Claudia Jones (née Claudia Vera Cumberbatch le et morte le ) est une journaliste et féministe radicale trinidadienne. Sa famille a émigré aux États-Unis où elle devient une activiste politique du nationalisme noir à travers le Parti communiste des États-Unis d'Amérique, utilisant le pseudonyme de pour se protégerJeremy Taylor, "Excavating Claudia", The Caribbean Review of Books, mai 2008.. À cause de ses activités politiques, elle est expulsée en 1955 et s'installe au Royaume-Uni. Dès son arrivée au Royaume-Uni, elle adhère au Parti communiste de Grande-Bretagne, un engagement politique qu'elle maintiendra jusqu'à la fin de sa vie. Elle fonde le premier journal noir britannique, The West Indian Gazette, en 1958Ian Thomson, "Here To Stay", The Guardian, 29 août 2009.. À partir de 1959, elle organise une série de carnavals caribéens en intérieur, initiatives souvent considérées comme l’une des influences majeures ayant conduit à la création du Carnaval de Notting HillNadia Khomami, « 50 years of Notting Hill carnival: the changing face of London's party weekend », The Guardian, 24 août 2014, (consulté le 29 avril 2026), aujourd’hui le deuxième plus grand carnaval annuel au monde.

Jeunesse Claudia Vera Cumberbatch est née à Port-d'Espagne, Trinité-et-Tobago, le . Quand elle eut , sa famille émigra à New York à la suite de la chute des prix du cacao dans son pays d'origine. Sa mère meurt plus tard et son père trouve du travail pour entretenir sa famille. Jones gagne le Theodore Roosevelt Award pour « Bonne Citoyenneté » à son école. En 1932, à cause de ses conditions de vies précaires, elle contracte la tuberculose, une maladie qui endommage irrémédiablement ses poumons et qui la tourmentera jusqu'à la fin de sa vie. Elle sort diplômée du lycée, mais sa famille est si pauvre qu'elle ne peut assister à la cérémonie de remise des diplômesBoyce Davies, Carole, Left of Karl Marx: the Political Life of Black Communist Claudia Jones (Duke University Press, 2007)..

Carrière aux États-Unis

Malgré ses capacités intellectuelles, elle est classée dans la catégorie des femmes émigrantes, ce qui limite ses choix de carrières. Au lieu d'entrer à l'université, Jones travaille dans une blanchisserie puis trouve d'autres emplois à Harlem. Pendant ce temps, elle rejoint un groupe d'art dramatique et écrit une rubrique appelée "Claudia Comments" pour un journal d'HarlemAbayomi Azikiwe, "Claudia Jones defied racism, sexism and class oppression", Workers World, 6 February 2013.. En 1936, alors qu'elle essaie de trouver des organisations pour soutenir les Scottsboro Boys, Rebel Researchers Collective, 23 December 2012."Claudia Jones, Communist", The Marxist-Leminist website, 1 March 2010., elle adhère au Parti communiste des États-Unis d'Amérique. En 1937, elle rejoint l'équipe éditoriale du Daily Worker, elle est promue rédactrice du Weekly Review en 1938. Après que la jeune ligue communiste soit devenue Ligue des jeunes communistes des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, Jones devient rédactrice pour le mensuel Spotlight. Après la guerre, elle devient secrétaire exécutive au Women's National Commission, secrétaire pour la Commission des femmes du parti communiste des États-Unis (CPUSA) et, en 1952, elle prit le même poste au National Peace Council. En 1953, elle prend la direction éditoriale de Negro Affairs.

An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman! Jones est connue pour avoir écrit An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman! (En finir avec la négligence des problèmes de la femme noire !) qui parait en 1949 dans le magazine Political Affairs. Elle y développe ce qui deviendra plus tard une analyse intersectionnelle dans un cadre marxiste, Elle écrit :

Traduction :

Expulsion À cause de son appartenance au Parti communiste des États-Unis d'Amérique, et de diverses activités associatives, Jones est arrêtée en 1948 et condamnée dans un premier temps à une peine de prison. Incarcérée à Ellis Island, elle est menacée d'expulsion vers la Trinité.

