La prise d'otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris est une attaque terroriste islamiste et antisémite, perpétrée le . C'est le dernier des attentats de janvier 2015 en France.
L'auteur de l'attaque, Amedy Coulibaly, est déjà recherché par la police pour l'assassinat, commis la veille, de Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale de Montrouge dans la banlieue sud de Paris. Il s'introduit dans une supérette cacher de la porte de Vincennes en étant lourdement armé. Il tue immédiatement trois personnes et en prend en otage dix-sept autres, dont l'un est tué peu après, portant à quatre le nombre des morts.
Le preneur d'otages se dit antisémite, se réclame de l'État islamique (EI ou Daech) et demande la libération des frères Chérif et Saïd Kouachi qui, au même moment, sont assiégés par la gendarmerie française au nord de Paris, à Dammartin-en-Goële, après avoir tué douze personnes dans l'attentat contre Charlie Hebdo, deux jours plus tôt dans la capitale française.
La prise d'otages dure plus de quatre heures. Elle se termine par un assaut mené par les policiers de l'unité d'élite Recherche, assistance, intervention, dissuasion (RAID), de la Brigade d'intervention (BI) et de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), durant lequel aucun otage n'est tué. Le terroriste est abattu alors qu'il ouvre le feu sur les forces de l'ordre. Trois policiers et un otage sont blessés. Deux jours après le massacre au siège de Charlie Hebdo, cette nouvelle attaque terroriste vient s'ajouter à une émotion publique déjà considérable en France.
Le procès des attentats de janvier 2015 a lieu fin 2020.
Contexte
Cette prise d'otages survient deux jours après l'attentat contre Charlie Hebdo et le lendemain de l'assassinat d'une policière municipale, Clarissa Jean-Philippe, à Montrouge, dans la banlieue sud de Paris. La région Île-de-France se trouve alors en « urgence attentats », qui est le niveau maximal du plan Vigipirate de lutte contre le terrorisme.
Déroulement
Le , Amedy Coulibaly, déjà identifié par les forces de l'ordre comme le principal suspect dans le meurtre de la policière municipale commis la veille à Montrouge« Clarissa Jean-Philippe jeune policière tuée par Coulibaly », Ouest-France, 10 janvier 2015.Montrouge : le suspect serait lié à la prise d'otages à Porte de Vincennes, Libération, 8 janvier 2015., arrive à proximité de la porte de Vincennes. Peu après , il rejoint la supérette à l'enseigne située au de l'avenue de la Porte-de-Vincennes, entre le boulevard périphérique et la limite du territoire de Paris avec celui de la commune de Saint-Mandé, ville qui comprend une importante population juive« Paris , terre promise », L'Express, 19 décembre 2007. : le étant un vendredi, veille de Shabbat, il accueille alors de nombreux clients.
Porteur d'un fusil d'assaut Vz 58 calibre 7, Kalachnikov, de deux pistolets mitrailleurs Skorpion, de deux pistolets Tokarev, d'un gilet pare-balles et de quinze bâtons d'explosifs, Amedy Coulibaly pénètre dans le magasin et y tue trois personnes. La première est tuée de sang froid devant les autres otages après que Coulibaly lui a demandé son nom« Levez-vous où j’vais vous allumer » : la vidéo macabre de l'Hyper Cacher », L'Obs, 26 février 2015.. Il se retranche alors dans le magasin en y retenant dix-sept otages (fin de l'enregistrement).... Le directeur de la supérette, blessé à l'épaule, parvient à s'échapper : il peut ensuite donner aux forces de l'ordre son téléphone portable, lequel contient une application donnant accès aux caméras de surveillance du magasin« Attentats : le poignant témoignage du directeur de l'Hyper Cacher », Le Parisien, 28 janvier 2015..
