Jean-Joseph Moussaron, né le à Tournecoupe (Gers, France) et mort le à Paris, est un prélat catholique français. Prêtre à Lectoure de 1904 à 1929 et aumônier diocésain de l'Action catholique à partir de 1909, il est évêque auxiliaire d'Auch de 1929 à 1936, puis évêque de Cahors de 1936 à 1940, et enfin archevêque d'Albi de 1940 à sa mort. En 2010, il est reconnu Juste parmi les nations à titre posthume.
Biographie Famille Jean Joseph Aimé Moussaron est né le à Tournecoupe (Gers), dans une famille paysanne modeste mais cultivée, issue d’une petite noblesse d’extraction gasconne appauvrie avec la chute des comtes d’Armagnac. Ses parents l’élèvent dans la foi catholique et veillent particulièrement à son instruction. Enfant intelligent et pieux, il est recommandé par le curé-doyen de son village pour entrer au petit séminaire.
Origines La famille Moussaron est une famille paysanne issue de petits seigneurs féodaux (Mosserano) du CondomoisVraisemblablement issue des comtes de Condom, en raison de la proximité de leur seigneurie avec Condom et de la pratique de ces comtes consistant à diviser leur domaine entre leurs fils., dont on trouve trace au lors des troubles liés à l’hérésie cathare, avec Raimon de Mosserano auquel l’Inquisition reproche d’avoir couvert la fuite en Lombardie du « parfait » Raimon de Seran. Aux , ses descendants accompagnent les comtes d'Armagnac successifs lors de la guerre de Cent Ans et des expéditions d’Italie et d’Aragon. Le , Petro de Mosserano participe à l’hommage de Jean d’Armagnac à l’évêque Bernard de Condom., puis au début du , l’un de ses petits-fils combat avec auprès duquel l’avait envoyé, et un autre apparaît en Rouergue à la tête d’une troupe protégeant les partisans de l’antipape .. Après le siège de L'Isle-Jourdain de 1443, les seigneurs de Moussaron perdent la plus grande partie de leurs biens, puis lors de la répression du soulèvement de , le château de Moussaron est détruitEntre 1473 et 1476. L’actuel château de Moussaron est construit sur son emplacement.. La famille reste toutefois influente dans la région : les seigneurs de Moussaron fondent une chapellenie dans l’église de Francescas, et l’un d’entre eux est gouverneur de Condom en 1580, lorsque les partisans d’Henri de Navarre veulent s’en emparer au cours de la septième guerre de Religion. Il organise la défense de la ville et en expulse les suspects, tout en maintenant l’unité entre ses habitants catholiques et protestants qui jurèrent ensemble Le 15 avril 1580. Archives départementales du Gers. Registre des jurades de Condom (1564-1585).. Bien qu’obéissant au maréchal de Biron, il ménage ses relations avec . Il évite ainsi à la ville le sort de Cahors, prise puis pillée, et tient le siège plus de six mois jusqu’à la paix du Fleix. Dans la première moitié du , Jean de Moussaron, désargenté, cède sa seigneurie aux comtes de GélasCeux-ci la revendent ensuite à la famille de Bézian, d’où elle est passée dans la famille de Courtade, qui prend alors le nom de Courtade de Moussaron avant de s’éteindre en 1926. Cf. . et s’installe comme laboureur sur les terres qu’il lui reste en Lomagne. Le nom gascon Mosserano, francisé en Moussaron au cours du , perd sa particule vers la fin du Archives du Tarn-et-Garonne, Fond Pouvoir central et Armagnac : acte de baptême de Gaspard Moussaron en 1642, fils de Vidal de Moussaron, et pour la branche dont est issu Jean-Joseph Moussaron, acte de décès de Joanet (de) Moussaron en 1705.. Les descendants des premiers seigneurs de Moussaron restent ensuite établis en Lomagne comme laboureurs, souvent après avoir été bordiers, artisans ou militaires le temps d’acquérir une terreLe père de Jean-Joseph Moussaron est ainsi artisan à Tournecoupe avant de s’installer comme laboureur à Lamothe-Mauvezin lorsqu’il hérite d’une terre.. À chaque génération, on dénombre des hommes ou des femmes d’Église.. À partir du , beaucoup essaiment dans le sud-ouest de la France, souvent comme militaires, magistrats ou professeursDont Jean-Pierre Moussaron, professeur de littérature à l’université de Bordeaux et écrivain, spécialiste du jazz..
