Francisco Javier Balmis y Berenguer (Alicante, 1753 — Madrid, 1819) était un chirurgien militaire, médecin, botaniste et infectiologue espagnol.

À l’issue de sa formation comme chirurgien militaire, il s’enrôla dans l’armée, participa à une expédition contre Alger, puis vint à mener une carrière de chirurgien hospitalier en Nouvelle-Espagne, s’occupant plus particulièrement des malades vénériens. Son intérêt pour la botanique et pour la médecine indienne traditionnelle le conduisit à examiner scientifiquement les effets d’un remède de guérisseur, à base d’agave et de bégonia, puis, convaincu de son efficacité, le préconisa dans son Traité sur les vertus de l'agave et le bégonia paru en 1794 ; cette thérapeutique, si elle fut assez largement adoptée, demeura cependant controversée.

De retour en Espagne, il poursuivit ses études en vue de l’obtention du grade de médecin, et fut bientôt nommé médecin personnel du roi Charles IV. Début 1801, il sera parmi les premiers en Espagne à pratiquer la vaccination anti-variolique selon la méthode jennérienne et entreprit de traduire en castillan l’ouvrage sur ce thème rédigé par Moreau de la Sarthe. Lorsqu'il fut décidé de mettre sur pied, avec l'appui du monarque, une campagne de vaccination de masse dans tout l’Empire espagnol (y compris aux Philippines «Dr. Francisco De Balmis and His Mission of Mercy» sur le site de la Society of Philippine Health History), c’est lui qui en prendra la tête ; l’expédition Balmis, ainsi qu’elle vint à être communément appelée, partie de la Corogne en , sera une réussite et le plus grand titre de gloire de Balmis.

Revenu en Espagne en 1806 au terme de son périple autour du monde, il refusa de prêter serment à Joseph Bonaparte et préféra suivre la Junte centrale en Andalousie. De là, un ultime voyage le conduira au Mexique, dans le but — non atteint pour cause de troubles politiques — de ranimer les structures sanitaires mises en place par lui quelques années auparavant.

Biographie

Formation et carrière de chirurgien militaire

Francisco Javier de Balmis naquit à Alicante le et reçut le baptême trois jours après en la basilique Sainte-Marie (Basílica de Santa María), l’église la plus ancienne de la ville. Fils et neveu de chirurgiens-barbiers, il se conforma à la tradition familiale et entra à l’âge de 17 ans à l’hôpital militaire d’Alicante, où il restera cinq annéesE. Moreno Caballero, Sesión apologética dedicada al Dr. D. Francisco Xavier de Balmis y Berenguer, discours prononcé devant l'Instituto Médico Valenciano le 18 novembre 1885, Valencia Imp. de Ferrer de Orga, 1885, .. En 1775, il s’enrôla dans les rangs d’une expédition militaire engagée par la marine espagnole, sur ordre de Charles III, contre l'Alger des Zianides, expédition qui, placée sous le commandement du général d’comte O´Reilly, avait mission d’en finir avec les incursions de pirates barbaresques dans le Levant espagnol.

Deux années plus tard, il sera examiné par une commission de chirurgiens sangradores et protobarberos attitrés, puis obtint en 1778 à Valence son habilitation à exercer la chirurgie. Il dut avoir rejoint le corps des chirurgiens militaires la même année, car dès le début du blocus de Gibraltar, il fut nommé assistant chirurgien en second. Le , il monta au grade de chirurgien de l’armée et fut versé dans le régiment de Zamora. C’est dans les rangs de ce régiment qu’il se rendit pour la première fois en Amérique, au sein de l’expédition du marquis del Socorro ; après le décès de la plupart des médecins par suite d'une épidémie dans l’armée expéditionnaire, il lui incomba d’exercer désormais les fonctions de médecin chirurgien. Du port vénézuélien de La Guaira, il s’embarqua à destination de la Havane, puis de là pour Veracruz, et dirigera pendant trois mois l’hôpital de Xalapa en qualité de médecin chirurgien. En 1786, il fut nommé chirurgien-major de l’hôpital militaire de San Juan de Dios de Mexico, capitale de la Nouvelle-Espagne, et après la fusion de cet hôpital ancien avec celui de San Andrés en 1790, Balmis deviendra directeur de la salle des malades vénériens. En reconnaissance de son travail en Nouvelle-Espagne, il fut admis en à l’Académie royale médico-matritense ('médico-madrilène'), et se vit décerner le titre de bachelier en arts de l’université de MexicoE. Balaguer Perigüell et R. Ballester Añon, En el nombre de los Niños, ..

