Au début du , un certain nombre de groupes islamistes violents s'illustrent en Afrique.
L'introduction de l'islam sur le continent africain
Après son apparition en Arabie, l'islam s'est répandu tout d'abord en Afrique. Aujourd'hui, près d'un tiers de la population musulmane du monde réside sur le continent africain.
La présence de l'islam en Afrique remonte au , lorsque le prophète Mahomet conseille à certains de ses premiers disciples de trouver refuge en traversant la mer Rouge; ils étaient en effet persécutés par les habitants pré-islamiques de La Mecque. Ces premiers musulmans arrivent à Djibouti et en Érythrée, puis se réfugient dans l'actuelle Éthiopie. Dans la tradition musulmane, cet événement est connu comme le premier hijrah (migration). Ces migrants ont fourni à l’Islam son premier grand triomphe, et le littoral de l'Érythrée est devenu le premier lieu de pratique de l'islam hors de la péninsule arabique. Sept ans après la mort de Mahomet, un plus grand nombre d'Arabes migrent vers l'Afrique et deux générations de migration plus tard, l'Islam s'étend dans l'ensemble de la corne de l'Afrique puis vers le nord du continentD. Robinson, Muslim Societies in African History, Cambridge University Press, 2004..
Dans les siècles suivants, le raffermissement des réseaux commerciaux des vendeurs musulmans atteint un pinacle en Afrique de l'Ouest, qui permet aux musulmans d'avoir encore plus d'influence et de se répandre vers cette partie du continent. Par ailleurs, au milieu du , le souverain régnant de l'Empire Bornou dans l’Afrique de l’Ouest se convertit à l'Islam. Désormais, c'est la religion prédominante dans tout le nord et le Sahel de l'Afrique, la Corne de l'Afrique, ainsi que dans l'Afrique de l'Ouesthttp://www.islamandafrica.com Islam And Africa.
Bien qu'il existe peu de données spécifiques sur la population musulmane totale en Afrique, les experts estiment qu'il y a environ 300 millions de musulmans africains dans le monde. En dehors de la grande population musulmane et de la présence historique de l'Islam en Afrique, l'Islam africain est resté largement négligé dans l'étude de la politique musulmane. Cette négligence était dans une large mesure, le résultat d'une pensée académique fondée sur l'hypothèse que l'Afrique a été seulement superficiellement islamisée. Cela signifie que de nombreuses parties de l'Afrique ont été intégrées dans le monde de l'Islam depuis des siècles et qu'aujourd’hui, les musulmans africains ont adhéré aux principaux piliers de l'Islam, au fur et à mesure que cette pratique religieuse, après plus d'un millénaire, entrait dans les habitudes culturelles.
Les musulmans d'Afrique appartiennent pour la plupart à la communauté sunnite. On note aussi une présence du soufisme, la dimension mystique de l'islam et du salafisme qui appelle à suivre l'exemple des trois premières générations salaf prédécesseur ou ancêtre dans l’Islam. La relation entre le salafisme et le soufisme, deux mouvements de l'Islam avec différentes interprétations, est historiquement diverse et reflète certains des conflits dans le monde musulman d'aujourd'hui. Le salafisme est caractérisé par des approches littéralistes, strictes et puritaines de l'Islam. Une minorité de salafistes épouse l’idée que les actes de violence contre les ennemis de l'Islam, sont légitimes. Le soufisme est associé à l'utilisation de la prière, de la musique, de la danse et suit les enseignements de maîtres soufis qui peuvent servir comme intermédiaires entre Dieu et les hommes. Les soufis cherchent à atteindre Dieu par leur spiritualitéH.D. Hassan, CRS Report for Congress. Islam in Africa, Information Research Specialist Knowledge Services Group, mai 2008..
Les musulmans africains
Dans son article intitulé Moderate Revivalists: Islamic Inroads in Sub-Saharan Africa, le professeur Ousmane Kane de l'université d'Harvard affirme que les musulmans africains, comme d'autres musulmans en Asie, au Moyen-Orient et dans le reste du monde, semblent être enfermés dans une lutte intense en ce qui concerne l'orientation future de l'Islam. Le cœur du débat se concentre sur la façon dont les musulmans doivent pratiquer leur foi. Le chercheur affirme que la majorité semble préférer rester sur le cours modéré et tolérant que l'islam a toujours suivi. Cependant, des groupes relativement petits mais en nombre croissant souhaitent établir une forme stricte de la religion, qui régit et contrôle tous les aspects de la société. Ces groupes utilisent leur interprétation de la loi islamique (la charia) pour justifier une interprétation limitée et souvent oppressive de l’Islam. La charia influence largement le code légal dans la plupart des pays islamiques, mais l'ampleur de son impact varie largement en fonction de la rigueur ou tolérance des adeptes.
En Afrique, la plupart des États limitent l'utilisation de la charia aux lois personnelles, celles concernant par exemple les questions telles que le mariage, le divorce, l'héritage et la garde des enfants. À l'exception du Nigeria et de la Somalie, la laïcité ne semble pas devoir faire face à une menace sérieuse en Afrique, même si la nouvelle renaissance islamiste commence à avoir un grand impact sur certains segments de populations musulmanes. La cohabitation ou la coexistence entre musulmans et non-musulmans reste, pour la plupart de l’Afrique, paisible et pacifique.
