La bibliothèque d'étude et du patrimoine fait partie du réseau des bibliothèques municipales de Toulouse, elle conserve les collections historiques de la ville. Construite à partir de 1932, elle a été inaugurée le et est inscrite à l'inventaire des monuments historiques depuis le .
La bibliothèque d'étude et du patrimoine a pour mission d'enrichir et de mettre en valeur les collections patrimoniales et le patrimoine jeunesse qu'elle conserve.
Elle a vocation à développer un pôle spécialisé sur Toulouse et sa région dans le fonds régional.
Elle met à disposition une documentation diversifiée et actualisée sur tous les domaines de la connaissance dans les collections d'étude.
Elle est chargée de collecter le dépôt légal imprimeur, ce qui enrichit les collections de nombreux documents imprimés dans la région. En effet les imprimeurs de l'ancienne région Midi-Pyrénées déposent à la bibliothèque un exemplaire de leurs impressions : livres, journaux, revues, brochures, cartes postales, affiches...
Histoire
Contexte économique et social
Le début des années 1930 est marqué par la crise économique. Dans ce contexte, la municipalité socialiste lance de grands chantiers pour soutenir l’économie locale. Deux mandats successifs d’Étienne Billières, maire de 1925 à 1935, permettent de réaliser un important programme d’équipements publics (parc des sports, bains-douches, régie d’électricité…) et d’habitat social (HBM, cités-jardins…).
La municipalité met particulièrement l'accent sur l’éducation : quinze groupes scolaires sont mis en chantier. La bibliothèque étant la pièce maîtresse de cette politique, elle veut donc construire un bâtiment monumental.
Un chantier typique des années 1930 thumb|Pose de la première pierre de la bibliothèque, le 25 juin 1932. Durant l'entre-deux-guerres, la France était très en retard dans la construction des bibliothèques : les bâtiments étaient souvent inadaptés, trop exigus, et ne garantissaient pas de bonnes conditions de conservation. Toulouse n'échappait pas à cette règle : la bibliothèque, appelée "Bibliothèque de la Ville" avant le déménagement, se trouvait depuis le dans les locaux de l’actuel collège Pierre de Fermat (ancien collège royal), rue Lakanal. Elle était beaucoup trop petite : moins de 50 places pour les lecteurs alors que la ville de Toulouse comptait alors 200 000 habitants (324 places sont prévues dans la nouvelle bibliothèque) et il n’y avait plus d'espace disponible pour l’accroissement des collections. Les locaux étaient vétustes : problèmes d’humidité et de sécurité avec l’utilisation de becs de gaz pour l’éclairage. Les collections, classées depuis 1897 en raison de leur richesse patrimoniale, s’élevaient à 200 000 volumes environ : manuscrits médiévaux, incunables, livres anciens…
La nouvelle Bibliothèque municipale, rue du Périgord, ambitionne d'accueillir la Bibliothèque de la Ville de la rue Lakanal, mais également la Bibliothèque Populaire Municipale qui se trouve rue des Salenques à partir de 1928 : un véritable "processus d'unification de la lecture publique" à Toulouse est en cours .
François Galabert, bibliothécaire en chef de la ville au moment de la construction, la qualifie de Discours de la pose de la première pierre (25 juin 1932), p. 10.. Il paraissait donc urgent de doter Toulouse d’une bibliothèque digne de ce nom.
« Le palais rêvé des livres et des travailleurs »
thumb|Inauguration de la bibliothèque municipale, le 30 mars 1935. Comme en témoignent les premiers plans et dessins aquarellés de l'édifice, la future bibliothèque ressemble davantage à un palais qu’à un lieu d’étude. La taille et le luxe de ce bâtiment surprennent le visiteur d’aujourd’hui. À l’époque, le choix de la municipalité est clair : Discours d’inauguration (30 mars 1935), ..
