Raphaël Jean Lépold Cassou. dit Jean Cassou, né le à Bilbao et mort le à Paris, est un écrivain, résistant, conservateur de musée, critique d'art, traducteur, et poète français. Il est également le directeur-fondateur du musée national d'Art moderne de Paris et le premier président de l'Institut d'études occitanes.
Biographie Avant la guerre Jean Cassou naît à Bilbao dans le pays basque espagnol. Son père est ingénieur des Arts et manufactures, sa mère est andalouse. Quand la famille s'installe à Saint Quentin, Jean a quatre ans. Son père décède alors qu'il n'a que seize ans. Jean Cassou effectue ses études secondaires au lycée Charlemagne en subvenant aux besoins de sa famille, puis commence une licence d'espagnol à la faculté des lettres de la Sorbonne à Paris. Il la poursuit en 1917 et 1918 en étant maître d'études au lycée de Bayonne et, ajourné plusieurs fois, n'est pas mobilisé pour la Grande Guerre.
Secrétaire de Pierre Louÿs, il tient à partir de 1921 la chronique « Lettres espagnoles » dans la revue Mercure de France, époque où il devient l'ami du poète espagnol Jorge Guillén avec lequel il entretient une correspondance fournie.. Il réussit en 1923 le concours de rédacteur au ministère de l'Instruction publique et publie en 1926 son premier roman. De 1929 à 1931, il est conseiller littéraire des éditions J.-O. FourcadeCité in Florence_de_Lussy (dir.), Jean Cassou, 1897-1986. Un musée imaginé (catalogue d'exposition du Musée_national_d'art_moderne), Bibliothèque nationale de France, 1995 :* (« [Chronologie, 1929.] Olivier Fourcade fait appel à lui pour recruter des auteurs. »)* (« Devenu en 1929 conseiller littéraire chez Fourcade, Jean Cassou contactait des auteurs et recevait des manuscrits. »)., aux côtés d´Henri Michaux.
Il est nommé inspecteur général des arts appliqués en 1929. Devenu inspecteur des monuments historiques en 1932, Jean Cassou est en 1934 membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et directeur de la revue Europe de 1936 à 1939.
En 1936, il reçoit le prix de La Renaissance.Décerné par la revue La Renaissance politique, littéraire et artistique. pour Les Massacres de Paris d'où ressort Ch. Pomaret, directrice de La Renaissance de l'art français et des industries de luxe... Louis Aragon considère Les Massacres de Paris comme le modèle d'un nouveau réalisme, à côté du Temps du mépris d’André Malraux, et comme Cité in . Pour le chercheur Alexis Buffet, le roman, inspiré par le contexte du Front populaire,
La même année, il participe au cabinet de Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire. Il est alors favorable à l'aide à la République espagnole, se rapproche du Parti communiste avec lequel il rompt en 1939 lors du pacte germano-soviétique. Lors de l’exposition internationale de 1937, il participe avec Matisse, Braque, Picasso ou Léger au comité d'organisation de l'exposition « Origines et développement de l'art international indépendant. », qui présente l'avant-garde internationale contemporaine du au au musée du Jeu de Paume dédié aux écoles étrangères depuis 1922.
En avril 1940, il est affecté au Musée national d'art moderne, qui était sur le point d'ouvrir au palais de Tokyo, dont il devient conservateur adjoint, puis conservateur en chef durant quelques semaines, avant d'être destitué en septembre 1940. Tandis qu'approchent les armées allemandes, il est envoyé au château de Compiègne et se consacre à la sauvegarde du patrimoine national.
L'Occupation Révoqué de son poste de conservateur du Musée d'art moderne par le régime de Vichy, il entre dans la Résistance dès septembre 1940, rédigeant ses premiers tracts. Il protège Wilhelm Uhde. Retrouvant certains de ses amis qui partagent ses opinions, Claude Aveline, Agnès Humbert, il rencontre le groupe clandestin du Musée de l'homme, Boris Vildé, Anatole Lewitsky et Paul Rivet. Avec Aveline, Agnès Humbert, Simone Martin-Chauffier, Marcel Abraham et Pierre Brossolette, il assure la rédaction du journal du groupe Résistance (six numéros de à mars 1941).
