vignette|redresse=1.5|Le premier siège du CEAlex occupe le et les trois derniers étages au 50 rue Soliman Yousri

Le Centre d'études alexandrines (CEAlex) est une unité d'appui et de recherche (UAR 3134) française consacrée à l'archéologie et aux sciences humaines et sociales, basée à Alexandrie, en Égypte. Fondé le par l'archéologue Jean-Yves Empereur, il est placé sous la double tutelle du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l'Institut français d'archéologie orientale (Ifao). Depuis le , il est dirigé par Thomas Faucher, qui a succédé à Marie-Dominique Nenna. Le Centre conduit des recherches pluridisciplinaires sur l'histoire longue d'Alexandrie et de sa région de l'Antiquité à l'époque contemporaine en s'appuyant sur des fouilles archéologiques terrestres et sous-marines, des prospections, des laboratoires d'analyse des matériaux et des programmes de collecte, de numérisation et de valorisation du patrimoine documentaire alexandrin. Il coordonne notamment depuis 2010 les Journées du patrimoine alexandrin et organise chaque année un chantier-école de fouille destiné aux étudiants égyptiens et aux inspecteurs du ministère du Tourisme et des Antiquités.

Histoire Implanté à Alexandrie depuis l'origine, le CEAlex s'est imposé rapidement comme un acteur majeur de l'étude de l'histoire de la ville, en menant des fouilles de sauvetage dans le tissu urbain moderne, souvent à l'occasion de chantiers de construction, ainsi que des fouilles sous-marines sur le site du Phare d'Alexandrie, au pied du fort de Qait Bay, à partir de l'automne 1994.

Déménagement Après trente-quatre ans passés au 50 rue Soliman Yousri, le Centre a quitté ses locaux historiques en novembre 2024 pour s'installer au 19 rue Morsi Badr, dans le quartier d'Attarine, au cœur d'Alexandrie. Ce déménagement, motivé par des facteurs externes au Centre, a été rendu possible par un effort financier conjoint du CNRS et de l'Ifao; la réorganisation des bureaux et la réouverture de la bibliothèque se sont poursuivies en 2025.

Direction Le Centre a été dirigé pendant de nombreuses années par son fondateur, Jean-Yves Empereur, puis par Marie-Dominique Nenna, qui a quitté ses fonctions le 31 décembre 2022. Thomas Faucher, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de numismatique et d'archéométrie, lui a succédé le pour un mandat de cinq ans.

Administration et gestion

Laboratoires et services Le CEAlex s'appuie sur une dizaine de services et laboratoires internes qui assurent le traitement, l'étude et la conservation du matériel archéologique et documentaire. Service / laboratoire MissionService des archivesService de dessin (DAO) Service photo, vidéo et 3DService de topographie et cartographieService de l'inventaire des objets archéologiquesLaboratoire de restauration archéologiqueLaboratoire de caractérisation des matériauxService pédagogique Service informatique Service des publications Le service d'architecture Missions et champs de recherche Les missions du CEAlex se déploient selon quatre axes complémentaires:

Fouilles et prospections archéologiques, terrestres et sous-marines, sur Alexandrie et sa région (Maréotide) ; Étude et caractérisation du mobilier archéologique (céramologie, numismatique, archéométrie, archéozoologie, anthropologie funéraire); Collecte, numérisation et valorisation des archives relatives à l'Alexandrie moderne (presse francophone d'Égypte, fonds privés, cartes et plans, cartes postales); Médiation scientifique et culturelle auprès du public alexandrin, notamment via un service pédagogique et les Journées du patrimoine alexandrin.

Le centre compte plus de quatre-vingts collaborateurs permanents, européens et égyptiens, et accueille chaque année environ deux-cents chercheurs en mission. Le Centre travaille en coopération étroite avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités (MoTA), l'université d'Alexandrie et de nombreux partenaires internationaux (École française d'Athènes, IFAO, laboratoires universitaires français et étrangers).

Fouilles et prospections

Fouilles terrestres historiques de 1990 aux années 2000 Les premières décennies du Centre sont marquées par une série de fouilles de sauvetage menées dans le tissu urbain d'Alexandrie, à l'occasion de la découverte fortuite de vestiges lors de chantiers de construction : Site Période de fouille Objet principalCinéma Majestic / Billardo Palace 1992-1993 Vestiges du Césaréum (temple du culte impérial)Théâtre Diana 1994-1997 Habitations des quartiers royaux, mosaïque de la MéduseNécropolis (Gabbari) 1997-2000 Plus de 40 tombes souterraines collectives, pratiques funérairesPatriarcat grec-orthodoxe (rue Fouad) 1999-2004 Vestiges urbainsCésaréum (ancien garage Lux) 2000-2002 Statue de Septime SévèreTerra Santa 2001-2003 « Tombeau d'albâtre », canaux hydrauliques hellénistiques et romainsMaréa 2003-2012 Maisons-tours de la presqu'île de Maréa, lac Mariout

Centre-ville

vignette|La mosaïque de la figure de la Méduse restaurée par le CEAlex

En 1992-1993, deux fouilles de sauvetage sont menées à l'emplacement du temple du culte impérial, le Césaréum, sur la parcelle du cinéma Majestic et sur celle, voisine, du Billiardo Palace, où une inscription gravée sur un fût de colonne indique la présence d'une association consacrée à l'entretien des images des empereurs romains.

Entre 1994 et 1997, l'attention des chercheurs se concentre sur la zone des quartiers royaux mettant au jour des habitations qui s'échelonnent depuis la toute première génération des Alexandrins jusqu'au . Sur la parcelle du théâtre Diana, la salle à manger d'une maison datée du montre un superbe pavement mosaïqué se développant autour de la figure de la Méduse qui protège les banqueteurs.

