Les relations entre l'empire du Japon et l'Empire russe sont minimales jusqu'en 1855, très chaleureuses de 1855 au début des années 1890 puis deviennent hostiles à propos du statut de la Corée. Des relations diplomatiques et commerciales entre les deux empires sont établies à partir de 1855. L'Empire russe prend officiellement fin en 1917 et est remplacé par le régime communiste, formalisé en 1922 par la création de l'Union soviétique.
Pour les périodes ultérieures, voir relations entre le Japon et l'Union soviétique (1917–1991) et relations entre le Japon et la Russie (1992–présent).
Établissement des relations (1702–1860) Depuis le début de l'époque Edo au Japon, et plus précisément les restrictions maritimes des années 1630 (kaikin seikaku), le Japon est un archipel discret au niveau international, sauf sur le plan culturel où il a une certaine influence (c'est le cas de la culture genroku par exemple). Limité commercialement et politiquement par sa politique d'ouverture sélective (sakoku, "pays verrouillé"), le pouvoir shogunal se méfie des puissances étrangères, notamment le conseiller Matsudaira Sadanobu. Cette période limite fortement le commerce avec les pays étrangers. Quelques points de commerce demeurent cependant et permettent une ouverture relative à l'international : la Corée via l'île de Tsushima, les Aïnous via Matsumae, le royaume de Ryūkyū via Satsuma et enfin la Chine et la V.O.C. via Dejima. Les Pays-Bas ne sont autorisés à commercer qu'à partir de l'île artificielle de Dejima, située dans le port de Nagasaki. L'entrée au Japon est extrêmement réglementée, mais demeure possible pour de rares exceptions.
Au milieu du , de nombreuses puissances coloniales connaissent des difficultés économiques et ont besoin de nouveaux marchés pour écouler leur surproduction de marchandises. Les puissances coloniales saisissent rapidement le potentiel du marché asiatique, et avec lui, celui du Japon. Ce pays est économiquement important car il est situé comme une passerelle vers l'océan Pacifique. Il a aussi quelques forts avantages militaires. Au , les puissances coloniales, en particulier la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas et la Russie, essaient de gagner autant de terrain qu'elles peuvent en Asie.
En tant que voisins, le Japon et la Russie ont des interactions qui remontent à très longtemps. En dehors des échanges entre populations locales dans les zones de frontières, il y a toujours eu des querelles concernant les zones de pêche et des revendications territoriales. Vers la fin du XVIIe siècle, les bateaux japonais sengoku-bune ont des mâts fragiles qui cassent souvent. Ils dérivent alors dans les courants du Pacifique, et échouent sur des terres étrangères. Divers documents parlent de la capture de pêcheurs japonais aussi loin que la péninsule du Kamtchatka. Certains de ces captifs japonais sont emmenés par la route sibérienne à Saint-Pétersbourg où ils sont employés dans l'éducation de la langue et la culture japonaise. Cette pratique n'est également pas inconnue du Japon lui-même qui utilise des prisonniers russes de la même manière. Ces "échanges" montrent une curiosité croissante entre les deux pays.
Le cas du naufragé Dembei, qui rencontre en 1702 le tsar Pierre le Grand, passionné du Japon et souhaitant ouvrir des relations commerciales avec ce dernier pour approvisionner ses colonies à l'Est, illustre bien ce phénomène.
Contacts au Au début du , le Japon aurait été averti d'une possible expansion de la Russie en Extrême-Orient par un aventurier hongrois, Maurice Beniowski, échappé de détention au Kamtchatka.
Pavel Lebedev-Lastotchkine (1778–79) vignette|Des Russes rencontrent des Japonais en 1779. En 1778, un commerçant de Iakoutsk du nom de Pavel Lebedev-Lastotchkine arrive en Hokkaidō avec une petite expédition. Il lui est dit de revenir l'année suivante. En 1779, il pénètre dans le port d'Akkeshi dans l'île de Hokkaidō, il offre des présent et demande poliment à commercer mais en vain. Il lui est répondu que le commerce ne peut se faire qu'à Nagasaki.
Adam Laxman (1792) vignette|gauche|Peinture japonaise d'Adam Laxman, 1792. Une deuxième rencontre russo-japonaise a lieu en 1792. Un officier de marine russe nommé Adam Laxman (alternativement écrit Adam Laksman) arrive en Hokkaidō. D'abord dans la ville de Matsumae et plus tard à Hakodate, il tente un premier accord de commerce russe avec le Japon afin de briser les droits commerciaux exclusifs des Hollandais. La délégation russe n'y réussit cependant pas. Le Japon est enfermé dans sa politique du sakoku. Les Japonais suggèrent à Laxman de partir mais ce dernier pose une condition : il ne partira qu'en possession d'un accord de commerce avec la Russie. Après un long moment et agacé par l'entêtement de Laxman, les Japonais lui remettent finalement un document stipulant le droit de la Russie d'envoyer un navire de commerce au port de Nagasaki. Ce document restreint le commerce russe à Nagasaki et l'interdit partout ailleurs au Japon. Une note finale du document indique clairement que la pratique du christianisme est interdite à l'intérieur du Japon. Satisfait dans sa demande, Laxman retourne en Russie A. A. Preobrazhensky, Pervoe Russkoe Posol'stvo v Yaponiyu (The first Russian mission to Japan).
Finalement, les Russes envoient leur navire de commerce à Nagasaki mais ils ne sont pas autorisés à entrer dans le port. Le document n'a pas de valeur. Si Nagasaki avait décidé d'ouvrir son port aux Russes, la Russie aurait été la première puissance européenne à briser le monopole du commerce des Hollandais. Furieux, les Russes retournent sur le continent mais leur rejet n'est pas sans conséquence. Certaines sources indiquent qu'au moins deux officiers russes ont brûlé des villages et des bateaux de pêche japonais sur les îles Etorofu. Ces événements sont à l'origine du litige russo-japonais concernant les îles Kouriles. À ce jour, ce différend demeure.
