La région polynésienne est une des 35 phytodivisions définies par Armen Takhtajan dans son ouvrage Floristicheskie oblats Zemli (Les Régions floristiques du monde). Cette phytorégion fait partie du royaume Paléotropical.
Elle est composée de 120 îles océaniques tropicales de la Polynésie française, qui couvrent une surface terrestre de . La flore est constituée par trois types de végétation naturelle : la végétation littorale, forestière et d’altitude.
Facteur Localisation La Polynésie française se situe dans l’océan pacifique et comprend 120 îles se trouvant entre 7° et 28° de latitude sud et 134° et 155° de longitude ouest. Ces îles sont regroupées en cinq archipels, Australes, Marquises, Gambier, Société et Tuamotu.
Géographie Les îles de Polynésie Française ont une superficie terrestre d’environ ha et sont diversifiés en quatre atolls soulevés, deux îles volcano-karstique et en trente-cinq îles volcaniques hautes et îlots rocheux. Tahiti, la plus grande île a une taille de , est la plus peuplée, et possède le plus au sommet, le mont Orohena qui culmine à .
Climat Les archipels Australes et Gambier situés entre 24 et 28° de latitude sud ont un climat variant de subtropical à tempéré, qui découle de température fraiche, de précipitation forte, de vents fort et d’un faible ensoleillement annuel. Les archipels Marquise, Société et Tuamotu possèdent un climat tropical humide plus chaud et avec un meilleur ensoleillement.
Flore de Polynésie Résultat de son jeune âge géologique et de son isolement géographique par rapport aux grands continents, mais aussi entre les archipels et les îles, la Polynésie, avec ses 900 plantes vasculaires indigènes dont 550 angiospermes, est assez pauvre en espèces végétales. Elle possède cependant un grand taux d’endémisme atteignant 63 %, avec même 72 % chez les angiospermes.
Flore endémique Grâce à la grande distance qui sépare la Polynésie des continents, de nombreuses espèces endémiques sont apparues à partir d’espèces fondatrices, avec parfois de spectaculaire radiation évolutive. Il existe des espèces endémiques restreintes à un archipel, une seule île au sein de l’archipel, ou même à une région donné à l’intérieur d’une île.
Végétation Dans les six principales formations végétales primaires ou naturelles de Polynésie française, nous pouvons distinguer les végétations azonales et zonales.
Végétation azonale
La végétation azonale, qui n’est pas liée aux facteurs climatiques, est composée d’une végétation littorale sur sables ou sur rocher, et de zones humides où poussent des végétations et forêts marécageuses, des submangroves et des ripisylves. On remarque également des forêts supra-littorales, des forêts d’atoll et des forêts sur plateaux calcaires soulevés.
Végétation zonale On trouve une grande variété d’écosystèmes forestiers, résultant de la diversité des conditions pluviométrique et thermique des îles.
À basse altitude se trouvent des forêts sèches et semi-sèches. Situées entre basse et moyenne altitude se trouvent les forêts mésophiles, ainsi que les forêts humides de vallée. Plus haut se trouvent les forêts humides de montagne ou « forêts de nuages ».
Les hauts sommets sont dominés par la végétation subalpine.
Végétation de différentes zones
Végétation des atolls L’atoll est la partie émergée d’un ancien volcan englouti par les eaux, la partie terrestre n’est donc plus constituée que par la couronne du cratère de ce dernier. La végétation va pousser sur trois types de sol fragile et peu fertile : les sols peu évolués, les rendzines humifères et les sols semi-tourbeux. Le climat y est chaud (23), il pleut peu mais régulièrement, les alizés du sud-est soufflent toute l’année et des dégâts importants peuvent être causés par d’assez rares cyclones ou raz de marée.
La flore présente peut varier entre 20 et 70 espèces selon l’atoll.
