Jeanne de Jussie (ou de Jussy), née en à Jussy (aujourd'hui canton de Genève, alors dépendant de l'évêché de Genève) et morte le à Annecy (alors duché de Savoie), est une chroniqueuse et religieuse de l'ordre des clarisses où elle a la fonction d'« écrivain ». Elle est connue pour sa chronique, du point de vue catholique et partisan de la Savoie, des événements qui entourent le passage de Genève à la Réforme.
Biographie Genevoise Jeanne est de famille de petite noblesse, fille de Louis et de Jeanne, de la châtellenie de Jussy ou « Jussy-l'Évêque », territoire dépendant de l'évêque de Genève. Elle suit l'école des filles à Genève..
Jeanne de Jussie a été éduquée à Genève, puis elle a vécu 14 ans au couvent en contact avec la vie quotidienne de la ville par l'intermédiaire du parloir. Le couvent des clarisses était aussi en étroite relation avec la Savoie, ayant été fondé en 1474 à l'initiative de la duchesse Yolande, régente de Savoie (et sœur du roi de France Louis XI). Jeanne vit après la Réforme durant 26 ans à Annecy, ce qui fait d'elle aussi une Savoyarde.
Religieuse Jeanne de Jussie entre au couvent des clarisses de Genève en 1521, et fait profession de foi en 1522 à l'âge de dix-huit ans. Le couvent Sainte-Claire était l'unique couvent de femmes de la ville, il se trouvait au Bourg-de-Four (à l'emplacement de l'actuel Palais de justice). Les règles étaient sévères : les 24 moniales devaient vivre dans la pauvreté, la chasteté, l'obéissance et une stricte clôture..
Jeanne de Jussie devient secrétaire ou « écrivain » du couvent en 1530. Elle appelle « hérétiques » ou « infidèles » les réformés qui tentent de convertir les sœurs (une seule acceptera de renier sa foi), et les soldats qui pénètrent dans le couvent pour y détruire les images et symboles du catholicisme. En , les autorités autorisent les moniales à quitter la ville. Elles partent à pied, accompagnées jusqu'au Pont d'Arve, et mettent quelques jours à atteindre Annecy où le duc et la duchesse de Savoie les accueillent et leur mettent à disposition des bâtiments.
Jeanne de Jussie devient la septième abbesse de la communauté en 1548, charge qu'elle exerce jusqu'à sa mort en 1561.
Chroniqueuse Jeanne de Jussie écrit, probablement entre 1535 et 1546, une Petite Chronique des événements dramatiques qui se sont déroulés à Genève dès 1526, et en particulier le départ des sœurs clarisses en 1535. Selon Albert Rilliet (1866), son texte , et elle lui aurait donné le titre Histoire mémorable du commencement de l'hérésie à Genève.. Selon Liliane Mottu-Weber (2005), .
Dans une première partie, recueil de notes prises entre 1526 et 1535, Jeanne de Jussie relate les événements se passant à Genève, et d'autres informations lui parvenant. Elle mentionne par exemple le traité d'assistance mutuelle de 1526 signé par Genève, Berne et Fribourg, et en 1544 l'expulsion des clarisses du couvent d'Orbe dans le canton de Vaud..
La seconde moitié de l'ouvrage concerne la période de juillet à , la fuite des sœurs et leur installation définitive à Annecy, c'est un témoignage direct du vécu de Jeanne de Jussie. Pour Rilliet, elle n'écrit pas un « pamphlet », mais une « lamentation », elle raconte son indignation face aux émeutes, à la violence, aux destructions et profanations..
Le succès de la Petite chronique est lié à ses deux qualités principales : littéraire et historique.
Le style est « vif et élégant ». Pour Anne Noschis, . Le récit est un témoin du français régional suisse-romand écrit à Genève au temps de la Réforme.. Voici un exemple où Jeanne reprend les mots d'une religieuse face à des réformés et un conseiller de Berne accompagnés de soldats (édition de 1865) :
thumb|upright=0.75|Le levain du calvinisme..., première édition, 1611. Le texte est reconnu comme précis du point de vue historique. Il est complémentaire des chroniques des réformateurs Antoine Froment et Marie Dentière. Extrait décrivant les sœurs faisant route vers Saint-Julien (édition de 1611) :
L'original de la Petite Chronique est conservé aujourd'hui au département des manuscrits de la Bibliothèque de Genève.
Publications Son témoignage a été remanié sur la forme et sur le fond et publié pour la première fois en 1611. Par la suite il est repris et publié sous divers titres, réimprimé, réédité et traduit en plusieurs langues.
Albert Rilliet affirme en 1866 l'existence de cinq éditions du , il précise que le titre Levain du calvinisme reflète l'intention du premier éditeur de . Il ajoute que cette publication intervient peu après la mort de Henri IV le , dans un contexte politique qui incita le duc de Savoie Charles-Emmanuel à envisager d'attaquer une nouvelle fois Genève. L'édition de 1649 a été adaptée pour les lecteurs du . L'édition de 1682 reprend la forme primitive en modernisant simplement l'orthographe, et omet quelques passages..
Jules Vuy fait remarquer que les éditions du sont le fait d'éditeur savoyards et catholiques, alors que les deux rééditions du viennent de la Genève protestante..
Éditions du
Rééditions
Éditions modernes commentées
Références
Voir aussi
Bibliographie .
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Articles connexes Marie Dentière Histoire de Genève#Réforme Réforme protestante#Le calvinisme ou la seconde vague du protestantisme
Liens externes
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