La tentative de coup d'État de Malet (habituellement appelée "conjuration de Malet" ) fut dirigée contre l'empereur le . Profitant de l'absence de l'Empereur, alors occupé par la campagne de Russie, le général Malet tente un coup d'État. Ce dernier échoua et les principaux conspirateurs furent exécutés.
Contexte 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris « Conspiration de Malet » Le général Malet, alors interné pour conspiration depuis quatre ans., conçoit son plan de coup d’État. Il prépare les décrets à faire prendre au Sénat. En vertu de ces décrets, le gouvernement impérial est aboli ; un gouvernement provisoire le remplace. Le général Malet, chargé du commandement militaire de Paris, se charge des mesures d'exécution.
Ce gouvernement provisoire est composé de Mathieu de Montmorency, d'Alexis de Noailles, du général Moreau, vice-président, de Carnot, président, du maréchal Augereau, de Jean Adrien Bigonnet, ex-législateur, du comte Frochot, préfet de la Seine, de Florent-Guiot, ex-législateur, de Destutt de Tracy, de Malet lui-même, du vice-amiral Truguet, de Volney, sénateur, et de Garat, sénateurIl s'agit de la liste établie par le faux sénatus-consulte rédigé par Malet, ce dernier ne s'étant pas assuré au préalable de l'adhésion de chacune de ces personnalités à la conspiration..
Malet prépare des instructions pour tous les hommes qui doivent être ses complices sans le savoir. Ce travail préparatoire est immense, puisqu'il faut remettre à chaque acteur un peu important, outre ses instructions particulières, des copies de sénatus-consulte et des proclamations. Dès qu'un rôle est complètement préparé, la dépêche est close, cachetée, numérotée et portée chez un prêtre espagnol qui demeure rue Saint-Gilles, près de la caserne de la .
Déroulement des événements
Malet réussit à s'évader le vers trois heures du matin. Revêtu de son uniforme de général de brigade, il se rend à la caserne de Popincourt de la garde municipale (dissoute par la suite, elle formera le d’infanterie de ligne), où réside la de la Garde nationale. Malet présente à son commandant, le colonel Soulier, un faux sénatus-consulte annonçant la mort de Napoléon en Russie, très exactement le .. Le temps de réunir quelques soldats, Malet se rend à la prison de La Force et ordonne la libération des généraux Lahorie et Guidal.
Ces derniers, ignorant que Napoléon est toujours vivant, saisissent l'opportunité d'être libérés et rejoignent Malet dans son entreprise. Vers sept heures du matin, Lahorie et Guidal pénètrent sans difficulté au ministère de la Police et surprennent le ministre Savary, qui vient de se lever. Guidal est à deux doigts de tuer Savary, responsable de son emprisonnement, lorsque Lahorie s'interpose.. Le ministre ainsi que ses collaborateurs Pasquier (le préfet de police) et Desmarets, sont emmenés par Guidal à la prison de la Force, et Lahorie prend possession du ministère de la Police. Une troisième colonne marche sur l'hôtel de ville de Paris, et la troupe prend position sur la place de Grève, tandis que ses commandants se font remettre la clef du tocsin Saint-Jean, appellent le préfet de la Seine Frochot et font préparer, par ses soins, la salle que le gouvernement provisoire doit venir occuper.
Dans le même temps, Malet se rend au domicile du général Hulin, commandant de la place de Paris et de la division, afin de le relever de ses fonctions et de récupérer le sceau de la division. N'ayant eu affaire jusqu'à présent qu'à des soldats et des fonctionnaires crédules, il éprouve beaucoup plus de difficultés à convaincre Hulin. Lorsque ce dernier demande à voir les ordres du Sénat, il lui tire dans la mâchoire à bout portant et le laisse pour mort. Malet avait auparavant envoyé l'ordre au colonel Rabbe de réunir des troupes devant l'état-major de la Garde de Paris, tout proche de la résidence personnelle d'Hulin, place Vendôme. Il a désormais toutes les cartes en main pour exécuter son coup d'État.
