Le manuscrit Laon 239 est un livre de chant en grégorien sans ligne, attribué au et conservé dans la bibliothèque municipale de Laon.
Il s'agit de l'exemplaire restant et quasiment complet ; certaines parties furent perdues ; ainsi, il manque de chants à partir de la messe de saint Étienne (26 décembre) et avant la messe de sainte Agnès (21 janvier). du graduel romain noté le plus ancien, à savoir livre de chant accompagné des neumes selon le rite romainhttp://manuscrit.ville-laon.fr/_app/ms/OEB/Ms239/en_savoir_plus/en_savoir_plus_ms239.pdf. En dépit de cette ancienneté, le Laon 239 demeure l'un des manuscrits grégoriens les plus corrects.
Histoire Usage à la cathédrale
Avec certitude, le manuscrit Laon 239 était en usage au à la cathédrale Notre-Dame de Laon, en raison d'un certain nombre d'additions selon la liturgie propre de cette cathédrale à l'époque. De nombreuses modifications plus anciennes se trouvent également dans ce livre de chant afin d'adapter au répertoire, notamment celles du - 27. Toutefois, comme la cathédrale s'illustrait de ses archives riches dès la fin du , la possession de ce graduel aussi peut remonter à cette date, note n° 4. D'ailleurs, manquant de chants consacrés à saint Benoît de Nursie, il est évident que le livre n'était pas destiné au monastère.
Il est probable que le livre était encore actif, jusqu'au . En effet, à partir de ce siècle, la notation à gros carrés commença à remplacer les notations anciennes, qui étaient uniquement capable de servir à la répétition et à la mémorisation, en raison de sa petite taille. Devenu archaïque, le graduel était dorénavant conservé dans la cathédrale.
Quoique ce manuscrit fût considérablement endommagé à cause de l'humidité, Dom Joseph Pothier auprès de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes exécuta en 1869 son fac-similé à la main, pas totalement, mais à partir de la page 7p. 23 : « Le manuscrit original commence à la page 6. » jusqu'à l'alléluia du verset Redemptionem.
Le Laon Ms 239 est actuellement maintenu dans la bibliothèque municipale de Laon, sans quitter cette ville depuis plus de mille ans .
Redécouvert I : Paléographie musicale Le directeur de l'atelier de la Paléographie musicale, Dom André Mocquereau, choisit ce manuscrit pour la publication du tome X sorti en 1909. Faute de titre établi, le livre fut intitulé Antiphonale missarum Sanct Gregorii.
À cette époque-là, l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes rompait sa collaboration avec le projet pontifical de l'Édition Vaticane. En effet, non seulement la majorité de sa commission opposait le choix de Solesmes mais également la publication du graduel avait été effectuée en 1908 sans adopter les signes rythmiques développés par Dom Mocquereau, membre de la commission.
L'objectif de ce tome X était évident, car dans son avant-propos (p. 9 - 15), Dom Mocquereau ne parlait que de la caractéristique rythmique du chant grégorienp. 9 ; début d'avant-propos : « Plus que jamais la question du rythme des mélodies grégoriennes est à l'ordre du jour ; la récente publication du Graduel Romain — édition vaticane — n'a fait que l'aviver, la rendre plus urgente et plus pratique. ». En admettant que les manuscrits sangalliens, déjà publiés, soient « les documents rythmiques les plus parfaits et les plus intelligibles », le directeur soulignait :
Quand bien même la rythmique grégorienne ne serait qu'une théorie fausse et hypothétique sous influence de la musique contemporaine, cette publication contribua à améliorer la connaissance sur la valeur de ce manuscritIl n'est pas certain que cette publication ait été reconnue par le Vatican. Néanmoins, le Saint-Siège ratifia finalement ces signes rythmiques, avec un décret daté du 11 avril 1911. Désormais, les évêques pouvaient autoriser la reproduction de l'Édition Vaticane accompagnée de ces signes. Et Solesmes rétablit son soutien, en participant à la deuxième commission à partir de 1913 (Pierre Combe, Histoire de la restauration du chant grégorien d'après des documents inédits, Solesmes et l'Édition Vaticane, 1969, p. 458 et 462). La version révisée de cette publication de fac-similé est disponible depuis 1992 chez Éditions de Solesmes.
