L'addiction à la télévision (ou dépendance à la télévision) est un trouble psychologique (pathologie communicationnelle et addiction comportementale) entraînant chez certains téléspectateurs un besoin répétitif et compulsif (incontrôlable, voire obsessionnel) de regarder la télévision, au point que cette activité empiète et interfère négativement avec leur vie quotidienne, professionnelle ou affective.

La personne concernée peut alors développer une anxiété ou une dépressionKubey, R., & Csikszentmihalyi, M. (2002). Television addiction (PDF, 7 pages). Scientific American, 286(2), 74-81. (qui vont éventuellement indirectement aussi affecter son entourage).

En 1990, bien que le petit écran fût déjà régulièrement ou périodiquement regardé par plus d'un milliard de personnes, et que 65 à 70 % des Américains sondés estimaient que la télévision est addictive, et en dépit de nombreux rapports concernant l'addiction à la télévision, peu d'études empiriques (basées sur l'expérience) et larges avaient déjà porté sur la questionMcIlwraith, Robert; Robin Jacobvitz; Robert Kubey; Alison Alexander (1991). " Television Addiction: Theories and Data Behind the Ubiquitous Metaphor" ; American Behavioral Scientist (35 (2)): 104–121, novembre 1991.. De nombreux parallèles ont été faits avec d'autres formes de dépendance comportementale, comme la dépendance à la drogue ou au jeu.

Éléments de définition

Pour Goodman (1990) l'addiction est un phénomène polymorphe que l'on peut décrire comme .

En 1997, JF Sarpi se demande si la télévision est une drogue dure ou une drogue douceSarpi, J. F. (1997). La télévision: drogue dure? drogue douce?. Vacarme, 2(2), 15-15.

Dans les années 1980-1990, des psychologues spécialistes des psychotropes étudient les facteurs psychologiques de cette toxicomanie sans produit ; R McIlwraith & al. proposent propose par exemple en 1991 quatre modèles théoriques expliquant cette addiction, basés 1) sur les effets de la télévision sur l'imagination et la fantaisie de la vie, 2) sur le niveau d'excitation procuré par la télévision, 3) sur une personnalité déjà vulnérable à l'addiction et 4) un schéma particulier d'utilisations/gratifications propre au médium qu'est le téléviseur. Selon les données disponibles, le téléviseur peut dans un premier temps effectivement détendre et distraire le téléspectateur et diminuer certains états négatif, mais pour cette raison, nombre de téléspectateurs peuvent peu à peu devenir dépendant du médium et l'utiliser à l'excès, avec des inconvénients qui vont peu à peu dépasser les avantages.

Ce phénomène est parfois classé parmi les nouvelles addictions, mais selon McIlwraith ce n'est pas l'addiction, mais sa forme et plus précisément qui sont nouveaux (téléviseur, télécommande).

McIlwraith et ses collègues, en 1991 se demande si une telle utilisation de la télévision (comme modulateur d'affects) est ou non un obstacle important à l'apprentissage fonctionnel. (Base de données PsycINFO Record (c) 2012 APA, tous droits réservés)

Il est cependant largement reconnu comme un réel problème pour de nombreux téléspectateurs Kubey R & Csikszentmihalyi M (2002) Television Addiction Is No Mere Metaphor, Scientific American, février 2002 .

En 2004, C Horvath (2004) estimait que la Recherche devait encore définir les paramètres permettant de différencier un comportement normal face à la télévision d'un comportement réellement addictifHorvath C (September 2004). "Measuring Television Addiction". Journal of Broadcasting & Electronic Media 378: 378.

La dépendance à la télévision ne figure pas parmi les maladies officiellement recensées dans les guides de diagnostic médical, par exemple par le DSM-IVMcIlwraith, Robert (2011) I', addicted to television : the personality, imagination, and TV watching patterns of self-identified TV addicts]. http://www.bnet.com. Consulté le 17 septembre 2011..

