thumb|upright=1.5|Punch « Oh, Edwin chéri ! Voici Tom Jones. Papa m'a dit que je ne devais pas le lire avant d'être mariée ! C'est fait… enfin ! Achetez-le moi, Edwin chéri ».|alt=Jeune mariée et son époux devant un étal de livres dans le hall d'une gare, tous les deux en tenues de voyage avec pelisse, manteau et chapeau ; la dame pointe du doigt le livre qu'elle convoite ; plusieurs voyageurs s'affairent derrière eux avec leurs bagages, le tout en noir et blanc|link= Fielding n'a pas eu pour ambition de décrire la société de la première moitié du anglais lorsqu'il a rédigé Histoire de Tom Jones, enfant trouvé, ( en anglais), abrégé en Tom Jones, en 1749. Il n'avait aucune cause à défendre, aucun abus à dénoncer, et comme il l'écrit lui-même, il ne fait pas œuvre de .

Cependant, par ses constantes interventions dans le récit, il finit par offrir une vision, certes non objective, de l'ordre social et de ses différentes classes, contenant une certaine dose de critique et présentant, souvent par opposition, un message, cela, sur un arrière-fond historique dramatique, puisque la guerre fait rage dans le Nord.

Dans l'ensemble, sa présentation, quoique non systématique et réalisée par petites touches et surtout par l'exemple, s'avère complète, toutes les classes sociales, de même que leur mode de vie, y étant représentés. Il en est de même de la vie quotidienne, qu'elle soit rurale ou citadine et les grandes institutions du royaume se trouvent également passées en revue, ne serait-ce que par la pratique de leurs représentants.

Fielding est resté un conservateur, privilégiant les notions d'ordre et de hiérarchie, et sa satire suggère, plus qu'une réforme radicale, un changement dans le comportement des hommes. En cela, la virulence en moins, il annonce celui qui n'aura de cesse de se référer à lui, Charles Dickens. Le contexte professionnel de Fielding thumb|upright=0.7|Jonathan Wild dans sa cellule de la prison de Newgate.|alt=|link= Fielding a connu le succès littéraire avant même d'étudier le droit et de devenir magistrat, mais les problèmes de délinquance et leur réponse judiciaire ont accompagné toute sa carrière de journaliste, de dramaturge ou de romancier. Lorsque Tom Jones fut publié, Fielding occupait le poste prestigieux de premier magistrat de Westminster () à Londres, mais très vite, il ne s'était pas contenté pas d'exercer son office, mais avait activement pris parti dans les débats publics par des pamphlets et des articles, puis dans ses romans, en particulier Jonathan Wild (1743), où il dénonce avec une véhémence ironiquement parodique, des maux toujours d'actualité et jamais résolus depuis la pendaison du véritable Jonathan Wild (1683-1725) une génération plus tôt..

La liste est longue des questions dont Fielding s'est préoccupé, mais ses plus grandes œuvres abordent le sujet avec une plume moins appuyée : dans Joseph Andrews, deux innocents, Joseph et le pasteur Adams, courent sans cesse le risque d'être gravement lésés, de perdre leur travail ou, en ce qui concerne le protagoniste, sa liberté, voire sa vie, mais la dimension comique du récit prévaut sur la noirceur des forfaits ; quant à Tom Jones, le plus articulé des romans de Fielding, c'est avec une souveraine ironie que la vue sur la société et la comédie humaine devient panoramique, puisant une bonne part de sa substance dans l'expérience du magistrat rompu aux multiples réactions individuelles à la loi, que le personnage soit victime, coupable, témoin ou simple spectateurPat Rogers, « Poacher and Gamekeeper: The Legal Background to Fielding's Work », Henry Fielding, Novelist, Playright, Journalist, Magistrate (1707-1754); A double Anniversary Tribute, éd. Claude Rawson, Newark, University of Delware Press, 2007..

