vignette|Amedy Coulibaly Amedy Coulibaly, né le à Juvisy-sur-Orge dans l'Essonne et mort le à , est un terroriste islamiste français, un des auteurs des attentats de janvier 2015 en France.
Délinquant multirécidiviste, Amedy Coulibaly passe de la petite délinquance à la grande criminalité puis se convertit à l'islam radical. Il devient, avec Chérif Kouachi, l'un des deux principaux disciples de Djamel Beghal, selon les rapports de la sous-direction anti-terroriste. Il est incarcéré en 2010 avec Beghal pour son implication dans une tentative d'évasion du terroriste islamiste Smaïn Aït Ali Belkacem. Le , au lendemain de l'attentat contre le journal Charlie Hebdo commis par les frères Kouachi, il tue la policière Clarissa Jean-Philippe à Montrouge, dans la banlieue sud de Paris, et blesse grièvement un agent de voirieLeMonde.fr : Clarissa Jean-Philippe, 25 ans, la policière tuée à Montrouge. Le jour suivant, il commet une prise d'otages dans une supérette casher située porte de Vincennes à Paris, en se réclamant de l'État islamique, assassinant quatre personnes de confession juive, dont trois clients et un employé. Il est finalement tué à lors de l'assaut donné par l'unité d'élite Recherche, assistance, intervention, dissuasion (RAID) et la Brigade de recherche et d'intervention (BRI).
Biographie
Enfance, petite délinquance et grande criminalité
Né en France dans une famille originaire du Mali, Amedy Coulibaly est le septième enfant, et seul garçon, d’une fratrie de dix. Il passe sa jeunesse dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny. Ses proches parlent d'une .
Alors qu'il est lycéen en classe de première « bac pro », Coulibaly devient coutumier du braquage (vol de garage, de commerce). Ses proches expliquent son attitude par ses mauvaises fréquentations. Sa haine de la police pourrait provenir (ou être aggravée) par un sentiment d'injustice à la suite du décès de son complice et meilleur ami Ali Rezgui tué par un policier au cours d'un vol. Le fait se produit le à Combs-la-Ville alors qu'il s'enfuit à bord d'une camionnette chargée de motos volées et se dirige à vive allure vers un véhicule de police. Un policier stagiaire tire sur le camion, crève un pneu, puis tire vers l'intérieur du camion, tue le chauffeur et blesse Amedy Coulibaly. Le policier qui a tiré n'a pas été poursuivi par le parquet (non-lieu pour légitime défense).
Coulibaly est plusieurs fois jugé et emprisonné pour vols aggravés à partir de 2001.
Un vol à main armée dans une agence BNP Paribas d'Orléans, le , le mène devant la cour d'assises des mineurs du Loiret, où il est condamné, le , à six ans de prison pour trafic de stupéfiants, recel, et pour le braquage de la banque. Alors qu'il est interpellé le lendemain à la suite du braquage de deux discothèques parisiennes vers du matin, Amedy Coulibaly est retrouvé porteur de billets de provenant d'une liasse piégée, volée durant le braquage de la banque. C'est en 2005, durant son incarcération à la prison de Fleury-Mérogis, qu'il fait la connaissance de Chérif Kouachi, emprisonné pour sa participation à la filière djihadiste des Buttes-Chaumont et de Djamel Beghal, qui est devenu en prison le de ce dernierDjamel Beghal, le trait d'union entre Coulibaly et Kouachi, L'Obs, 10 janvier 2015Ce que l'on sait sur la radicalisation des frères Kouachi, Le Monde, 9 janvier 2015. Amedy Coulibaly se lie d'amitié avec Djamel Beghal qui se trouve pourtant à l'isolement, mais dans la cellule juste au-dessus de la sienne avec laquelle il communique. Après sa sortie, Coulibaly devient dealer, ce qui lui vaut une nouvelle peine de prison d'un an et demi en 2006.
