Le stress numérique est la conséquence de l'amplification des mécanismes de stress chez les personnes par un environnement où les technologies numériques sont omniprésentes. . Cette expression identifie des conséquences du nouveau paradigme psychosocial amené par les technologies numériques, auquel est associé le caractère addictif du numérique. En France, le stress numérique concerne près d'un salarié sur troisleplus.nouvelobs.com.
Du stress au syndrome d'épuisement professionnelTruchot, 2004 ; Schaufeli, Maslach et Marek, 1993 ; Maslach et Schaufeli, 1993. Extraits de la thèse Doctorale de Sinda Mhiri () et d'usages libres aux dépendances numériques, les enjeux sont multiples. Ils invitent à une éducation numérique préventive qui initie les gens à une compréhension des modèles biopsychosociaux du stress, par exemple, afin de pouvoir distinguer les usages numériques bénéfiques de ceux à risques.
Numérique : nouveau paradigme et nouvelles dimensions, nouveaux risques Un nouveau paradigme et de nouvelles dimensions « Le numérique fait figure de paradigme technologique majeur pénétrant toutes les activités humaines et incite à repenser aussi bien les systèmes techniques que les systèmes sociaux »La Révolution Numérique : Les nouveaux paradigmes de l’apprentissage des adultes (implications philosophiques - Espace de recherche et diffusion (2012). indique Jean Frayssinhes Docteur en Sciences de l’Éducation et chercheur à l’UMR (Unité Mixte de Recherche) Education, Formation, Travail, Savoirs (EFTS) de l'Université de Toulouse Jean-Jaurèscnrs.fr.
« Les réseaux sociaux et plus particulièrement Facebook ont attiré notre attention par l’engouement majeur qu’ils suscitent ainsi que par leur caractère paradigmatique d’une utilisation spécifique de "l’outil" internet » indique le Docteur Étienne Couderc, psychiatreCOUDERC E., Recherche d'une addiction aux réseaux sociaux et étude du profil d'utilisateur concerné (étude SOCIADD). Thèse de doctorat en médecine. Limoges : Université de Limoges, 2012, ..
Nous pouvons être connectés de manière illimitée aux réseaux sociaux (24h/24H ; forfaits « illimités »). La porte d’entrée des réseaux sociaux sur notre vie émotionnelle et informationnelle, est illustrée par trois acteurs majeurs : Facebook : un nombre d’amis potentiel d’un 1,23 milliard d'utilisateurschallenges.fr (2014) ;
Twitter : un nombre de messages de 184 milliardsu-cergy.fr (2013) ;
Google + : un réseau associé au moteur de recherche au 3,5 milliards de requêtes quotidiennes (évaluation Google).
Chaque nouvel outil génère des comportements nouveaux : Facebook incite aux contacts virtuels, Twitter à l’instantanéité ou Google à surcharge informationnelle (ou infobésité)Caroline Sauvajol-Rialland, "Infobésité : comprendre et maîtriser la déferlante d'informations", Paris, Éditions Vuibert 2012..
Dans la vie professionnelle le mobile de fonction et la capacité d’être connecté à son domicile peuvent générer une « astreinte numérique permanente », posant la question du droit à la déconnexion : à nouveau paradigme, nouveau modèle de gouvernancelemonde.fr ou nouveau droitconseil-constitutionnel.fr ? L’attractivité du numérique invite aussi à un usage privé au bureau (messagerie personnelle, média, jeux…) d’une heure et demie à trois heures par jourAlexia Eychenne, Ne rien faire au travail, un passe-temps ordinaire L'Express.fr, décembre 2014. La frontière entre la vie professionnelle et personnelle s'efface dans les deux sens : « 67 % reconnaissent être sollicitées par leur travail en dehors des horaires professionnels, à l'inverse, 62 % indiquent régler des problèmes personnels pendant les heures de travail.» selon une étude Ipsos avec Edenredlemonde.fr.