Jean-Joseph Moussaron grandit ainsi dans une famille sans fortune, de tradition paysanne, ancrée en Gascogne bien que peu au fait de son histoire, profondément catholique, cultivée, jouissant d’une notoriété morale localeSes membres sont souvent pris comme témoins de moralité. et au sein de laquelle le devoir de s’instruire est omniprésent.
Enfance Jean Joseph Aimé Moussaron est baptisé le , lendemain de sa naissance, avec pour marraine la prieure de la chapelle de la Sainte-Vierge de Tournecoupe. Quelques semaines après sa naissance, il tombe gravement malade et le médecin annonce son décès imminent à ses parents. Sa mère le porte alors dans ses bras en priant jusqu’à l’autel de la Vierge de Tudet, pèlerinage voisin de Tournecoupe. De retour à la maison, l’enfant demande à manger et guéritAbbé Hofland, citant le , 1986..
À l’âge de sept ans, il déménage à Lamothe, près de Mauvezin, où ses parents, jusqu’alors artisans cordonniers à Tournecoupe, ont hérité d’une propriété agricole. Élève intelligent et pieux, il est repéré par le curé du village qui, après quelques mois d’études latines, le recommande au petit séminaire d’Auch.
Prêtrise Élève brillant du petit séminaire, notamment en rhétorique, il intègre ensuite le grand séminaire où il se fait remarquer par sa piété et ses tendances sociales.
Jean-Joseph Moussaron est ordonné prêtre le par Mathieu Victor Balaïn, qui apprécie ses qualités intellectuelles et l’envoie trois ans à l’Institut catholique de Paris pour parachever ses études. Il y est l’élève apprécié de l’abbé Verdier, futur cardinal archevêque de Paris, avec lequel il se lie d’amitié.
Revenu à Auch, il est professeur au petit séminaire, tout en préparant une licence ès lettres à l’Institut catholique de Paris jusqu’en 1904. Il est alors nommé premier vicaire de la paroisse Saint-Gervais de Lectoure, paroisse où il reste jusqu'en 1929. Dans le contexte difficile de la séparation de l’Église et de l’État, il se signale par le climat apaisé qu’il sait entretenir tout en développant les activités apostoliques. Le denier du culte et de l’œuvre de propagation de la foi témoignent de cette ferveur religieuse retrouvée : à compter de 1909, la paroisse de Lectoure en devient le premier pourvoyeur du diocèse, devant la cathédrale Sainte-Marie d’AuchMontants établis par la Semaine Religieuse d’Auch..
Dès 1909, il participe aussi à l'implantation de l'Action catholique de la jeunesse française (ACJF) dont il est nommé aumônier diocésain dans le Gers.
Il est mobilisé comme infirmier lors de la Première Guerre mondiale, d’abord au front jusqu'en 1916 puis à l’hôpital militaire d’Agen jusqu’à sa démobilisation en 1919..
Après la guerre, l’abbé Moussaron profite de l’apaisement consécutif à l’Union sacrée pour participer à toutes les cérémonies patriotiques et célébrer des messes commémoratives de l’Armistice auxquelles les autorités (radicales-socialistes) assistent. À la messe du , il ajoute la messe de la fête du Travail, célébrée en septembre lors de la foire-exposition de Lectoure.
En 1924, il devient archiprêtre de Lectoure. où il poursuit son œuvre commencée en tant que vicaire.
