La guerre d'Espagne (1936-1939), est considérée comme le conflit précurseur la Seconde Guerre mondiale.

La dictature, issue de la victoire armée des Nationalistes contre les Républicains, dirigée par le général Francisco Franco, est marquée par une position officiellement non belligérante pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce statut n'est pas reconnu par le droit international, mais implique en pratique une neutralité.

De fait, le régime de Franco apporte un soutien matériel et militaire aux puissances de l'Axe, en reconnaissance de l'aide reçue pendant la guerre d'Espagne, comme lors du bombardement de civils par les nazis de la ville basque de Guernica, popularisé dans le monde entier par le tableau de Picasso.

Cependant, malgré cette sympathie idéologique, l'Espagne n'entre pas dans la guerre comme un belligérant, et contrarie les volontés allemandes qui souhaitaient une neutralisation de Gibraltar. L'Espagne stationne également des forces armées dans les Pyrénées pour dissuader l'Allemagne d'occuper la péninsule Ibérique. Cette contradiction apparente peut s'expliquer par le pragmatisme de Franco et sa détermination à agir principalement dans l'intérêt de son régime face à la pression économique des Alliés, des exigences militaires de l'Axe, et à l'isolement géographique de l'Espagne.

Maquis espagnol Après la guerre d'Espagne, de nombreux partisans de l'ancien gouvernement républicain décidèrent de lancer un mouvement pour renverser Franco. Ces membres furent appelés le maquis espagnol. Plusieurs raids de guérilla furent lancés pendant la Seconde Guerre mondiale, la plupart d'entre eux se produisant en 1944. Un affrontement majeur se déroula dans le Val d'Aran dans les Pyrénées catalanes, où un grand groupe de rebelles attaqua et occupa brièvement la frontière nord-ouest avec la France. La bataille dura dix jours. Certains y font référence comme « La révolution espagnole » ou « La deuxième partie de la guerre civile ». L'histoire montre que ce fut le principal champ de bataille espagnol pendant la Seconde Guerre mondiale.

Politique intérieure Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Espagne était gouvernée par une dictature militaire, mais malgré les propres penchants supposés pro-Axe de Franco – mais celui-ci semble être un pragmatique– et sa dette d’honneur envers Benito Mussolini et Adolf Hitler, le gouvernement était divisée entre germanophiles et anglophiles. Lorsque la guerre débuta, Juan Beigbeder Atienza, anglophile, était le ministre des Affaires étrangères. L'avance rapide de l’Allemagne en Europe convainquit Franco de le remplacer, le , par Ramón Serrano Súñer, son beau-frère, germanophile convaincu. Après les victoires alliées en 1942 sur le front de l'Est et en Afrique du Nord, Franco changea de bord à nouveau, en nommant ministre Francisco Gómez-Jordana Sousa, sympathisant du Royaume-Uni. Un autre anglophile influent était le duc d'Albe, l'ambassadeur d'Espagne à Londres.

Volontaires thumb|Mémorial de la division Azul au Cimetière de La Almudena, à Madrid.

La principale participation de l'Espagne dans la guerre le fut via des volontaires. Ils se battirent pour les deux parties (Axe et Alliés), reflétant en grande partie les allégeances durant la guerre civile.

Volontaires espagnols au service de l’Axe Bien que l'État espagnol soit resté neutre tout au long de la Seconde Guerre mondiale, il était idéologiquement proche de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste. Il y avait aussi une « dette » pour l'aide que ces régimes avaient apportée à l'insurrection militaire espagnole. Lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique le , Franco, pressé par les Allemands, offrit de la main-d'œuvre espagnole pour aider au travail civil dans l’industrie de guerre et des militaires volontaires pour lutter contre les Alliés.

Cela fut accepté par Hitler et, en deux semaines, il y avait plus de volontaires que nécessaire pour former une division, la División Azul (Division bleue), sous le commandement d’Agustín Muñoz Grandes, comprenant aussi un escadron de l'armée de l'air, l'Escadron bleu. La Division bleue fut formée en Allemagne et servit avec distinction lors du siège de Leningrad, et notamment à la bataille de Krasny Bor, où de troupe espagnols du général Infantes firent refluer quelque Soviétiques. En octobre 1943, soumis à de fortes pressions diplomatiques des Alliés, la Division bleue reçut l’ordre de rentrer en Espagne, ne laissant qu’une force symbolique jusqu'en . Au total, environ Espagnols servirent sur le front de l'Est, la plupart comme engagés volontaires, et environ y laissèrent la vie. Le désir de Joseph Staline de vengeance contre Franco fut frustré lors de la conférence de Potsdam en , lorsque sa tentative de faire d'une invasion alliée de l'Espagne une priorité de l’ordre du jour de la conférence fut rejetée par Harry Truman et Winston Churchill. Las de la guerre et refusant de poursuivre le conflit, les deux convainquirent Staline de simplement mettre en place un embargo commercial complet contre l'Espagne.

Résistants espagnols au service des Alliés thumb|Mémorial aux exilés espagnols à la Plaine Saint-Denis, près de Paris, qui ont combattu dans de la guerre d'Espagne et la Résistance française. thumb|Les prisonniers antifascistes espagnols à Mauthausen déployant une banderole pour saluer les Alliés.