À la suite d'un interrogatoire avec le service d'immigration et de naturalisation, on la déclare en violation du McCarran Act car elle n'était pas citoyenne américaine et a rejoint le Parti Communiste. Plusieurs témoins certifient qu'elle a joué un rôle dans les activités du parti, et elle avait elle-même déclaré être membre du parti depuis 1936. Elle est condamnée à l’expulsion le New York Times: "Ouster Ordered of Claudia Jones", 22 décembre 1950, consulté le 27 juin 2012..

En , à seulement et en prison, elle souffre de sa première attaque cardiaque. La même année, elle est jugée et condamnée avec 11 autres personnes, dont son amie Elizabeth Gurley Flynn, d'« activité anti-américaines » en vertu du Smith Act et plus particulièrement d'activités contre le gouvernement des États-Unis. La Cour suprême rejette son appel. En 1955, Jones purge sa peine d'un an et un jour à la Federal Reformatory for Women d'Alderson (Virginie-Occidentale). Elle est relâchée le New York Times: "Claudia Jones Loses", 10 November 1955, consulté le 27 juin 2012..

On lui refuse de retourner à Trinité-et-Tobago, en partie à cause du gouverneur, le Major General Sir Hubert Elvin Rance qui considère qu'elle pourrait provoquer des troubles. On lui offre finalement de vivre au Royaume-Uni pour des raisons humanitaires et les autorités fédérales donnent leur accord dès qu'elle arrête de contester son arrêt d’expulsionNew York Times: "Red Agrees to Leave Country", 18 November 1955; accessed 27 June 2012.. Le , à l'Hotel Theresa à Harlem, se rassemblent pour son départ.

Carrière au Royaume-Uni Claudia Jones arrive à Londres deux semaines plus tard, à l'époque de la construction de l'Empire Windrush et de l'expansion de la Communauté afro-caribéenne du Royaume-Uni. Mais en rejoignant la même communauté politique qu'elle vient de quitter aux États-Unis, elle est déçue de constater que beaucoup de britanniques communistes sont hostiles envers une femme noire.

Activisme

. Jones commença par s'impliquer dans la Communauté afro-caribéenne du Royaume-Uni pour organiser l'accès aux services de base, ainsi que le jeune mouvement pour l'égalité des droits.

Encouragée par ses amis Trevor Carter, Nadia Cattouse, Amy Ashwood Garvey, Beryl McBurnie, Pearl Prescod et son mentor Paul Robeson, Jones fit campagne contre le racisme et les discriminations raciales en matière de logement, d'éducation et d'emploi. Elle prit la parole lors de rassemblements pour la paix et des congrès syndicaux, elle visita le Japon, la Russie, et la Chine, où elle rencontra Mao Zedong.

Au début des années 1960, malgré sa faible santé, Jones aide à organiser des campagnes contre le 1876 Immigration Act, qui rendait plus difficile la migration vers le Royaume-Uni pour les non-blancs. Elle fit également campagne pour la libération de Nelson Mandela, et s'exprima contre le racisme.

The West Indian Gazette et Afro-Asian Caribbean News, 1958 Claudia Jones était d'avis que les . Par conséquent, en 1958 au-dessus d'un barbier, à Brixton, elle fonde et édite le journal anti-impérialiste et anti-raciste, The West Indian Gazette and Afro-Asian Caribbean News (WIG)Schwarz, Bill, "Claudia Jones and The West Indian Gazette: Reflections on the Emergence of Post-colonial Britain", in Twentieth Century British History, vol. 14:3 (2003).. Le journal devint un contributeur clé à la prise de conscience de la communauté noir britannique.

Jones écrit son dernier essai, The Caribbean Community in Britain, dans FreedomwaysMcClendon III, John H., "Jones, Claudia (1915-1964)", Blackpast.org.:

Traduction :

Toujours à court d'argent, WIG ferma huit mois et quatre éditions après la mort de Jones en .

