La phytorégion des Andes est une des trente-cinq phytodivisions définies par Armen Takhtajan dans son ouvrage (en français, « Les régions floristiques du monde »).
Les Andes sont une chaîne de montagne de de long courant du Venezuela au nord de l'Argentine. Elles traversent sept pays : Venezuela, Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, Chili, Argentine. Elles forment un ensemble biogéographique défini par le Conservation International comme un « point chaud de biodiversité » et possèdent un haut taux d'endémique (proche de 50 %). Cette très haute diversité d'espèces s'y est établie, grâce à l'hétérogénéité climatique et géographique.
Caractéristiques
Les Andes sont une chaîne montagneuse volcanique. Il s'agit de la plus longue chaîne montagneuse du monde, longue de , large de 200 à . Elle débute au nord au Venezuela, puis traverse en direction du sud la Colombie, l’Équateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili puis l'Argentine, jusqu'à la pointe sud du continent sud-américain. Cet arc volcanique s'est formé à la suite de la subduction de deux plaques tectoniques (la plaque de Nazca et la plaque antarctique) sous la plaque sud-américaine. Cette subduction a créé un échauffement de la plaque sud-américaine, menant par des processus complexes à la fonte de la roche en magma et à la remontée de ce magma en surface, faisant émerger les volcans. Une hétérogénéité géologique le long le l'Amérique du Sud s'est ainsi formée.
Les Andes sont également la plus haute chaîne montagneuse au monde en dehors de l'Asie. Une majorité des hauts sommets sont des volcans. Le sommet du volcan Chimborazo, en Équateur, est le point le plus éloigné au monde du centre de la Terre, en raison du renflement de la planète au niveau de l'équateur. Le plus haut sommet à partir du niveau de la mer est l'Aconcagua, en Argentine, qui culmine à .
Climat et végétation
Les Andes tropicales sont un des cinq points chauds de biodiversité planétaires, avec environ de plantes vasculaires (dont la moitié sont endémiques). Grâce à la forte diversité des biomes et le soulèvement géologique récent des Andes, cette chaîne montagneuse volcanique comporte une très forte diversité d'espèces tant végétales qu'animales.
Les assemblages d'espèces ont été influencés depuis toujours par l'hétérogénéité des milieux naturels.
Les Andes peuvent être vues globalement comme quatre grands biomes : les forêts tropicales à saison sèche de basse altitude (0 - d'altitude, côte de l'océan Pacifique et vallées à l'intérieur des Andes), les forêts humides moyennes riches en épiphytes, mousses et lichens ( - d'altitude) et les prairies des hautes altitudes (páramo, puna, - d'altitude).
Les biomes de hautes altitudes et de moyennes altitudes ont la plus haute diversité d'espèces. Les basses altitudes ont une diversité plus faible (l'hétérogénéité des milieux est plus faible également).
Ces trois biomes présentent une forte endémicité. Par exemple, au Pérou, les forêts de basse altitude comportent jusqu'à 38 % de plantes endémiques (Linares-Palomino, 2006).
La famille des Fabaceae est la famille la plus diversifiée et abondante dans les néotropiques et dans les forêts de basses altitudes. Le climat varie grandement en fonction de l'altitude, la proximité de la mer ou de l'Amazonie et l'emplacement. Des nombreuses vallées sèches, abritées des vents humides de l'Amazonie parsèment les Andes et offrent un climat très sec. Au contraire, les vallées situées sur les côtes ouest et est des Andes subissent de fortes précipitations.
Flore
Hautes altitudes des Andes Caractéristiques Dans les Andes du Nord, plus humides, la végétation, au-dessus de la limite supérieure des forêts comporte la végétation typique des páramos, avec souvent un tapis herbacé surtout graminéen (calamagrostis) mais aussi parfois avec un sol plus ou moins nu. Les espeletia (frailejones), composées arbustives avec une rosette de grandes feuilles parsèment généralement ces páramos.
Dans les Andes tropicales du sud (Pérou, Bolivie), les hautes altitudes sont occupées par des formations graminéennes typiques du paysage de la puna. Les Espeletia y font défaut.