Sur la parcelle du cinéma Lux, sous un cimetière chrétien de la fin de l'Antiquité et un complexe hydraulique, ont été mis au jour en 2000-2001 des vestiges architecturaux et paysagers du Césaréum, mais aussi une statue de l'empereur Septime Sévère, identifié grâce aux détails de son costume et aux deux pointes de sa barbe.

Nécropolis

La nécropole a été découverte dans le quartier de Gabbari lors de la construction en 1996 d'un pont autoroutier destiné à relier l'autoroute du Caire au port occidental d'Alexandrie. Le chantier de fouilles est situé dans le secteur moderne, à environ huit-cents mètres de la muraille antique, dans la Nécropolis décrite par Strabon lors de son séjour à Alexandrie en -25.

L'exploration et la fouille, menées par l'archéologue Marie-Dominique Nenna, ont été réalisés de à la fin du mois de .

Plus de quarante tombes souterraines collectives et de cimetières de surface ont ainsi été explorées avant l'enfouissement définitif dans le béton du pont provoquant la perte irrémédiable de cette nécropole. Les tombes sont composées de centaine de loculi, profonds de deux mètres, larges de soixante centimètres et hauts de quatre-vingt centimètres, recevant les corps inhumés; certains loculus contenaient jusqu'à une dizaine d'individus.

Cette nécropole offre un matériel pour la connaissance des pratiques funéraires des Alexandrins, aussi bien aux archéologues qu'aux archéoanthropologues, avec notamment l'étude des vases à crémation et des débuts de l'introduction de la momification chez les Grecs. Lors des inhumations, les Grecs alexandrins pratiquaient l'incinération et de petites niches étaient creusées dans les parois des tombes pour la mise en place des urnes cinéraires.

Fort Qait Bay

Le fort Qait Bay a été construit sur l'emplacement du phare d'Alexandrie, effondré au .

Les citernes

vignette|La citerne al-Nabih

La recherche des citernes, lancée dès les débuts du CEAlex, où l'on n'en connaissait alors plus que cinq, face aux quatre-cents mentionnées dans la Description de l'Égypte, a permis de recenser cent-quarante-quatre citernes souterraines de l'Antiquité tardive et de l'époque médiévale ainsi que de fouiller et de documenter certaines en détail, comme les deux citernes voisines d'el Gharaba.

Patriarcat d'Alexandrie

Terra Santa

Mené en 2002-2003, le chantier de fouilles de Terra Santa n'a pas permis de préciser l'emplacement antique du « Tombeau d'albâtre », construit d'énormes monolithes de calcite, mais il a offert des informations sur les canaux souterrains qui récupéraient et véhiculaient l'eau fraîche pour les Alexandrins à l'époque hellénistique et romaine, ainsi que sur les dispositifs de puisage, tels les sakiehs.

Maréa

Fouillée entre 2003 et 2012, la presqu'île de Maréa sur la rive sud du lac Mariout, à quarante kilomètres au sud-ouest d'Alexandrie, est un exemple de l'occupation de la campagne alexandrine, avec deux maisons-tours qui dominaient les rives du lac Mariout. L'une d'elles comprenaient un espace cultuel comme en témoignent architecture et mobilier avec un porte-cassolette à encens en bronze qui mêle éléments égyptiens et grecs.

Le chantier de Kôm Bahig Situé en Maréotide, à l'ouest d'Alexandrie, le site de Kôm Bahig fait l'objet de fouilles annuelles depuis 2016, dirigées par Aude Simony, avec la participation de Kathrin Machinek, Georges Soukiassian et Romain Séguier. Le secteur 20000, dans la vallée centrale du site, a livré un dallage antique (n° 20014), un escalier monumental (n° 20092), un mur de soubassement de 12,5 m de long ainsi qu'un édifice en forme de podium à double escalier (n° 20121), daté du Haut-Empire. En 2023, la fouille de la fosse 20163 a notamment livré une tête de statue en basalte représentant l'empereur Auguste coiffé du némès pharaonique.

Le secteur 40000, ouvert en 2018, sert de terrain d'école pour la formation des étudiants de l'université d'Alexandrie et des inspecteurs du MoTA (« chantier-école »). Les fouilles y ont mis au jour, en 2023, une petite « cachette » d'objets — bases de statues, figurines de terre cuite (Isis, Bès), fragments architecturaux — vraisemblablement issue d'un larcin antique resté oublié. L'étude archéozoologique du site a également révélé un assemblage osseux dominé (97 %) par des restes de félidés, dont sept individus (chat domestique et grand félin sauvage), interprété comme la trace d'une régulation d'une population de chats errants à l'époque romaine tardive.

En 2024, l'absence d'autorisation de fouille délivrée à temps par le MoTA a empêché la tenue d'une campagne complète : le Centre s'est limité à une campagne de carottages géologiques (sept sites, 7-10 octobre 2024) destinée à préparer les prochaines interventions.

Prospections en Maréotide Depuis plusieurs années, le CEAlex conduit un programme de prospection archéologique au sud du lac Mariout (Maréotide), région soumise à une urbanisation et une industrialisation croissantes qui menacent directement les vestiges antiques. La campagne 2024, élargie en accord avec le MoTA à un nouveau secteur au sud de la zone initialement prévue, a couvert les abords de Borg el-Arab el-Gedida et le secteur d'Abou Mina. Ce travail est mené en parallèle d'un inventaire cartographique et ethnographique des santons (petits sanctuaires funéraires) de la région, croisant données géographiques, archives et transmission orale.

Fouilles sous-marines du phare d'Alexandrie