Rezanov La course pour être le premier à avoir l'honneur d'ouvrir le Japon au monde est encore un rêve russe. Le tsar Alexandre Ier de Russie lance une mission de représentation de la Russie dans le monde entier sous la direction d'Adam Johann von Krusenstern. Avec le Japon à l'esprit, Nikolaï Petrovitch Rezanov est nommé à la tête de cette mission. Il est le fondateur du commerce russo–sibérien de fourrures et l'homme idéal pour convaincre les Japonais.
En 1804, Rezanov a l'occasion d'exercer son talent diplomatique au Japon. À bord du navire Nadejda, il apporte beaucoup de cadeaux pour le bakufu. Il ramène même des pêcheurs japonais bloqués en Russie. Mais Rezanov ne peut réaliser ce que beaucoup ont essayé avant lui. Aucun accord n'est signé. Au cours des négociations, le shogun reste silencieux pendant des mois puis refuse toute négociation et retourne finalement leurs cadeaux aux Russes. Cette fois, la Russie agit avec plus d'assurance et les navigateurs russes commencent bientôt à explorer et cartographier les côtes des îles Kouriles. En 1811, le colonel russe Vassili Golovnine explore l'île Kounachir au nom de l'Académie des sciences de Russie. Au cours de ces opérations les Russes affrontent les Japonais. Golovnine est saisi et fait prisonnier par un samouraï. Pendant les 18 mois qui suivent, il est prisonnier du shogunat Tokugawa qui a l'intention d'en apprendre davantage sur la langue et la culture russes, l'état des luttes entre puissances européennes et la science européenne. Par Golovnine (et les Hollandais), le Japon peut mettre à jour ses connaissances des nations et du monde. Les mémoires de Golovnine (« Mémoires de captivité au Japon pendant les années 1811, 1812 et 1813 ») illustrent certaines des méthodes utilisées par les fonctionnaires Tokugawa.
Ces attaques infructueuses sont plus tard désavouées par la Russie et son intérêt pour le Japon disparaît pendant une génération entière jusqu'à la première guerre de l'opium en 1839. Le tsar Nicolas apprend l'expansion territoriale de la Grande-Bretagne en Asie et l'expansion des États-Unis dans l'océan Pacifique et l'Amérique du Nord. En conséquence, il fonde un comité en 1842 pour enquêter sur la puissance de la Russie dans les zones autour du fleuve Amour et à Sakhaline. Le comité propose une mission dans la région sous la direction de Poutiatine. Le plan n'est pas approuvé parce que les fonctionnaires ne croient pas que la Russie a de grands actifs commerciaux à défendre dans ces endroits froids et déserts. Néanmoins, une petite expédition est mise sur pied pour aller dans la région de l'Amour. Un petit plan, mais un pas de plus vers un plan plus vaste. Le Japon lui-même ne reste pas épargné par les événements survenus en Asie. La très respectée Chine est étonnamment (aux yeux des Japonais) battue par la Grande-Bretagne dans les guerres de l'opium. À la lumière de ces événements, le Japon modernise progressivement son armée avec des forteresses et des écoles d'artillerie et une révision de ses défenses côtières. Cette modernisation est soutenue par le bakufu, des groupes d'intellectuels et l'empereur du Japon lui-même. Bien que le Japon est isolé du monde extérieur, il refuse d'être aveugle aux capacités et aux dangers européens.
Ievfimy Poutiatine vignette|Ievfimy Poutiatine négocie le « Traité de commerce et de navigation entre le Japon et la Russie » (Traité de Shimoda), 7 février 1855. La Russie établit des relations diplomatiques et commerciales avec le Japon par trois traités entre 1855 et 1858 (voir traité de Shimoda, amiral Ievfimy Poutiatine et amiral Ivan Ounkovski). Ces traités sont apparemment négociés à la suite de l'ouverture forcée du Japon en 1854 par le commodore Matthew Perry.
Détérioration des relations et guerre (1860–1914)
Trois changements se produisent au cours de la seconde moitié du qui provoquent une évolution progressive à l'hostilité dans les relations entre les deux pays. Tout d'abord, alors que la Russie s'est étendue jusqu'aux rives du Pacifique depuis 1639, sa position dans la région reste faible. Cette situation change à partir de 1860 lorsque l'Empire russe, par la Convention de Pékin, acquiert de la Chine une longue bande de la côte du Pacifique au sud de l'embouchure du fleuve Amour et commence à construire la base navale de Vladivostok. Comme Vladivostok n'est pas un port libre de glaces, l'Empire russe s'efforce toujours d'obtenir un port (donc chinois) plus au sud. En 1861, la marine russe essaye également d'établir un point d'ancrage sur l'île japonaise de Tsushima mais cette tentative se termine par un échec.
Deuxièmement, le Japon devient une puissance industrielle et militaire émergente depuis l'ouverture en 1854. Troisièmement, la Chine s'affaiblit de plus en plus au niveau interne. En conséquence de ces changements apparaît entre les deux empires une concurrence relativement au territoire chinois.
Traité de Saint-Pétersbourg
vignette|Traité de Saint-Pétersbourg de 1875. En 1875, le traité de Saint-Pétersbourg donne à la Russie le contrôle territorial sur l'ensemble de Sakhaline et donne au Japon le contrôle de toutes les îles Kouriles. Le Japon espère empêcher l'expansionnisme russe dans les territoires japonais en délimitant clairement la frontière entre les deux empires.
Première guerre sino-japonaise