Le génocide arménien dans la culture représente l'ensemble des œuvres artistiques représentant le génocide arménien depuis 1915, notamment en peinture, en littérature, en musique et au cinéma. Architecturalement, il existe des dizaines de mémoriaux du génocide arménien à travers le monde.
L'un des exemples les plus anciens d'une œuvre d'art relative au génocide arménien est une médaille frappée à Saint-Pétersbourg en 1915. Depuis, de nombreuses médailles ont été émises dans différents pays, en mémoire du génocide.
Peinture vignette|Arshile Gorky, Le peintre et sa mère, 1926-1936 Les tableaux du peintre Arménien-Américain Arshile Gorky, une figure phare de l'expressionnisme abstrait, sont considérés comme très représentatifs de la compassion pour la souffrance du peuple arménien durant la période du génocide.. En 1915, à l'âge de 10 ans, Gorky s'est enfui de la ville de Van en Turquie pour l'Arménie russe avec sa mère et ses trois sœurs. Sa mère est morte durant la famine de 1919 à Erevan. Son tableau Le peintre et sa mère évoque ce sujet.
vignette|Arshile Gorky, La charrue et la chanson (1946)Une étude de son tableau La charrue et la chanson de 1946, révèle des thèmes centraux que sont la souffrance et la perte d'un être, de la famine et de la faim, de la nostalgie culturelle à travers ses formes curvilignes représentant la fertilité et la nature La charrue et la chanson (The Plough and the Song), 1946. The Art Institute of Chicago. <https://www.artic.edu/aic/collections/artwork/16964> À travers des couleurs chaudes et terreuses, l'artiste peint de mémoire les terres agricoles fertiles de sa patrie arménienne. Il s'est reconstruit une identité nouvelle et hybride en Amérique, pour exprimer dans un amalgame sa vision artistique de l'art moderne de l'Occident et en même temps la riche culture du peuple arménien. La charrue et la chanson matérialise la dialectique de la violence et de la culture dans l'histoire fracturée du peuple arménien.
vignette|"Agonie" d'Arshile Gorky 1947 Museum of Modern Art
Les spécialistes de Gorky s'accordent pour dire que les souffrances et les pertes d'êtres chers qu'il a subies durant le génocide arménien ont fortement influencé la production de ses tableaux modernistes aux États-Unis. La comparaison de La charrue et la chanson (1946) avec les œuvres de ses contemporains dans le domaine de l'abstraction biomorphique, révèlent le caractère brutal des expériences qu'il a connues sur le degré d'horreur que peuvent atteindre les comportements humains. Gorky semble avoir développé systématiquement dans ses toiles une imagerie pleine de sang, qui fait allusion aux horreurs et aux violences dont il a été témoin durant le génocide arménien. Il utilise dans ses toiles un rouge fluide de manière systématique. Plusieurs des formes représentées semblent saigner ou donnent l'apparence d'une trainée de sang provenant des blessures infligées à des corps. Gorky fait un large usage de l'ombrage pour attirer l'attention sur le fait que ces taches rouges sont en fait des plaies saignantes. La vérité sur la fusion réalisée par le peintre entre la nostalgie de sa culture arménienne et son riche héritage personnel provenant de sa rencontre avec l'histoire du génocide, débouche sur une composition unique qui reflète les vues des nombreux Arméniens sur leur histoire fracturée. Il existe une dialectique constante entre la culture et la barbarie dans l'histoire des Arméniens, dans laquelle la violence reste un thème aussi persistant que la beauté de la culture de ce peuple.
