L’attentat contre Charlie Hebdo est une tuerie de masse terroriste islamiste perpétrée le à Paris contre le journal satirique français Charlie Hebdo. C'est le premier et le plus meurtrier des trois attentats de janvier 2015 en France.

Vers , les frères Chérif et Saïd Kouachi, armés de fusils d'assaut, pénètrent dans le bâtiment qui abrite les locaux du journal, rue Nicolas-Appert dans le . Ils assassinent onze personnes, dont huit membres de la rédaction : Frédéric Boisseau, un responsable des opérations de la société Sodexo chargée de la maintenance du bâtiment (qui est la première personne à mourir), les cinq dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, la psychanalyste et chroniqueuse Elsa Cayat, l'économiste Bernard Maris, le correcteur Mustapha Ourrad (ces huit personnes étant membres du journal), le policier Franck Brinsolaro qui assurait la protection de Charb et Michel Renaud, cofondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage, invité à assister à la conférence de rédaction.

Un lieutenant de police, Ahmed Merabet, est tué sur le boulevard Richard-Lenoir (également à Paris) par l'un des deux terroristes au cours de leur fuite. Le bilan final est de douze personnes assassinées et de onze blessées, dont quatre grièvement.

Les deux auteurs du massacre sont tués deux jours plus tard par les membres du Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) qu'ils attaquaient au fusil d'assaut en sortant de l'imprimerie où ils s'étaient retranchés. Les assassins se réclamaient d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), qui revendique ensuite officiellement l'attentat.

vignette|Pancarte à Toulouse le .

Cet attentat est le premier d'une série qui dure jusqu'au : le , un complice des frères Kouachi, Amedy Coulibaly, assassine sur la voie publique une policière municipale à Montrouge dans la banlieue sud de Paris ; le lendemain, le même terroriste tue quatre personnes de confession juive au cours d'une prise d'otages dans une supérette casher porte de Vincennes, dans l'est de la capitale, qui s'achève le même jour avec sa mort lors de l'assaut policier. Le retentissement de ces événements est considérable, aussi bien en France qu'à l'étranger : des manifestations de soutien avec le slogan « Je suis Charlie » ont lieu dans de nombreuses villes de France et dans le monde. Quarante-quatre chefs d'État et de gouvernement participent à Paris à une le dimanche , qui rassemble plus d'un million et demi de personnes, tandis que sur deux journées, plus de quatre millions de Français défilent sur tout le territoire.

Le de Charlie Hebdo, publié le , est tiré à près de huit millions d'exemplaires et l'intégralité des recettes du premier million est versée aux familles des victimes.

Le procès des attentats de janvier 2015 a lieu fin 2020.

Contexte

La France a été menacée à de nombreuses reprises lors de ses différentes opérations extérieures en Afrique et au Moyen-Orient par des mouvances terroristes islamistes (Al-Qaïda, Daech…) allant jusqu'à annoncer des attaques sur le sol français. De nombreux projets d'attentats ont ainsi été déjoués durant les semaines précédant cette fusillade...

Charlie Hebdo fait régulièrement l'objet de menaces« « Charlie Hebdo », un journal régulièrement menacé », Le Monde, 7 janvier 2015. et de procès, notamment de la part du monde politique, en particulier de l'extrême droite.. Le journal, dont la ligne est ouvertement athée et anticléricale, a toujours fait de la critique de la religion, et en particulier des intégristes religieux, l'un de ses chevaux de bataille« Charlie Hebdo et la religion : l'art de la provocation », article d'Arthur Berdah paru dans L'Express, 7 janvier 2015., ce qui lui a valu de nombreux procès intentés notamment par des associations chrétiennes (dont l'AGRIF) et musulmanes.