Le contexte historique thumb|left|Marche des Gardes de Finchley par William Hogarth (1750), peinture satirique des soldats levés pour défendre Londres face à la rébellion jacobite en 1745.|alt=Peinture en couleurs, foule devant une porte de la ville, soldats, femmes, civils mêlés, immeubles de plusieurs étages, ciel bleu, quelques nuages blancs|link= Dans Tom Jones, les événements historiques sont évoqués plus que décrits, par certaines allusions ou remarques faites par le narrateur ou les personnages.. La rébellion jacobite de 1745 est en effet dans tous les esprits () : Fielding parle péjorativement de « la rébellion au Nord » (VIII, v), mais la tante Western, elle, semble s'en réjouir lorsqu'elle s'écrie « ça va au mieux au Nord » (VI, iv). Squire Western appelle son cheval « le Chevalier » (en français), nom alors jugé séditieux.. Selon Battestin, après l'irruption de « Quarante-cinq » au livre VII où une compagnie du roi entre bruyamment à l'auberge : .., que ce chapitre de cinq pages révèlerait que Fielding aurait écrit les six premiers livres avant le débarquement à Eriskay du par le Prétendant et n'aurait repris la rédaction du roman qu'un ou deux ans après. Il fait aussi remarquer que la concentration d'allusions explicites au Quarante-cinq dans la section centrale du roman n'est vraisemblablement pas fortuite, mais partie intégrante du schéma général, puisque relative au thème de la légitimité et de l'usurpation, de la tyrannie et de la libertéCité par Thomas Keymer dans ., et Ronald Paulson renchérit en écrivant que Ronald Paulson, The Life of Henry Fielding, Oxford, Blackwell, 2000, ..

thumb|left|upright=0.8|James Scott, premier duc de Monmouth.|alt=Personnage richement habillé de rouge, fièrement perché sur un cheval noir cabré, selle sur drap rouge|link= En effet, tout au long des livres VII-XII, le mouvement des troupes et la circulation des rumeurs constitue l'arrière-fond du roman, et les allusions historiques se multiplient. Sophia, prise entre un père jacobite et un amant hanovrien, se dit « en plus grand danger que la nation (VI, xiv) », et à ce compte, même la digression de l'Homme de la Colline participe de la même préoccupation puisqu'il rappelle la tyrannie des Stuarts pendant les années 1680, la brutale répression de la rébellion whig de Monmouth en 1685La rébellion de Monmouth est une tentative ayant eu lieu en 1685 de renverser Jacques II, devenu roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande à la mort de son frère aîné Charles II le 6 février 1685. Jacques II est impopulaire en raison de sa foi catholique et nombre de ses sujets étant opposés à l’idée d’un roi « papiste ». James Scott, premier duc de Monmouth, fils illégitime de Charles II, prétend alors être l’héritier légitime du trône et tente de remplacer Jacques II. La rébellion s’achève avec la défaite des partisans de Monmouth à la bataille de Sedgemoor le 6 juillet 1685. Monmouth est exécuté sous le motif de trahison le 15 juillet et nombre de ses partisans sont exécutés ou condamnés à la déportation par les « Assises sanglantes » du juge Jeffreys., ce qui situe la querelle domestique dans une longue perspective historique.Thomas Keymer in ..

La description Le nombre de personnages rencontrés dans Tom Jones, plus de quarante, est tel qu'ils ne sauraient tous être représentatifs. Aussi, une distinction s'instaure d'emblée entre les héritiers directs d'une tradition littéraire, tels Tom et Partridge, ou encore Sophia l'héroïne et Blifil le méchant, et ceux que Fielding a choisis parmi ses contemporains. Types représentatifs des classes sociales Seuls ces derniers trouvent leur place ici, encore que l'auteur se montre très prudent à leur égard, tous, rappelant-il, ne pouvant être considérés comme représentatifs de leur temps : .. Si cette remarque contient une bonne dose d'ironie à l'égard des compatriotes de campagne, sans aucun doute bien moins avertis des choses de l'esprit que leurs homologues citadins, elle apporte aussi une mise en garde contre la généralisation hâtive conduisant à de fausses conclusions.

