Jean-Charles Legrand, né à Paris le et mort à Lannion le Archives de l’état civil de Paris en ligne, mairie du , acte de naissance n 3958, année 1900 (consultable ici, page en ligne 8)., est un avocat et homme politique français.

Il a été un activiste d'extrême droite et antisémite à la fin des années 1930, puis se rallia à la collaboration avec les nazis. Il fut ensuite avocat au Maroc, au temps du protectorat français, où il défendit des nationalistes marocains.

Biographie

Jeunesse et études Jean-Emmanuel-Marie (dit Jean-Charles) Legrand naît et grandit dans une famille de la grande bourgeoisie parisienne. Son père, Charles-Emmanuel-Venceslas Legrand (1856-1919), industriel spécialisé dans la fabrication de tissus d'ameublement, est président de la chambre de commerce de Paris (1911-1913) et commandeur de la Légion d'honneur.. Son oncle, Victor-François-Paul Legrand (1856-1914), censeur de la Banque de France et officier de la Légion d'honneur., a quant à lui présidé le tribunal de commerce de la Seine (1899-1901)Oncle de Jean-Charles, Victor Legrand est le grand-père de l'océanographe Philippe Diolé..

Legrand est licencié ès lettres et diplômé de l’École libre des sciences politiques« Mariages », Le Figaro, 3 janvier 1926, .. Il a Joseph Barthélemy comme enseignant, qui le décrit dans ses mémoires comme .

Parcours professionnel et débuts politiques Jean-Charles devient avocat à la cour d'appel de Paris en 1923. La même année, il est élu secrétaire de la conférence des avocats du barreau de ParisBulletin annuel de l'Association amicale des secrétaires et anciens secrétaires de la Conférence des avocats à Paris, 1939, : Lire en ligne. Parmi les confrères et consœurs qui l'ont choisi figure une jeune avocate à la cour d'appel, Jeanne Rospars, qu'il épousePaul J. Kingston, Anti-Semitism in France During the 1930s: Organisations, Personalities, and Propaganda, University of Hull Press, 1983, le .

Après avoir été le collaborateur du cabinet juridique d'Alexandre MillerandPaul J. Kingston, Anti-Semitism in France During the 1930s: Organisations, Personalities, and Propaganda, University of Hull Press, 1983, , Legrand acquiert une certaine notoriété en défendant en 1929 un tailleur arménien accusé de meurtre, Almazian« La démission de M J.-C. Legrand », Le Matin, 23 juillet 1937, .. Au cours des années 1930, avocat pénaliste, il prononce quelques plaidoiries retentissantesPierre Vidal-Naquet, Mémoires t.1 - La brisure et l'attente, 1930-1955, Le Seuil, 1998, et assure la défense de personnalités telles que l'aviateur René Drouillet (en faveur duquel il se rend à Rome pour s'entretenir avec Benito Mussolini)Le Figaro, 7 mai 1936, . ou l'ancien député Philibert Besson, et de criminels célèbres tel le pédophile Gabriel Socley. Il plaide dans des affaires médiatisées comme l'affaire Stavisky (il défend l'escroc Gustave Tissier, directeur du Crédit municipal de Bayonne) ou celle liée au meurtre d'Oscar Dufrenne (il défend Paul Laborie, accusé du meurtre et obtient son acquittement)« Me Jean-Charles Legrand est mort », Le Monde, 3 décembre 1982Florence Tamagne, Le Crime du Palace. Enquête sur l'une des plus grandes affaires criminelles des années 1930, Payot, 2017Détective, 31 octobre 1935. Il défend l'aviateur Jean Mermoz, accusé en 1936 en tant que membre de la direction du Parti social français de reconstitution de ligue dissoute et de provocation à l'attroupementLe Populaire, 6 novembre 1936, ce qui lui vaut d'être qualifié par le quotidien des socialistes, Le Populaire, d'avocat Le Populaire, 11 octobre 1936 et de Le Populaire, 21 juillet 1937.