En 2007, pendant son incarcération, il organise. et participe au tournage clandestin d'un documentaire dénonçant les conditions de vie dans la prison de Fleury-Mérogis, documentaire dont il signe la dédicace sous son pseudonyme de « Hugo la masse » : « à ceux qui feront tout pour ne jamais aller en prison et ceux qui feront tout pour ne jamais y retourner »Quand Amedy Coulibaly dénonçait les conditions de détention à Fleury-Mérogis.. Après sa remise en liberté, des extraits de ce documentaire font l'objet d'un reportage de l’émission Envoyé spécial en 2009 où il est interviewé. Un livre inspiré de ce documentaire intitulé « Reality Taule, au-delà des barreaux » (éditions Grignywood / icetream) met en vedette Amedy Coulibaly avec sa photo de dos en couverture..
Sortie de prison, mariage religieux, réinsertion et nouvelles condamnations
Mariage religieux À sa sortie de prison en , la religion a éloigné Amedy Coulibaly de sa famille, qu'il qualifie désormais de ( en arabe). Il se marie religieusement mais pas civilement le avec la femme qui partage sa vie depuis , Hayat Boumeddiene . Ils se sont rencontrés à sa sortie de prison. Il développe un intérêt romantique pour elle lorsqu'il est encore incarcéré à Fleury-Mérogis en la remarquant sur une photo sur laquelle elle apparaît aux côtés de la petite amie de son co-détenu. Ledit co-détenu accepte de jouer les entremetteurs. À partir de 2010, le couple vit à Bagneux. En 2014, ils résident à Fontenay-aux-Roses. Le couple avait l'intention de déménager prochainement, rapporte un témoin, qui les avait vus « sortir des cartons, des caisses, des livres ».
La compagne Hayat Boumeddiene
Réinsertion professionnelle Une fois sa peine purgée, il est embauché en contrat de professionnalisation par Coca-Cola à Grigny. Il semble avoir tiré un trait sur son passé de délinquant ; en réalité, il s'est converti en prison à l'islam radical. Il continue de fréquenter Kouachi et Beghal. Par deux fois, Hayat Boumeddienne accompagne son mari à Murat dans le Cantal où Beghal est assigné à résidence et où ils manient les armes et s'entraînent au tir.
En , il est reçu avec neuf autres personnes, comme lui en formation en alternance, au palais de l'Élysée par Nicolas Sarkozy. Le président de la République souhaitait rencontrer des jeunes choisis par leurs employeurs, parce que les entreprises sont engagées en faveur de la formation en alternance.. Il joue au poker sur Internet et voyage avec son épouse en Crète, en République dominicaine et en Malaisie.
Coach sportif Une ancienne cliente l'atteste, elle côtoie Amedy Coulibaly en 2009, alors qu'elle fréquente une salle de fitness de Grigny, près de la cité de la Grande Borne. Il est alors coach sportif, et son physique de body-builder ne lui inspire alors aucune crainte. C'est un homme . Il n'a jamais abordé de sujets en lien avec la religion, encore moins sur le djihad ou ses passages en prison.
Nouvelle incarcération Il est arrêté le , mis en examen et placé en détention provisoire quatre jours plus tard. Il est en effet soupçonné par les services antiterroristes d'avoir participé à la tentative d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l'un des principaux auteurs de la vague d'attentats commis en France en 1995, alors emprisonné à la maison centrale de Clairvaux. La fouille de son domicile permet de découvrir 240 munitions 7,62 de kalachnikov. Pour ces faits, il est condamné à 5 ans de prison ferme le . En détention, il affiche à nouveau sa volonté de se réinsérer en suivant des formations de vendeur et de secouriste. En raison des quatre ans de détention provisoire qu'il accomplit (du au ) et d'une remise de peine d'un an, Amedy Coulibaly, qui selon la chancellerie manifeste une conduite durant sa détention, sort de prison le avec un bracelet électronique. Il le garde jusqu'au , date de la fin de sa peine.
Durant l'interpellation préalable à sa condamnation, il se décrit ainsi aux policiers : « J'essaie de pratiquer le minimum obligatoire comme la prière, le ramadan J'essaie d'avancer avec la religion mais je vais doucement ». Il peut s'agir d'une pratique de la dissimulation, la taqîya, comme le prône le mouvement radical takfir, enseigné par Djamel Beghal.