Personnages définis par leur naissance thumb|upright=0.8|Squire Western chez sa sœur à Londres a l'impression d'être tombé « dans un chenil de chiennes à paniers ! » George Cruikshank. Ici encore, deux catégories se croisent, la noblesse de ville, résidant de préférence à Londres, et la noblesse de province qui vit sur ses terres à la campagne. Bien que toutes les deux relèvent du même terme, , les citadins tendent à coloniser l'appellation , tandis que les ruraux, qui y ont également droit, constituent à eux seuls la Philippe Contamine, Noblesse française, nobility et gentry anglaises à la fin du Moyen Âge, Paris, Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, septembre 2006 ..

La est représentée par deux personnages réservés pour la fin du roman, Lord Fellamar et Lady Bellaston, un pair irlandais faisant également une brève apparition lors d'un épisode anecdotique ; ils appartiennent à ce qu'on appelle alors les , autrement dit « le beau monde » ou encore « le grand monde », « la haute société », « les gens de bien », ces sphères huppées et prétendument raffinées.. Ce beau monde est une imprenable forteresse pour quiconque ne possède ni la naissance ni l'argent, .. Que par miracle cet être extraordinaire existe, et sa vie s'en voit transformée, car ... À quoi s'occuper lorsque « on y est », non pas tant par le vice, explique Fielding, que par la frivolité, tant est creuse la vie de qui a renoncé à toute ambition et n'a pour seul horizon l'oisiveté et le plaisir : ..

Cette classe sociale produit deux types, le prétendu et la L'équivalent au anglais de la demi-mondaine française du , désignant les femmes entretenues par de riches Parisiens.Le demi-monde : prostitution et réseaux sociaux dans le Paris du , sur le site f.hypotheses.org, consulté le 20 août 2014. Pour être gentleman, il suffit d'avoir appris à ne rien faire, sinon à être un gentleman (VIII, vii), et celui que connaît Fielding en cette moitié de siècle reste bien faible au regard de son prédécesseur qui, au moins, pouvait, grâce à son sens de l'esprit et de l'humour, se rendre acceptable : .. Quant à la , elle jouit d'une demie réputation : certes noblement née, titrée à souhait, elle hante les lieux de plaisir et les casinos ; tout adonnée à l'oisiveté elle aussi, elle semble plus complexe et surtout, plus subtile que son homologue masculin, car sa mère lui a .. Bref, Fielding dénonce le vide et l'affectation hypocrite de la noblesse, puisque, en définitive, il ne lui trouve aucun caractère, sinon la futilité (XIV, i]..

Deux personnages d'importance représentent l'aristocratie de la terre, les pères, biologiques ou non, des deux héros. À la différence de Lady Bellaston et Lord Fellamar qui n'interviennent que vers la fin du roman, eux sont présents de bout en bout et ne cessent d'y jouer un rôle majeur. Bien qu'ils portent tous les deux le même titre, Squire Allworthy apparaît plutôt comme le type du gentleman de campagne, tandis que Squire Western incarne celui du seigneur rural traditionnel.

Mr Allworthy se situe au centre même de la vie de la région, tant la société locale s'organise autour de lui, puisque prêtres, maîtres d'école, villageois sont en constante relation avec lui. Il fait office de conseiller et rien en se décide sans son acquiescement. En somme, son énorme influence tient des privilèges féodaux qu'il incarne, en particulier ceux de la loi et de la justice. Or, malgré sa tendance à croire tout ce qu'on lui dit, les erreurs qu'il commet sont dues plus au système qu'à son caractère, car son pouvoir absolu s'exerce sans guide ni garde-fou, régi qu'il est par sa seule prudence et sa sagacité.