En 2006, l'hebdomadaire déclenche une polémique en publiant douze caricatures de Mahomet déjà parues dans le journal danois Jyllands-Posten. Il est attaqué en justice, notamment par l'Union des organisations islamiques de France et par la Ligue islamique mondiale, qui sont déboutées en première instance et en appel« 2006 : Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet », Le Monde, 3 novembre 2011..

thumb|L'ancien siège du journal Charlie Hebdo après l’incendie criminel du 2 novembre 2011.

En 2011, après la parution d'un numéro spécial titré Charia Hebdo critiquant la victoire du parti islamiste Ennahdha en Tunisie, les menaces contre le journal satirique s'intensifient et ses locaux sont la cible d'un incendie criminel provoqué par un jet de cocktail MolotovEmmanuel Berretta, « Charlie Hebdo victime d'un incendie criminel », Le Point, 2 novembre 2011.. Par la suite, les locaux du journal sont régulièrement placés sous protection des forces de l'ordre..

En , vingt personnes, dont Olivier Cyran, Houria Bouteldja et Rokhaya Diallo, signent une tribune contre le soutien exprimé à Charlie Hebdo après cet incendie.. Pour Laurent Bouvet, ce texte procède au et la formule est comprise comme allusive à un État national-socialiste.. Pour le journaliste Jack Dion, du magazine Marianne, ce texte émane de « Le gouvernement se prend les pieds dans le tapis racialiste de Rokhaya Diallo » par Jack Dion, sur marianne.net, publié le 14 décembre 2017..

En , le journal publie un numéro hors série en deux parties, La Vie de Mahomet, dans lequel Charb raconte en bande dessinée la vie du prophète de l'islam« Charlie Hebdo s'apprête à publier une BD sur la vie de Mahomet », Le Monde, 31 décembre 2012..

En 2013, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) publie sur le magazine en ligne Inspire une liste désignant onze personnalités occidentales parmi lesquelles figure Charb« Al-Qaida publie la liste de ses pires ennemis, incluant Charb et Salman Rushdie », Slate.« Le dessinateur français Charb « recherché » par Al-Qaïda », FranceTVInfo..

En , le rappeur Nekfeu dans une chanson sortie en même temps que le film La Marche..

Le , au matin de la fusillade, le de Charlie Hebdo est publié avec, en une, une caricature signée Luz« Charlie Hebdo : Houellebecq et djihadistes au sommaire du dernier numéro », Le Point, 7 janvier 2015. de Michel Houellebecq, dont le dernier roman Soumission, sorti le même jour, décrit la fiction d'une France musulmane« L'emballement autour de Michel Houellebecq », Le Monde, 7 janvier 2015.. À l'intérieur, l'un des derniers dessins publiés de Charb, titré « Toujours pas d'attentat en France », montre un islamiste armé déclarant Quelques minutes avant l'attaque, les comptes Twitter et Facebook de l'hebdomadaire publient, en guise de vœux du nouvel an de la rédaction, un dessin d'Honoré qui représente Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'État islamique, souhaitant la bonne année en déclarant « Charlie Hebdo : le tweet de vœux de la rédaction devient un symbole de la liberté d'expression », Huffington Post, 7 janvier 2015..

Déroulement Dans les locaux Le matin du , comme chaque mercredi à , débute la conférence de rédaction hebdomadaire de Charlie Hebdo.

Deux hommes. cagoulés et habillés de noir, armés de fusils d'assaut de type kalachnikov, entrent au de la rue Nicolas-Appert, qu'ils croient être les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo. Ils y trouvent une entreprise audiovisuelle, l’Atelier des archives.. Le siège du journal est en réalité au ., un immeuble anonymeLa photo de l'entrée du siège du journal est disponible à cette adresse. où il était installé depuis le .. Constatant leur erreur, les deux hommes menacent les employés présents, en tirant à travers une porte vitrée, pour obtenir la bonne adresse.

