Diane Judith Nash (née le à Chicago) est une militante pacifiste ainsi qu'une des leaders et stratèges des mouvements étudiants pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis.

L'historien David Halberstam l'a décrite comme «… une femme brillante, déterminée, sans peur, avec un instinct infaillible pour choisir la meilleure option tactique à chaque étape d'une crise. En tant que leader, ses intuitions ont toujours été les bonnes et elle faisait partie de ces personnes qui incitaient ceux autour d'elle à donner le meilleur d'eux-mêmes ou à quitter l'organisation ».

Ses campagnes pour les droits civiques ont été parmi celles qui ont le mieux fonctionné à son époque. Parmi ses réussites, on compte notamment les premiers Sit-ins de Nashville, le mouvement des Freedom riders, qui a permis la déségrégation des bus inter-états ou encore la co-création du Student Nonviolent Coordinating Committee, (SNCC). Elle a aussi été à l'initiative du , (en français « le projet de vote en Alabama ») et a participé aux Marches de Selma à Montgomery qui ont permis aux Afro-Américains d'obtenir le droit de vote et un véritable pouvoir politique dans les États du Sud.

Diane Nash a toujours accordé beaucoup d'importance aux actions pacifistes et à l'éradication des discriminations contre les femmes dans le monde entier. Au cours d'interviews récentes, elle a expliqué que les nations devraient chercher des moyens non-violents pour résoudre les conflits. Lors d'un entretien avec Theresa Anderson, elle a ajouté qu' « il faut aborder la question de la violence. Je crois que le mouvement pour les droits civiques nous a montré comment résoudre des conflits. C'est incroyable que lorsque deux pays ont un problème l'un avec l'autre, ils se disent « On a qu'à les faire exploser, les tuer, les combattre ». Si on a un problème avec un autre pays, j'aimerais que l'on ait du respect pour lui plutôt que le réflexe de déclencher une guerre. Écoutons-le, prenons en considération notre côté des choses et essayons de voir ce qui paraît logique et raisonnable. Regardons ce qui est dans l'intérêt de tout le monde et voyons s'il est possible de négocier pour trouver des solutions, des solutions sensées ».

Jeunesse Diane Nash naît et grandit dans la ville de Chicago. Elle est la fille de Leon Nash et Dorothy Bolton Nash. Son père a servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère a été opératrice radio pendant la guerre et Nash a donc été élevée par sa grand-mère, Carrie Bolton, une femme cultivée, réputée pour son raffinement et ses bonnes manières. Après la guerre, ses parents se séparent et Dorothy Bolton se remarie avec John Baker, un serveur dans les voitures-restaurants de la société américaine de chemin de fer Pullman Company. Baker était un membre de la , (en français « Syndicat pour les employés de wagon-lits »), l'un des syndicats noirs les plus puissants à l'époque aux États-Unis. Sa mère n'avait donc plus besoin de travailler, mais sa grand-mère continua d'influencer Nash tout au long de sa vie.

Éducation Durant son enfance, Diane Nash fréquente plusieurs écoles catholiques et envisage même de devenir bonne sœur. Elle arrive aussi deuxième d'un concours de beauté régional, qui permet d'accéder au concours de Miss Illinois.

Après être sortie diplômée du lycée d’, dans la ville de Chicago, elle part à Washington pour y suivre des cours à l'université Howard. Après une année, elle décide de changer d'université et s'inscrit à l'université Fisk, située à Nashville, dans l'État du Tennessee. C'est à Nashville, qu'elle est confrontée pour la première fois à la violence des Lois Jim Crow et ses conséquences sur la vie des Noirs américains.

En effet, durant sa jeunesse, ses parents l'ont protégée des atrocités du monde. Cela la dégoutait que certaines personnes dans le monde puissent considérer la ségrégation comme acceptable. Elle a toujours refusé de penser comme cela et n'a jamais accepté que qui que ce soit lui fasse sentir qu'elle était inférieure aux Blancs du Sud des États-Unis. Elle commence ainsi à faire preuve de leadership et devient une militante à plein temps.

Les membres de sa famille sont surpris lorsqu'elle décide de rejoindre le mouvement des droits civiques. Sa grand-mère lui dit même « Diane, tu as de mauvaises fréquentations ». Elle ne savait pas que sa petite-fille était la présidente qui organisait des manifestations non-violentes au sein de son université. Sa famille était consciente des enjeux politiques et civiques aux États-Unis, mais n'était pas familière avec la question des droits civiques. Diane Nash expliquera plus tard qu'il aura fallu du temps à sa famille pour accepter l'idée qu'elle était l'une des figures clés du mouvement des droits civiques. Une fois le soutien de sa famille obtenu, sa mère commence à utiliser ses compétences lors de collectes de fonds qui servent aux étudiants qui participent aux Freedom rides. Lors d'une interview accordée à la chaine américaine PBS , elle explique : « Ma mère a fini par participer à des collectes de fonds à Chicago, pour collecter de l'argent qui était envoyé aux étudiants dans le sud du pays et au fil des années, un jour, elle s'est même rendue sur une plateforme de métro aérienne à six heures du matin pour distribuer des flyers contre la guerre. » Sans la détermination de sa fille, qui lui a permis de participer à ce mouvement social, il est fort probable que Nash n'aurait pas joué ce rôle d'elle-même. Lors de cette même interview, Diane Nash confirme cette relation sociale. « Smiley : Sa propre fille l'a donc encouragée et lui a donné un certain pouvoir au sein de cette organisation. Nash : Oui Smiley : C'est fort. Nash : Oui, c'est vrai.