Comme dans un palais, le bâtiment a une cour d’honneur décorée de sculptures, signe de l’importance accordée au livre et au lecteur. Le livre est considéré comme la source des connaissances, et l'on veut offrir au lecteur un cadre à la fois majestueux et confortable pour l’inciter à la lecture et au savoir. La bibliothèque ressemble aussi à un temple avec son rez-de-chaussée surélevé, les marches symbolisant l’élévation de l’esprit.
Emplacement
thumb|La chapelle des Carmélites.
La bibliothèque est construite sur l’emplacement de l’ancien couvent des Carmélites construit au et détruit pendant la Révolution. Les ruines servaient de terrain pour la Manutention militaire, racheté à l'État par la ville pour y construire l'édifice.
Seule la chapelle des Carmélites avait été épargnée. Construite par l’architecte Didier Sansonnet de 1622 à 1643, elle est entièrement ornée de peintures sur la voûte et les murs, œuvre des peintres toulousains Jean-Pierre Rivalz, de son fils Antoine (pour les trompe-l’œil baroques réalisés fin ) et de son successeur Jean-Baptiste Despax qui reprit l’ensemble du décor entre 1747 et 1751.
L’emplacement est idéal : c’est un quartier étudiant depuis le Moyen Âge (comme l’atteste la présence des collèges Saint-Raymond, Foix, Périgord…). En 1935, la bibliothèque universitaire est à côté (la cour de la bibliothèque communique avec les jardins de la bibliothèque universitaire derrière le pavillon du concierge) et l’Université de lettres et de droit est à proximité.
Construction
Jean Montariol, architecte de la ville de Toulouse thumb|Portrait de Jean Montariol. thumb|Jean Montariol, dessin de la perspective de la bibliothèque (1929).
Jean Montariol est l’architecte en chef de la ville de Toulouse de 1927 à 1949 : on peut considérer la bibliothèque comme le chef-d’œuvre de sa carrière.
Parmi ses réalisations on peut citer : la piscine Alfred-Nakache au parc municipal des sports en 1931, plusieurs groupes scolaires (la Juncasse, Jules-Ferry, Jules-Julien), le kiosque à musique (place Pinel), ainsi que la bourse du travail, à l’angle de la place Saint-Sernin et de la rue Merly (1931, façade typiquement Art déco, blanche, ornée de bas-reliefs).
thumb|Échafaudages sur le chantier de construction de la bibliothèque.
Ce bâtiment est l’un des rares exemples d’architecture spécifiquement destinée à l’accueil d’une bibliothèque. L'architecte a pu s'inspirer de deux exemples en France : la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris, construite par Henri Labrouste et achevée en 1850, c’est-à-dire presque un siècle plus tôt.
Parmi ces exemples, on peut citer la bibliothèque Carnegie à Reims, de style Art déco, construite par l’architecte rémois Max Sainsaulieu et inaugurée en 1928. Elle porte le nom du richissime industriel américain et grand mécène Andrew Carnegie, fondateur de la Dotation Carnegie pour la paix internationale, qui finança la reconstruction de la bibliothèque de Reims au lendemain de la Grande Guerre.
Au début des années 1930, un voyage d’étude a mené les autorités concernées par le projet toulousain (dont Étienne Billières et Pol Neveux) à visiter la toute nouvelle bibliothèque de Reims.
Architecture et ornementation
Un style Art déco
Le bâtiment de façade présente un style très géométrique : de grandes lignes verticales et horizontales, des angles droits, des corniches saillantes caractéristiques du style Art déco. Ce style est celui de la ligne droite, des couleurs franches. Il a succédé au style Art nouveau, très à la mode à la Belle Époque (avant la Première Guerre mondiale) et qui était à l’inverse tout en courbes et arabesques.
Les motifs octogonaux des fenêtres de la façade sont typiques de l’esthétique Art déco. Dans la cour, le pavillon (à l’époque pavillon du concierge), est particulièrement remarquable avec ses angles rentrants.