Redécouvert II : sémiologie grégorienne
À nouveau, un autre moine de Solesmes retrouva ce graduel, mais cette fois-ci, en tant que document invraisemblable.
Dans les années 1950, lorsqu'une nouvelle science sémiologie grégorienne naquit, le manuscrit Laon 239 devint source effectivement importante pour ses études. Car, Dom Eugène Cardine de Solesmes s'était aperçu que les neumes les plus anciens cachent une immense richesse de l'expression du chant grégorien, comme enregistrement écrit. Auparavant, un certain nombre de musicologues insistaient l'évolution du chant tardif, tels la plupart de membres de la première commission internationale pour l'Édition Vaticane (1904 - 1913). À la suite des études sémiologiques, les manuscrits plus anciens devinrent, au contraire, les plus purs, les plus corrects, grâce auxquels le chant grégorien put rétablir sa propre nature.
Certes, Dom Cardine aussi trouva les documents les plus importants dans des manuscrits issus de la famille sangallienne. Cependant, celui-ci n'oublia pas de consulter les meilleures notations d'autres traditions. Et, parmi eux, le Laon 239 était le premier : « Graduel écrit vers 930, aux environs de la ville. De récentes études ont révélé sa particulière valeur sur le plan rythmique. » Faute de temps, ce musicologue confia enfin les études de ce manuscrit important à ses élèves.
Thèses des étudiants de Dom Cardine Entre 1952 et 1984, Dom Eugène Cardine enseigna le chant grégorien auprès de l'Institut pontifical de musique sacrée à Rome. Comme ce professeur était capable de charger proprement aux élèves d'étudier la notation ancienne, les études concernant les neumes de Saint-Gall et de Laon furent aisément promues et avancées. Les thèses dirigées par Dom Cardine et achevées étaient si distinguées que la revue Études grégoriennes de Solesmes adopta certaines pour sa publicationhttp://gregofacsimil.free.fr/02-ARTICLES/Article-pdf/Dom_Jacques-Marie_Guilmard/JG-Cardine-Bibliographie-Studi-Gregoriani(2004).pdf. 1958 : Paul Ardogast, The small punctum as isolated note in codex Laon 239 (Études grégoriennes, tome III, p. 83 - 153, 1959) 1962 : Columbia Kelly, Fr. Vollaerts' two exceptions to his general rule of lenght for the Laon 239 virga. A criticism. 1970 : Lawrence Heiman, The rhythmic value of the final descending note after a punctum neums of codex 239 of the library of Laon. A paleographic-semiological study (Études grégoriennes, tome XIII, p. 151 - 224, 1972) 1973 : Carmelo Picone, Il salicus con lettere espressive nel codice di Laon 239 (Études grégoriennes, tome XVI, p. 7 -143, 1977) 1974 : Johannes Berchmans Göschl, Der isolierte Scandicus mit Neumentrennung nach der Kopfnote, verglichen mit dem isolierten Quilisma-Scandicus, im Lichte der Codices Ensiedeln 121 und Laon 239 Puis, Marie-Claire Billecocq leur succéda, en devenant spécialiste de ce manuscrit : 1971 : Graphie arrondie au début d'un neume dans le manuscrit de Laon 239 1975 : Lettres ajoutées à la notation neumatique du codex 239 de Laon (Études grégoriennes, tome XVII, p. 7 - 144, 1978) En tant qu'un des fondateurs de l'AISCGre créée en 1975, ce disciple de Dom Cardine prépara enfin, en faveur du Graduale Triplex sorti en 1979, les copies des neumes de Laon 239 requises. Et en 1981 encore, R. Maria Flossmann-Kraus acheva La virga strata, comparaison entre le codex Einsiedeln 121 et le codex Laon 239, auprès de l'Institut pontifical. Grâce à ces thèses, la connaissance concernant le manuscrit fut effectivement améliorée, y compris celle de sa lettre significative qui était considérée auparavant comme une particularité des neumes sangalliens.
Origine du manuscrit Manuscrit très ancien, et il n'y a pas de description par rapport à ce sujet dans le livre, il est difficile à déterminer son origine.