En arrivant aux États-Unis après le génocide arménien, Gorky se reconstruit une nouvelle identité et change son nom Vosdanig Manoug Adoian en Arshile Gorky, un nom qui évoque l'aristocratie russo-géorgienne et la littérature du Caucase. En 1922, il s'inscrit à la New School of Design à Boston, une ville ou vivait une importante population immigrée d'Arméno-Américains. Plus tard, il déménage à New York, où il enseigne à la National Academy of Design et à la , et il se retrouve plongé dans le monde en pleine évolution de l'Art moderne. Il commence alors a réaliser des toiles qui reflètent les éléments stylistiques de Pablo Picasso et de Paul Cézanne“Arshile Gorky: Water of the Flowery Mill (56.205.1)”. In Heilbrunn Timeline of Art History. New York: The Metropolitan Museum of Art, 2000 <http://www.metmuseum.org/toah/works-of-56.205.1> (October 2006) Dans son ouvrage Black Angel: The Life of Archile Gorky, l'historienne d'art arménienne Nouritza Matossian compare les influences subies par le style de Gorky, en incluant l'art funéraire pour la pose, Cézanne pour la composition plane, Picasso pour la forme et la couleur, et Ingres pour la simplicité du trait et la douceur. Ces influences éclectiques qui se sont introduites dans la peinture de Gorky montrent la lutte qu'il a enduré pour se faire reconnaître en ayant connu l'influence d'aussi grands maîtres.
À travers son occidentalisation de la peinture arménienne, Gorky a réussi à communiquer sa vision du monde : ses souvenirs de la terre fertile, de la beauté de la nature et du mode de vie agricole idyllique de l'Arménie. Une beauté rompue par les horreurs des effusions de sang infligées à son peuple lors du génocide arménien. Ses représentation symboliques de la fertilité féminine sur fond de chaos rendent compte de la façon dont l'Empire Ottoman finissant a ravagé un empire multi-ethnique d'une grande diversité ethnolinguistique et religieuse.
À la fin du , le peintre arménien Vardges Sureniants consacre une série de ses peintures à des thèmes tels que Le sanctuaire piétiné, 1895 ; Après le pogrom, 1899 et aux massacres sanglants des Arméniens en Arménie occidentale .
L'artiste contemporain Armenio-Américain Mher Khachatryan (né en 1983) a produit une série d'œuvres pour sensibiliser le public au génocide arménien..
Littérature vignette|L'évacuation des Arméniens du Musa Dagh sur un navire de guerre français en septembre 1915. 200px|thumb|Franz Werfel et le héros de son roman Les Quarante Jours du Musa Dagh sur un timbre arménien de 1995 Siamanto est l'un des poètes marquant de l'époque du génocide arménien. En 1909, il écrit un cycle de poèmes intitulé Nouvelles ensanglantées de mon ami (en arménien « Կարմիր լուրեր բարեկամէս »), consacré au massacres d'Adana. Dans sa poésie, Siamanto, précédant les poètes de guerre ou poètes des tranchées anglais (en ) de la Première Guerre mondiale, abandonne les images métaphysiques et purement esthétiques pour privilégier les descriptions visuelles et réalistes de la violence. Siamanto a été victime de la rafle des intellectuels arméniens du 24 avril 1915 à Constantinople en même temps que 235 à 270 intellectuels arméniens arrêtés ce jour-là puis exécutés.
Un autre grand poète arménien, Daniel Varoujan, a également été arrêté le puis torturé et exécuté le . De nombreux poèmes de Yéghiché Tcharents, né à Kars et qui a survécu au génocide au sein d'un mouvement de résistance, décrivent les horreurs du génocide. Un autre auteur de poèmes sur le génocide, Vahan Tekeyan, se trouvait au Caire en 1915 et a échappé à la mortPeter Balakian. Poetry of the Armenian Genocide // Shelton D. L. Encyclopedia of Genocide and Crimes Against Humanity. — Macmillan Reference[en], 2005. — Vol. 2. — 1458 p. — . Au début du , le thème du génocide arménien apparaît dans les œuvres des auteurs russes Vladimir Nemirovitch-Dantchenko, de Sergueï Gorodetski, de Valéri Brioussov., de Vladimir Sergueïevitch Soloviev (Trois conversations — récit d'un général sur les atrocités commises par les Bachi-bouzouk sur les Arméniens).