Le radicalisme
Le radicalisme, ou extrémisme, peut prendre plusieurs formes. . Mais dans la perception mondiale, les musulmans radicaux (islamistes) sont en contraste avec les musulmans modérés. Pareillement, cette observation est valable pour les chrétiens radicaux par rapport aux modérés. Bien que l'utilisation des termes radical et extrémiste puisse sembler péjorative, certains groupes et cellules islamistes dans le Moyen-Orient et en Afrique sont officiellement classifiés comme radicaux et extrémistes parce qu'ils le sont irréfutablement. De plus, les termes radical et extrémiste sont souvent utilisés de manière interchangeable quand on se réfère aux organisations terroristes islamistes. Dans la rhétorique politique d'aujourd'hui, les terroristes sont en fait des extrémistes. En tout cas, les deux termes sont acceptables quand il s'agit de cette idéologie islamiste-terroriste. Cependant, il faut aussi noter que les extrémistes radicaux existent également et les islamistes peuvent en effet être appelés soit, extrémistes, soit radicaux, ou les deuxF.B. Huyghe, Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme, in huyghe.fr, avril 2012..
Le monde entier devient de plus en plus sensibilisé à un Islam radical qui menace ses opposants n'importe où ils se trouvent. L'Islam radical signifie une foi inébranlable en une divinité transcendante. L'islam radical est une idéologie militante et politique dont le but est de créer une communauté mondiale, un califat, qui signifie un État islamique pour les croyants musulmans. Les islamistes gouvernent leur communauté strictement sous la loi de la charia, et ils sont hostiles envers tous ceux qui ne suivent pas la charia comme ils l'interprètent. L’histoire du djihad (aussi écrit jihad) remonte aux paroles et actions de Mahomet et au textes du Coran. Ces passages ont encouragé l'utilisation du djihad contre les non-musulmans. Le Coran, cependant, n'a jamais utilisé le terme djihad pour inciter à la lutte et au combat au nom d'Allah. Djihad dans le Coran était initialement prévu pour les voisins proches des musulmans, mais avec la mondialisation, un plus grand nombre d’ennemis est apparu, et les déclarations coraniques du djihad ont été mises à jour pour les nouveaux adversaires. La volonté de faire le Djihad, de partir guerroyer en terre étrangère contre l’ennemi non-musulman, ou mauvais musulman, rend cette idéologie très dangereuse. Le djihad encourage à prendre les armes, à verser dans le terrorisme, et à tuer des innocents pour que la charia règne sur le monde. L’Islam radical est une idéologie oppressive, violente, et périlleuse pour de nombreuses raisons. Le djihad est souvent associé aux musulmans radicaux qui appartiennent à la dénomination de l’Islam salafi.
Psychiatre légiste et ancien agent du service extérieur américain, Marc Sageman a mené une étude intensive des données biographiques concernant 172 participants au djihad. Dans son étude, il a conclu que les réseaux sociaux, comme les relations proches de la famille et de l'amitié, inspire les jeunes musulmans à se radicaliser, à rejoindre le djihad et à tuer. Cette enquête contredit les précédentes pensées qui reliaient les troubles de comportement et les troubles émotifs tels que la pauvreté, les traumatismes, la folie, la dépression ou l'ignorance, comme causes et incitation à participer au djihad. Cette découverte prouve que ces cellules terroristes sont beaucoup plus stables et organisées que prévu. En outre, les militants utilisent le djihad comme guerre de représailles contre les acteurs qui ont prétendument nui aux musulmans ; ce qui leur permet de décider subjectivement qui, quand, et où ils vont attaquer. Cela les a amenés à développer une mentalité qui affirme que l'Islam est attaqué, et doit être défendu. C'est un argument puissant qu’ils utilisent pour tisser un ensemble de conflits dans le monde entier, et ensuite, attribuer au monde occidental des attaques sur l'Islam. En réponse, les musulmans radicaux ou extrémistes croient qu’ils peuvent justifier le recrutement de combattants radicaux et riposter avec leurs attaques frénétiques sur l'Occident. Les Islamistes radicaux terrorisent le monde à travers leurs divers bombardements, détournement d’avions (hijacking), kidnapping, exécutions et occupations de territoires souverains comme en Irak, en Syrie, au Pakistan, en Afghanistan, en Somalie, au Mali et au NigeriaJ. Cilliers, L'Afrique et le terrorisme, in Afrique contemporaine , , janvier 2004..
Facteurs ayant permis à l'Islam radical de se développer en Afrique
Pour comprendre l’origine de l’Islam radical en Afrique, il faut considérer les trois groupes les plus largement implantés et les plus radicaux sur le continent. Les groupes radicaux originaires d'Afrique sont : Boko Haram, al-Shabaab, et le MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest.) Ces organisations sont basées principalement et respectivement au Nigeria, en Somalie, et au Mali. Tous ces mouvements sont différents les uns des autres.
Al-Shabaab est aujourd'hui un mouvement transnational bien qu'essentiellement formé à l'origine de combattants salafi. Au Nigeria, Boko Haram, est un mouvement qui s'inscrit dans la tradition millénariste locale, qui s'appuie sur une base sociale d'anciens esclaves, de populations très pauvres et à demi-lettrées. Le MUJAO a été investi par des chefs touaregs, aussi bien que par des citadins ou des paysans du nord du Mali et par des islamistes mauritaniens. Il semble que ces groupes islamistes radicaux en Afrique soient nouveaux. Les principales organisations islamistes extrémistes en Afrique sont toutes apparues après l'an 2000, plus tard que le resurgissement de groupes arabes.