Modernité et ornement
Du point de vue architectural, la bibliothèque présente des aspects très modernes et d’autres beaucoup plus classiques. L’utilisation du béton armé, le choix des toitures-terrasses sont des choix modernes. Le plan adopté est moderne également, il organise la partition des espaces : un bâtiment pour les services internes, un bâtiment pour le public, un bâtiment pour la conservation des collections (la règle a été appliquée rigoureusement). C’est un plan qui privilégie l’aspect fonctionnel : la forme doit être l’expression d’une fonction, être appropriée à un besoin. Ainsi les magasins ont six niveaux pour contenir le maximum de livres. Leur aspect extérieur est moins travaillé et ils sont en matériaux moins nobles (ciment et brique, pas d’utilisation de pierre).
A contrario, le soin apporté au décor témoigne d’une conception plus classique de l’architecture. Jean Montariol accordait une grande importance au décor qu'il a dessiné en grande partie. Cela a donné lieu à une vive polémique entre l’architecte et l’inspecteur général des bibliothèques, Pol Neveux. Celui-ci est partisan d’une architecture dépouillée d’ornements comme le préconisent les mouvements d’avant-garde favorables à une architecture purement fonctionnaliste. Il reproche à Montariol de vouloir construire un bâtiment qui ressemble plus à « un casino » qu’à une bibliothèque, orné de « pâtisseries » ridicules. Il considère le décor inutile et coûteux alors que seul compte l’aménagement d’une bibliothèque moderne. Finalement, Montariol l’emportera : le fonctionnel et le décoratif sont réunis avec la volonté de présenter tous les arts : sculpture, ferronnerie, peinture, fresque, vitrail, mosaïque…
Le décor
Des thèmes universels replacés dans un contexte méridional À l’extérieur comme à l’intérieur les thèmes choisis pour le décor évoquent logiquement le livre, la lecture, l’étude, les arts et les sciences mais toujours dans un cadre toulousain, plus largement méridional ou occitan. On trouve partout des références à Toulouse ou à la région mêlés à des thèmes universels, à l’extérieur comme à l’intérieur.
Certains thèmes sont repris plusieurs fois dans le décor. Apollon et les muses figurent à la fois sur la fresque de Marc Saint-Saëns et sur la frise de Sylvestre Clerc (représenté en kouros sur le panneau des arts et des lettres), le thème des sept troubadours également.
Choix d'artistes méridionaux Dans un contexte de crise économique, la municipalité a la volonté de faire travailler des entreprises et des artistes de la région. Presque tous les artistes choisis pour le décor appartiennent à la Société des artistes méridionaux, créée en 1905 par des artistes et artisans toulousains.
Décor extérieur thumb|Façade de la bibliothèque d'étude et du patrimoine, en 2014. Cartouches de la partie supérieure Ces cartouches sont signés Georges Vivent, alors président de la Société des artistes méridionaux. Le cartouche au-dessus de l’entrée présente les armes de la ville entourées de deux putti ; les deux cartouches sur les façades latérales représentent des cornes d’abondance.
Porte monumentale thumb|Portrait en médaillon d'Étienne Dolet sur la porte monumentale. La porte monumentale en bronze présente l'histoire de l’imprimerie. Conçue et dessinée par Jean Montariol, c’est une œuvre de ferronnerie d’art exceptionnelle, réalisée par l’entreprise Borderel et Robert, dont le directeur artistique est Raymond Subes, un des plus célèbres ferronniers d’art (ferronneries pour la Banque de France à Paris, et pour des paquebots…).
Elle contient dix médaillons de bronze avec la représentation des différentes presses et les portraits de Gutenberg, Robert Estienne, Étienne Dolet, Christophe Plantin. Les portraits d’Estienne, Dolet et Plantin sont accompagnés de leur marque d’imprimeur. Gutenberg est figuré avec une représentation de saint Jean Porte latine, patron des imprimeurs.
Frise sculptée vignette|Sylvestre Clerc, Galilée présentant le globe terrestre (détail de la frise).