Une formation très particulière, constituée par des forêts basses à polylepis (rosaceae) s'étend, au-dessus de la limite supérieure des forêts, sur une grande longueur, le long des Andes tropicales, avec des espèces vicariantes de ce genre se relayant du sud au nord.
La forêt de polylepis La végétation ligneuse basse à polylepis est très représentative des hautes altitudes andines, à la limite supérieure des forêts montagnardes. Elle se rencontre uniquement dans les Andes moyennes et septentrionales, sous des latitudes tropicales ou subtropicales. Plusieurs espèces se succèdent du Sud au Nord, à des altitudes croissantes. Ce genre endémique des Andes compte au moins une douzaine d’espèces et fait partie de la famille des rosaceae.
Les forêts de Polylepis sont des forêts basses (4 à ), en peuplement pur. Les arbres y ont un fût très court et sont même ramifiées presque au ras du sol. Elles sont en contact direct avec les formations herbeuses de la puna des Andes moyennes et avec les páramos des Andes du Nord, plus humides.
Le bois des polylepis est utilisé pour le chauffage, aux hautes altitudes. Leurs peuplements sont donc dégradés par l’homme. Polylepis australis est l’espèce la plus australe, localisée dans la région du district forestier Tucuman, en Argentine. Ses peuplements sont souvent réduits à des bosqueteaux et sont en régression. Cet arbre peut atteindre . Polylepis incana forme des buissons de dans la puna. Polylepis hypoleuca vit également dans les Andes sèches. Dans sons sous-bois pousse également des Escallonia (Escalloniaceae) et Hesperomeles (Rosaceae). Polylepis lanuginosa pousse en Équateur et mesure jusqu'à . Il forme des groupements au niveau de la limite des forêts sur la cordillère occidentale. Polylepis quadrijuga pousse en Colombie entre et d’altitude.
Andes du Nord Généralités Du fait de son orientation Nord-Sud, la chaine des Andes traverse des zones climatiques très contrastées et diversifiées, particulièrement sous climat tropical humide et sous climat tropical à saison sèche marquée. Ces deux territoires correspondent à des paysages nettement différenciées, tant aux hautes altitudes qu’aux basses.
La végétation des páramos descend au sud jusqu’au nord du Pérou et remonte au Nord jusqu'au Costa Rica. Les climats de ces Andes est caractérisé par une pluviosité répartie sur une grande partie de l’année.Les páramos sont caractérisés par une flore particulière, où les espeletia (asteraceae) sont nombreuses.
Étagement La flore des Andes du Nord est caractérisé par plusieurs niveaux de végétation typiques. Jusqu'à environ, la forêt dense tropicale inférieure ; de à , la forêt dense subandine ; la forêt danse andine de à et au-dessus de les páramos.
Forêt denses de basse altitude de Colombie La forêt dense inférieure des Andes de Colombie appartient au grand groupe des forêts humides et prolonge, sur le versant Est, celle de l’Amazonie occidentale, qui vit sous un climat particulièrement pluvieux. La partie orientale de cette région forestière est toutefois interrompue au nord par une avancées des llanos. Elle s’étend sur la région au Nord-Est de la Colombie.
La température annuelle moyenne y est de 23 à et la pluviosité atteint à Honda, à Quibdó. Il s’agit d’une forêt haute (30-). Le sous-bois comporte de nombreux arbustes et de grandes herbes mégaphylles (scitaminales, araceae). Arbres et arbustes sont sempervirents, à feuilles entières avec prédominance de mésophylles et macrophylles. Parmi les arbres, plus de quarante familles avec plus de cent genres sont représentés. À eux seuls, les palmiers (arecaceae) sont représentés par plus de vingt genres. Parmi les arbres dominent les fabaceae, annonaceae, lauraceae, euphorbiaceae, moraceae, bombacaceae. De nombreux épiphytes peuplent ces forêts, dont les bromeliaceae.
