L'opération Hyacinthe () est une opération secrète de masse menée par la Milicja Obywatelska entre 1985 et 1987, , afin de recenser les homosexuels polonais dans le contexte de l'épidémie de sida. Ils doivent signer un document certifiant qu'ils n'ont pas de relations avec des mineurs masculins. Une liste de 11 000 personnes est dressée, chiffre pourtant bien inférieur au nombre réel d'homosexuels polonais. Au-delà de l'argument médical, il s'agissait d'une initiative pour surveiller et contrôler un groupe social en quête de reconnaissanceWho is afraid of sexual minorities?, Iwona Zielinska .
Histoire L'homosexualité fut dépénalisée en Pologne en 1932 , et durant la Deuxième République (1918-1935) les homosexuels n'étaient pas persécutés. L'homosexualité est également légale sous la République populaire de Pologne, le régime communiste établit après la Seconde Guerre mondiale, mais reste socialement peu acceptée et demeure souvent invisible. Un mouvement LGBT commence néanmoins à émerger dans les années 1960, avec la publication des premiers magazines pour les homosexuels et la fondation des premières associations.
Prélude Les services de la propagande polonaise entamèrent ces opérations de fichage du fait deWhat to do with "pink cards"? www.innastrona.pl : la peur suscitée par la découverte d'une nouveau virus, le VIH, face auquel les hommes homosexuels étaient considérés comme un groupe à risque, la volonté de contrôle des groupes homosexuels considérés comme « hautement criminels », la lutte contre la prostitution.
Toutefois, les fonctionnaires des services de renseignements (SB) voulaient rassembler des preuves compromettantes à des fins de chantage. Les personnes fichées étaient en effet plus enclines à coopérer dans la lutte contre l'opposition au pouvoir communiste.
Opération L'Opération Hyacinthe, placée sous les ordres du ministre de l'Intérieur Czesław Kiszczak débuta le . Au matin de ce jour, dans différentes universités, usines et administration des agents du SB arrêtèrent de nombreuses personnes suspectées d'être homosexuelles ou d'entretenir des liens avec des groupes homosexuels. Aux individus arrêtés furent attribuées des Karta homoseksualisty (« Cartes d'homosexuel »), et certains furent forcés de signer une déclaration :
Les individus arrêtés devaient donner leur empreintes digitales, certains, à force de chantage, décrivirent des épisodes intimes de leur vie sexuelle, alors que d'autres furent forcés de dénoncer leurs collègues.
L'opération dura jusqu'en 1987, mais certains fichiers furent ajoutés jusqu'en 1988. Il est estimé qu'environ furent fichés, dans cet (różowe kartoteki).
Conséquences Du fait de l'opération Hyacinthe, les homosexuels polonais devaient vivre à cette époque leur sexualité clandestinement, certains quittant même le pays, alors que l'opération était critiquée par certains médias occidentaux. Le gouvernement nia les accusations dont il fut alors la cible. Son porte-parole, Jerzy Urban, interrogé en par Kay Winthers, journaliste du Baltimore Sun, déclara qu'aucune opération de ce type n'avait jamais eu lieu en Pologne.
Waldemar Zboralski, devenu par la suite militant LGBT, figurait parmi les victimes de cette opération.
En , deux militants LGBT, Szymon Niemiec et Jacek Adler, demandèrent à l'Institut de la mémoire nationale l'ouverture d'une enquête sur les et sur le général KiszczakIPN will not open investigation for homosexuals in Poland, www.zw.com.pl . Néanmoins, le , l'Institut refusa d'ouvrir une telle enquête, déclarant que l'opération Hyacinthe était légale au regard de la législation ayant cours alors. Il ajouta que l'opération possédait un caractère préventif et avait pour but d'infiltrer les cercles homosexuels, décrits comme hermétiques et liés à des organisations criminelles.
Opération Hyacinthe dans la culture populaire polonaise En 2015, à l'occasion du de l'événement deux ouvrages sont publiés à ce sujet :
Różowe kartoteki (« Archives rose ») par Nicholas Milcke, chez Dobra Literatura : l'histoire romancée d'un homme politique de droite, qui dans sa jeunesse a été détenu dans le cadre de l'opération Hyacinthe.
Kryptonim Hiacynt (« Nom de code hyacinthe ») par Andrzej Selerowicz chez Queermedia. Opération Hyacinthe, film de Piotr Domalewski (2021).
Notes et références
Article connexe Droits LGBT en Pologne
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