Les successions végétales suivantes sont nommées depuis celles du côté océanique jusqu’à celles bordant le lagon : Végétation buissonnante exposée aux vents et aux embruns salins Argusia argentea , Boraginaceae, arbre Boerhavia tetrandra , Nyctaginaceae, herbe Ipomoea pes-caprae, Convolvulaceae, liane Lepturus repens, Poaceae, herbacée Scaevola sericea, Goodeniaceae, arbrisseau Suriana maritima, Surianaceae, arbuste Un peu plus en arrière Casuarina equisetifolia , Casuarinaceae, arbre Hedyotis romanzoffiensis, Rubiaceae, arbrisseau Pandanus tectorius, Pandanaceae, arbre Une forêt domine à l’intérieur de l’atoll Barrington asiatica, Barringtonaceae, grand arbre Calophyllum inophyllum , Clusiaceae, grand arbre Cocos nucifera, Arécaceae, grand arbre Cordia subcordata, Boraginaceae, arbre Hernandia nymphaeifolia, Hernandiaceae, grand arbre Pandanus tectorius, Pandanaceae, arbre Pisonia grandis, Nyctaginaceae, grand arbre Avec un sous-bois de fougère, d’herbe, de quelques arbrisseaux et d’arbuste Pipturus argenteus, Urticaceae, arbuste Cassythia filiformes, Lauraceae, liane parasite Davallia solida, Davalliaceae, fougère Euphorbia atoto, Euphorbiaceae, arbrisseau Lepidum bidentatum, Brassicaceae, herbe semi-ligneuse Phymatosnus scolopendria , Polypodiaceae, fougère Tacca leontopetaloides, Taccaceae, herbacée La végétation est plus basse près du lagon Argusia argentea, Boraginaceae, arbuste Guettarda speciosa, Rubiaceae, arbuste Heliotropium anomalum, Boraginaceae, herbe semi-ligneuse Hibiscus tiliaceus, Malvaceae, arbre Morinda citrifolia, Rubiaceae, arbuste Pemphis acidula, Lythraceae, arbuste Portulaca lutea, Portulacaceae, herbacée Thespesia populnea , Malvaceae, arbre Timonius forsteri , Rubiacece, arbuste Triumfetta procumbens, Tiliaceae, herbe rampante
Il existe également des espèces endémiques à certains atolls comme Fimbristylis cymosa (F. atollensis), un Cyperaceae présent sur Rakahanga et Sesbania coccinea subsp. atollensis var. tuamotensis, une légumineuse sur Puka Puka et Rangiroa.
Flore vasculaire des monts Pito hiti et Orohena Les sites des monts Orohena et Pito Hiti, se trouvant sur Tahiti dans l’archipel de Société, sont reconnus en tant que sites de conservation d’importance élevée à cause, dans un premier temps de leur grande surface de forêt naturelle humide de montagne et de la présence de végétation subalpine, puis du grand nombre d’espèces indigènes et endémiques rares, menacées et/ou protégées. Ils s’y trouvent un grand nombre de plantes endémiques comme :
Flore endémique de Tahiti Bidens orohenensis, Compositae Coprosma orohenensis, Rubiaceae Coryphopteris pubirachis var. tahitensis, Thelypteridaceae Cyrtandra induta, Gesneriaceae Cyrtandra cf. vescoi, Gesneriaceae Elaphoglossum sp. nov., Elaphoglossaceae Fuchsia cyrtandroides, Onagraceae Melicope sp., Rutaceae Meryta lanceolata, Araliaceae Meryta sp. (Feuilles arrondies), Araliaceae Meryta salicifolia, Araliaceae Myrsine cf. orohenensis, Myrsinaceae Peperomia forsbergii, Piperaceae Pittosporum orohenense, Pittosporaceae Pipturus grantii, Urticaceae Pipturus oreophilus, Urticaceae Polystichum paleatum, Aspleniaceae Santalum insulare var. alticola, Santalaceae Sclerotheca magdalenae, Campanulaceae Styphelia pomarae, Epacridacées
Flore endémique de l’archipel Société
Ascarina polystachya, Chloranthaceae Astelia nadeaudii, Liliaceae Elatostema sessile, Urticaceae Grammitis subspathulata, Grammitidaceae Melicope cf. lucida, Rutaceae Reynoldsia verrucosa, Araliaceae Sticherus (syn. Gleichenia) tahitensis, Gleicheniaceae Thelypteris (syn. Amauropelta) grantii, Thelypteridaceae Vaccinium cereum, Ericaceae Weinmannia parviflora, Cunoniaceae
Flore et végétation du plateau marécageux de Anaori’i Cette zone humide unique de Polynésie française se trouve dans la vallée de Papeno’o à Tahiti.
Une flore unique et particulière a pu se développer dans ces zones marécageuses s’étendant sur une partie des 45 hectares du plateau d’Anaori’i, s’élevant à une altitude entre 650 et 685 m.