Notting Hill riots et Caribbean Carnival, 1959 thumb|Plaque de Claudia Jones, Notting Hill En , des émeutes raciales éclatent dans les quartiers de Londres de Notting Hill ä Londres et de Robin Hood Chase à Nottingham. Jones se met en lien avec des leaders de la communauté noire britannique ainsi qu'avec divers leaders nationalistes noirs dont Cheddi Jagan de la Guyane britannique, Norman Manley de Jamaïque, Eric Williams de Trinité-et-Tobago, Phyllis Shand Allfrey et Carl La Corbinière de la Fédération des Indes occidentales.

Jones éprouva le besoin de (wash the taste of Notting Hill and Nottingham out of our mouths). Il fut suggéré que la communauté noire britannique devait avoir un carnaval ; c'était en , donc la question suivante fut : . Jones utilisa alors ses connexions pour obtenir l'utilisation du St Pancras Town Hall en pour le premier carnaval de Mardi gras., qui fut dirigé par Edric Connor"History: 1959 – Elements of Caribbean Carnival", Notting Hill Carnival '14. et qui présenta la troupe de danse , le guitariste de jazz Fitzroy Coleman et la chanteuse Cleo LaineRay Funk, "Notting Hill Carnival: Mas and the mother country", Caribbean Beat, Issue 100.; il a été retransmis à la télévision par la BBC. Ces premières célébrations ont été incarnées par le slogan : (L'art d'un peuple est la genèse de leur liberté)"Claudia Jones (1915-1964)", Black History Pages..

Une note de bas de page sur la couverture de la brochure souvenir originelle de 1959 était : (Une partie des recettes de la vente de cette brochure est destiné à payer les amendes de jeunes de couleur et blancs impliqués dans les événements de Notting Hill)Ishmahil Blagrove Jr, "Notting Hill Carnival — the untold story", London Evening Standard, 7 August 2014.. Jones et la ont également organisé cinq autres carnavals annuels en intérieur dans des salles de Londres : Seymour Hall (à ), et Lyceum Ballroom, événements considérés comme des précurseurs du grand carnaval de Notting Hill.

Pensée politique de Claudia Jones

La contribution la plus significative de Claudia Jones à la théorie politique réside dans son analyse de la situation des femmes noires, qu'elle a conceptualisée comme une "triple oppression" (de race, de classe et de genre). Dès 1949, dans son essai fondateur We Seek Full Equality for Women, Jones développe l'idée que les femmes noires, en tant que prolétaires, subissent non seulement l'exploitation capitaliste et l'oppression raciale, mais aussi l'oppression sexiste. Elle insistait sur le fait que les femmes noires se trouvent "au bas de l'échelle" et que leur lutte pour l'émancipation est centrale pour démanteler l'ensemble des systèmes d'oppression. Cette analyse, développée bien avant l'émergence du terme dans les années 1980, est considérée par l'universitaire Carole Boyce Davies comme précurseure des théories modernes de l'intersectionnalité. Jones a ainsi reformulé la théorie marxiste en y intégrant de manière centrale les dynamiques de race et de genre, la positionnant comme une penseuse clé du féminisme noir et radical.

Mort Jones mourut la veille de Noël 1964, âgé de , et a été trouvée le jour de Noël à son appartement. Un examen post-mortem a déclaré qu'elle avait eu une crise cardiaque, dû à la maladie de son cœur et à la tuberculose.

Ses funérailles ont eu lieu le ; de nombreuses personnalités politiques ont assisté à la cérémonie. Sa tombe est à gauche de celle de son héros, Karl Marx, au cimetière de Highgate, dans le nord de LondresRhiannon Edwards, "Claudia Jones celebrated at Highgate Cemetery", Ham&High, 5 October 2012.. Un message de Paul Robeson y a été lu :

Traduction :

Héritage Les membres noirs du National Union of Journalists' ont dédié un jour annuel à la mémoire de Claudia Jones Memorial en octobre, pendant le Mois de l'histoire des Noirs, pour honorer Jones et célébré sa contribution au journalisme noir britannique.

La fondation Claudia Jones fut fondée à Londres en 1982 pour soutenir les femmes et familles de l'héritage Africain-CaribéenMargaret Busby and Nia Reynolds, "Buzz Johnson obituary", The Guardian (online), 5 March 2014..