Dans la vie personnelle, le temps libre et social en semaine d’une personne active ou étudianteinsee.fr, varie de 3 à 5 heures par jourINSEE (Institut National de la Statistique et des Études Economiques) : le temps moyen passé par jour devant notre écran est similaire, en moyenne de 4 heures 20 (devant un smartphone 2 heures 27 contre 1 heure 53 pour la télévision)Étude de Millward Brown menée dans 30 pays..
Nouveaux risques : l'exemple du stress au travail Le risque de stress numérique au travail devient quantifiablepreventica.com et sa prise en compte nationale: Au travail, il provient de facteurs-clé telle la permanence des interruptions numériques (ex. réceptions de messages) : il s’agit de la « première préoccupation exprimée par les salariés » devant les « conditions générales de leur situation professionnelle » et sont « mal vécues par 78 % des salariés »Observatoire du stress - Cadres - Baromètre stress, conditions de travail et « qualité de vie au travail » - Septembre 2012.
Selon la synthèse de l’Observatoire du stress, « l’accroissement du stress numérique est de 65 % en lien avec l’accès à un réseau à distance fourni par l’entreprise, 63 % pour l’ordinateur portable ».
Le caractère addictif du numérique peut se développer selon un modèle biopsychosocialEngel GL. The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. Science 1977; 198:129-96. [Medline], où stress et comportements numériques addictifs s'autoalimentent. La prévention des usages numériques excessifs, chroniques ou addictifs fait l'objet d'opérations de sensibilisation et de désintoxication numérique.
L’Accord National Interprofessionnel du vers une politique d’amélioration de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle, vise en article 17 à « Promouvoir une gestion intelligente des technologies de l’information et de la communication au service de la compétitivité des entreprises, respectueuse de la vie privée des salariés »ACCORD NATIONAL INTERPROFESSIONNEL du 19 juin 2013 - Vers une politique d'amélioration de la qualité de vie au travail et de l'égalité professionnelle (Article 17). journal-officiel.gouv.fr.
Stress et numérique Stress et burnout numérique au travail « Il est d’usage de dire, dans la communauté scientifique, que le burnout ne compte pas moins de cinquante définitions » indiquent Franck Guarnieri et Philippe Zawejia Directeur de recherche et chercheur associé au Centre de recherches sur les risques et les crises de Mines ParisTechCentre de recherches sur les risques et les crises de Mines ParisTech..
Face à cette multiplicité des définitions, une compréhension des phénomènes de stress et épuisements (surstress, stress chronique, burn-out) peut s’effectuer par des modèles et symptomatologies, ici suggérés par leur pertinence avec l’omniprésence numérique, par exemple :
Modèle de Maslach et Leiter : « le burnout est un syndrome tridimensionnel, et résulte d’un stress cumulatif et associant constamment (Maslach et Leiter, 1997 ; Maslach et Leiter, 2008) : l’épuisement émotionnel, la déshumanisation de la relation, la perte du sentiment d’accomplissement personnelPhilippe Zawieja, Franck Guarnieri. Epuisement professionnel : principales approches conceptuelles, cliniques et psychométriques. sous la direction de Philippe Zawieja et Franck Guarnieri. Epuisement professionnel : Approches innovantes et pluridisciplinaires, Armand Colin, Pages 11-34 - Chapitre 1, 2013, Armand Colin/Recherches, 978-2-200-28772-6. <hal-00848200> ». Ce modèle propose un outil de mesure le Maslach Burnout Inventory (MBI)MBI : MASLACH BURNOUT INVENTORY - Echelle de mesure de l’Epuisement Professionnel du Soignant. (Traduit par Fontaine) ; Maslach C, Jackson S du MBI Manuel (1986).
Modèle de Shirom-Melamed Burnout Measure (SMBM) : il intègre une dimension de lassitude cognitive (ex. difficulté de concentration)Canadian Journal of Behavioural Science/Revue canadienne des sciences du comportement, Vol 42(3), Jul 2010, 177-184.Philippe Zawieja et Franck Guarnieri, Épuisement professionnel: Approches innovantes et pluridisciplinaires.