Six personnes dont un bébé, guidées par un employé du magasin, Lassana Bathily, jeune homme musulman d’origine malienne.« Lassana Bathily, héros de la prise d'otages de Vincennes », Le Nouvel Observateur, 10 janvier 2015.« Lassana Bathily, héros de la prise d'otages de la Porte de Vincennes », Mali-Web, 11 janvier 2015. « Lassana Bathily », Huffington Post, 10 janvier 2015........., empruntent un escalier en colimaçon menant dans une chambre froide au sous-sol et parviennent à s'y cacher.. Lassana Bathily, après avoir dissimulé les clients, parvient à sortir de grâce à un monte-charges et une sortie de secours ; il peut alors rejoindre les policiers pour les prévenir de la présence des otages au sous-sol, les informer de la configuration du magasin et leur donner les clés du volet automatique qui vont servir pour l'assaut, le rideau de fer de l'épicerie étant alors abaissé.. D'autres otages, qui ont tenté de se cacher dans la seconde chambre froide qui ne ferme pas de l'intérieur, sont forcés à remonter dans le magasin et y découvrent les corps des victimes...
Un des otages, Yohav Hattab, s'empare d'une des armes de Coulibaly posée sur un carton.. Elle ne fonctionne pas : le terroriste l'a laissée là car elle s'est enrayée au cours de la première fusillade. Amedy Coulibaly, probablement alerté par le bruit du maniement de l’arme, se retourne et fait feu sur Yohav Hattab, qui, touché à la tête, est tué sur le coup« À 17 heures, vendredi, les trois preneurs d’otages sont tués », Le Monde, 10 janvier 2015..« Coulibaly nous a dit : « Voilà pour ceux qui tentent de se défendre » », Libération, 11 janvier 2015..
Selon l'un des otages, Coulibaly tandis que l'une des victimes agonisait en gémissant. Le djihadiste propose de l'achever. Les otages l'en dissuadent. Il demande ensuite à chaque otage de décliner son nom, son âge, sa profession et son origine, qu'il assimile à la religion« Un des otages de l'Hyper Cacher raconte l'horreur », L'Obs, 14 janvier 2015..
Dès , le déploiement des forces de police comprend un hélicoptère et des dizaines de véhicules (police, pompiers, secours). L'enquête a été confiée à la section anti-terroriste (SAT) de la police judiciaire parisienne, à la sous-direction anti-terroriste de la police judiciaire et à la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Le quartier est bouclé par la police et la circulation est interrompue sur le boulevard de Vincennes, sur le boulevard périphérique, pour le tramway voisin. Les unités d'élite de la Police nationale, le RAID, et la BRI, sont immédiatement redéployées depuis Dammartin-en-Goële sur la porte de Vincennes.
Pendant la prise d’otages, Coulibaly appelle des proches pour leur demander d’attaquer des cibles.. Selon un témoin, il filme ses actes avec une caméra GoPro« Attaque terroriste à Paris. Coulibaly portait une caméra GoPro », 20minutes.fr..
Vers , Coulibaly appelle BFM TV dans le but d’exprimer ses revendications. Il se réclame de l'État islamique et dit avoir son action contre les policiers de Montrouge avec celles des frères Kouachi contre Charlie Hebdo, précisant avoir attaqué le magasin pour cibler « Amedy Coulibaly « s'est synchronisé » avec les frères Kouachi », Europe 1, 9 janvier 2015.. Il raccroche ensuite mal le combiné du téléphone, ce qui permet à l'extérieur d'écouter ce qui se passe dans le magasin« La diatribe brouillonne et décousue de Coulibaly aux otages », Le Figaro, 10 janvier 2015..
L'assaut est donné à par le RAID, la BI et la BRI qui pénètrent (seul le RAID pénètre réellement dans l'épicerie) dans l'épicerie après avoir relevé le rideau de fer et lancé quatre grenades assourdissantes. Cet assaut est déclenché quelques minutes après celui de Dammartin-en-Goële où les frères Kouachi sont sortis de leur position retranchée à et se sont fait tuer. Le chef de l'État François Hollande avait en effet décidé d'un assaut simultané dès car . C'est donc la sortie des frères Kouachi qui a provoqué la réaction du GIGN à Dammartin-en-Goële et précipité l'assaut de Vincennes....