Du côté Pacifique, on peut relever la flore suivante : Anacardium, tapirira (anacardiaceae) Guatteria, unonopsis, xylopia (annonaceae) Couma, lachmella (apocynaceae) Bombax, huberodendron (bombacaceae) Dacryodes, protium (burseraceae) Ilex (aquifoliaceae) Hieronyma, tetrorchidium (euphorbiaceae) Humiria, vantanea (humiriaceae) Hirtella, licania, parinari (rosaceae) Cupania (sapindaceae) Attalea, bactris, euterpe (arecaceae)
Forêt subandine La forêt subandine s’étend entre et d’altitude. Sa physionomie rappelle la forêt précédente, mais les arbres, les lianes, les épiphytes ligneux et les palmiers y sont moins abondants. Le climat est humide (pluviosité de à ), avec une température annuelle de 16-.
On relève par exemple dans ces forêts les espèces suivantes : Dendropanax macrocarpum (araliaceae) Brunellia comocladifolia (brunelliaceae) Dacryodes olivifera (burseraceae) Sloanea robusta (elaeocarpaceae) Casearia megacarpa (salicaceae) Euterpe purpurea (arecaceae)
Parmi les épiphytes, plusieurs vacciniaceae et bromeliaceae (genres guzmania, pitcairnia, tillandsia, vriesia).
De telles forêts sont l’équivalent écologique des forêts de transition en Afrique. À , la forêt subandine renferme entre autres la flore suivante (genres) : tara, calliandra (fabaceae), euplassa, panopsis, roupala (proteaceae), cinchona (rubiaceae), nectandra (lauraceae).
Forêt andine La forêt andine pousse entre et , limite supérieure des formations forestières. La température annuelle moyenne se situe entre 6 et . Le climat est humide avec de nombreux brouillards (d’où le nom en anglais de Cloud Forest). Elle fait l’objet d’une déforestation afin de créer entre autres des pâturages à bovidae.
Plus l’altitude est élevée, plus la taille des arbres diminue. Les épiphytes sont abondantes : orchidaceae, bromeliaceae, begoniaceae, gesneriaceae, bryophytes, ptéridophytes.
Les genres les plus importants sont les suivants : weinmannia (cunoniaceae), brunnelia (brunelliaceae), clusia (clusiaceae), bejaria (ericaceae), ternstroemia (theaceae), drimys (magnoliaceae), geissanthus, rapanea (myrsinaceae), daphnopsis (thymeliaceae), miconia, monochaetum, tibouchina, meriania (melastomataceae), oreopanax (araliaceae), vallea (elaeocarpaceae), eugenia (myrtaceae), cinchona, psychotria (rubiaceae), alnus (betulaceae), nectandra, ocotea (lauraceae).
À l’origine, la forêt andine a eu une extension au-dessus de , car il en existe des zones relictuelles à dans la Sierra Nevada del Cocuy (Colombie, Cordillère orientale).
Végétation montagnarde secondarisée Certains versants à moyenne altitude (-) portent de vastes formations prairiales parsemés de bosquets reliques de forêt andine, utilisées comme nourriture pour les bovins. À de nombreux endroits ont été plantés des eucalyptus australiens (eucalyptus globulus, E. pulverulenta). De nombreuses fleurs y sont également cultivées (, rosa, etc) à fin d’exportation.
De nombreuses autres espèces exotiques y sont également plantées, comme : Cupressus lusitanica (cupressaceae) Digitalis purpurea (plantaginaceae) Rumex acetosella, polygonum nepalense (polygonaceae) trifolium repens, ulex europaeus, cytisus laburnum (Fabaceae)
Forêts du versant oriental au niveau de l’Équateur Ce versant est extrêmement pluvieux ( – de précipitations annuelles). Ces forêts orientales prolongent l’Amazonie. La limite supérieure des forêts du versant oriental au niveau de l’Équateur s’élève jusqu'à à . Il s’agit à cette altitude d’une forêt basse (10-) à feuilles coriaces et nombreuses épiphytes, peu de lianes. À ces altitudes existent alnus acuminata et escallonia tortuosa, entre autres.
Plus haut, entre ces forêts et le páramo, pousse une végétation arbustives à : ericaceae, melastomaceae, proteaceae. Polylepis lanuginosa, espèce endémique d’Équateur, pousse jusqu'à environ dans la région du Chimborazo.
Páramos