La Toyota TF110 est une monoplace de Formule 1 conçue par l'ingénieur français Pascal Vasselon pour le compte de l'écurie japonaise Toyota F1 Team, dans le cadre du championnat du monde de Formule 1 2010. Elle est équipée d'un moteur V8 Toyota RVX-09 et de pneumatiques Bridgestone. Elle n'a jamais été engagée en Grand Prix et n'a effectué qu'un déverminage sur le parking de l'usine de Toyota Motorsport à Cologne, en , aux mains du pilote japonais Kazuki Nakajima.

Le , trois jours après la dernière manche du championnat du monde de Formule 1 2009, disputée à Abou Dabi, Toyota annonce la fin de son engagement en Formule 1, après avoir un temps envisagé de continuer jusqu'en 2012, justifiant des conditions économiques rendues difficiles par la crise économique mondiale de 2008 et une perte nette de .

La Toyota TF110 se distingue par un double diffuseur au concept considéré comme étant le plus jamais conçu en Formule 1 et par un nez surélevé. D'après les simulations aérodynamiques, Pascal Vasselon et le pilote allemand Timo Glock, qui a développé la TF110 en simulateur, cette dernière aurait pu permettre à Toyota de remporter ses premières victoires en Formule 1, voire de disputer le titre mondial.

À la suite du retrait de Toyota, plusieurs structures tentent de racheter la propriété intellectuelle et le châssis de la TF110. Le projet le plus abouti est celui de l'écurie serbe Stefan GP, qui a obtenu un partenariat technique incluant la mise à disposition de la monoplace , de deux souffleries et de l'usine de Toyota Motorsport à Cologne. Néanmoins, Stefan GP n'est pas autorisé par la Fédération internationale de l'automobile à intégrer le championnat du monde de Formule 1 2010. D'autres écuries, comme Durango Automotive et Hispania Racing F1 Team, mais aussi le manufacturier de pneumatiques italien Pirelli, échouent à reprendre la TF110.

Contexte et développement Toyota, huit saisons en Formule 1 (2002-2009) vignette|gauche|alt=Photo d'une monoplace rouge et blanche dans une exposition.|La Toyota TF102, première monoplace engagée en Formule 1, en 2002. Malgré de nombreux essais menés, elle diffère totalement du prototype TF101. En , le constructeur japonais Toyota, qui a connu le succès avec sept titres pilotes et constructeurs en champion du monde des rallyes et un engagement aux 24 Heures du Mans, annonce sa participation au championnat du monde de Formule 1 2001. La nouvelle écurie, Toyota F1 Team, est installée à Cologne où étaient menés les programmes de rallye et d'endurance, dans une usine disposant d'une soufflerie et d'infrastructures permettant le développement de moteurs, de boîtes de vitesses et de pièces détachées .. Néanmoins, alors que Toyota prévoyait de concevoir un moteur V12, le bannissement de cette technologie par la Fédération internationale de l'automobile pousse le constructeur à reporter son arrivée en Formule 1 à 2002 ...

Après une année d'essais menés en au volant du prototype TF101 et forte d'un budget parmi les plus importants de la discipline, Toyota rejoint le championnat en , avec le débutant britannique Allan McNish, riche de son expérience de pilote d'essai, et l'expérimenté finlandais Mika Salo qui marque deux points dans les trois premières courses. Ces bons débuts poussent Toyota à ambitionner la sixième place au championnat du monde des constructeurs. Or l'écurie, dont le personnel n'a pas l'expérience de la Formule 1, ne développe pas suffisamment la Toyota TF102 et termine à la neuvième place, sans marquer plus de points. Si McNish et Salo sont remplacés par Olivier Panis et Cristiano da Matta, Toyota ne se classe que huitième du championnat des constructeurs en 2003.