En , le procureur de la République de Valence, Jean Verne, critique sévèrement les méthodes de l'avocat, qui lui envoie en retour ses témoins« Un duel entre le procureur de Valence et M Jean-Charles Legrand ? », Le Figaro, 9 juin 1937, .. Dans ce conflit qui l'oppose à un magistrat, Legrand est désavoué par le conseil de l'ordre des avocats du barreau de Paris, qui le frappe d'un an de suspension dès le mois suivant. Selon Joseph Barthélemy, ce qui était surtout reproché à Legrand, c'était ses méthodes, de ces provisions. À 36 ans, Legrand décide en tout cas d'adresser publiquement sa démission au bâtonnier« Me voici chômeur ... et sans profession ! », Le Petit Journal, 23 juillet 1937 mais le conseil refuse celle-ci avant de le radier finalement du barreau en « Gazette des tribunaux », Le Figaro, 12 janvier 1938, .. Ainsi empêché de plaider, il continue cependant à travailler dans son cabinet en devenant le secrétaire de son épouse« Échos et potins », Le Nouvelliste d'Indochine, 31 octobre 1937, .. Cette disgrâce professionnelle accompagne sa radicalisation politique.

Politiquement, Jean-Charles Legrand milite tout d’abord au centre droit, au sein de l'Alliance démocratique (AD), parti présidé depuis 1933 par son confrère et ami Pierre-Étienne Flandin. Ce dernier, qui avait été l'un des témoins de Legrand lors de son mariage (et qui le sera à nouveau lors de la demande de réparations à Verne), avait attaché son confrère à son cabinet ministériel en 1929, en tant que chargé de mission« Les cabinets ministériels », Le Journal, 14 novembre 1929, .. Legrand n'occupa toutefois pas cette fonction et fut très rapidement remplacéJournal officiel, 20 novembre 1929Le Petit Journal, 17 novembre 1929. Membre de la commission de propagande« L'Alliance démocratique à Roanne », Le Figaro, 21 mars 1927, : Lire en ligne. puis du comité directeur de l'AD, Legrand est désigné en pour succéder à Gaston Morancé, vice-président de l'AD, à la tête des Jeunesses républicaines« M. Jean-Charles Legrand est élu président des Jeunesses républicaines », Le Matin, 4 novembre 1937, .Joan Tumblety, « Front de la jeunesse », Remaking the Male Body : Masculinity and the uses of Physical Culture in Interwar and Vichy France, Oxford University Press, 2012, , qui constituent à la fois le mouvement de jeunesse et, selon lui, « l'aile gauche de l'AD »« M Jean-Charles Legrand est porté à la présidence des Jeunesses républicaines », Le Petit Parisien, 4 novembre 1937, : Lire en ligne.. Après avoir accepté ce poste afin d'être « l'avocat de la jeunesse », il en démissionne, ainsi que de l'AD, dès le mois suivant afin de se consacrer au nouveau mouvement qu'il vient de fonder, le Front de la jeunesse« M. Jean-Charles Legrand quitte l'Alliance démocratique pour se consacrer au Front de la jeunesse », Le Matin, 7 décembre 1937, ..

Front de la jeunesse (1937-1939) vignette|Affichette du Front de la jeunesse (vers 1938). Legrand fonde le Front de la jeunesse pour une France neuve« Le Front de la jeunesse », Le Nouvelliste d'Indochine, 6 février 1938, . (FJ), à Paris en Emmanuel Debono, Aux origines de l'antiracisme : la LICA, 1927-1940, Paris, CNRS Éditions, 2012Le Petit Parisien, 18 novembre 1937Paul J. Kingston, Anti-Semitism in France During the 1930s: Organisations, Personalities, and Propaganda, University of Hull Press, 1983, p. 25-29. Le FJ tient sa première réunion le , au cours d'un banquet qui réunit plusieurs centaines de personnes, dont des amis de Legrand, des journalistes, des avocats et quelques parlementaires comme Jean-Louis Tixier-Vignancour, qui est aussi avocatLe Journal, 24 novembre 1937, Le Petit Courrier, 25 novembre 1937 (photographie), La Liberté, 25 novembre 1937. C'est une petite formation politique ouverte aux jeunes hommes et femmes de vingt à quarante ans ; elle valorise surtout les jeunes hommes et la virilité cependant. À la tête du mouvement, l'ex-avocat préconise la création d'un ministère de la Jeunesse« M. Jean-Charles Legrand définit, à Magic-City, le Front de la jeunesse », Le Journal, 20 janvier 1938, ., le recours au référendumPaul J. Kingston, Anti-Semitism in France During the 1930s: Organisations, Personalities, and Propaganda, University of Hull Press, 1983, , mais aussi l'instauration d'une « République d'ordre et d'autorité »« Le Front de la jeunesse réclame un comité de salut public », Le Journal, 12 mars 1938, ., d'esprit technocratique et antiparlementaire« Trois meetings du Front de la jeunesse », Le Journal, 22 mars 1938, ., ainsi que l'application d'un programme social de sensibilité corporatiste« M. Jean-Charles Legrand préconise un Front des Français en dehors des partis politiques », Le Matin, 27 janvier 1938, . - d'où la thématique du « national-syndicalisme », ce qui situe le FJ à l'extrême droite de l'échiquier politique. Le FJ développe un programme antiparlementaire et xénophobeGilles Le Béguec, La République des avocats, Armand Colin, coll. « L’histoire au présent », 2003. Il prône un « comité de Salut public » pour garantir la « France aux Français ».

