ressort.
Un boulon à écrou logé dans ce pivot avant et deux agrafes placées à l'arrière des flasques fixent l'ensemble. Des marche-pieds mobiles, placés à droite et gauche de l'affût permettent aux servants de manœuvrer facilement.
Mécanisme de chargement (S) Le chargement du mortier doit se faire sous un angle de +. Le système de chargement est composé de deux parties : le chariot portant l'appareil de refoulement permettant de pousser l'obus dans la culasse ; la console de queue d'affût fixée à l'affût par un axe demi cylindrique et portant la potence de chargement.
La bouche à feu est amenée dans la position déterminée et la culasse ouverte, le chariot chargé est poussé derrière le mortier où il se verrouille automatiquement.
En actionnant les manivelles de la chaîne, le projectile de est foulé dans la chambre et bloqué à sa position de chargement. Cette opération terminée, la chaîne de refoulement rentrée, le chariot est ramené sur la console à l'arrière de l'affût pour être chargé à nouveau.
Plateforme (P) La plateforme sur laquelle repose l'affût, en tôle d'acier, est simplement posée sur le sol. Elle porte à l'avant le pivot de liaison avec l'affût, à l'arrière une circulaire d'agrafage donnant également appui à l'affût pendant le tir, et le chemin de roulement de galets pendant le pointage de direction.
Le dessous de la plateforme est muni d'un coffre de tôlerie, ouvert sur sa partie supérieure, dans lequel pénètre le mortier pendant le recul. Sur l'arrière du coffre est fixée une bêche s'opposant à la force de recul de l'ensemble.
À l'arrière de la plateforme sont installés deux volets articulés (ou arcs-boutants), munis à leurs extrémités d'une vis de calage reposant sur un plateau de calage..
Bouclier Le bouclier destiné à protéger les servants, en deux parties, est en tôle d'acier de d'épaisseur. Il est fixé à l'avant de l'affût par des supports qui permettent le démontage rapide pour le transport et la mise en batterie..
Transport des munitions Les magasins à munitions sont établis, suivant la situation du terrain, à une distance plus ou moins grande de la batterie. Les munitions sont amenées du magasin aux pièces à l'aide de wagonnets circulant sur une voie de d'écartement, dite « Decauville ». Chaque wagonnet transporte deux projectiles et deux gargousses de poudre.
Le transbordement des projectiles des wagonnets au chariot de chargement se fait à l'aide de la potence de chargement de la console de queue d'affût.
Mise en position de tir Lorsque le matériel est en batterie, la plateforme est enfoncée dans une fosse creusée à cet effet dans le sol. La mise en place de cette arme nécessitait de creuser une fosse de recul d'une dimension de . Une boîte en tôle de mêmes dimensions était disposée dans ce trou pour prévenir de l'effondrement des parois.
L'affût est relié à la plateforme. Le berceau repose par ses tourillons sur l'affût et supporte l'ensemble du mortier et du traîneau. L'amplitude de pointage vertical s'étend de + à + : la plateforme doit alors avoir été orientée lors de la mise en batterie dans la direction de tir. Pour le réglage en direction, l'affût peut prendre un déplacement latéral de de part et d'autre de l'axe de la plateforme. Les tables de tir parlent de tir plongeant pour une élévation de à et vertical de à . Dans des conditions idéales, La séquence d'assemblage durait entre , mais pouvait aller jusqu'à sur un terrain difficile.
Transport Pour la mise en batterie, la mise hors batterie et le transport, le mortier est monté sur des essieux à deux roues et fractionné en quatre voitures : voiture-pièces, voiture affût, voiture berceau et voiture plateforme. La conception de ces chariots est là aussi différente : au lieu de prendre des chariots standard avec un cadre simple reposant sur des essieux, Schneider conçut un système permettant de fixer des roues sur chaque élément de l'arme. Quoique cela permit de réduire le poids, le système se révéla fragile ne pouvant pas dépasser une vitesse de remorquage de . Bien que les versions ultérieures du système de transport inclussent des suspensions et des pneus, les problèmes inhérents au principe de remorquage ne furent jamais éradiqués. 300px|centré|Vue général du train de voitures d'un mortier de en position de transport.
À cet effet, chacune des parties du matériel est assemblée par l'avant à un essieu d'arrière train et par l'arrière à une fausse flèche Définition Wiktionnaire : longue pièce de bois cambrée qui joint le train de derrière d’une voiture avec celui de devant. qui s'attache à un essieu d'avant train. L'ensemble constituant une voiture à quatre roues. Il existe pour chaque voiture deux timons métalliques : un timon court pour la traction automobile et un long pour la traction d'un attelage de quatre chevaux..
Voiture-canon L'arrière train est formé par le corps du mortier (bouche à feu avec culasse) sous la volée duquel l'essieu est encastré et fixé par un assemblage rapide. Dans un encastrement de la partie inférieure du bloc de culasse est engagée la fausse flèche (qui s'attache à l'avant train)..
sans_cadre|centré Le poids total de la voiture constituée est de : bouche à feu avec culasse : ; essieu, roues, frein de roue, fausse flèche : ; avant-train : .
Voiture-berceau