Tandis que de nombreux membres du groupe du musée de l'Homme sont arrêtés, il échappe à la Gestapo et se réfugie à Toulouse. Agent du « réseau Bertaux » à partir d'. Il est arrêté en . pour ses activités au musée de l'Homme et emprisonné à la prison militaire de Furgole à Toulouse où il compose de tête, sans la possibilité de les écrire, ses Trente-trois sonnets composés au secret, publiés clandestinement au printemps 1944 sous le pseudonyme de Jean Noir.. Grâce au Front national des musiciens, Henri Dutilleux en prend connaissance, et met l'un des poèmes, La Geôle, en musique. Darius Milhaud compose aussi pour voix mixtes, sur 6 de ses sonnets, dont La Barque funéraire.
Libéré après un an de prison, il est envoyé par la surveillance du territoire (ST) au camp d'internement de Saint-Sulpice-la-Pointe. Sur injonction de la Résistance au directeur de la ST, il est libéré en juin 1943 et reprend ses activités de résistant comme inspecteur de la zone Sud. Il est également rédacteur des Cahiers de la Libération et président du comité régional de Libération de Toulouse. Le gouvernement provisoire de la République française le nomme en commissaire de la République de la région de Toulouse ; il y côtoie Serge Ravanel, chef régional des FFI. En août, au moment de la libération de la ville, sa voiture rencontre une colonne allemande : deux de ses compagnons sont tués et il est laissé pour mort. Transporté à l'hôpital dans le coma, il est remplacé mais maintenu dans son titre, dont il démissionne après un an de convalescence.
Après la guerre thumb|left|Jean Cassou en 1945. En 1945, Jean Cassou retrouve sa fonction de conservateur en chef des Musées nationaux et est nommé conservateur en chef du Musée national d'art moderne, poste qu'il occupe jusqu'en 1965. Il est le premier président de l'Institut d'études occitanes de 1945 à 1952 et en 1956 le président du Comité national des écrivains. Il enseigne également à l’École du Louvre de 1961 à 1963. À la tête du Musée d’art moderne, il organise en 1953 une exposition de peintres américains, la première en France depuis quinze ans, financée par le Congrès pour la liberté de la culture (Congress for Cultural Freedom - CCF), lequel était lui-même financé par la CIA, mais secrètement . Les artistes figurant dans cette exposition furent baptisés « les douze apôtres de Dulles »..
Parallèlement à ces activités nombreuses, il poursuit son œuvre et publie, notamment, en 1953, le pamphlet La Mémoire courte, « emblématique de l'esprit de la Résistance »Alexis Buffet, "Jean Cassou ou "la vie inventée": la résistance comme style", Europe, , novembre-décembre 2017. et réponse virulente adressée à son ami Jean Paulhan.
En 1964, il devient membre de l'Académie flamande des Beaux-Arts et de plusieurs autres académies étrangères.
De 1965 à 1970, il est directeur d'études à l'École pratique des hautes études.
Il est un militant actif du Mouvement de la Paix.
Il est le beau-frère du philosophe Vladimir Jankélévitch (1903-1985), dont il a épousé la sœur, Ida Jankélévitch, née le à Bourges et décédée le à Paris.
Sa fille est l'épouse de Gérard Athias (1928-2016), cofondateur de l'Association française d'épargne et de retraite (AFER)Gérard Athias, entretiens avec Jean-Luc Bengel, David et les diplodocus, Éditions de Verneuil, 1989..
Jean Cassou meurt le à son domicile situé au 4 rue du Cardinal-Lemoine; il est enterré au cimetière parisien de Thiais (dans une tombe anonyme de la division.).
Honneurs Décorations
par décret du , 1038 compagnon. (1 citation) par décret du .
(Belgique)
(Pays-Bas)
Prix et distinctions 1936 : Prix de La Renaissance pour Les Massacres de Paris 1954 : Prix littéraire de la Résistance pour La mémoire courte 1967 : Prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco. 1971 : Grand prix national des Lettres 1983 : Grand prix de littérature de la SGDL pour l'ensemble de son œuvre 1983 : Médaille d'or du mérite des beaux-arts du ministère espagnol de l'Éducation, de la Culture et des Sports.