Selon un témoin, Amedy Coulibaly se serait écrié au moment de l'assaut, après que les forces de l'ordre ont fait exploser la vitrine et juste avant la levée du rideau de fer. Le preneur d'otages tente alors de sortir du magasin et se précipite vers la porte principale en faisant feu sur les policiers, il meurt lorsque les policiers ripostent.« « Il a dit qu'il allait tuer tout le monde » : les otages d'Amedy Coulibaly racontent leur calvaire », Francetv info, 10 janvier 2015.« Attaque du supermarché Hyper Cacher : un otage raconte l'horreur », Libération, 11 janvier 2015.. Des otages se sauvent à l'extérieur. et sont pris en charge par les forces de l’ordre. Quatre personnes sont blessées : un otage, deux policiers du RAID et un autre de la BRI..
Une interrogation subsiste, rapidement dissipée, quant à la présence d'un second preneur d'otages et à celle sur place d'Hayat Boumeddiene, la compagne de Coulibaly recherchée par les autorités françaises..
Il s'avère que le preneur d’otages disposait d'explosifs avec lesquels il a tenté de piéger l’une des portes du magasin.. Une opération de déminage est engagée peu après afin de sécuriser l'épicerie.. Selon les policiers après analyse de la vidéo filmée par Coulibaly, il et il demande même l'aide d’un otage pour transférer sur son ordinateur les films de sa GoPro.
Le soir même, vers à la télévision, le président de la République François Hollande qualifie cette prise d'otages d' et appelle à ne faire .
vignette|L'Hyper Cacher criblé d'impacts. Le , dix personnes soupçonnées d’avoir fourni des armes à Amedy Coulibaly sont interpellées en France et en Belgique. Selon l'enquête, les armes démilitarisées seraient provenues de Slovaquie via un intermédiaire en Belgique avant d’être revendues à la société de la compagne de Claude Hermant, un trafiquant d’armes présumé, proche des milieux de l’extrême droite nordiste dans un autre dossier de trafic d’armes.. Trois personnes sont mises en examen pour et placées en détention provisoire, dont l'une à titre conservatoire dans l’attente d’un débat sur celle-ci.. Trois autres personnes sont interpellées en ..
Victimes vignette|gauche|Plaque en mémoire des victimes à l'entrée du magasin. vignette|Stèle en mémoire de Yohan Cohen à Sarcelles, ville où il résidait. Coulibaly a assassiné quatre personnes au début de la prise d'otages.« Maryline Baumard. Qui sont les quatre victimes d'Amedy Coulibaly ? », Le Monde, 11 janvier 2015. « Terror Attacks in Paris: The Victims », The New York Times, January 11, 2015.« Attentat d'Hyper Cacher : une otage raconte », aish.fr, 15 janvier 2015. : dès son entrée dans la supérette : Yohan Cohen, 20 ans, étudiant et employé du magasin., est le premier touché alors qu'il tente de s'interposer« Porte de Vincennes : Yohan Cohen, « mort en voulant sauver un enfant » », France TV Info, 12 janvier 2015.. Il agonise longtemps sous les yeux des otages. Philippe Braham, , cadre commercial dans une société d'informatique et frère du rabbin de la synagogue de Pantin ; François-Michel Saada, , cadre supérieur à la retraite, tente de ressortir, mais Coulibaly lui tire dans le dos ; un peu plus tard : Yoav Hattab, , de nationalité tunisienne, jeune homme issu d'une famille de sept enfants, fils de Benjamin Batou Hattab, grand-rabbin de Tunis« Maryline Baumel. Yoav, Philippe, Yohan et François-Michel, les quatre otages tués porte de Vincennes », Le Monde, 11 janvier 2015., directeur de l'école juive de Tunis. Après avoir obtenu son baccalauréat au lycée français de Tunis, il vient à Paris pour poursuivre des études de commerce international.. Remontant du sous-sol où il s'était caché, il s'empare d'une des armes abandonnées par le preneur d'otages qui, alerté par le bruit du maniement de l’arme qui s'enraye, le tue« Le frère d'une victime de l'attentat à l' : « Il a voulu sauver des vies » », BFM TV, 12 janvier 2015..
Patrice Oualid, gérant du magasin, est blessé au bras dès l'irruption de Coulibaly et réussit à fuir« Attentats : le poignant témoignage du directeur de l'Hyper Cacher », leparisien.fr, 28 janvier 2015..
Quatre autres personnes, dont trois policiers, ont été blessées durant l'assaut..
Réactions