Michał Tadeusz Karaszewicz-Tokarzewski, armoiries Trąby, né le à Lwów et mort le à Casablanca, est un général de l'Armée polonaise et fondateur du Service pour la victoire de la Pologne (Służba Zwycięstwu Polski), la première organisation de la Résistance polonaise dans la Pologne occupée par l'Allemagne nazie et l'Union soviétique.

Biographie Engagement patriotique Michał Tadeusz Karaszewicz-Tokarzewski est le fils de Bolesław Tokarzewski et Helena née Lerch de Lerchensfeld. Il termine ses études secondaires à la realshule de Drohobycz fréquentée également par le futur poète Kazimierz Wierzyński et le futur général surnommé invencible Stanisław Maczek. Leur amitié qui se noue à cette époque survivra jusqu'à l'exil après la Seconde Guerre mondiale.

En 1910, il adhère au Parti socialiste polonais fraction Révolution (PPS-FR). Au printemps 1911, Tokarzewski réussit ses examens de baccalauréat. Le de la même année, il participe à des manifestations de rue provoquées par des abus flagrants commis lors des élections législatives au parlement de Vienne. L'intervention de la police autrichienne se solde par de nombreux tués et blessés. Parmi ces derniers se trouve Tokarzewski, gravement blessé d'un coup de baïonnette à la poitrine, à quelques millimètres sous le cœur. Il survit grâce à une opération chirurgicale immédiate dans un hôpital local.

Après sa convalescence, à l'été 1911, il part pour Lwów où il rencontre Józef Piłsudski et, à son instigation, rejoint le groupe des irrédentistes polonais. Le , il adhère à l'Union de la lutte active (Związek Walki Czynnej ou ZWC) et à l'Association du tir (Związek Strzelecki), des organisations paramilitaires polonaise clandestines qui préparent l'insurrection. Il est nommé commandant de l'Association du tir de Drohobycz. C'est à cette époque qu'il commence à utiliser le pseudonyme "Karasiewicz", qui avec le temps sous une forme légèrement modifiée devient la deuxième partie de son nom de famille.

Cependant, un mois plus tard, le il est appelé à s'acquitter du service obligatoire dans l'armée autrichienne. Un an après, il obtient un diplôme d'officier et le . En 1913 il entreprend des études à la faculté de droit et de sciences politiques à l'université de Lwów, mais après deux semestres, il change pour la faculté de médecine à l'université Jagellonne où il a juste le temps de terminer deux semestres avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. gauche|vignette|Michał Tadeusz Karaszewicz-Tokarzewski dans les Légions polonaise

Première Guerre mondiale En , il rejoint les Légions polonaises de Józef Piłsudski. Il commande d'abord le puis le bataillon du des légions avant de prendre le commandement du bataillon du . Ensuite, il prend la tête du .

En , il est grièvement blessé pendant la . En 1915, il est promu commandant par Józef Piłsudski. Après le refus de prêter serment de loyauté au kaiser Guillaume II en , il est brièvement interné. Libéré, il est enrôlé dans l'armée autrichienne de à . Il rejoint ensuite l'Organisation militaire polonaise (Polska Organizacja Wojskowa) et il devient son représentant pour la zone de la Russie européenne et de l'Ukraine ainsi qu'auprès de la mission militaire française et du Comité militaire polonais à Moscou. Pour son activité, il est arrêté par les bolcheviks, il est libéré grâce aux relations de Kazimierz Pużak, un des leaders du Parti socialiste polonais.

Dans la Pologne indépendante En 1918, il rejoint l'Armée polonaise nouvellement créée avec le grade de lieutenant-colonel. Commandant du des légionsRosa Bailly A city fights for freedom Leopolis 1956 Pages 276-310, il prend part à la guerre polono-ukrainienne, il reprend notamment les villes de Przemyśl et Lwów. En juin 1919 il est promu colonel.

Pendant la guerre soviéto-polonaise il commande une brigade de la des légions et participe à l'opération de Vilnius. Puis il est actif sur le front lituanien-biélorusse. En tant que commandant de la brigade de réserve, en , il combat contre l'Armée rouge en Volhynie.

