alt=En 1988, avant que l'Organisation mondiale de la santé ne décide d'éradiquer la poliomyélite, elle était endémique dans 175 pays et territoires différents. En 2023, elle n'était endémique que dans deux pays : l'Afghanistan et le Pakistan.|vignette|Cartes du monde des pays où la poliomyélite est endémique en 1988 (avant la décision de l'Organisation mondiale de la Santé) et en 2023. Léradication de la poliomyélite est l'ensemble des efforts entrepris pour faire disparaître la poliomyélite du monde entier. Décidé en 1988, lors d'une assemblée générale des pays membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ce projet d'initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite reposait principalement sur le vaccin oral contre la poliomyélite. Il était destiné à tous les enfants de moins de de tous les pays où sévissait encore la poliomyélite, soit près de avec cas annuels à cette date.
L'objectif d'éradication est fixé initialement pour l'année 2000 et plusieurs fois repoussé (2005, 2010...) à cause de difficultés socio-politiques sur le terrain ou de problèmes de stabilité du vaccin. Malgré cela, la réduction de la polio est réalisée à plus de 99 %, avec une centaine de nouveaux cas mondiaux par an depuis 2015..
Des trois types de virus polio sauvages, le type 2 a été certifié éradiqué en 2015 (dernier cas en 1999) et le type 3 en 2019 (dernier cas en 2012). Des difficultés persistent pour atteindre l'éradication totale et définitive : en 2023, le type 1 sauvage persiste en Afghanistan et au Pakistan, et des virus vaccinaux types 1 et 2 circulent toujours dans plus d'une vingtaine de pays, surtout africains.
Cette campagne marathon, qui dure depuis plus de trente ans, a été qualifiée de , car pratiquement absente de la scène médiatique, et donc largement ignorée du public. Lorsque la poliomyélite sera éradiquée, elle sera la troisième maladie à l'être après la variole et la peste bovine.
Faisabilité de l'éradication L'éradication mondiale d'une maladie a longtemps été considérée comme utopique, plus par les médecins que par les vétérinaires. En effet, depuis la fin du , notamment par abattage, les vétérinaires avaient éradiqué plusieurs maladies du bétail d'Europe ou d'Amérique du Nord. Les médecins eux ne connaissaient que des échecs (tentatives contre l'ankylostomose, la fièvre jaune, le paludisme…) ou des semi-succès inachevés (pian), jusqu'à l'éradication mondiale de la variole proclamée en 1979.
Cette réussite encourage à se tourner vers d'autres maladies, et les bons résultats inattendus dans l'élimination de la poliomyélite dans des pays pauvres d'Amérique Latine attirent aussitôt l'attention. Un programme d'éradication de la polio aux Amériques est lancé en 1985 et s'achève avec succès en 1994. Le continent américain est le premier à se débarrasser de cette maladie.
La polio remplit plusieurs conditions qui rendent l'éradication envisageable : comme la variole, c'est une maladie strictement humaine, il n'existe pas de réservoir animal, domestique ou sauvage ; elle est donc plus facile à maîtriser et à cerner ; les épidémies et la maladie se manifestent de façon assez évidente ; elle est donc facile à surveiller ; il existe un vaccin oral, efficace, peu coûteux, facile à administrer (2 à 3 gouttes directement dans la bouche). Toutefois, la polio présente une difficulté supplémentaire : contrairement à la variole, il existe des porteurs sains, ou des infectés sans aucun symptôme, susceptibles d'être facteurs de transmission de façon imprévisible. Il existe d'autres difficultés liées à l'utilisation du vaccin oral mais la réussite aux Amériques montre qu'il est possible de les surmonter.
En , l'assemblée générale des pays membres de l'OMS adopte la résolution d'éradiquer la poliomyélite dans le monde entier pour l'an 2000, c'est la Global Polio Eradication Initiative ou l'Initiative pour l'éradication mondiale de la polio.
Lancement de la campagne La campagne met en jeu des acteurs et un vaccin.
