Marrakech (en , ; en berbère : , ) est une ville située dans le centre du Maroc au pied des montagnes de l'Atlas. Elle est surnommée « la ville rouge »En arabe : المدينة الحمراء ; en berbère : ⵉⵖⵕⵎ ⴰⵣⴳⴳⵯⴰⵖiɣṛem azeggʷaɣ). ou la « ville ocre » en référence à la couleur rouge d'une grande partie de ses immeubles et de ses maisons, ou encore "Bahja" en raison de sa convivialité et de son hospitalité..

Marrakech et son aire urbaine comptent en 2020 un peu plus d'un million d'habitantsMarrakech comptait lors du recensement de 2014. Néanmoins, l'agglomération de Marrakech dépasse les limites administratives de la commune. Elle inclut des quartiers périphériques et des douars périurbains de Marrakech se situant dans les communes limitrophes de Saâda (à l'ouest), Tassoultante (au sud), Harbil (au nord-ouest, où se trouve la ville nouvelle de Tamansourt) et de Ouahat Sidi Brahim (au nord). Par sa population, la ville est la troisième agglomération du pays, à égalité avec sa rivale historique, Fès, derrière Casablanca et Rabat.

Cité impériale, au même titre que Meknès, Fès et Rabat, Marrakech fut la capitale du Maroc pendant près de , sous les dynasties almoravide (), almohade (), saâdienne (), ainsi que sous le règne de Mohammed ben Abdallah de l'actuelle dynastie alaouite (régnant de 1757 à 1790).

Marrakech abrite une vaste médina de , la plus peuplée d'Afrique du Nord, et classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Grâce à la vitalité de sa médina, vieille de , ses infrastructures hôtelières de classe mondiale et son climat ensoleillé, Marrakech s'est imposée comme la capitale incontestée du tourisme au Maroc. Desservie par le deuxième aéroport du pays quant au trafic, l'aéroport de Marrakech-Ménara, la ville a accueilli en 2019 près de trois millions de visiteurs.

Terminologie Étymologie Plusieurs hypothèses coexistent quant à l'origine du nom de la ville. La plus répandue considère que le nom de Marrakech est une contraction du berbère *amur (n) Yakuš où amur a pour significations « part, lot, promesse, protection » et Yakuš (et ses variantes Yuš et Akuš) signifie « Dieu ». Le sens original du nom serait donc (le lieu sous la) « protection de Dieu ». Toutefois, d'autres voient en amur un augmentatif du mot tamurt qui signifie « pays », *amur (n) Yakuš prendrait alors le sens de « terre de Dieu ».

Une étymologie alternative moins répandue propose l'interprétation de « terre de parcours »Méditerranée 4, 1986, ff, M.B. Lagdim Soussi, Les Rapports de Marrakech avec le monde rural dans le domaine de l'artisanat.

Les sources médiévales arabophones ont été nombreuses à proposer des origines arabes au nom de Marrakech. Louis Deroy et Marianne Mulon, auteurs du Dictionnaire de noms de lieux, reprennent l’idée selon laquelle le nom viendrait de l’arabe Marruquch « la bien parée » de رقش « ornementer, enjoliver ».

Influence du nom Le mot « Maroc » et ses équivalents dans les différentes langues européennes sont directement dérivés du mot « Marrakech ». Dès les années 1130, soixante ans après la fondation de la cité, le nom apparaît dans les sources latines pour désigner la capitale de l'empire almoravide. Au , on recense les formes « Marroch » en catalan (dont dérive le nom français), « Marruecos » en castillan, « Marocco » en italien, et « Marrocos » en portugais, sans doute la forme la plus ancienne, les "s" finaux étant chuintés en portugais. En français, la ville était appelée ..

