Jules Delpit, né le à Bordeaux et mort le à Izon, est un historien et collectionneur français.
Connu pour son implication dans de nombreuses sociétés savantes, Delpit est le fondateur de la Société des Archives historiques de la Gironde, le cofondateur de la Commission de publication des Archives municipales de Bordeaux et le cofondateur de la Société des bibliophiles de Guyenne. Il a été un membre actif de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, de la Société Archéologique de Bordeaux, de la Société philomatique de Bordeaux et de la Commission des monuments historiques de la Gironde.
Biographie
Contexte familial Jules Delpit est le fils de Marie-Françoise Hélène Bensse et de Jean André Delpit, homme de loi et homme politique, qui fut avocat (de 1789 à 1793, mis hors la loi à la suite de la révolte que provoqua à Bordeaux le coup d’État du 31 mai 1793), administrateur du département de la Dordogne, membre du Conseil municipal (nommé en 1807), auditeur du Conseil d’État et sous-préfet par intérim (en 1811), conseiller à la Cour de Bordeaux (par la suite, lors de la réorganisation des cours impériales), président de la Chambre de la Cour de Bordeaux, administrateur de l'hospice des sourds-muets de Bordeaux, conseiller à la Cour de cassation (le ). Chevalier (en 1821) puis officier (en 1825) de la Légion d'honneur. À sa mort, en 1834 à Paris, son fils hérite de sa fortuneSoit .Catherine Delpit, Un collectionneur bordelais : Jules Delpit (1808-1892), Bordeaux, Université Bordeaux 3 (mémoire de maîtrise d'Histoire de l'art et archéologie), 1996, 3 vol. (81 f.) (45 f.) (non paginé)..
Jules Delpit est issu d’une famille d'érudits. Son cousin germain, Martial DelpitLeur grand-père commun est Jean Delpit., médiéviste, est l'auteur d'une Notice historique sur l’École des Chartes (1840). L'artiste bordelais Léo Drouyn est également son cousin par allianceAnne-Marie, l'épouse de Léo Drouyn, est la cousine germaine d'Emma, l'épouse de Jules Delpit (leur grand-père commun est M. Feuilletin)..
Formation Jules Delpit est d'abord élève du Collège royal de Bordeaux. Il valide ensuite une licence à l'École de droit de Paris, dont il sort en 1830, âgé de 22 ans. Il poursuit ses études à l’École des chartes, où il apprend la paléographie. En 1834, Delpit suit le cours de Benjamin Guérard en tant qu' et est ainsi pris de passion pour les choses du passé : c'est alors qu'il commence à étudier dans différents dépôts publics. Pendant ses études de paléographie, il se rend régulièrement à BordeauxC’est l’hypothèse de Charles Marionneau qui constate qu’à cette époque Delpit a écrit Essai sur les vins de Bordeaux, avec quelques observations sur la culture de la vigne (Bibliothèque du propriétaire rural, t. I, Paris, in-12, 1839) ainsi que Matériaux pour servir à l’histoire de la Guyenne (journal L’Indicateur, n° du 20 août 1841).Charles Marionneau, Jules Delpit 1808-1892, Bordeaux, G. Gounouilhou, 1892, 70 (Extrait du tome XXVII des Archives historiques du département de la Gironde).. Dès lors, il se voit confier de nombreux travaux de recherche. Il compose avec son cousin Martial la Notice d'un manuscrit de la bibliothèque de Wolfentbüttel (1841)Titre complet : Martial Delpit et Jules Delpit, Notice d'un manuscrit de la bibliothèque de Wolfenbüttel intitulé Recognitiones feodorum et où se trouvent des renseignements sur l'état des villes, des personnes et des propriétés en Guyenne et en Gascogne, au , Paris, Impr. Royale, 1841, 163 (Extrait de : Notices des manuscrits publiées par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, vol. 14)., travail sur les provinces méridionales aux qui sera couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. À cette même époque, Delpit est élève de d'Ansiaux, peintre d'Histoire et de portraits à Paris. Il développe ainsi des compétences en peinture et en sculptureIl reste à Izon un tableau signé de sa main en 1830 et un buste en terre-cuite représentant Jean Delpit, signé Jules Delpit en 1843..