Évêque Évêque Auxiliaire d'Auch Le , Jean-Joseph Moussaron est nommé évêque auxiliaire d'Auch et évêque titulaire de par le pape . L’épiscopat français et la nonciature cherchaient un évêque en accord avec la doctrine de pour tempérer le conservatisme offensif de Jean-François-Ernest Ricard, évêque diocésain. En effet, leurs tempéraments et leurs opinions sont totalement opposées : tandis que Ricard a effectué toute sa carrière dans les curies épiscopales, n’a jamais connu les réalités d’un ministère paroissial et est un fervent maurassien, Moussaron a exercé vingt ans en paroisse, a vécu la Grande Guerre et est plus familier des semaines sociales de France. Ricard interdit toute initiative à « l’Auxiliaire »Moussaron est surnommé ainsi par Ricard. et ne le laisse pas écrire dans la Semaine d’Auch. En 1934, les excès de Ricard le mèneront jusqu'à la démission sur demande du Saint-Siège. Virgile Joseph Béguin est alors nommé pour le remplacer et son entente avec Moussaron est parfaite.
Évêque de Cahors alt=Monseigneur Moussaron avec son chat sur les genoux|vignette|Jean-Joseph Moussaron avec son chat Le , Jean-Joseph Moussaron est nommé évêque de Cahors, diocèse rural, pauvre et vieillissant dont la moitié des paroisses est sans prêtre. Il consacre son épiscopat à lutter contre la déchristianisation du Quercy et obtient des résultats tangibles : très forte hausse des communions de jeunes et des participations aux pèlerinages de Gramat et de Rocamadour, adhésion d’un cinquième des travailleurs aux mouvements de jeunesse (JEC, JOC et JAC), et hausse des vocations pour la prêtrise. Il soutient également la presse catholique en développant notamment La Défense, la branche régionale du journal La Croix.
Archevêque d'Albi Bien qu’ouvertement hostile aux régimes totalitaires et aux extrêmes violents, Moussaron fait partie des prélats qui considèrent que les luttes politiques sont secondaires par rapport aux devoirs et à l’enseignement religieux.. Aussi, il n’est pas réputé hostile au Front populaire ni à Édouard Daladier, et est donc soutenu par le gouvernement de Paul Reynaud dans sa nomination en tant qu'archevêque d'Albi le . La nomination de ce prélat charismatique se comprend aussi comme une volonté de ré-évangélisation du « midi rouge » de la part de l’Église.
Dès 1941, Jean-Joseph Moussaron est assez méfiant à l'égard du maréchal Pétain et du régime de Vichy : il refuse notamment l'engagement de ses prêtres dans la légion française des combattants, et demande aux catholiques d’y décliner toute participation active. De même, il reste très réservé à l'égard du STO. Recevant en l’avocat bordelais Maurice Touzet, il accueille avec un sourire sceptique ses considérations sur le et le pousse à faire entrer ses enfants chez les Scouts de France qui concurrençaient les vichyssois Compagnons de France..
Protestation publique contre la persécution des Juifs Dès les premières persécutions des Juifs, il milite avec Mgr Jules Saliège auprès de l’assemblée des cardinaux et archevêques de la zone libre pour une déclaration commune susceptible d’influer sur le cours des choses. Celle-ci se faisant attendre, Georges-Auguste Louis puis Jules Saliège émettent les premières protestations. Moussaron appelle alors une dernière fois le cardinal GerlierLe cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, dirige l’assemblée des cardinaux et archevêques de la zone libre. à une déclaration commune par une lettre du . :
Comprenant qu’aucune action commune n’aboutira à temps pour arrêter ou dissuader les déportations, Moussaron décide de faire lire le dimanche dans toutes les paroisses de son archidiocèse, une déclaration qui, tout en affichant un loyalisme au régime, condamne sans équivoque la persécution des Juifs :
Cet appel public en chaire, avec la solennité qu’impose l’absence de commentaires à l’issue de sa lecture, a une réelle résonance et à sa suite bon nombre de fidèles tendent la main aux Juifs.
Protection des Juifs et des dissidents Au-delà de cet appel public, Moussaron organise clandestinement son diocèse pour que les juifs pourchassés soient accueillis par l’Église et ses fidèles. Il ordonne ainsi aux institutions catholiques de la région d'ouvrir leurs portes aux réfugiés juifs et tout particulièrement aux enfants.. Seize institutions catholiques dont il s’était assuré de la fidélité ouvrent leurs portes, non seulement aux réfugiés juifs mais aussi à des résistants.