Au , le Portugal exerce une forte pression militaire sur le Maroc. Le pays est scindé en deux, les Wattassides ayant pour capitale Fès et régnant sur le nord du Maroc et les Hintata puis les chérifs saadiens régnant sur Marrakech et le sud du pays. La littérature géographique européenne entérine alors l'idée que le Maghreb al-Aqsa se compose des royaumes de Fèz et de Maroc. C'est finalement le nom de la capitale du sud finit par s'imposer à tout le pays. En outre, jusqu'au , le Maroc était connu en Orient sous le nom de Marrakech (appellation toujours d'actualité en Iran).

Pendant la période almohade, Marrakech était réputée pour son artisanat du cuir. Le tannage des peaux y était déjà réalisé dans les tanneries de Bab Debbagh à l'est de la ville. Les accessoires de cuir confectionnés à Marrakech étaient si renommés que l'on commença à parler en Castille de marroquinería pour les désigner. Ce terme a fini par se propager dans d'autres langues comme le français, la « maroquinerie » servant à désigner l'activité ainsi que les articles utilisant comme matière principale le cuir.

Histoire Capitale des empires almoravide et almohade Marrakech (Mourrakouch) fut fondée en 1071 (an 463 de l'Hégire) par le souverain berbère sanhajien almoravide Youssef ben Tachfine, . Très vite, à Marrakech, sous l'impulsion des Almoravides, pieux guerriers et austères savants venus du Grand Sud marocain jusqu'à l'actuelle Mauritanie, de nombreuses mosquées et médersas (écoles de théologie coranique) furent construites, ainsi qu'un centre commercial drainant le trafic entre le Maghreb occidental et l’Afrique subsaharienne. Marrakech grandit rapidement et s'imposa comme une métropole culturelle et religieuse influente, supplantant Aghmat et Sijilmassa.

Des palais furent édifiés également et ornés avec le concours d'artisans andalous venus de Cordoue et de Séville, qui apportèrent le style omeyyade caractérisé par des coupoles ciselées et des arcs polylobés. Cette influence andalouse fusionna avec les éléments sahariens et ouest-africains, et fut synthétisée dans une architecture originale totalement adaptée à l'environnement spécifique de Marrakech.

La ville devint la capitale de l'Émirat almoravide marocain, un empire eurafricain qui s'étendait à son apogée des rives du fleuve Sénégal jusqu'au centre de la péninsule Ibérique et du littoral atlantique jusqu'à Alger. La cité fut ensuite fortifiée par le fils de Youssef Ibn Tachfin, Ali ben Youssef, lequel fit édifier vers 1122-1123 des remparts encore visibles. Pendant qu'Youssef Ben Tachfine menait des campagnes victorieuses en Al-Andalus, soumettant les roitelets des taïfas et repoussant les offensives de la Castille et de l'Aragon, son épouse Zaynab Nefzaouia exerçait à Marrakech un pouvoir important, avec toutes les prérogatives d'une véritable reine..

vignette|gauche|La médersa Ben Youssef.

En 1147, les Almohades partisans d'Ibn Toumert qui se proclamait Mahdi et voulait imposer une interprétation orthodoxe de l'islam, s'emparèrent de la ville. Les derniers Almoravides furent exterminés, sauf ceux qui s'exilèrent aux îles Baléares où survécut une branche de cette dynastie, la famille des Beni Ghania. En conséquence la presque totalité des monuments fut détruite. Les Almohades, issus des tribus Masmouda du Haut Atlas, construisirent de nombreux palais et édifices religieux marqués par une sobriété grandiose et monumentale, comme la célèbre mosquée Koutoubia bâtie sur les ruines d'un palais almoravide, et sœur jumelle de la Giralda de Séville et de la tour Hassan (inachevée) de Rabat.

vignette|Pavillon principal des jardins de la Ménara.