Mission de repérage des archives en Angleterre Le est l'époque des travaux historiques, commandités par le ministre de l'Instruction publique, Villemain. En 1842, une lettre envoyée à Villemain recommande Delpit comme missionnaire d'une vaste entreprise : la publication de la Collection des monuments de l’histoire du Tiers-État. Au printemps de 1842, il s'agit pour Delpit de se rendre à Londres pour rédiger le catalogue des actes relatifs à l'histoire de France situés en Angleterre, concernant notamment l'histoire du Tiers-État et les relations politiques et commerciales entre ces deux pays. Il reprend alors le travail de Bréquigny, qui avait été missionné avant lui et était revenu en France en 1767. Delpit reçoit ses instructions d'Augustin Thierry, qui lui confie le dépouillement des Archives de la Guildhall ainsi que l'exploration des divers dépôts littéraires londoniens. Lorsqu'il trouve des documents liés à l'Histoire de France, il est tenu d'en transmettre les références à Augustin ThierryException faite pour la ville d'Amiens : il est demandé à Delpit de copier tout ce qui s'y rapporte. Au long de la mission, Augustin Thierry ne cesse de lui écrire depuis la France pour lui demander des précisions supplémentaires, notamment sur la constitution des villes de l'ancienne province de Guyenne et sur l'organisation des gouvernements municipaux avant 1789.. Celui-ci vérifie alors l'existence ou non d'exemplaires correspondants en France : si la France n'en possède pas, il revient à Delpit d'adresser à son commanditaire une copie desdites sources. Delpit effectue ainsi un travail de localisation des sources archivistiques visant à faciliter les études de futurs chercheurs, ce qui fait dire à Charles Marionneau que .
La mission de Delpit est toutefois semée d'embûches. Son travail est remis en cause par certains chercheursSelon Charles Marionneau, les critiques de ces chercheurs cachent en fait des intentions peu louables : ceux-ci voudraient garder pour eux l'exclusivité de la découverte de certaines sources, alors même que Delpit a déjà signalé la localisation des divers gisements de documents, sans avoir eu le temps de les décrire précisément., et, en 1843, une fois Delpit provisoirement rentré en France, Villemain finit par s'interroger sur la pertinence de le renvoyer en Angleterre. Toutefois, Augustin Thierry, qui accorde un fort crédit à Delpit et a besoin des résultats de ses recherches, tente de le convaincre de maintenir Delpit dans ses fonctions. Cette tentative n'empêche néanmoins pas le ministre de l'Instruction publique de refuser le départ pour Londres, en raison du caractère trop vague du projet. Enfin, en , Villemain change d'avis et permet à Delpit de poursuivre son catalogue en regagnant la capitale britannique.
Lorsque Delpit achève sa mission, fin 1843, il adresse son rapport au ministre de l'Instruction publique, qui lui retourne une appréciation très enthousiaste. Toutefois, ledit rapport doit être analysé par deux commissaires, qui eux prononcent un avis défavorable. Delpit décide alors de publier un ouvrage à ses frais, la Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre (1847), dans l'introduction duquel il exprime son indignation : « Vous nous privez volontairement de l’histoire de nos aïeux et des enseignements du passé. Que coûterait donc l’emploi permanent à Londres de deux ou trois de ces élèves de l’École des Chartes qu’on a leurrés jusqu’ici d’espérances qui ne se réalisent jamais ? Ne pourrait-on pas consacrer chaque année à l’impression d’un ou deux volumes de ces documents historiques une faible portion de l’argent qu’on emploie à publier les statistiques de nos étables et de nos basses-cours ? Nous tenons registre de la généalogie de nos chevaux, et nous ne voulons pas faire imprimer les titres de nos ancêtres ! ». Delpit s'engage donc pour la recherche malgré l'absence de financement, dans un désintéressement souvent rapporté par ses biographes. Selon Charles Marionneau, il avait pour habitude d'affirmer à ces proches : « À mes yeux le mérite porte sa récompense en lui-même ».