Après la fin des hostilités, en 1924, il est fait commandant de la d'infanterie à Vilnius, le de la même année, il est élevé au rang de général de brigade par le président de la République de Pologne Stanisław WojciechowskiDziennik Personalny Ministerstwa Spraw Wojskowych Nr 131 du 17 décembre 1924.

Pendant le coup d'état de 1926 il se range du côté du maréchal Józef PiłsudskiAntoni Czubiński, Przewrót majowy 1926 roku, Varsovie 1989, ..

Le il est nommé chef du Bureau du personnel du ministère de la défense et président du tribunal militaire de première instanceDziennik Personalny Ministra Spraw Wojskowych du 19 mars 1927, Nr 10, .. Le il est fait commandant de la d'infanterie à KaliszDziennik Personalny Ministra Spraw Wojskowych z 27 kwietnia 1929 r., Nr 9, .. En novembre 1935 il se voit confier le commandement de la région militaire de Grodno, en juillet 1936 celle de Lwów et finalement en 1938 celle de Toruń. Il garde ce poste jusqu'au .

Seconde Guerre mondiale Le , il prend le commandement d'un groupe opérationnel composé de la DI et la DI, au sein de l'Armée "Pomorze" avec laquelle il participe à la bataille de la Bzura. Il réussit à rejoindre la capitale polonaise assiégée et prend le poste de l'adjoint du commandant de l'Armée «Varsovie» le général Juliusz Rómmel. À la veille de la capitulation de la ville (le ), le général Juliusz Rómmel lui confie la tâche de créer une organisation militaire clandestine afin de continuer la lutte contre l'occupant. Tokarzewski organise et devient le chef du Service pour la victoire de la Pologne (Służba Zwycięstwu Polski)Norman Davies God's Playground VolumeII Clarendon, 1986 Page 464 qui est le premier mouvement de résistance en Pologne occupée.

Début , les premiers ordres du général Władysław Sikorski, le commandant en chef et le premier ministre du gouvernement polonais en exil en France, atteignent le pays occupé. Le général ordonne la formation de l'Union pour la lutte armée (Związek Walki Zbrojnej ou ZWZ) afin d'unifier toutes les structures militaires polonaises qui se créent dans la clandestinité en Pologne autour d'un même commandement centralisé et subordonnée au gouvernement. C'est le Service pour la victoire de la Pologne de Tokarzewski qui sert de base pour la nouvelle organisation. Son commandant en chef est le général Kazimierz Sosnkowski basé à Paris. Au pays, c'est le colonel Stefan Rowecki qui est nommé commandant pour les territoires polonais d'occupation allemande, alors que le général Karaszewicz-Tokarzewski devient le commandant des territoires polonais occupés par les SoviétiquesJozef Garlinski Poland in the Second World War, Page 50. vignette|Michał Karaszewicz-Tokarzewski après son arrestation par la NKVD (1940) Le , Tokarzewski est arrêté par la NKVDJozef Garlinski Poland in the Second World War, Page 51 lors d'une tentative de passer la frontière germano-soviétique sous un faux nom. Envoyé au goulag de Vorkouta, il est transféré ensuite à la Loubianka. Libéré dans le cadre des accords Sikorski-Maïski en , il prend la tête de la d'infanterie de l'Armée polonaise qui se reconstruit en URSS sous le commandement du général Władysław Anders.

Après l'évacuation de l'armée de l'URSS, en , Tokarzewski devient l'adjoint au commandant en chef de l'Armée polonaise de l'Est, le général de division Władysław Anders. Avec les soldats, il parcourt la difficile route de combat à travers le Moyen-Orient, puis la péninsule des Apennins. En , il se voit confier le commandement du corps de l'Armée polonaise en cours de constitution en Égypte qui, selon les plans polonais, devait parfaire sa formation dans le sud de la France. Cependant, à la demande des Britanniques, il est dissout en , et le général Tokarzewski mis à la disposition du ministère de la Défense nationale. Le général demande alors d'être envoyé en Pologne qui est en train de passer sous l'occupation soviétique afin d'y créer une nouvelle organisation clandestine. Il est finalement délégué à un travail spécial dans le commandement du corps en Italie, où il traite des questions liées au maintien de la communication avec le pays.

En exil Démobilisé après la guerre, il s'installe au Royaume-Uni où il travaille dur, entre autres comme veilleur de nuit dans une usine, emballeur, infirmier dans un hôpital anglais. Il prend sa retraite en 1957.