La Casbah abrita la résidence califale (depuis le règne d'Abd al-Mumin le souverain almohade portait le titre de calife, rivalisant ainsi avec le lointain califat oriental des Abbassides de Bagdad), agrémentée d'un hôpital dans lequel exerça le médecin andalou Ibn Tufayl. De l'ensemble majestueux de la Casbah mansourienne, nommée ainsi d'après le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, subsiste encore la superbe porte de Bab Agnaw. Marrakech fut ainsi digne d'abriter la capitale de la puissance majeure de l'Occident musulman médiéval, l'Empire almohade qui englobait toute la région comprise entre Cordoue et Tripoli, de l'Andalousie jusqu'à la Libye. L'ère almohade marqua ainsi une période faste de la puissance marocaine.

Afin d'alimenter la palmeraie et les grands jardins, un système d'irrigation fut édifié et perfectionné, à l'aide de canaux nommés khettaras. Marrakech, par son rayonnement culturel, attira de nombreux écrivains, intellectuels et artistes venus notamment d'Al-Andalus, dont des mutazilites comme le célèbre Averroès, connu pour avoir abondamment commenté et réinterprété le Logos du philosophe grec Aristote.

Du déclin mérinide à la renaissance saadienne vignette|Représentation de la ville de Marrakech (Maroch) sur le portulan de Mecia de Viladestes (cartographie majorquine), 1413 À partir de 1269, Marrakech fut administrée par les Hintata qui prirent leur indépendance sur les derniers califes Almohades. Ces derniers gouvernèrent alors la ville pour le compte des sultans mérinides, qui érigèrent sa grande rivale Fès au rang de capitale impériale. La ville tomba alors dans une certaine léthargie. À partir du , Marrakech gagna son autonomie vis-à-vis des wattassides dont l'autorité de s'étendit plus au-delà de l'Oum Errabiâ tandis que dans les plaines atlantiques, le Portugal étendit son influence et assiègea même Marrakech en 1515.

Au début du , Marrakech devint la capitale de l'Empire saadien. Elle renoua rapidement avec son apogée, en particulier sous le règne des sultans Mohammed al-Qaim, Abdallah El-Ghalib et surtout celui d'Ahmed al-Mansour Saadi, très influencé par la civilisation ottomane après ses années d'exil à Constantinople.. Grâce à la fortune amassée à la suite de la conquête de Tombouctou et de l'empire songhaï, Marrakech fut embellie, les monuments restaurés et de somptueux palais édifiés. Le palais El Badi bâti par Ahmed al-Mansour, était une réplique de l'Alhambra de Grenade, réalisée avec les matériaux les plus précieux provenant des trois continents de l'Ancien Monde (marbre d'Italie, granite d'Irlande, or d'Afrique de l'Ouest, porphyre des Indes, jade de Chine, etc), doté de et de cent fontainesMouna Hachim, Chroniques insolites de notre Histoire, . El Badi frappa également les contemporains par sa Kubbat al Jujjaj, sa « coupole de verre » réalisée en cristal translucide, et autres singularités techniques qui évoquent la Maison dorée de Néron à Rome. Mais tous les éléments décoratifs vont par la suite disparaître, démantelés sur ordre du sultan Moulay Ismail vers 1695 pour être réemployés dans les grands palais impériaux de Meknès.

El Badi était avant tout destiné aux réceptions fastueuses offertes aux ambassades de l'Espagne des Habsbourgs., de l'Angleterre élisabéthaine., de la France d'., et de la Sérénissime République vénitienne, qui reconnaissaient le califat saadien comme une puissance incontournable qui s'étendait de la mer Méditerranée jusqu'au fleuve Niger, et de l'océan Atlantique jusqu'aux confins du Fezzan et du Tchad., incluant le Mali actuel et ses riches gisements d'or. Sous le règne de la dynastie saadienne, Marrakech retrouva ainsi son rôle de grand terminus caravanier grâce aux pistes venant du Soudan marocain et qui n'étaient pas contrôlées par la régence d'Alger.

Destin de la ville sous la dynastie alaouite et à l'époque contemporaine vignette|Les remparts de Marrakech.