Travaux scientifiques et ascension au statut de médecin

Durant l’année 1788, délaissant temporairement l’armée, il voyagea à travers le Mexique pour se vouer à l’étude de la flore locale et des remèdes traditionnels employés par les Indiens. À cette époque, l’un des guérisseurs les plus en vue, dénommé le Beato, préconisait l’usage d’une cure indigène contre les maladies vénériennes, à base d'une décoction de racines d’agave et de bégonia. Une série d’expériences menées à l’hôpital de San Juan de Dios et supervisées par le protomedicato finit par persuader les autorités des bienfaits de ce remède. Balmis, qui en avait connaissance mais doutait encore de son efficacité, décida, après qu’il eut été chargé en 1790 de la salle des maladies vénériennes à l’hôpital San Andrés, d’effectuer ses propres expériences et fut au bout d’un an convaincu de l’action bénéfique du remède ; il en modifia certes la composition originelle, en éliminant les ingrédients qui répondaient à des préceptes magiques ou rituels, tels que les pattes de devant d’un certain insecte etc.

L’intérêt de Balmis pour la botanique s’inscrit dans le mouvement de revitalisation des sciences naturelles survenu dans les dernières décennies du , en particulier dans l’Espagne bourbonnienne, où le pouvoir créa une série d’institutions importantes, telles que, p.ex., le Jardin botanique de Madrid, fondé en 1755, en grande partie grâce à l’engouement de José Quer y Martínez, lui aussi chirurgien militaire de son état. L’étude de la flore américaine, commencée dès la Renaissance, fut poursuivie et complétée sous les règnes de Charles III et Charles IV. Vicente Cervantes, disciple de Casimiro Gómez Ortega, créa le Jardin botanique de Mexico. Balmis connaissait personnellement quelques-uns de ces naturalistes, avec lesquels il entretenait des rapports fréquents.

En 1791, sa thérapeutique reçut l’approbation du protomedicato de Nouvelle-Espagne et l’appui du diocèse de Mexico. De retour en Espagne en 1792, muni d'un lot de maguey et un autre de bégonia, il commença en juin de la même année, sous la surveillance d’une commission nommée par le roi, des expériences dans trois hôpitaux de la cour. Ces essais suscitèrent une vive polémique et se heurtèrent à l’opposition du protomédico Bartolomé Piñera y Siles, qui attaqua Balmis avec âpreté dans un sien opusculeCertain jour, Piñera arriva à en être tellement irrité qu’il commença sa journée à la salle de l’hôpital San Juan de Dios en s’écriant : « fraude, fraude ; tromperie, tromperie » (« fraude, fraude ; engaño, engaño»), cf. Anastasio Chinchilla, Historia de la Medicina Española en general y biográfico-bibliográfico en particular, Valence, Imp. López y Cía., 1841-46, Vol. IV, p. 186. V. note E. Balaguer Perigüell et R. Ballester Añon, En el nombre de los Niños, . Balmis répliqua en rédigeant un rapport intitulé Demostración de las eficaces virtudes, nuevamente descubiertas, en las raíces de las plantas de Nueva España, especies del ágave y begonia para la curación del vicio venéreo y escrofuloso ('Démonstration des vertus efficaces, nouvellement découvertes, contenues dans les racines des plantes de Nouvelle-Espagne, espèces de l’agave et de la bégonia, pour la guérison du vice vénérien et scrofuleux', 1794), dans lequel il expliqua avec détail comment les propriétés médicinales de ces espèces végétales étaient venues à sa connaissance et comment il avait ensuite soumis 53 cas cliniques à une étude minutieuse. En dépit des critiques, la méthode fut assez largement acceptée et le pape lui-même ordonna d’introduire le traitement dans les hôpitaux romains ; au surplus, en guise de reconnaissance à Balmis d’avoir apporté la bégonia en Europe, la plante reçut officiellement le nom de Begonia balmisiana dans l’inventaire de la flore mexicaineE. Balaguer Perigüell et R. Ballester Añon, En el nombre de los Niños, ..

