Le Deutscher Fichte-Bund (« Association » ou « Ligue Fichte allemande » en français) est une organisation nationaliste allemande active entre la fin du Deuxième Reich et celle du Troisième Reich.

Histoire vignette|Tract en français distribué à Paris lors de la crise des Sudètes en 1938. Fondée en , l'association est présidée par Heinrich Kessemeier et a son siège à Hambourg (Colonnaden 47R. G., « L'historien inconnu », L'Homme libre, 24 juillet 1925, . puis Jungfernstieg 30« La propagande hitlérienne dans le Nord », Journal des débats, 16 juin 1939, .). Née dans le sillage du mouvement völkisch, elle se place sous l'égide d'un philosophe mort cent ans plus tôt, Johann Gottlieb Fichte, dont les Discours à la nation allemande sont une des références majeures du nationalisme germanique. Son objet est de « relever le sentiment national en voie de disparition »Rober-Raynaud, « La propagande allemande », Revue politique et parlementaire, 10 avril 1933, ., notamment par l'éducation populaireBulletin périodique de la presse allemande, n 215, 17 janvier 1922, ..

Au début des années 1920, à l'époque de l'occupation française de la Ruhr, le Fichtebund est l'un des principaux relais de la campagne de rumeurs racistes anti-françaises connue sous le nom de « Honte noire »Jacques Devilliers, « Un "kolossal" mélo », Le Radical, 5 avril 1922, .. La véhémence du Fichtebund est alors telle que le préfet de police de Hambourg, , fait interdire l'un de ses rassemblementsHaut-commissariat de la République française dans les pays rhénans, Bulletin de presse, 13 mai 1921, .. Déjà dotée d'un mensuel, Deutsches Volkstum, la ligue établit en 1922 une section spéciale à WeimarBulletin périodique de la presse allemande, n 257, 3 février 1923, . afin d'éditer en plusieurs langues et de diffuser massivement à l'étranger (France, AngleterreRobert Loyalty Cru, « La propagande allemande en Angleterre », Le Temps, 7 avril 1928, ., États-Unis d'AmériqueCamille Bloch et Pierre Renouvin, « Le Traité de Versailles et les réparations », Le Temps, 15 novembre 1931, ., SuèdeP. Daval, « La propagande allemande en Suède », L'Europe nouvelle, 28 avril 1923, .) des tracts polémiques contestant la responsabilité de l'Allemagne dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale et dénonçant les clauses du traité de Versailles puis le plan DawesBulletin périodique de la presse allemande, n 314, 23 janvier 1925, .. Ses envois mensuels passent ainsi de 700 à 30.000 entre 1921 et 1922.

Mais c'est surtout sous le Troisième Reich que l'association acquiert une grande importance. Avec le sous-titre d'« Union pour la vérité mondiale » et financé (bien qu'il s'en défende) par le ministère de la Propagande de Goebbels, le Fichtebund devient en effet un organisme de diffusion internationale de la propagande nazie. Fils d'Heinrich, Theodor Kessemeier est le chef du département étranger de l'organisationLucien Sampaix, « En prison, les agents du "Fichtebund", » L'Humanité, 20 juin 1939, ., qui expédie gratuitement des documents rédigés dans de nombreuses langues telles que l'espagnolHenry de Garb, « "Deux ans pour être fin prêts" dit-on en Allemagne », Le Petit Parisien, 31 juillet 1937, ., le néerlandais, l'anglais« Un collaborateur de Goebbels essaie de jouer les King Hall », Le Journal, 22 juillet 1939, . ou encore le portugais (à destination du Brésil de Vargas)Geo London, « L'étrange activité du colonel Hutchison », Le Journal, 11 mai 1934, .« Après l'Espagne, le Brésil ? », L'Humanité, 13 août 1937, .. À cette fin, l'association dispose de sa propre maison d'édition, Falken Verlag.

En Suisse, les locaux zurichois du du (Scheidergasse 10) abritent l'antenne helvétique du FichtebundCharles Reber, « Coment l'hitlérisme s'infiltre en Suisse », Regards, , ..

En France, la propagande du Fichtebund est relayée par des activistes antisémites ouvertement pro-nazis tels que Roger Cazy, disciple arrageois de Jean Boissel (correspondant de Kessemeier et de Streicher)Paul Nizan, « M. Jean Boissel s'est donné un maître : Streicher », Ce soir, 21 juillet 1939, ., ou Raymond Geckisch, sympathisant du Parti national prolétarien de Napoléon Bey mais encarté au PPF de Doriot. Des tracts pro-allemands, anticommunistes et anglophobes, rédigés en français mais aussi en italien, en tchèque ou en polonais (afin de toucher les populations immigrées), sont ainsi répandus à des dizaines de milliers d'exemplaires entre 1938« Des tracts anti-communistes sont fournis par l'Allemagne à la propagande "nationale" française ! », Le Populaire, 9 août 1938, . et 1939. Cependant, les autorités françaises n'interviennent contre cette propagande étrangère que quelques semaines avant le début de la Seconde Guerre mondiale.

Après la guerre, le Conseil de contrôle allié décrète la dissolution du Fichtebund ainsi que l'arrestation de ses membres actifs (directive n 38 du ).

Références

Bibliographie Peter Collar, The Propaganda War in the Rhineland : Weimar Germany, Race and Occupation After World War I, I.B. Tauris, Londres/New York, 2012, .

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