Après leur défaite dans la guerre civile espagnole, un grand nombre d'anciens combattants républicains et de civils partent en exil en France (épisode de La Retirada). Le régime de Vichy de Pétain les internera plus tard dans des camps de réfugiés, tels que le camp de Gurs, le camp d'Agde et le camp de concentration d'Argelès-sur-Mer, dans le sud de la France. Pour continuer la lutte contre les nationalistes de Franco en Espagne et le fascisme d'Hitler en Europe, beaucoup rejoignent la Légion étrangère française au début de la Seconde Guerre mondiale, et constituent une part importante de celle-ci. républicains espagnols servent ainsi dans la de la LégionBeevor, Antony. (2006). The Battle for Spain. The Spanish Civil War, 1936–1939. Penguin Books. London. . Autour de soixante mille Espagnols rejoignent la Résistance française, la plupart du temps comme guérilleros, certains continuant également la lutte contre FrancoCrowdy, Terry (2007). French Resistance Fighter: France's Secret Army. Oxford: Osprey Publishing. . Dans la zone libre, certains quittent les Compagnies de travailleurs étrangers auxquelles ils avaient été affectés pour rejoindre les maquis, comme ceux qui ont constitué le bataillon espagnol du maquis des Glières. De plus, plusieurs milliers rejoignent les Forces françaises libres et se battent contre les puissances de l'Axe. Près de servent dans la DB française du général Leclerc, beaucoup d'entre eux venant de l'ancienne colonne DurrutiLe nombre d'Espagnols qui servirent dans la DB française reste incertain. L' (1949) avance le chiffre d'un peu moins de 300 combattants.. La 9e compagnie blindée est quant à elle composée presque entièrement de vétérans républicains espagnols. La Nueve, emmenée par le colonel Raymond Dronne, est la première unité militaire alliée à entrer dans la ville de Paris dès sa libération en .

À l'Est, l'Union soviétique reçut d’anciens Espagnols pro-républicains, des dirigeants communistes et de gauche, et des enfants de familles républicaines évacués. Lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique en 1941, beaucoup, comme le général Enrique Lister, rejoignirent l'Armée rouge. Selon l'historien britannique Anthony Beevor, 700 républicains espagnols servirent dans l'Armée rouge et 700 autres opéraient comme des partisans derrière les lignes allemandes.

Des individus isolés, comme l’agent double Joan Pujol Garcia (alias « Garbo » pour les Alliés), travaillèrent également pour la cause alliée.

Diplomatie Initialement, l'Espagne favorisa les puissances de l'Axe alors victorieuses. En dehors de l'idéologie, l'Espagne avait une dette envers l'Allemagne de l'équivalent de 212 millions de dollars pour les fournitures de matériel pendant la guerre civile. En , après la chute de la France, l'ambassadeur d'Espagne à Berlin présenta un mémorandum dans lequel Franco déclarait qu'il était .

thumb|Franco avec Karl Wolff et Himmler le 20 octobre 1940 à Madrid.

Dans un premier temps, Adolf Hitler ne donna pas suite à l'offre de Franco, car les dirigeants de l'Allemagne étaient convaincus de la victoire finale. Plus tard, en septembre, lorsque la Royal Air Force démontra sa capacité de résistance et fit échec à la Luftwaffe dans la bataille d'Angleterre, Hitler promit à Franco de l’aide en échange de son intervention active. Cela faisait partie d'une stratégie visant à prévenir l'intervention alliée dans le nord-ouest de l'Afrique. Hitler promit que et reconnaîtrait les revendications espagnoles sur le territoire français au Maroc, en échange d'une part des matières premières marocaines. Franco répondit chaleureusement, mais sans engagement ferme.

Les médias phalangistes agités par l'irrédentisme, réclamèrent pour l’Espagne la Navarre française, le Pays basque français et le Roussillon (Catalogne française) égalementSerrano Suñer, tragedia personal y fascismo político, Javier Tusell, El País, 2 September 2003: "Serrano ante él [Hitler] llegó a sugerir que el Rosellón debia ser español, por catalán, y que Portugal no tenía sentido como unidad política independiente."El último de los de Franco, Santiago Pérez Díaz, El País 7 September 2003.

Hitler et Franco se rencontrèrent à Hendaye, ville française en zone occupée et frontalière avec l'Espagne, le pour fixer les détails d'une alliance. À cette époque, les avantages étaient devenus moins clairs pour les deux parties. Franco exigeait trop d’Hitler. En échange de l'entrée en guerre aux côtés de l'alliance de l'Allemagne et de l'Italie, Franco, entre autres choses, demanda des fortifications lourdes des îles Canaries ainsi que de grandes quantités de céréales, de carburant, des véhicules armés, d'avions militaires et d'autres armements. En réponse aux demandes quasi impossibles à satisfaire de Franco, Hitler le menaça d’une possible annexion du territoire espagnol par la France de Vichy. À la fin de la journée, aucun accord ne fut conclu.

Quelques jours plus tard en Allemagne, Hitler eut cette réplique célèbre avec Mussolini, . Il y a un débat historique pour savoir si Franco avait surestimé sa position en exigeant trop d’Hitler pour l'entrée de l'Espagne dans la guerre, ou s’il avait délibérément contrecarré le dictateur allemand en fixant le prix de son alliance à un niveau irréaliste sachant très bien qu’Hitler refuserait ses demandes et empêcherait l'Espagne d'entrer dans une autre guerre dévastatrice. En outre, le chef de l'Abwehr, Wilhelm Canaris, qui avait secrètement transmis des informations à Franco sur les plans allemands, pourrait avoir convaincu Franco de ne pas accepter les exigences d'Hitler.

L’Espagne dépendait pour son approvisionnement en pétrole des États-Unis, et les États-Unis acceptèrent d'écouter les recommandations britanniques à ce sujet. En conséquence, les Espagnols furent informés que les fournitures seraient limitées, mais avec une réserve de dix semaines. Faute d'une marine puissante, toute intervention espagnole s'appuierait, inévitablement, sur la capacité allemande à fournir du pétrole. Comme certaines activités allemandes s'appuyaient déjà sur les réserves françaises de pétrole saisies, les besoins supplémentaires de l'Espagne étaient un fardeau inutile.