Pourtant, depuis sa cellule, avant la tentative d'évasion, Smaïn Aït Ali Belkacem passe un appel téléphonique. Et alors qu'il ignore qu'il est placé sur écoute, il décrit Amedy Coulibaly comme et pour perpétrer le projet.
Après la sortie de prison, le couple réalise un pèlerinage à La Mecque en .
Fiche active pour terrorisme présumé
Contrôlé à Montrouge en août 2014 Le 30 août 2014, il est contrôlé par une patrouille de police à Montrouge en présence des frères Belhoucine et d'un quatrième homme. Rien d'anormal, même si Amedy Coulibaly et Mohamed Belhoucine sont fichés à l'anti-terrorisme. Ils repartent peu après.
Mohamed Belhoucine est connu des services de renseignement français, pour appartenance à une filière qui envoie des djihadistes dans la zone pakistano-afghane au milieu des années 2000. Il sera particulièrement présent près du tueur durant les semaines de préparation des attentats des 7 et . Les enquêteurs s'interrogent après les attentats sur le rôle des deux frères dans la préparation des actes terroristes.
Contrôlé à Paris en décembre 2014 Le 30 décembre 2014, Hayat Boumeddiene loue une Seat Ibiza. Le même jour vers midi, le véhicule est arrêté par deux motards de la direction de l'ordre public et de la circulation, pour un contrôle de routine dans le de Paris. Amedy Coulibaly conduit le véhicule avec Hayat Boumeddiene à ses côtés. Il vient d'avoir son permis de conduire le ; il présente ses papiers aux policiers, dont une attestation de réussite à l'examen. Les papiers du véhicule et du conducteur sont en règle.
Les policiers respectent la procédure à la lettre et consultent le fichier des personnes recherchées (FPR). La fiche d'Amedy Coulibaly est signée du service demandeur pour avec la mention qui signifie que l'individu est considéré comme dangereux et appartient à la mouvance islamiste. Le policier doit alors récolter le maximum d'informations sans éveiller les soupçons : la marque de la voiture, la plaque d'immatriculation, l'identité des passagers. Les policiers auraient informé leur hiérarchie et les services antiterroristes. Sans réaction de leur part, précise Le Canard enchaîné, selon qui .
Amedy Coulibaly repart de nouveau sans être interrogé, bien que le plan Vigipirate soit déjà renforcé. Après les événements du 7 au , Vigipirate est relevé au niveau .
Aux États-Unis, il est référencé sur la liste Terrorist Identities Datamart Environment (TIDE) qui enregistre tout « terroriste » soupçonné ou connu..
Déplacement à Madrid Amedy Coulibaly utilise la Seat pour se rendre à Madrid. Il y conduit sa compagne Hayat Boumeddiene. Dans la nuit du au , le couple traverse la frontière espagnole en voiture.
Les frères Belhoucine, Mehdi Sabry et Mohamed, la femme et le fils de ce dernier, regagnent Madrid dans deux bus Eurolines différents le même jour.
Tous à l'exception d'Amedy Coulibaly prennent l'avion de l'aéroport de Madrid Barajas pour la Turquie le lendemain, . Amedy Coulibaly rentre rapidement vers Paris le jour mêmeL'étrange voyage de Coulibaly à Madrid Le Figaro, 15 janvier 2015, à tel point qu'il est flashé à trois reprises sur la route. Il restitue le véhicule le .
De retour en France, rencontre avec Chérif Kouachi Le , il fait une rapide visite à sa famille à Grigny.
Il se rend en Belgique dans la nuit du 5 au 6 , pour récupérer l'argent de la vente de la Mini Cooper d'Hayat Boumeddiene auprès du trafiquant d'armes Metin K. Puis il revient en région parisienne pour croiser Chérif Kouachi. Vingt-quatre heures avant le début des tueries, Amedy Coulibaly et les frères Kouachi activent une ligne téléphonique qui leur permet d'échanger discrètement. Au total, ils échangent six SMS sur la ligne.
Dans la soirée du , la veille de l'attentat de Charlie Hebdo, Chérif Kouachi s'éclipse de chez lui à Gennevilliers entre minuit et du matin. Il rencontre Amedy Coulibaly. Les enquêteurs pensent que c'est pour synchroniser les derniers détails des attaques.