Le directeur technique Gustav Brunner est remplacé par Mike Gascoyne, en provenance de Renault, tandis qu'Ove Andersson est remplacé par John Howett à la présidence de l'écurie. Ce dernier, empreint de la culture d'entreprise propre à Toyota, réclame des économies budgétaires , alors que Gascoyne est conscient qu'investir de l'argent dans le développement de l'équipe améliorera ses performances sur la piste. La saison 2004 se solde par une nouvelle huitième place au classement mondial des constructeurs, par le départ à la retraite de Panis et par l'éviction de da Matta.

vignette|gauche|alt=Photo d'une monoplace rouge et blanche, exposée.|La Toyota TF105, engagée en 2005, est la monoplace la plus performante de l'histoire de l'écurie japonaise en Formule 1.

Pour 2005, la Toyota TF105 est confiée à Jarno Trulli et Ralf Schumacher ; ils obtiennent les cinq premiers podiums de l'écurie japonaise qui se hisse à la quatrième place du championnat des constructeurs. Néanmoins, peu après le début de la saison 2006, Mike Gascoyne, limogé, est remplacé par Pascal Vasselon : la TF106, censée se battre pour des victoires en course, s'avère rapidement décevante, et il est reproché à l'ingénieur britannique des méthodes décisionnelles trop rapides qui ne correspondent pas à la , la culture d'entreprise du constructeur japonais qui impose de suivre un processus spécifique avant de prendre une décision. L'écurie japonaise, qui doit également composer avec les nouveaux pneumatiques Bridgestone et la règlementation technique qui impose des moteurs V8, chute à la sixième place du championnat des constructeurs en 2006 et 2007.

En 2008, Ralf Schumacher est remplacé par Timo Glock ; avec Jarno Trulli, l'Allemand permet à Toyota d'obtenir la cinquième place du championnat des constructeurs. En 2009, la TF109 équipée du double diffuseur, comme la Brawn BGP 001, se révèle performante et obtient trois podiums lors des quatre premières manches. Cependant, des résultats irréguliers, tant en qualifications qu'en course, font stagner Toyota à la cinquième place finale.

Fin 2009 : fin de l'engagement en Formule 1 À la fin de l'année , Honda, le principal concurrent de Toyota au Japon, annonce se retirer de la Formule 1 en raison de la crise économique mondiale. Toyota réfléchit à faire de même, avant de prolonger son partenariat avec Panasonic, son principal commanditaire, pour . Le constructeur japonais a cependant réalisé d'importantes coupes budgétaires en réduisant son budget à environ , en se séparant de dizaines d'employés intérimaires et en renonçant à organiser le Grand Prix du Japon sur son circuit du Mont Fuji. Toutefois, Toyota réfléchit, en , à se désengager de la discipline en raison de la crise et des coûts importants qu'impose la Formule 1 : en huit saisons, Toyota est l'écurie qui a dépensé le plus d'argent, environ trois milliards de dollars. Dans le même temps, le constructeur met fin à son partenariat avec Williams auquel il fournissait ses moteurs depuis 2007...

Le lendemain de l'ultime manche du championnat, à Abou Dabi, la presse japonaise affirme que la direction de Toyota réunit, le à Tokyo, un comité extraordinaire dans l'optique de mettre fin à sa participation en Formule 1, alors que l’écurie serait en discussion avec Kimi Raïkkönen, Robert Kubica et Kamui Kobayashi pour piloter la TF110. À cette date, son président, Akio Toyoda, officialise la fin de l'engagement du constructeur japonais en Formule 1 après avoir, un temps, envisagé de continuer jusqu'en 2012.. Il s'agit du troisième constructeur à se retirer en douze mois, après Honda et BMW.. Toyota, dont les ventes de voitures ont baissé de au premier semestre 2009 pour une perte estimée à plus de , préfère se recentrer sur son activité principale, tout en continuant à participer à des compétitions de niveau inférieur pour soutenir la carrière de jeunes pilotes....

Quelques jours plus tard, des rumeurs affirment que Toyota souhaite vendre les plans et la propriété intellectuelle de la Toyota TF110, développée depuis plusieurs mois et désormais fin prête. Les clients potentiels sont USF1 et Manor Motorsport, deux écuries désireuses d'intégrer le championnat du monde de Formule 1 en 2010. Une équipe, dont l'identité n'a pas été révélée, a fait une offre de rachat que Toyota a rejetée, profitant de l'occasion pour démentir tout projet de vente de sa monoplace...