Acteurs L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) assure la direction en tant que cadre fédérateur, coordonnant l'ensemble des acteurs. vignette|Mia Farrow, ambassadrice de l'UNICEF, porte un enfant destiné à être vacciné contre la polio (Bangui, 2008). Le financement au départ est principalement fourni par le Rotary international. Plus d'un million de rotariens sont engagés dans le monde pour obtenir des subventions. Le Rotary joue un rôle décisif en faisant contribuer le Congrès Américain. Plusieurs gouvernements apportent leurs contributions, les plus importantes (de l'ordre de 20 à d'USD) étant celles des États-Unis, du Royaume-Uni, du Japon, des Pays-Bas, de l'Allemagne et du Danemark. Certaines contributions sont spécifiques, par exemple celles de l'Australie (1,5 million d'USD pour la Chine), du Canada ( d'USD pour le Nigeria), de l'Italie (1 million d'USD pour l'Inde), ou du Japon ( d'USD pour six pays).
L’UNICEF se charge d'obtenir les vaccins. Elle joue le rôle de centrale d'achat : appels d'offres, négociations sur les quantités et les prix auprès des fabricants. Ces processus se déroulent avec des prévisions et planifications sur 2 à , ce qui permet des relations de confiance, en incitant les fabricants à investir pour répondre aux besoins. Le deuxième rôle de l'UNICEF est d'assurer le stockage et l'acheminement, la chaîne du froid du vaccin. Enfin l'UNICEF se charge de la formation du personnel sur le terrain et la sensibilisation des populations.
Dans les années 1980, il y avait une vingtaine de producteurs agréés de vaccin oral contre la polio. Différents processus d'abandons, fusions ou concentrations, ont fait que le principal et dominant fournisseur est resté Aventis Pasteur Limited (devenu Sanofi après 2004), réunissant les anciens laboratoires Connaught du Canada, et Pasteur-Mérieux de France. En 1999, Aventis Pasteur fait un don de de doses pour cinq pays africains.
L'expertise et le soutien technique sont apportés par les Centers for Disease Control (CDC) des États-Unis. Leur laboratoire central chapeaute et coordonne le réseau mondial de près de 150 laboratoires de virologie nationaux et régionaux (il s'agit de région OMS, correspondant à un continent).
Enfin, la campagne est parrainée par des personnalités connues du grand public comme le mannequin Claudia Schiffer, la championne de tennis Martina Hingis, l'acteur Roger Moore ou l'actrice Mia Farrow.
Vaccin oral vignette|En Europe, le vaccin oral contre la polio, destiné aux enfants, était souvent déposé sur un morceau de sucre (Royaume-Uni, probablement début des années 1960). Le vaccin choisi au départ est le vaccin oral trivalent contre la polio, efficace contre les types 1, 2 et 3 du virus. Il s'agit d'un vaccin vivant, constitué des trois types atténués du virus. Il se présente en flacon buvable d'une vingtaine de doses, à partir duquel on peut verser une dose (deux gouttes) directement dans la bouche. Ce type de vaccin a été utilisé en France de 1962 à 1982, jusqu'en 1996 pour le Canada, 1999 pour les États-Unis, 2004 pour le Royaume-Uni.
Comme les autres vaccins vivants, il n'a pas besoin de conservateur, ni d'adjuvant, il peut présenter des traces d'antibiotiques utilisés dans le processus de production. Le chlorure de magnésium est utilisé comme stabilisant, il permet au vaccin de garder plus longtemps ses propriétés. Plusieurs doses sont nécessaires pour une protection complète : à la première dose 50 % des enfants sont protégés, et 95 % après la troisième.