Personnes plus vulnérables Les bébésTisseron S (2009) Les dangers de la télé pour les bébés: non au formatage des cerveaux. Erès (résumé avec cairn.info)., les jeunes enfantsLouacheni, C., Plancke, L., & Israel, M. (2008). Les loisirs devant écran des jeunes. Usages et mésusages d'internet, des consoles vidéo et de la télévision ; Psychotropes, 13(3), 153-175. (téléphagie infantile) et les personnes âgéesSalve, A., Leclercq, S., Ponavoy, E., Trojak, B., Chauvet-Gelinier, J. C., Vandel, P., & Bonin, B. (2011) Conduites addictives du sujet âgé; [37-530-A-30] - Doi:10.1016/S0246-1072(11)57929-5 semblent vulnérables à cette dépendance. Chez les étudiants, les garçons y semblent un peu plus vulnérables que les filles (selon Greenberg & al. (1999)Greenberg, J. L., Lewis, S. E., & Dodd, D. K. (1999). Overlapping addictions and self-esteem among college men and women. Addictive behaviors, 24(4), 565-571. (résumé).

Phénomènes associés Plusieurs phénomènes sont souvent associés : grignotage et manque d’activité, qui contribuent alors à une dégradation de la condition physique des téléspectateurs ; Le spectateur est dans le même temps exposé à de nombreuses publicités télévisée vantant des aliments à haute densité énergétique (notamment sucrés et gras), type de publicité qui a pu être associé à une prévalence plus élevée de l'obésitéSerge Hercberg (professeur de nutrition et président du comité de pilotage du PNNS), Yannick Le Marchand-Brustel (directrice de recherche INSERM, président de l'Association française d'étude et de recherche sur l'obésité), Joël Ménard (professeur de santé publique), Dominique Turck (professeur de pédiatrie, président du comité d'experts en nutrition humaine de l'Afssa), in Libération, 25 avril 2008, page 32. ; une tendance au Zapping (depuis l'apparition de la télécommande) ; une dégradation de la vie familiale, à la suite d'une diminution des relations interpersonnelles dans le foyerPawlowski, C. (2000). Glued to the Tube: The Threat of Television Addiction to Today's Family. Sourcebooks..

Classification Du point de vue de la psychologie hédonique, parmi les troubles de la gestion hédonique (c'est-à-dire dans ), Loonis classe en 2002Loonis, E. (2002). De la gestion hédonique, prolégomènes à une hédonologie. Psychologie Française, 47(4), 83-93. l'addiction à la télévision parmi les stimulations psychiques exogènes, les 2 autres catégories possibles pour lui étant *1°) les stimulations psychiques endogènes (réflexions intellectuelles, rêveries, fantasmes érotiques...) 2°) les stimulations psycho-pharmacologiques (consommation de tabac, cannabis, alcool et autres drogues ou psychotropes...), 3°) les stimulations somatiques (sexualité, sensualité alimentaire, exercice physique, jusqu'aux signaux douloureux valorisés par le masochisme ou les automutilations…), 4°) stimulations comportementales :(actions compulsivement répétées, souvent liées à une recherche de sensation et de stress (achats, vol à l’étalage, certains jeux vidéo, arts et sports..), 5°) stimulations sociales (dans le couple, la famille, le cercle des amis, voisins, proches, confraternité, etc. jusque dans la sectes parfois), 6°) stimulations contextuelles (relatives à une ambiance particulière, de manifestation, boite de nuit, rave party... ou relative à une stimulation transgressive mineure (délinquance) à majeure (crime).

Malgré leur diversité, chacune de ces classes pourraient avoir un dénominateur neurologique commun, comme le montrent l'existence de production de drogues endogènes par les systèmes cérébraux de récompense ou de lutte contre certains stress. La vision et l'ouïe comptent parmi les moyens importants de découverte de l'environnement par le jeune enfant, ce qui pourrait expliquer à quel point ils peuvent être fasciné par l'image animée et en particulier le dessin animé.