Les principaux sols du site sont des sols hydromorphes minéraux à pseudogley ou gley. Un mauvais drainage des eaux de surface additionné à une pluviométrie de 8000 mm/an entrainent des engorgements temporaires ou permanents de faible profondeur.
La flore vasculaire primaire est composée de 42 angiospermes indigènes dont 32 sont endémiques et de 42 ptéridophytes dont 7 sont endémiques, plus 27 espèces introduites naturalisées.
Dans la flore endémique, nous avons :
Flore endémique de Tahiti Cyrtandra sp., Gesneriaceae Cyrtandra connata, Gesneriaceae Cyrtandra cf. taitensis, Gesneriaceae Glochidion grayanum, Euphorbiaceae Glochidion papenooense, Euphorbiaceae Ixora cf. orohenensis, Rubiaceae Pandanus papenooensis, Pandanaceae Psychotria sp., Rubiaceae Psychotria cf. speciosa, Rubiaceae
Flore endémique de l’archipel Société Astronidium sp., Melastomataceae Bidens cf. australis, Asteraceae Bulbophyllum tahitense, Orchidaceae Claoxylon taitense, Euphorbiaceae Cyrtandra cf. apiculata, Gesneriaceae Dryopteris dicksonioides, Dryopteridaceae Elaphoglossum cf. fejeense, Lomariopsidaceae Elaphoglossum cf. samoense, Lomariopsidaceae Elatostema sessile, Urticaceae Korthalsella aoraiensis, Viscaceae Macaranga sp., Euphorbiaceae Moerenhoutia plantaginea, Orchidaceae Myrsine sp., Myrsinaceae Ophiorrhiza cf. scorpioidea, Rubiaceae Ophiorrhiza cf. tahitensis, Rubiaceae Weinmannia parviflora, Cunoniaceae Polyscias tahitensis, Araliaceae Peperomia grantii, Piperaceae Peperomia hombronii, Piperaceae Phreatia sp., Orchidaceae Selaginella banksii, Selaginellaceae
Flore endémique de Polynésie orientale Dendrobium involutum, Orchidaceae Eria rostriflora, Orchidaceae Huperzia ribourtii, Lycopodiaceae Malaxis resupinata, Orchidaceae
Flore endémique de Polynésie française Cephalomanes cf. apiifolium, Hymenophyllaceae Dendrobium biflorum, Orchidaceae Microtatorchis paife, Orchidaceae Tmesipteris gracilis, Psilotaceae Wikstroemia coriacea, Thymeleaceae
La flore secondaire contient 4 plantes envahissantes menaçant la biodiversité du lieu, il s’agit de Miconia calvescens, Psidium cattleianum, Rubus rosifolius et Spathodea campanulata.
Problématique La forte démographie, l’urbanisation, l’assainissement, le surpâturage, la déforestation au profit des cultures, les espèces invasives introduites exercent une grande pression sur la flore locale. Ainsi, plus de 140 plantes endémiques, ou 25 % de la flore endémique, sont devenues rares, vulnérables, ou menacées d’après les listes rouges de l’Union mondiale pour la nature.
Plus la taille des îles diminue, plus l’impact de la destruction, de la fragmentation ou de la modification des milieux naturels a de grandes répercussions.
Préservation Le nombre d’espaces naturels protégés en Polynésie française est faible. On ne trouve que neuf sites protégés localisés dans neuf îles sur les 120 existantes, couvrant 2,3 % de la surface terrestre.
Sur ces neuf sites, six réserves naturelles englobent des îles inhabitées et deux zones seulement se trouvent sur des îles habitées. Il s’agit du parc territorial de Te Faaiti à Tahiti couvrant 750 ha, et du parc et réserve naturelle de Vaikivi à Ua Huka, aux Marquises, d’une grandeur de 240 ha.
Ces parcs et réserves ne protègent qu’une petite partie des sites de fort intérêt écologique. Les zones possédant la végétation la plus rare et menacée de Polynésie, comme les forêts sèches, les forêts de nuages, les forêts littorales sur plateaux calcaires ou de maquis sommital, sont encore sans protection.
Sources Jean-Yves Meyer, Bois et forêt des tropiques, (1), éco-tourisme et aires protégées, Polynésie française, 2007. Jean-François Cherrier et Willy Tetuanui, Bois et forêt des atolls de Polynésie, Revu : Bois et forêt des tropiques, , 1992.