Modèle de Freudenberger : « il fait d’un engagement excessif, répondant à une demande trop intense, la cause du burnout, désigné comme la « maladie du battant ». La symptomatologie du burnoutBurisch – en Psychologie propose une grille de lecture et compréhension de la progression d’une phase d’alerte initiatrice de stress au burnout : 1. Symptômes d’alerte de la phase initiale - 2. Réduction de l’engagement - 3. Réactions émotionnelles - Rejet de la faute - 4. Démobilisation - 5. Superficialité - 6. Réactions psychosomatiques - 7. Désespoir.
En symptômes d'alerte de la phase initiale, l'exemple 1.a (consommation énergétique excessive) permet une illustration des questionnements sur l'intrication entre stress et numérique tels que « l'hyperactivité » (catalysé par les sollicitations incessantes imposées par l'environnement numérique ?) ou « la limitation des relations sociales aux seuls clients ou usagers interactions multiples et non-limitées possibles par le numérique ? » (isolement numérique ou « digirefuge»)Pouce ! Mieux vivre avec le numérique - Thierry Le Fur - Éditions Docis (2014) à 119.
Stress chronique et burnout : la reconnaissance possible du burnout comme maladie professionnelle est formalisée par la question écrite au gouvernement du questions.assemblee-nationale.fr qui précise « que plus de trois millions d'actifs ont un risque élevé d'épuisement professionnel, le "burnout" »- Question publiée au JO le : 16/12/2014 ; page : 10469 -Question ; de M. Jacques Cresta (Socialiste, républicain et citoyen - Pyrénées-Orientales) ; Ministère interrogé et attributaire > Travail, emploi, formation professionnelle et dialogue social ; Rubrique > risques professionnels ; Tête d'analyse > maladies professionnelles ; Analyse > burn-out. reconnaissance. Les enjeux sont également financiers car « Le stress professionnel (qui ne recouvre pas exactement le même concept que le burnout mais lui est apparenté) coûterait environ 200 milliards de dollars par an aux seuls États-Unis », selon une estimation réalisée par Schaufeli et Enzmann déjà ancienne (1998) .
Stress et dépendance numérique Le numérique génère de nouvelles formes et dénominations de stress, qui induisent une notion de dépendance numérique modérée, problématique ou préoccupante : Nomophobie : phobie liée à la peur excessive d'être séparé de son téléphone mobile, qui concerne 66 % des personnes interrogées dans une étude anglo-saxonneAFP, Souffrez-vous de nomophobie? L'Express, 9 avril 2012.
Ringxiety (ou hypovibrochondria) - vibrations fantômes : la sensation erronée de sentir son mobile vibrer dans un sac ou une poche alors qu’il n’en est rien, peut concerner de 68 %Phantom vibration syndrome among medical staff: a cross sectional survey. - Rothberg MB1, Arora A, Hermann J, Kleppel R, St Marie P, Visintainer P - Division of General Medicine, Baystate Medical Center, Springfield, MA 01199, USA. [email protected] (2010) à 89 % des utilisateurs de SmartphoneÉtude du Phd Michelle Drouin de l’IUPU de Fort Wayne aux États-Unis, publiée dans le journal scientifique Computers in Human Behavior (2012).
Stress de l’E-mail : besoin compulsif de consulter sa messagerie, concernant 34 % des salariés connectés, certains consultant jusqu’à 40 fois par heureÉtude Universités Glasgow et de Paisley – Karen Renaud ; Phd Judith Ramsay ; Statisticien : Mario Hair (2007). .
Stress du Smartphone : le stress perçu et lié aux sollicitations permanentes ou inappropriées du Smartphone à titre professionnel, concerne 33 % des salariés selon Thierry Le Fur, expert en comportements numériques ; à titre privé concernant les utilisateurs américains de smartphones, « 33 % d’entre eux sont prêts à abandonner les relations sexuelles plutôt que leur smartphone pendant une semaine »Étude TeleNav (2011) - population : 600 utilisateurs américains de smartphones..