Une des compositions de l'addiction à la télévision peut être l'addiction aux imagesForget, J. M. (2009). L'addiction aux images. La revue lacanienne, (3), 88-91 (résumé).

Mécanismes psychologiques La fascination pour l'image, le spectacle et les symboles est ancienne, et fut notamment utilisée par le système panem et circenses mis en place par l'empire romainFernandez, L., Bonnet, A., & Loonis, E. (2004). Quelles sont les nouvelles formes d’addiction. Proteste, 100, 10-11..

La télévision est un « média de masse » qui offre une gratification immédiate et temporellement apparemment infinie aux téléspectateurs. Celui-ci peut alors rester totalement passif, avec l'illusion de vivre une communication sociale (On lui parle, on lui montre, on le fait rire ou pleurer, on le cultive, mais cette communication est à sens unique, à la différence de l'Internet dans le cas du Web 2.0).

Certaines enquêtes montrent que le petit écran serait l’un des loisirs les plus frustrants pour l'individu qu'est le téléspectateur lui-même. La corrélation entre le nombre d’heures passées devant le téléviseur et les indices de satisfaction est négative. Selon Robert Putnam, comme toute consommation compulsive ou addictive, la télévision est une activité étonnamment peu valorisanteDaniel Cohen, ’’Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux’’, Albin Michel, 2012, .

Enjeux Les enjeux sont notamment commerciaux, socioculturels et éthiques, mais aussi de santé publique.

Enjeux socioculturels et économiques Dans un paysage très concurrentiel où le nombre de chaines ne cesse de croître, et où l'on veut fidéliser le téléspectateur, et où l'industrie des programmes dits culturels vend du temps de cerveau disponible aux publicitaires, cette industrie pourrait (sciemment et/ou inconsciemment) faciliter ou encourager l'addiction des spectateursBénilde, M. (2007) présentation du livre On achète bien les cerveaux. La publicité et les médias, Paris, Raisons d’agir, PDF 2 pp.

Enjeux sanitaires Selon les données scientifiques disponibles, la télévision : altère le sommeil, notamment chez les enfants, provoquant des heures irrégulières ou tardives de coucher ou en suscitant de l’agitation avant le coucher résumé et la position de l’. Une étude de 2008, qui a porté sur l’impact de la télévision sur les jeunes enfants (4 à ) montre que , alors que note l'auteur Étude du , de l’Université de Washington, publiée en 2008 .. En France, la Caisse d’allocations familiales dispense le conseil suivant : Les Infos Familiales (journal de la CAF) , 17 septembre 2007 .. diminue la confiance en soi et la participation à des organisations sociales, selon une l'analyse de données indonésiennes, par Benjamin Olken augmente le risque de diabète de type II, de maladies cardio-vasculaires et la mortalité (toutes causes confondues)Grøntved A & Hu F.B (2011), Television Viewing and Risk of Type 2 Diabetes, Cardiovascular Disease, and All-Cause Mortality: A Meta-analysis, JAMA ;305:2448-2455

Tendances et prospective

Cette dépendance se résout parfois d'elle-même, et dans ce cas, à la différence des dépendances chimiques elle n’entraînerait pas ou peu de séquelles physiques et psychiques pour la santé, affirmation que seules des études épidémiologiques de long terme pourront confirmer.

Elle semble en régression dans certains pays où elle semble alors souvent remplacée par une addiction à l'internet ou au smartphone qui touche également beaucoup les jeunes.

Avec l'apparition de la télévision numérique, en relief ou en grand écran (contexte plus immersifBonfils, P. (2012). Environnements immersifs: spectacle, avatars et corps virtuel, entre addiction et dialectique sociales. Hermès, La Revue, (1), 53-58.(résumé)), ou avec sa consultation via l'internet sur un ordinateur, une tablette ou un smartphone, cette forme d'addiction pourrait évoluer, en prenant moins d'importance grâce à une moindre passivité du spectateur ou peut-être en devenant l'une des composantes de la cyberaddiction (dépendance à Internet) dans le cadre du nomadisme numérique.