Mouvement des étudiants de Nashville Après avoir été témoin de violentes manifestations de discrimination, Diane Nash décide de chercher un moyen de s'exprimer contre la ségrégation. Elle commence à assister à des ateliers de désobéissance civile non-violentes menés par le révérend James Lawson. Lawson avait étudié les techniques d'actions directes non-violentes et la résistance passive de Mohandas Karamchand Gandhi, lors d'un voyage en Inde. À la fin de son premier semestre à l'Université Fisk, elle est devenue l'une des étudiantes les plus dévouées de Lawson. Bien qu'étant d'abord réticente à l'idée de participer à des mouvements non-violents, elle finit par en devenir l'une des meneuses grâce à son éloquence et son calme lorsqu'elle s'adresse aux autorités et aux journalistes. En 1960, à l'âge de 22 ans, elle est à la tête des Sit-ins de Nashville, qui durent de février à mai. Contrairement à d'autres mouvements menés par des personnes plus âgées, ce mouvement-ci était principalement mené et constitué d'étudiants et de jeunes adultes.

Les étudiants s'asseyaient à des comptoirs dans des lieux où la ségrégation était en vigueur et acceptaient d'être arrêtés puisque cela était conforme aux principes de non-violence. Aux côtés de John Lewis, Nash conduit les manifestants à refuser de payer leur caution. En , elle passe plusieurs mois en prison par solidarité avec les "American Experience: Freedom Riders", PBS pour WGBH(1996-2009) (en français « les neuf de Rock Hill »), neuf étudiants emprisonnés après avoir participé à un sit-in. Ils sont tous condamnés à payer une amende de cinquante dollars pour s'être assis à un comptoir réservé aux Blancs. Nash est alors choisie pour représenter ses camarades manifestants lorsqu'elle dit au juge : « Nous avons le sentiment que si nous payons ces amendes, nous participons et nous soutenons les pratiques injustes et immorales dont les prévenus ont été jugés coupables lorsqu'ils ont été arrêtés et condamnés. ».

Lorsqu’elle provoque le maire de Nashville, Ben West, sur les marches de la mairie, en lui demandant : « Pensez-vous que cela soit juste qu'une personne soit victime de discrimination à cause de son ethnie ou de sa couleur de peau ? » Le maire lui répond que cela est en effet injuste. Trois semaines après, les comptoirs des restaurants de Nashville servent des personnes de couleur noire, ce qui conduit à la déségrégation des comptoirs de toute la ville. En repensant à cet évènement, Nash confie : « J'ai beaucoup de respect pour la manière dont il m'a répondu. Il n'avait pas à me répondre comme il l'a fait. Il m'a expliqué qu'il avait le sentiment que c'était injuste que les citoyens de Nashville soient victimes de discrimination aux comptoirs des restaurants seulement à cause de la couleur de leur peau. Ça a été un tournant. Ce jour a été très important. » Alors qu'elle participe à un sit-in à Nashville, elle fait la connaissance d'un autre manifestant, James Bevel, qu'elle épousera plus tard. Ensemble, ils auront deux enfants, un garçon et une fille. Ils se sépareront après sept années de mariage.

En , elle participe à un piquet de grève, pour protester contre le refus d'un supermarché local d'employer des personnes de couleur noire. Lorsque de jeunes Blancs des environs commencent à leur jeter des œufs et à frapper plusieurs participants, la police est obligée d'intervenir. Ils arrêtent quinze personnes, dont seulement cinq sont les coupables blancs. À l'exception d'un, tous les participants noirs sont emprisonnés, mais acceptent de payer la caution de cinq dollars et sont ainsi libérés. Cependant, Diane Nash refuse. La jeune militante de 21 ans avait insisté pour être arrêtée aux côtés des autres manifestants noirs, mais une fois en prison, elle refusa de payer la caution.

SNCC et SCLC En ,Diane Nash participe à la création du Student Nonviolent Coordinating Committee, (SNCC). Elle quitte alors l'université pour être à la tête de la branche d'action directe de l'organisation . Au début de l'année 1961, elle est arrêtée aux côtés de dix autres étudiants à Rock Hill, en Caroline du Sud pour avoir manifesté contre la ségrégation. Une fois en prison, ils n'acceptent pas d'être libérés sous caution. Ces évènements tragiques commencent à mettre en lumière la lutte pour l'égalité raciale qui émerge lentement aux États-Unis. Ils mettent aussi en avant le principe du "jail, no bail" (en français « prison, mais pas de caution »), utilisé par de nombreux autres militants au fur et à mesure que la lutte pour les droits civiques s'intensifie Encyclopedia of African-American Culture and History, 1930.

D'abord effrayée à l'idée d'être emprisonnée, Diane Nash est arrêtée à une douzaine de reprises pour son rôle dans la lutte civique. Elle passe 30 jours dans une prison de Caroline du Sud, après avoir protesté contre la ségrégation à Rock Hill, en . En 1962, bien qu'enceinte de quatre mois de sa fille Sherri, elle est condamnée à deux ans de prison pour avoir entrainé des mineurs dans la délinquance, en les encourageant à participer aux Freedom Rides et à monter dans les bus. Malgré sa grossesse, elle est prête à purger sa peine, même si cela veut dire que sa fille pourrait naître en prison. « Je crois que si je vais en prison maintenant, écrit-elle dans une lettre ouverte, le jour où ma fille et tous les enfants seront libres arrivera plus vite. Et ils seront libres tout au long de leur vie, pas seulement le jour de leur naissance. » Elle passe dix jours dans une prison à Jackson, dans l'État du Mississippi, « où elle passe son temps à laver sa seule paire de vêtements dans l'évier durant la journée et à écouter les cafards se déplacer doucement au-dessus de sa tête durant la nuit ».

Freedom Riders