En 1795, il se rendit à nouveau en Nouvelle-Espagne dans le but de récolter de nouvelles plantes (les lots précédents étant épuisés) et de les apporter en Espagne. Il fut ensuite nommé chirurgien de la chambre de Charles IV, ce qui lui valut un supplément de rémunération de reales. Il entreprit des études à la Real Escuela de Medicina Práctica de Madrid, deuxième établissement de ce type à être créé en Espagne, à l’initiative de Charles IV, aux fins d’améliorer l’enseignement de la pratique clinique dans les facultés de médecine du pays. Sa promotion, ainsi obtenue, de chirurgien à médecin, du reste exemplaire de l’ascension sociale du chirurgien à partir de la seconde moitié du , permit à Balmis de se faire admettre, de plein droit cette fois, dans des institutions telles que l’Academia Médica Matritense (=de Madrid), où une minorité éclairée s’attachait à rénover les conceptions scientifiques et idéologiques chez ses membres. Balmis acquit en 1797 le titre de bachelier en médecine de l’université royale de Tolède, et, sur les instances de la vice-reine de Nouvelle-Espagne, revêtu désormais du titre de médecin-chirurgien, regagna ce territoire. Il reprit ses travaux scientifiques, non seulement dans le domaine de la chirurgie, mais aussi en chimie, botanique et médecine pratiqueE. Balaguer Perigüell et R. Ballester Añon, En el nombre de los Niños, ..

Lutte contre la variole et expédition Balmis

Balmis fut dans les premières années du l’un des avocats les plus précoces et les plus convaincus de la vaccination anti-variolique selon la méthode jennérienne. Le premier texte sur la vaccine paru en Espagne fut publié en 1799 à Barcelone ; il s’agissait d’un recueil d’écrits d’auteurs britanniques et françaisOlagüe de Ros, G., Astrain Gallart, M., Propaganda y filantropía: los primeros textos sobre la vacunación jenneriana en España (1799-1801), Medicina e Historia, Tercera época, nº. 56. Barcelona, J. Uriach, 1995, .. Toutefois, le texte incontestablement le plus important parmi tous ceux traduits à cette époque, tant par son contenu que par son retentissement, fut la version espagnole que donna Balmis en 1803 du Traité historique et pratique de la vaccine, ouvrage de 1801 rédigé par le médecin français Louis-Jacques Moreau de la Sarthe, divulgateur de l’œuvre de Jenner et premier grand héraut de la vaccination en Europe continentale. La traduction de Balmis ne répondait pas seulement à un objectif de vulgarisation, mais avait aussi des visées pédagogiques ; le texte, imprégné de l’esprit des Lumières, se développait selon un plan précis et une méthode rigoureuse, et sera utilisé plus tard par le même Balmis au cours de son expédition pour enseigner une technique vaccinatoire correcte et pour prévenir ses possibles échecs et en exposer les causesE. Balaguer Perigüell et R. Ballester Añon, En el nombre de los Niños, .. Balmais du reste possédait une connaissance approfondie de la vaccination jennérienne pour l’avoir pratiquée à Madrid dès 1801, dans le sillage des premiers essais en Espagne accomplis par le médecin catalan Francesc Piguillem i VerdacerE. Balaguer Perigüell et R. Ballester Añon, En el nombre de los Niños. Real Expedición Filantrópica de la Vacuna 1803-1806, Association espagnole de pédiatrie, Madrid 2003, ..