L'œuvre littéraire la plus célèbre sur le thème du génocide arménien est le roman de Franz Werfel «Les Quarante Jours du Musa Dagh», publié en 1933 et qualifiée d'indésirable par les autorités nazies en Allemagne. Kurt Vonnegut écrit en 1988 une histoire de dont le thème principal est la génocide arménien. Louis de Bernières utilise quant à lui les lieux et l'époque du génocide arménien comme toile de fond de son roman .
Le Conte de la pensée dernière est un roman de l'écrivain Edgar Hilsenrath paru en 1989 qui a reçu la même année le prix littéraire allemand Prix Alfred-Döblin. Richard Kalinovski est l'auteur de la pièce intitulée Le monstre lunaire qui raconte l'histoire de deux survivants du génocide arménien.
Plusieurs écrivains turcs, et particulièrement Nâzım Hikmet et Orhan Pamuk, ont parlé ouvertement du génocide arménien. Orhan Pamuk, qui a reçu le prix Nobel de littérature en 2006, a été poursuivi en justice pour ses propos à ce sujet.. Le génocide arménien fait également l'objet d'un roman de l'écrivain turc Halila Ibrahim intitulé Küller Arasında, paru en 2009..
Le roman requiem sur le génocide arménien Pierre de rêve, de l'écrivain azerbaïdjanais Akram Aylisli, est publié en 2012. Le roman est dédié à la « mémoire de mes compatriotes, qui ont laissé derrière eux le chagrin, et la douleur » et il est consacré en particulier au massacre de Aşağı Əylis, le village natal de l'écrivain en 1919.. Ce livre dont les remords relatifs au génocide sont le leitmotiv a suscité de vives campagnes de condamnation en Azerbaïdjan..
Plusieurs témoignages de témoins du génocide arménien ont été publiés : par exemple les essais rédigés par la missionnaire suédoise , par l'ambassadeur américain Henry Morgenthau Senior ou encore par le médecin allemand Armin Wegner.
Une partie de l'œuvre de l'écrivain américain William Saroyan est consacrée au génocide, en particulier ..
Liste non exhaustive d'ouvrages littéraires Les Quarante Jours du Musa Dagh de Franz Werfel (1933). de William Saroyan. de Kurt Vonnegut (1988). Un été sans aube de Agop J. Hacikyan (1991). de Louis de Bernières. Le Conte de la pensée dernière d'Edgar Hilsenrath. de . de Stefan Żeromski. Daş Yuxular (Rêves de pierre) d'Akram Aylisli. L'Arménienne aux yeux d'or de Maurice Gouiran, 2002. Le Mas des alouettes. Il était une fois en Arménie, d'Antonia Arslan, traduction française de Nathalie Bauer, Robert Laffont, 2006. Voir également l'adaptation cinématographique par les frères Taviani. Nuit turque de Philippe Videlier, 2005. Tigrane l'Arménien d'Olivier Delorme, 2017. Dans les yeux d'Anouch. Arménie, 1915. de Roland Godel, Folio Junior, 2018. L'oiseau bleu d'Erzeroum, de Ian Manook, Albin Michel, 2021.
Bande dessinée Actua BD publie deux études sur le génocide arménien dans la bande dessinée, d'abord en 2013. puis en 2015.. Le Vengeur, tome de la série Le Décalogue de Frank Giroud et Bruno Rocco, 2002. Série Meds Yeghern de Série Le Cahier à fleurs de Laurent Galandon et Viviane Nicaise Mauvaise Orchestration, 2010 Dernière Mesure, 2011 Le Fantôme arménien de Laure Marchand, Guillaume Perrier et Thomas Azuélos. Dessin et couleur de Thomas Azuélos, 2015
Cinéma thumb|180px|Ravished Armenia, affiche du film, 1919