Le matin même, le colonel Doucet reçoit une lettre l'informant de sa promotion au grade de général de brigade ainsi que de la mort de Napoléon. Il sait néanmoins que l'Empereur a écrit à Clarke et Hulin après le , date prétendue de sa mort. Quand Malet entre dans le bureau de Doucet, le conspirateur est saisi et bâillonné. La de la Garde nationale est renvoyée à ses quartiers.
Les colonels Laborde et Doucet arrêtent ensuite Lahorie au ministère de la Police. Les derniers conspirateurs sont rapidement mis hors d'état de nuire. Des affiches sont placardées dans les rues, informant la population de l'échec de la tentative et assurant que Napoléon est toujours en vie.
Procès et exécution des conspirateurs Les conspirateurs passent devant un tribunal militaire dirigé par Clarke lui-même, auquel participe notamment Dejean. Clarke est déterminé à condamner durement ce coup d'État, ainsi le , quatre jours avant le procès, il demande à la Garde impériale de lui fournir plusieurs hommes pour constituer un peloton d'exécution. Malet, Lahorie et Guidal sont fusillés dans la plaine de Grenelle le . D'autres, dont le colonel Soulier, estimés suffisamment impliqués dans le complot, sont exécutés le surlendemain ; plusieurs officiers que les chefs avaient entraînés sont condamnés avec euxInterrogé par le conseil de guerre sur l'existence de complices, Malet aurait répondu (d'après Galtier-Boissière, op. cit, p. 153), « Des complices, assurément ! La France entière… et vous-même, monsieur le Président, si j'avais réussi ! ».. Malet et ses 10 complices furent enterrés au Cimetière de Sainte-CatherineJacques Hillairet : Dictionnaire historique des rues de Paris..
Ce coup d’État provoque la colère de Napoléon : aucun membre du gouvernement impérial n’avait eu l’idée de crier Napoléon est mort. Vive Napoléon II, remettant ainsi en cause la légitimité de son pouvoir (est-il vraiment une monarchie héréditaire ou est-il resté un régime révolutionnaire bien organisé ?)« La célèbre affaire de Malet était, en petit, mon retour de l'île d'Elbe, ma caricature. Cette extravagance ne fut, au-fond, qu'une véritable mystification : c'était un prisonnier d'État, homme obscur qui s'échappe pour emprisonner à son tour le préfet, le ministre de la police, ces gardiens de cachots, ces flaireurs de conspirations, lesquels se laissent moutonnement garrotter. C'est un préfet de Paris, le répondant né de son département, très-dévoué d'ailleurs, mais qui se prête, sans la moindre opposition, aux arrangements de réunion d'un nouveau gouvernement qui n'existe pas. Ce sont des ministres nommés par les conspirateurs, occupés de bonne foi à ordonner leur costume, et faisant leur tournée de visites, quand ceux qui les avaient nommés étaient déjà rentrés dans les cachots ; c'est enfin toute une capitale, apprenant au réveil l'espèce de débauche politique de la nuit, sans en avoir éprouvé le moindre inconvénient. Une telle extravagance ne pouvait avoir absolument aucun résultat. La chose eût-elle en tout réussi, elle serait tombée d'elle-même quelques heures après ; et les conspirateurs victorieux n'eussent eu d'autre embarras que de trouver à se cacher au sein du succès. » (Napoléon à Sainte-Hélène).. En outre, il déplore la rigueur et la promptitude avec laquelle on a exercé la répression« C'est une fusillade, c'est du sang », s'écria-t-il à la nouvelle du jugement, « quelle impression cela va faire en France ». Ce fut à la hauteur de Mikalewka, et le 6 novembre, qu'une estafette, la première qu'on eût reçue depuis dix jours, vint apporter la nouvelle de cette étrange conspiration. À peine arrivé à Paris, Napoléon fit venir Jean-Jacques-Régis de Cambacérès l'archichancelier, et dès qu'il l'aperçut, il courut à lui l'œil enflammé de colère : « Ah ! vous voilà, lui dit-il d'une voix tonnante ; qui vous a permis de faire fusiller mes officiers ? Pourquoi m'avez-vous privé du plus beau droit du souverain, celui de faire grâce ; vous êtes bien coupable ! »..