Retour en Guyenne et recherche locale Désillusionné, Delpit regagne la Guyenne, gagnant en indépendance mais menant une vie plus modeste. « Ce qui caractérise la longue et laborieuse vie de Jules Delpit, c’est son grand amour pour les études historiques et particulièrement celles relatives à son pays de naissance. » Effectivement, une fois retourné en ses terres, Delpit s'investit dans la recherche locale. En 1848, il devient membre de l'Académie de Bordeaux, dont il est élu secrétaire adjoint en 1849. Il en démissionne en 1865, à la suite du refus de l'Académie d'admettre Rosa Bonheur, une peintre décorée de la Légion d'honneur, comme membre honoraire.
En 1858, il fonde la Société des Archives historiques de la Gironde, dont il devient le secrétaire généralSa tâche est alors de rédiger les procès-verbaux de toutes les séances, d'accompagner de nombreuses pièces de notes historiques et biographiques, et de vérifier les épreuves de plus de vingt-cinq volumes in-quarto.. En 1865, il est l'un des fondateurs de la Commission de publication des Archives municipales de Bordeaux. En 1866, il participe à la fondation de la Société des bibliophiles de Guyenne, dont il est le président à plusieurs reprises. Il est aussi membre de la Société Archéologique de BordeauxSelon Philippe Tamizey de Larroque, dans Jules Delpit : notes biographiques et bibliographiques, Delpit prend même part à la fondation de la Société archéologique. Edouard Féret, lui, dans Nos notabilités du , ne signale Delpit que comme membre de ladite société., de la Société philomatique, ainsi que de la Commission des monuments historiques de la Gironde. Par ailleurs, il est président de la Société Archéologique de Bordeaux en 1974. Cette dévotion à la Gironde, Philippe Tamizey de Larroque la souligne encore en ces termes :
En Gironde, Delpit demeure à Izon, dans sa maison appelée Campagnard, aux côtés de sa mère, de sa compagne Emma, et de sa fille Madeleine. Il y vit de l'exploitation du domaine viticole d'Izon, géré par sa femmeIl produisait en 1870 plus de 150 tonneaux.. Delpit dessine lui-même le plan de cette maison, et aménage une grande galerie au rez-de-chaussée pour recevoir ses collections de peinture et de sculpture ainsi qu'une bibliothèque au premier étage. Il y regroupe beaucoup de documents, dans le projet de « provoquer la publication de nombreux manuscrits inédits qui serviront de preuves de l’histoire de Bordeaux et du département de la Gironde… ». Sa bibliothèque, regroupant 40 000 pièces du Jean Guérin et Bernard Guérin, Des Hommes et des activités autour d'un demi-siècle, Lormont, Société bordelaise d'éditions biographiques, 1957, « Delpit (Jacques-Jean-Jules) », ., est mise à la disposition de tous.
Regards sur l’œuvre La grande œuvre de la vie de Delpit demeure le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque municipale de Bordeaux. Commencé en 1844, ce n'est qu'en 1880 qu'il est achevé, en raison de nombreux ajournements et de lenteurs d'impression : c'est à 72 ans que l'auteur peut enfin adresser le premier volume à Albert Branderburg, le maire de Bordeaux. Delpit a aussi participé à l'élaboration du Livre des Bouillons, dans l'édition de 1867Selon Édouard Féret et Philippe Tamizey de Larroque, il en aurait même rédigé la préface. Ce n'est toutefois pas ce que mentionne le Livre des bouillons, dans sa note de bas de page p. XLII : « La ponctuation des textes, la rédaction des sommaires et la collation des épreuves sont dues à M. Jules Delpit, vice-président de la Commission... ».