Avantages Ses avantages sont multiples. D'abord son faible coût ( la dose en 1995), auquel il faut ajouter le coût du transport et de la conservation (chaine du froid). Ensuite sa facilité d'administration (vaccin buvable), quelques minutes d'explications suffisent à former un vaccinateur. Enfin son efficacité, il confère rapidement une immunité intestinale. Les virus vivants atténués sont évacués avec les selles dans le milieu extérieur. Ils peuvent infecter (vacciner indirectement) les contacts familiers et communautaires, ce qui est utile en situation épidémique. Toutefois, cette efficacité peut être diminuée en cas d'infection intestinale, de diarrhées, de troubles immunitaires et nutritionnels, plus fréquents dans les pays en voie de développement.
Inconvénients Les principaux inconvénients du vaccin oral sont le manque de stabilité à la chaleur et le risque d'instabilité génétique.
Très sensible à la chaleur, il est progressivement inactivé, avec une perte d'efficacité significative après 24 heures à température ambiante (tropicale). Il est congelé pour les stockages de longue durée. Après décongélation, il peut être conservé entre + 2 et + pendant trois semaines (au début de la campagne), des améliorations ultérieures permettront de porter cette durée jusqu'à 6 ou . Chaque flacon porte une pastille-thermomètre garantissant le respect de la chaine du froid.
Il existe un risque d'instabilité génétique. Les virus polio atténués, comme les virus polio sauvages, sont des virus à ARN qui se répliquent avec un taux de mutation élevé, et qui peuvent se recombiner avec d'autres entérovirus. Un risque de retour à la virulence est possible (virus révertant), de l'ordre de un cas de polio vaccinale sur à de doses. Néanmoins, ce faible risque devient significatif lorsque les cas de polio sauvage s'approchent de zéro, ce qui explique l'abandon progressif du vaccin oral dans les pays développés.
Principes de la campagne Les objectifs et les stratégies mises en œuvre se basent sur l'expérience acquise lors de l'éradication de la variole puis de la polio alors en cours dans les Amériques. Ils sont au nombre de quatre : atteindre et maintenir une couverture vaccinale élevée des nourrissons, dite de routine ; réaliser des journées nationales de vaccination, dites supplémentaires, pour tous les enfants de moins de ; effectuer des campagnes locales et ciblées au porte-à-porte, dites « mopping up » (nettoyage, ratissage) ; développer un système de surveillance virologique et des cas suspects.
Maintien de la couverture vaccinale de routine Elle est nécessaire pour contrôler la maladie, en immunisant toutes les nouvelles classes de naissances. Cette vaccination se fait au moins en trois doses, à 6, 10 et d'âge. Elle vise à reproduire une immunité naturelle qui se fait en pays d'endémie. On sait que cette stratégie a permis de contrôler la maladie (diminution des cas), voire de l'éliminer dans des pays développés.
Toutefois, l'expérience de la variole a montré qu'une telle stratégie est insuffisante dans les pays pauvres, car il ne s'agit plus d'écarter la maladie, mais bien de l'éradiquer mondialement. L'objectif est alors l'interruption totale de toutes les transmissions, y compris dans les régions les plus reculées, en ne laissant aucun foyer d'où la polio pourrait resurgir ; d'où la nécessité d'activités supplémentaires.
Journées nationales de vaccinations L'exemple est venu de Cuba qui, à partir de 1962, a su éradiquer la polio en quelques années, par des Journées Nationales de Vaccinations. Cette stratégie a été reproduite avec succès par le Brésil, le Mexique et le Costa Rica, pour devenir une référence lors de l'éradication aux Amériques, et désormais de l'éradication mondiale.
Cette stratégie consiste en deux campagnes de courte durée (un à trois jours) espacées de 4 à , et à réaliser chaque année. Il s'agit de donner une dose de vaccin oral à tous les enfants de moins de , renouvelée à la , quel que soit leur statut vaccinal antérieur. Une telle organisation demande des efforts considérables : stockage durable et distribution efficace de vaccins de bonne qualité. Elle n'est possible que par un soutien politique des gouvernants et un engagement communautaire (formation de personnels, bénévolat, implication ou au moins acceptation de la population).
Ciblages au porte-à-porte