Œuvres Romans Les Harmonies viennoises, Paris, éd. Émile-Paul Frères, 1926 Le Pays qui n'est à personne, Paris, éd. Émile-Paul Frères, 1927 La Clef des songes, 1928 Mémoires de l'Ogre, Plon, 1930 Sarah, Paris, Roberto Alvim Corrêa, 1931 Comme une grande image, éd. Émile-Paul Frères, 1931 Les Inconnus dans la cave, Paris, Gallimard, 1933 Les Massacres de Paris, Paris, Gallimard, 1935 Le Centre du monde, Paris, Le Sagittaire, 1945 Le Bel Automne, Paris, Julliard, 1950 Le Temps d'aimer, Paris, Albin Michel, 1959; Paru en dans La Revue de Paris sous le titre Les Questions rétrospectives Dernières pensées d'un amoureux, Paris, Albin Michel, 1962 Le Voisinage des cavernes, Paris, Albin Michel, 1971
Poésie Trente-trois sonnets composés au secret, Paris, Éditions de Minuit, 1944 ; rééd. Poésie/Gallimard, 1995 La Folie d'Amadis et autres poèmes, Paris, 1950 La Rose et le Vin : poèmes suivis d'un commentaire, avec hors-texte de Lancelot Ney, Paris, 1952
Essais Éloge de la folie, 1925 Notre ami Louis Jou, Jean Cassou, Francis Carco, Paris, M.P. Trémois, 1939 Vie de Philippe II, Paris, Gallimard, 1929 ; orig. 1927, Vies des hommes illustres, Panorama de la littérature espagnole contemporaine, Paris, Kra, 1929 (éd. augm. 1931) Les Nuits de Musset, Paris, éd. Émile-Paul Frères, 1931 Bayonne, Paris, éd. Émile-Paul Frères Frédégonde, Trémois Grandeur et infamie de Tolstoï, Paris, Bernard Grasset, 1932 Pour la poésie, Paris, Roberto Alvim Corrêa, 1935 Tempête sur l'Espagne, Paris, L'Homme réel, 1936 La Querelle du réalisme (coll.), Paris, Éditions sociales internationales, 1936 Cervantes, Paris, Éditions sociales internationales, 1936 Légion, Paris, Gallimard, 1939 Quarante-huit, Paris, Gallimard, 1939 Les Conquistadors, Paris, Gallimard, 1941 L'Heure du choix (coll.), Paris, Éditions de Minuit, 1947 Le Quarante-huitard, Paris, PUF, 1948 La Voie libre, Paris, Flammarion, 1951 La Mémoire courte, Paris, Éditions de Minuit, 1954 ; rééd. Mille et une Nuits, 2001 ; rééd. Éditions Sillage, 2017 Parti pris, Paris, Albin Michel, 1961 La Création des mondes, Paris, Éditions ouvrières, 1971 Une vie pour la liberté, Paris, Robert Laffont, 1981
Critiques d'art Gromaire, NRF Marcoussis, NRF Le Gréco, Rieder Situation de l'art moderne, Paris, Éditions de Minuit, 1950 Les Œuvres récentes de Guillemette Morand, Éditions Galerie des beaux-arts, Genève, 1951 Le Nu dans la peinture européenne, Paris, Braun, 1952 Éloge de Cavaillès, enrichi d'une lithographie originale de Jules Cavaillès, éditions Manuel Bruker, 1958 Panorama des arts plastiques contemporains, Paris, Gallimard, 1960 Sylvain Vigny, éditions Jean Pizzo, Nice, 1961 Raymonde Heudebert - Peintures, dessins, coécrit avec Émile Henriot et Claude Roger-Marx, éditions Galerie du Cercle, Paris, 1979
Traductions et adaptations Ramón Gómez de la Serna, La Veuve blanche et noire, roman, Paris, Champ Libre, 1986 Ramón Gómez de la Serna, Gustave l'Incongru, roman, éditions Kra Ramón Gómez de la Serna, Seins, Les Cahiers d'Aujourd'hui, Crès Miguel de Unamuno, Trois nouvelles exemplaires et un prologue, éditions Kra, 1925 Miguel de Unamuno, L'Agonie du christianisme, essai, Paris, Rieder, 1925 Eugenio d'Ors, Almanach de la Vie brève, Léon Pichon imprimeur Eugenio d'Ors, Jardin des plantes, Paris, Fourcade, 1930 Miguel de Cervantes, Nouvelles Exemplaires, J. Schiffrin & Co. Ramón Pérez de Ayala, A.M.D.G., roman, La Connaissance Lope de Vega, Font-aux-cabres, fresque dramatique en trois actes, Paris, Les Ordres de Chevalerie, 1949, avec Jean Camp, lithographies de Carlos Fontsere Nouvelles espagnoles présentées par Jean Cassou ; préface de Henri Barbusse ; traduites de l'espagnol par Jean Cassou et Hélène Pomiès, Paris, Gallimard, 1937, 217 p. ; ,
Préfaces Jean Zay, Souvenirs et solitude, Paris, Julliard, 1946.