Parallèlement, il participe à la vie politique des émigrants polonais. En 1954 il est nommé par le président August Zaleski inspecteur général des forces armées ainsi que ministre de la défense du gouvernement polonais en exil. En 1964, il est promu au grade de lieutenant général.

En , il quitte la Grande-Bretagne pour se faire soigner au Maroc. Il décède le à Casablanca et est enterré au cimetière de Brompton à Londres. En , ses cendres sont exhumées et transférées au cimetière Powązki à Varsovie, où il repose au monument Gloria Victis.

Vie privée Il est marié à Antonina Julia Kondziołł-Kamecka avec laquelle il a une fille. Parallèlement à la carrière militaire, il suit une voie spirituelle. En 1924 il adhère à l'Église catholique libérale. Il est ordonné prêtre le par l'évêque James Ingall Wedgwood. Il est également franc-maçon.

Promotions militaires 35px lieutenant 35px capitaine 35px commandant 191535px colonel 35px général de brigade 35px général de division 35px général d'armée (generał broni) nommé par August Zaleski, président de la République de Pologne en exil

Décorations Croix d'argent de l'Ordre militaire de Virtuti Militari Croix de Commandeur de l'Ordre militaire de Virtuti Militari Croix d'Officier de l'Ordre Polonia Restituta Croix de Commandeur de l'Ordre Polonia Restituta 1928Dziennik Personalny Ministra Spraw Wojskowych nr 15 du 11.11.1928 Croix de l'indépendance avec épées Croix de la Vaillance (Krzyż Walecznych) - 4 fois Croix d'or du mérite avec épées (Złoty Krzyz Zasługi z Mieczami) - 2 fois Médaille interalliée 1914-1918Lista oficerów Wojska Polskiego z lat 1914-1939. Tokarzewski-Karaszewicz Michał Tadeusz Chevalier de la Légion d'honneur Compagnon de l'Ordre du Bain (Royaume-Uni) Grand Croix de l'Ordre de la Couronne (Roumanie) Grand Officier de l'Ordre de trois étoiles (Lettonie) Ordre de l'Aigle blanc (Yougoslavie)Marek Ney-Krwawicz: Komendanci Armii Krajowej. Varsovie:édition Wydawnictwa Szkolne i Pedagogiczne, 1992 p. 61 Ordre de l'Aigle blanc à titre posthumeKawalerowie i statuty Orderu Orła Białego 1705-2008, 2008, .

Rubans 100px|Ordre de l'Aigle blanc 100px|Croix de Commandeur de l'ordre Virtuti Militari 100px|Croix de Commandeur de l'Ordre Polonia Restituta100px|link=Ordre militaire de Virtuti Militari|Croix d'argent de l'ordre de Virtuti Militari 100px|Croix de l'indépendance avec épées 100px|Croix d'Officier de l'ordre Polonia Restituta 100px|Croix de la Vaillance 4 fois 100px|Croix d'or du mérite avec Épées 100px|Médaille Interalliée100px|Croix de l'Ordre du Bain 100px|Ordre de la Couronne (Roumanie) 100px|Grand Officier de l'Ordre des Trois Étoiles (Lettonie)100px|Croix de Commandeur de l'Ordre d'Aigle blanc (Serbie)

Notes et références

Voir aussi

Histoire de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale

Occupation de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale Résistance intérieure polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale

Les unités polonaises de la Seconde Guerre mondiale Deuxième corps polonais

Bibliographie Daniel Bargiełowski: Po trzykroć pierwszy. Michał Tokarzewski-Karaszewicz. Generał broni, teozof, wolnomularz, kapłan Kościoła liberalnokatolickiego. Vol. 1. Varsovie 2000. Daniel Bargiełowski: Po trzykroć pierwszy. Michał Tokarzewski-Karaszewicz. Generał broni, teozof, wolnomularz, kapłan Kościoła liberalnokatolickiego. Vol. 2. Varsovie 2001. Daniel Bargiełowski: Po trzykroć pierwszy. Michał Tokarzewski-Karaszewicz. Generał broni, teozof, wolnomularz, kapłan Kościoła liberalnokatolickiego. Vol. 3. Varsovie 2002.