Dom Jacques Hourlier de Solesmes, expert des notations grégoriennes, résumait sa valeur, en soulignant la ville de Laon en tant qu'ancienne capitale de l'Austrasie et l'existence de l'école musicale :
Après avoir analysé le manuscrit en détail, chant par chant, Dom André Mocquereau aussi avait conclu en 1909 dans la Paléographie musicale tome X : « Au moment de réunir ces indices et de formuler la conclusion qui s'en dégage, nous sommes heureux de nous rencontrer avec l'auteur du Catalogue Général cité plus hautp. 17, note n° 1 : Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques des Départements, tome I, p. 149, 1849 ; selon toute vraisemblance, le manuscrit 239 « provient de Notre-Dame », c'est-à-dire de l'église cathédrale de Laon. »
Cependant, certains musicologues supposent de nos jours que ce manuscrit avait été copié à l'abbaye royale de Saint-Denis, avant l'usage à Laon.. En fait, le livre manifeste peu de localité. Celui-ci ne comporte comme saints locaux que saint pape Corneille, saint Cyprien de Carthage ainsi que saint Éloi de Noyon. Ceux qui sont certains, c'est un lien assez fort avec le roi Charles II le Chauve ayant considérablement renforcé l'évêché royal. Quoi qu'il en soit, Dom Jacques Hourlier, quant à lui, considérait qu'aurait apparu la notation la plus ancienne sous le règne de ce roi Charles, durant la seconde renaissance carolingienneJacques Hourlier, La notation musicale des chants liturgiques latins, p. 7.
Caractéristiques du manuscrit Témoignage de la composition au En raison de ses neumes vraiment développés et de la qualité de la notation, on attribuait parfois ce manuscrit au , tout comme pour le cantatorium de Saint-Gall (vers 922 - 925), le meilleur manuscrit grégorien. Car, les premiers neumes, assez primitifs, ne remontent qu'au milieu du . De nos jours, l'ancienneté de ce graduel devint indisputable. Ce grand témoignage indique que la composition du chant grégorien évolua très rapidement et s'acheva déjà dans ce siècle grâce à la Renaissance carolingienne, avant que le cantatorium sangallien ne soit copié.
Ainsi, dans ce manuscrit se trouve une seule grande lettre A majuscule illustrée et colorée. Il s'agit de la première lettre de l'introït Ad te levavi pour le premier dimanche de l'Avent . Il est vrai que cette lettre ressemble à celle de lettre A, initiale franco-saxonne, dans la seconde Bible de Charles le Chauve (vers 871 - 877) . Cela signifie une proximité géographique et chronologique entre ces deux manuscrits.
Puis, pour le verset Angelis suis mandavit de te lors de la célébration du de Carême, il s'agit en général d'un chant de la deuxième mode dans les manuscrits, y compris le cantatorium de Saint-Gall. Au regard du Laon 239, c'est un chant différent de la troisième mode.
Ensuite, Dom Mocquereau aussi avait trouvé une particularité de ce graduel :
Enfin, une autre ancienneté est l'indication topographique de la célébration papale, dans quelques rubriques avant les chants, vraisemblablement les copies d'un manuscrit romain. Ces rubriques précisaient les chapelles à Rome où le pape célébrait la messe : basilique Saint-Pierre pour Noël, basilique Saint-Jean-de-Latran lors du de Carême, basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs au samedi de la de Carêmep. 10 et 16. Par exemple,
Ce manuscrit répartissait donc la même caractéristique avec l'Antiphonaire de Compiègne (877 ?) .
Qualité des neumes rythmiques Comme déjà mentionné, avant que la sémiologie grégorienne ne distingue la qualité de précision rythmique de ce manuscrit, Dom André Mocquereau de Solesmes appréciait, au début du , ce caractère dans le tome X de la Paléographie musicale.
Mais, c'était surtout dès les années 1950 que les musicologues réussirent à rétablir correctement la nature authentique du chant grégorien, qui était devenu plain-chant après la Renaissance. La variété des neumes de Laon 239 contribua considérablement à restaurer la mélodie grégorienne, si rythmique.