L'histoire de la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale est la période de l'histoire de la Belgique se déroulant entre l'invasion de la Belgique en et sa libération entre fin 1944 et début 1945.

Bien qu'étant neutre au début de la Seconde Guerre mondiale, la Belgique et ses possessions coloniales furent plongées dans la guerre dès l'invasion de son territoire par les troupes allemandes, le .

L'invasion débute par l'attaque et la prise du fort d'Ében-Émael qui est à l'origine de la campagne des 18 jours. Les forces armées belges sont rapidement repoussées pour ne plus occuper qu'une petite portion de son territoire au Nord-Ouest. En qualité de chef des armées, le roi Léopold III annonce, sans consulter le gouvernement, la capitulation de la Belgique le . Ceci est à l'origine d'une crise politique majeure dans l'immédiat après-guerre. La Belgique est désormais occupée. Malgré la capitulation, de nombreux Belges parvinrent cependant à rallier la Grande-Bretagne. Ils installèrent à Londres un gouvernement belge en exil et reconstituèrent les Forces belges libres aux côtés des Alliés.

Le Congo belge, resté loyal envers le gouvernement en exil, contribua de manière significative, et en hommes et en ressources, à l'effort de guerre allié. De nombreux Belges s'impliquèrent dans des mouvements de résistance armée ou de résistance passive à l'occupant, d'autres se compromirent dans la collaboration. Des mouvements, issus de l'extrême droite belge, permirent ainsi la constitution de deux divisions de la Waffen-SS (une en Flandre, une en Wallonie). Enfin, si certains tentèrent de venir en aide aux populations juives résidant sur le territoire belge, d'autres facilitèrent la Shoah ou dénoncèrent des Juifs dont ne revinrent jamais des camps.

La plupart du pays fut libérée lors de l'avance des troupes alliées en septembre et octobre 1944. L'extrémité Est ne l'est cependant qu'au début de 1945. La Belgique ayant été à nouveau envahie durant l'offensive von Rundstedt en . Au total, environ moururent durant le conflit. Ce chiffre représente 1,05 % de la population totale d'avant-guerre.

Contexte Durant les années 1930, la Belgique était toujours convalescente à la suite des destructions qu'elle avait subies durant la Première Guerre mondiale. À cette époque, la Belgique connaît un taux de chômage élevé après la Grande Dépression de 1929. En 1932, 23,5 % de sa population en âge d'être active se retrouve sans emploi. En raison de politiques inspirées du New Deal telles que le plan de Man (1933), ce taux fut ramené à 15 % (1937).

Les années 1930 connurent également une montée de partis autoritaristes et fascistes tant en Wallonie qu'en Flandre. Lors des élections législatives de 1936, l'un d'entre eux, le mouvement Rex, francophone, atteint 11,6 % des voix. Lors des élections de 1939, cependant, la plupart de ces partis d'extrême-droite perdent une bonne partie de leurs sièges qu'ils occupaient précédemment ce qui semblait augurer du retour à une stabilité politique en Belgique.

Neutralité vignette|gauche|Bunkers et défenses antichar de la ligne KW sur la Dyle construits fin 1939.

La Belgique ayant enduré d'importants dommages durant la Première Guerre mondiale, elle éprouvait une forte appréhension à l'idée de se voir une nouvelle fois enlisée dans un conflit européen. En , le Roi Léopold III réaffirme que la Belgique resterait neutre si une nouvelle guerre secouait l'Europe. Pour parvenir à cette fin, le gouvernement belge tenta un pas de retrait quant à différentes alliances. La Belgique quitta ainsi le traité de Locarno, dénonça les accords pris dans le cadre de l'accord militaire franco-belge de 1920 et obtint de l'Allemagne nazie une réaffirmation de cette neutralité en 1937. Durant cette période, l'armée belge fut totalement réorganisée pour ne plus constituer qu'une armée de défense et des travaux de modernisation et de fortification furent entrepris, particulièrement en Province de Liège à la frontière avec l'Allemagne.

Lors de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France à l'Allemagne en , le gouvernement belge lance, dans l'urgence, un programme de réarmement augmentant les structures défensives en créant, notamment, la ligne KW reliant la ligne de défense d'Anvers au sud, le long de la Dyle, juste à l'arrière de la position fortifiée de Liège.

La campagne des vignette|Soldats belges se rendant à des après l'attaque du fort d'Eben-Emael, le .

Lors de l'invasion de la Pologne en et malgré sa politique de neutralité, le gouvernement belge lança une mobilisation générale. En 1940, l'armée belge comptait, selon les sources entre six-cents et six-cent cinquante mille hommes soit près de 20 % de la population masculine de Belgique ce qui en faisait une armée quatre fois supérieure en nombre à celle du Corps expéditionnaire britannique dépêché en Belgique et deux fois supérieure aux Forces armées néerlandaises à cette époque.

L'invasion de la Belgique du , s'inscrit dans le cadre plus général du plan Jaune (fall gelb) allemand et est à l'origine de la bataille de France, de la bataille des Pays-Bas et de l'invasion du Luxembourg. Les fortifications belges du canal Albert, parmi les plus modernes en Europe, s'avérèrent inutiles. Le fort d'Eben-Emael, tenu par 1200 Belges retranchés, tomba en quelques heures, pris d'assaut par 67 Fallschirmjägers dont les planeurs s'étaient posés sur le fort même, de quoi faire percevoir aux alliés ce que signifiait le terme Blitzkrieg.

La plupart des Hawker Hurricanes de la base aérienne de Schaffen furent ainsi détruits au sol par la Luftwaffe, le .

vignette|gauche|Réfugiés belges en 1940.