Membres du complot Liste des membres du complotÉmile Marco de Saint-Hilaire : Une nuit de 1812 : épisode de l'Empire, Volume 2. Henri Dourille : Histoire de la conspiration du général Malet, 1812. Hilaire BeaumontNé à Poitiers le . lieutenant au régiment d'infanterie de la garde nationale de Paris. : condamné à mort et fusillé Joseph Louis de BoccheciampeNé à Olesta (Corse) en 1770. Prisonnier d'état à Paris depuis 10 ans. Depuis le mois de février dernier (1812) détenu à La Force. : condamné à mort et fusillé Pierre BorderieuxNé à Roanne le . Capitaine de grenadiers au régiment d'infanterie de la garde nationale de Paris, membre de la Légion-d'Honneur. : condamné à mort et fusillé Jean Baptiste CaumetteNé à Paris en 1784. Sergent-major au régiment d'infanterie de la garde de Paris, membre de la Légion-d'Honneur. : acquitté Jean Henri CaronNé à Paris le . Adjudant sous-officiers au régiment d'infanterie de la garde nationale de Paris, . : acquitté Général La Horie : condamné à mort et fusillé Louis Charles FessartNé le , à Méru (Oise), lieutenant à la , . Jean Charles François GodardNé à Paris le . capitaine de première classe au bataillon du régiment de la garde nationale de Paris. : acquitté GomontNé à Metz le . Sous-lieutenant à la de la garde nationale. : acquitté Général de brigade en réforme Guidal : condamné à mort et fusillé Jean Joseph JulienNé à Farni-Fontaine (Forez) en avril 1783. Sergent major d'infanterie à la garde nationale de Paris, du . : acquitté Joachim Alexandre LebisNé à Vimoutiers le . Domicilié à Beauvais, lieutenant à la , . : acquitté Louis Joseph LefèbvreNé à Lille le . Sous-lieutenant à la compagnie de la garde nationale, membre de la Légion d'honneur. : condamné à mort et fusillé Pierre Charles LimozinNé à Bourges le . Adjudant sous-officier au régiment d'infanterie de la garde nationale de Paris, caserné aux Minimes. : acquitté Général Malet : condamné à mort et fusillé Antoine PiquerelNé à Neuf-Marché le . Capitaine adjudant-major à la de la garde nationale. Domicilié, avant son entrée au service, à Pontoise, membre de la Légion d'honneur. : condamné à mort et fusillé Amable Aimé ProvostNé à Clermont (Oise) en 1789. Lieutenant de la de la de la garde nationale. : acquitté Jean François Rabbe Né à Pesmes le . Colonel du régiment de la garde nationale de Paris. Officier de la Légion d'honneur. : condamné à mort Jean-Auguste Rateau Né à Bordeaux en 1784. Caporal au régiment d'infanterie de la garde nationale de Paris, 1er bataillon, compagnie. : condamné à mort et fusillé Louis Marie RégnierNé à Château-Renault le . Lieutenant de la de la de la garde nationale. : condamné à mort et fusillé Georges RouffNé à Bouxwiller (Bas-Rhin) le . Capitaine au régiment d'infanterie de la garde nationale de Paris, , , et commandant par intérim le bataillon : acquitté Gabriel SoulierNé à Carcassonne le . Colonel, commandant la de la garde nationale. : condamné à mort et fusillé Nicolas Josué SteenhouverNé à Amsterdam le . Capitaine commandant la de la de la garde nationale. : condamné à mort et fusillé Joseph Antoine ViallevieilheNé à Le Crest en 1781. Adjudant sous-officier au régiment de la garde nationale de Paris. : acquitté
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Henri Dourille, Histoire de la conspiration du général Malet, 1812, lire en ligne. Jacques-Olivier Boudon, Ils voulaient tuer Napoléon : Complots et conspirations contre l'Empereur, Tallandier, 2022. . Frédéric Masson, La vie et les conspirations du Général Malet, 1754-1812, Paris, Ollendorff, 1921. , . André Besson, Malet l'homme qui fit trembler Napoléon, Paris, France-Empire, 2002,
Émile Marco de Saint-Hilaire, Une nuit de 1812 : épisode de l'Empire, vol. 2, Paris, 1847, lire en ligne.
Articles connexes Liste de coups d'État Claude François de Malet
Liens externes « La conspiration du général Malet », Franck Ferrand raconte, Radio Classique, .
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