Vers , arrivés au , les terroristes tirent en direction de deux cadres de la société Sodexo chargés de la maintenance de l'immeuble qui se trouvaient dans la loge de la concierge de l’immeuble, tuant l'un d'entre eux. ; ils trouvent ensuite dans l'escalier la dessinatrice Coco, qui partait chercher sa fille. Les deux hommes prennent en otage Coco, et exigent que la dessinatrice les conduise aux bureaux du journal. Elle se trompe d'étage et les emmène au premier étage., alors que la rédaction se trouve au deuxième. Un temps perdus entre les étages, les terroristes menacent un occupant croisé dans l'escalier, puis finissent par trouver le bon palier ; ils obligent alors Coco, sous la menace d'une arme, à faire le code d'ouverture de la porte blindée qui donne accès à la rédaction, puis pénètrent dans les bureaux du journal à ..

Les deux hommes entrent d'abord dans le premier bureau situé après l'entrée de la rédaction, celui où se trouve le webmaster du journal, Simon Fieschi. Ils font feu deux fois sur ce dernier, le blessant grièvement. Les personnes réunies dans la salle voisine pour la conférence de rédaction, sont alertées par le bruit mais n'ont pas le temps de réagir« C’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts », Le Monde, 13 janvier 2015.. Le policier Franck Brinsolaro chargé de la protection de Charb, sort son arme en disant « C'est pas normal, ça » et intime aux journalistes de ne « pas bouger de façon anarchique ». Il est abattu par les frères Kouachi, qui font irruption dans la pièce. Selon le témoignage des journalistes Laurent Léger et Sigolène Vinson, l'un d'eux crie alors ... Ils commencent par demander où est Charb puis abattent ce dernier après l'avoir identifié. Ils déclarent ensuite, d'après les témoignages des survivants, , avant de tirer au coup par coup sur le reste de l'assistance, tuant neuf autres personnesUne photo de l'intérieur des locaux du journal, prise après la fusillade, est disponible à cette adresse. : sept autres membres de la rédaction, un invité et le policier Franck Brinsolaro. Après le massacre, l'un des tueurs dit à Sigolène Vinson, qui est indemne, qu'il ne la tue pas car « on ne tue pas les femmes » (ils venaient pourtant de tuer Elsa Cayat) et lui intime de « lire le Coran », avant de quitter les lieux à .

Dans la rue Ils sortent de l'immeuble en continuant à faire feu et en criant .. En sortant, ils se retrouvent face à une patrouille de police à vélo, sur laquelle ils tirent, faisant un blessé, la scène étant filmée par un témoin. Ils crient à plusieurs reprises avant de regagner leur voiture, une Citroën C3 noire stationnée devant l'immeuble, au bout de la rue Nicolas-Appert, à l'angle de l’allée Verte. Ils rechargent alors avec un calme relatif leurs armesL'un des deux tueurs, le passager de la voiture, est apparemment préposé au transport des chargeurs pleins de munitions, à l'aide d’un sac qu'il porte devant lui en étant suspendu autour de son cou..

vignette|upright|Boulevard Richard-Lenoir, à l’endroit où a été assassiné le policier Ahmed Merabet.

Selon François Molins, le procureur de Paris, les assassins prennent ensuite la fuite à bord de leur véhicule.. Ils empruntent donc l'allée Verte, voie à sens unique, sur quelques dizaines de mètres et se retrouvent tout de suite face à une voiture de police qui arrive dans l'autre sens ; ils s'arrêtent un instant, ouvrent leurs portières et tirent debout à plusieurs reprises, sans faire de blesséA posteriori, les images de la voiture de police diffusées par les chaînes de télévision montrent pourtant que le tir a été groupé en laissant une dizaine d’impacts sur le bas du pare-brise, soit à hauteur des bustes des occupants.. La voiture de police parvient à faire précipitamment marche arrière sur toute la longueur de la rue déserte jusqu'au boulevard Richard-LenoirSoit sur une distance comprise entre 50 et ., laissant le passage aux fuyards, dont l'un continue à tirer par sa vitre ouverte.