Lors de la percée allemande de Sedan au travers des Ardennes belges réputées infranchissables, les défenseurs de la ligne KW furent débordés et durent se retirer le . L'avancée des troupes allemandes causa un mouvement de panique dans la population belge. Dès le , les routes menant à l'Ouest et permettant de fuir l'avance ennemie sont prises d'assaut par la population entravant les mouvements de troupes alliées se dirigeant au Nord et à l'Est. On estime à environ deux millions la population de civils belges à avoir opté pour l'exode (les histoires les plus affreuses circulaient à propos du comportement des nazis).

La politique de neutralité de la Belgique avait laissé la Belgique avec une armée obsolète, démodée et une aviation sous-équipée. La Belgique ne possédait que d'assaut français Renault AMC35 ACG1 étaient en service en 1940. L'Armée belge disposait également de blindés pour la plupart des T-13 et des T-15. et deux divisions de cavalerie qui, pour des raisons politiques, étaient considérées comme trop agressives pour une armée neutre. Son armée de l'air, réorganisée dans l'urgence en Défense aéronautique du territoire ou DAT en ne put sauver que 180 appareils de ses 234 avions en ordre de marche avant l'invasion.

Les militaires résistèrent aux troupes allemandes déferlant sur le territoire durant . Le , l'armée se retrouve confinée dans une petite poche cernée par la Lys. Après avoir tenté de négocier un cessez-le-feu le 27, le roi des Belges, en sa qualité de commandant en chef des armées, capitule sans condition. La campagne des a fait militaires et Quelque français et belges parvinrent à rallier l'Angleterre via Dunkerque. Mais la plupart des survivants furent envoyés en captivité en Allemagne, beaucoup de ces prisonniers de guerre ne revinrent que cinq années plus tard.

Après la reddition de l'armée belge, le gouvernement belge prit également le chemin de la France à Paris puis Bordeaux où il constitua un gouvernement belge en exil sous la houlette d'Hubert Pierlot. Après l'armistice signé par le gouvernement Pétain, le gouvernement belge part s'établir à Eaton Square, à Londres.

Reddition de Léopold III vignette|Léopold III, roi des Belges, passe en revue une colonne de chars d'assaut, avec celui qui devient le ministre belge de la Guerre, le général Denis, à sa gauche. vignette|gauche|Une pièce de monnaie belge de 25 centimes frappée durant la guerre et reprenant le monogramme de Léopold III de Belgique

Léopold III, le roi des Belges et le commandant en chef de l'armée, se rend personnellement aux forces allemandes le , et contrairement à l'avis émis par le gouvernement Pierlot, convaincu du fait que la cause alliée est perdue. Cette décision fut critiquée de manière cinglante par le premier ministre français, Paul Reynaud et par Hubert Pierlot lors d'une émission radiodiffusée le où il déclara que la déclaration de Léopold était « un événement sans précédent dans l'histoire. »

Le roi resta en Belgique durant la guerre en tant que prisonnier des Allemands tandis que le gouvernement s'exilait et continua de soutenir l'action militaire des alliés. À l'inverse, des Pays-Bas ou du Luxembourg où la monarchie fut réprimée ou regagna son gouvernement en exil, Léopold III resta en place, battit monnaie de son monogramme, durant toute l'occupation. Jamais cependant, il ne fut la cible de la résistance, cet état de fait expliqué par le slogan : « La Belgique est captive ! Longue vie à la Belgique ! Le roi est captif ! Longue vie au roi ! »

Tandis qu'il était retenu captif, il adressa un courrier à Adolf Hitler en 1942 par lequel on le dit avoir épargné à et enfants belges la déportation dans des usines d'armement en Allemagne. En , Léopold III rendit visite à Hitler au Berghof à Berchtesgaden où il intercéda pour la libération des prisonniers de guerre belges.

Après guerre, l'allégation selon laquelle la reddition de Léopold III fut un acte de collaboration déclencha une crise politique en Belgique connue sous le nom de la Question royale qui devait déterminer s'il pouvait reprendre place sur le trône, ce qui finalement conduisit à son abdication en 1951.

Occupation allemande

La vie en Belgique durant l'occupation vignette|Les bombardiers Lancaster de la RAF bombardant la ville de Saint-Vith dans les Ardennes belges en 1944.

La Belgique était placée sous une administration militaire (Militärverwaltung) placée sous le commandement d'Alexander von Falkenhausen et d'Eggert Reeder jusqu'en . Remplacés par la suite par le commissaire du Reich, Josef Grohé, jusqu'à la libération. Le Troisième Reich préleva le coût de l'occupation militaire auprès des Belges au travers de taxes tout en demandant également des contributions aux coûts engendrés par l'occupation extérieure (les taxes anti-bolcheviques). Au total, la Belgique fut forcée de verser près de la moitié de sa richesse intérieure pour subvenir à ces charges, soit un montant équivalent à de reichsmarks.

Comme partout en Europe, la nourriture, le fioul, les vêtements étaient strictement rationnés par les autorités allemandes. Malgré ce rationnement draconien, la nourriture et les fournitures de première nécessité dont la population aurait dû pouvoir bénéficier vinrent parfois à manquer. En marge de ceci existait un réseau de marché noir qui suppléait par de la nourriture vendue à prix d'or auprès de ceux qui pouvaient se le permettre.

L'information et la presse étaient strictement contrôlées par l'occupant et la divulgation des nouvelles soumise à la censure. La vente de journaux collaborationnistes comme Le Soir et de journaux de partis pro-collaborationnistes comme Le Pays réel resta cependant élevée. Un nombre important de journaux clandestins circulaient également dont La Libre Belgique qui atteignit un tirage de .

gauche|vignette|Un Belge déporté par le Service du travail obligatoire travaillant pour l'usine Siemens à Berlin en .