En , après avoir prôné un « Front des Français » en dehors des partis et contre euxLe Défi, 6 mars 1938, Legrand appelle en vain deux d'entre eux, le PPF de Jacques Doriot et le PSF du colonel de La Rocque, à s'associer au FJ, à la Confédération des classes moyennes et à la Confédération des anciens combattants, pour constituer un « Bloc français »« Vers la constitution d'un Bloc français », L'Ouest-Éclair, 13 mars 1938, . dans le sillage du Front de la liberté.

Dans son journal hebdomadaire Le Défi (lancé en et qu'il a nommé comme son voilier) ou à l'occasion de meetings, Legrand reprend le slogan de « la France aux Français »« Meeting du Front des Français ce soir à Angers », Le Journal, 23 avril 1938, . et s'en prend de plus en plus aux Juifs à partir de « Pas de ça chez nous », article de D'Artagnan cité dans le Paris-Municipal du 15 mai 1938, .. Il épargne d'abord les Juifs français puis se radicalise très vite et attaque violemment Léon Blum, à nouveau président du conseil à cette date« Aventures authentiques de Jean-Charles Legrand, avocat-radié qui cherche sa voie », Le Droit de vivre, 2 avril 1938Le Défi, 3 avril 1938. Cet antisémitisme virulentLe Défi, 20 mars 1938, Ibid., 27 mars 1938 provoque des heurts avec les militants juifs de la LICA dès Laurent Joly, « Fascisme et antisémitisme dans la France des années 1930 : une irrésistible convergence? », Revue d'histoire moderne et contemporaine, avril-septembre 2015, T. 62, n° 2/3, : . et vaut au tribun des FJ et à son délégué à la propagande, Jacques Dursort, d'être violemment agressés par des membres de la LICA en « M. Jean-Charles Legrand assailli et blessé par des adversaires politiques aux Champs-Élysées », Le Journal, 21 avril 1938, .« L'agression contre M. J.-Ch. Legrand », Le Petit Parisien, 22 avril 1938, .Le Droit de vivre, 30 avril 1938 (Bulletin de la LICA). Le mois précédent déjà, la préfecture de police avait fait interdire plusieurs réunions publiques du FJ« Des réunions du Front de la jeunesse interdites à Paris », L'Ouest-Éclair, 23 mars, .. La LICA fait pression pour faire interdire ces réunionsEmmanuel Debono, Aux origines de l'antiracisme : la LICA, 1927-1940, Paris, CNRS Éditions, 2012, . En , Le Défi est saisi sur l'instruction du ministre de l'intérieur Albert Sarraut, à la demande de la LICA« Le Défi saisi par la police », Le Journal, octobre 1938, .Emmanuel Debono, « Radiographie d'un pic d'antisémitisme. La crise de Munich (automne 1938) », Archives juives, 2001/1, vol. 43. Avec Jean Boissel, autre dirigeant d'un groupuscule antisémite, Legrand est l'un de ceux à l'extrême droite qui attaquent le plus Bernard Lecache, le dirigeant de la LICAEmmanuel Debono, « Le visage de l'anti-France dans la France des années trente : l'exemple de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA) », Revue d’Histoire de la Shoah, 2001/3, n° 173. Le périodique de la LICA, Le Droit de vivre, surnomme Legrand « Jean-Coco Legrand »« Chemise non, camisole oui », Le Droit de vivre, 6 mai 1939. Ce périodique signale et s'étonne que Legrand loue un Juif (Jacques Helbronner) en 1939, ce qui l'amène à conclure que « Jean-Charles Legrand antijuif fait appel à un Juif...», Le Droit de vivre, 27 mai 1939.