Conception de la monoplace Aspects techniques vignette|gauche|alt=Photo d'une monoplace noire, vue de l'avant.|La Toyota TF110 est la monoplace de l'écurie japonaise ayant le plus grand empattement. vignette|alt=Photo d'un capot moteur de couleur noire, qui surmonte des pontons de monoplace.|Le capot moteur de la Toyota TF110. La TF110 est conçue sous la direction de l'ingénieur français Pascal Vasselon, alors directeur technique de Toyota F1 Team, qui la définit comme . D'une masse de avec son pilote et de lest, longue de et large de , elle est dotée d'un châssis monocoque composite moulé en fibre de carbone. Son empattement est de , de plus que sa devancière, afin de satisfaire à la réglementation technique qui interdit désormais les arrêts-ravitaillements en course, et pour éviter un échauffement excessif des pneumatiques, le principal défaut de la TF109. Deux exemplaires de la TF110 ont été construits...

La monoplace est propulsée par un moteur V8 Toyota RVX-09 de de de cylindrée. La transmission est assurée par une boîte de vitesses, en titane, longitudinale semi-automatique séquentielle à sept vitesses, conçue en interne. En raison de l'interdiction des ravitaillements en course et de la place accrue prise par le réservoir de à l'intérieur de la monoplace, le canal de refroidissement de la boîte de vitesses a été placé au-dessus de celle-ci, à l'image de la Red Bull RB6.

Les disques de frein en carbone sont conçus par Brembo et Toyota tandis que les pneumatiques, montés sur des jantes BBS, sont fournis par Bridgestone. McLaren Electronics System et Microsoft fournissent les composants électroniques.

vignette|gauche|alt=Photo d'une partie d'un pneu et des petites ailettes composant un diffuseur.|Le diffuseur de la Toyota TF110. vignette|alt=Photo d'un aileron avant surmonté d'un museau de monoplace surélevé, le tout de couleur noir|Le museau surélevé de la Toyota TF110.

Aérodynamiquement, la TF110 est, selon Pascal Vasselon, une évolution de la TF109. Elle arbore un double diffuseur arrière à la conception selon Vasselon et considéré comme le plus perfectionné de l'époque. Ce diffuseur dispose de petites ailettes autour des conduits de freins et de déflecteurs sur la partie supérieure du diffuseur. Ce double diffuseur, conçu par l'Italien Giuseppe Azzollini, se retrouvera sur la Ferrari F10B, l'ingénieur étant recruté par la Scuderia Ferrari à la suite du désengagement de Toyota. À l'avant, la TF110 se distingue par un museau très élevé qui permet d'optimiser le flux d'air circulant autour de la voiture, et qui a été imité sur la BMW Sauber C29.

Les suspensions adoptent une structure classique, avec une double triangulation superposée, moulée en fibre de carbone. Elles sont dotées de poussoirs et d'un basculeur avec une barre de torsion. L'innovation réside cependant dans l'utilisation d'un inerter Cambridge, dont le dispositif a été testé, tout comme les triangles de suspension arrière, sur la Toyota TF109 en fin de saison 2009. En outre, Toyota a rehaussé les triangles de suspension inférieurs et réduit l'écart entre les triangles. Cela permet de perfectionner l'élasto-cinématique des essieux de la TF110, tout en rendant les suspensions moins rigides. Les amortisseurs sont fournis par Öhlins.

Estimation de performances Selon l'ancien pilote Toyota Timo Glock, les données virtuelles de la TF110 recueillies au moment de sa conception laissaient à penser que la firme nippone aurait pu se battre pour le titre. L'Allemand affirme savoir par , qui avait gagné cinq Grands Prix en 2010. Glock, qui a passé beaucoup de temps dans le simulateur pour développer la TF110, explique que celle-ci a été conçue pour être adaptée à son style de pilotage et que l'Allemand aurait pu remporter des courses, voire se mêler à la lutte pour le titre de champion du monde..