La catastrophe d'Aniche est un accident minier survenu le 28 novembre 1900 dans la fosse Fénelon, située dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais..
L'explosion de 130 kg de dynamite à 500 mètres de profondeur fit 21 morts et 11 blessés graves parmi les ouvriers., touchant également la fosse La Renaissance et la fosse Saint-Louis du fait de galeries communicantes.
En nombre de victimes, la catastrophe d'Aniche est aujourd'hui considérée comme la huitième plus importante parmi les 43 catastrophes et accidents dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
L'enquête révéla qu'il s'agissait d'un dépôt illégal de de dynamite et de grisoutine B situé à de l’orifice du puits, près des vestiaires des mineurs, et que l'explosion s'était produite à du matin lors d'un changement de poste.
Contexte Aniche, le dans la matinée, avait connu une catastrophe à la fosse Saint-Hyacinthe de la Compagnie des mines d'Aniche.
Un foyer a mis le feu aux échafaudages d'accès au puits de descente des ouvriers. La fumée envahit l'intérieur de la mine, asphyxia quarante-six ouvriers dans les veines d'extraction de la houille. Sept jeunes gens et deux pères de familles furent retrouvés mortspage 29- souvenirs à l'usage des habitants de Douai ou notes pour faire suite à l'ouvrage de M. Plouvain sur l'histoire de cette ville, depuis le jusqu'au - 1843 - imprimerie de D. Ceret-Carpentier 5 rue des chapelets à Douai - archive du Harvard College Library...
Les trois fosses communicantes Fosse Fénelon, Fosse La Renaissance et la fosse Saint-Louis sont peu grisouteuses mais de nombreux mineurs y ont été tués.
Gilles Pierrot meurt le à Saint-Louis ; 12 mineurs sont pris dans les accidents mortels de la fosse Saint-Louis en avril et puis de mars et . En , la Fosse Fénelon est concernée.
À la fosse Saint-Louis, Jean-Baptiste Alruth, 45 ans, est écrasé entre deux tampons de wagons, le . Quatre accidents mortels se succèdent : un mort en , le Ségard est tué et Delannoy blessé ; un bloc se détache en et fait un mort, un autre en .
Les rapports d'accidents concluent tous à une négligence ou imprudence de l'ouvrier jusqu'en 1898 ; à cette date, la loi rend obligatoire la reconnaissance de responsabilité par la Compagnie dans tous les cas..
Depuis le début , des grèves ont lieu dans le bassin minier, rassemblant grévistes. Une grève commence dans les mines de Dourges et s'étend aux mines de Courriéres, Liévin, Ostricourt, de Bruay, Carvin..
Paul Kruger; homme politique boer, président de la république sud-africaine du Transvaal arrive à Paris le . Il est reçu par le président de la République et visite l'Exposition universelle, et une partie de Paris ; le peuple de Paris l'acclame. De retour à l'hôtel Scribe, il doit encore, à plusieurs reprises, saluer la foule. Il repart de Paris le . La presse parisienne, sauf le Petit Parisien, ne relate pas la catastrophe d'Aniche ...
La catastrophe La fosse Fénelon
vignette|gauche|La fosse Fénelon à Aniche. vignette|gauche|Compagnie des Mines d'Aniche - plan des fosses Fénelon, Renaissance et Saint-Louis.
La fosse Fénelon est située à trois kilomètres à l'est d'Aniche, limitrophe de Somain et d'Abscon.
La fosse Fénelon cesse d'extraire en 1884, et assure l'aérage et la circulation de personnel pour la fosse Saint-Louis, à l'instar de la fosse La Renaissance toute proche.
L'accident vignette|Terrible explosion de dynamite à Aniche (Le progrès illustré, ). vignette|Catastrophe d'Aniche - au fond de la fosse.
À Aniche, le à minutes, une explosion de dynamite se produit dans la fosse Fénelon, gérée par la Compagnie des mines d'Aniche.
Soixante ouvriers étaient descendus dans la fosse Fénelon, reliée en souterrain à la fosse Saint-Louis. La deuxième cage opérait sa descente au moment de la détonationLe Supplément Littéraire Illustré en Couleurs, jeudi 29 novembre, voir en ligne :..
À de profondeur et à de l'accrochage, se trouvait le magasin de dynamite qui contenait environ 150 à 200 kilos d'explosif. La distribution était faite par Louis Bertinchamps, , magasinier. La mine n'ayant pas de grisou, seule cette cause de l'explosion est retenue.
Louis Bertinchamps aurait pu laisser tomber une cartouche de dynamite et, en refermant la porte en fer du caveau, l'aurait fait exploser. Les capsules (détonateur) nécessaires à la mise de feu étaient distribuées chaque jour : le magasin n'en contenait pas. Au moment de l'accident, le distributeur, Louis Bertinchamps, était accroupi à l'entrée du magasin à dynamite et remettait des cartouches aux ouvriers qui se présentaient. vignette|La catastrophe d'Aniche (Le Petit Parisien, dimanche ).
L'explosion projeta au loin les ouvriers. Un éboulement se produisit et en ensevelit plusieurs : certains mineurs furent jetés sur le sol. Des mineurs attendaient en haut de la fosse le moment de descendre : ils virent une fumée épaisse sortir du trou, puis des flammes ; elles arrivèrent jusqu'au haut du bâtiment et furent aperçues à trois kilomètres par des gendarmes en patrouille.
Des blessés furent remontés et conduits chez eux. Les morts furent exposés dans une salle voisine où les parents et les amis vinrent les reconnaître. Les cadavres étaient méconnaissables, les uns en bouillie, d'autres scalpés, éventrés, les entrailles pendantes. Les premiers furent enlevés dans des sacs ; des cercueils furent construits rapidement : ils s'alignèrent sur le carreau. Les morts furent ensuite transportés à leur domicile.
vignette|Le Courrier de Sologne.
Premières constatations À cinq heures et demie du soir, seize morts ont été remontés dont 13 par le puits Fénelon et 3 par la fosse Saint-Louis, communiquant entre eux.
Treize des ouvriers tués ont été reconnus. Quatre hommes sont blessés très grièvement ; le nombre des blessés légers est estimé entre trente et quarante.
Le sous-préfet de Douai est arrivé dans l'après-midi. Le parquet, composé du procureur général, du procureur de la République, de son substitut, du juge d'instruction et du capitaine de gendarmerie, est sur les lieux.
Pierre Baudin, ministre des travaux publics, a envoyé le sous-chef de son cabinet pour distribuer des secours et recueillir des renseignements sur les responsabilités.
Les victimes En 2015, aucune stèle ou plaque ou monument ne commémore les victimes.
Les noms des morts se trouvent dans les actes de décès de l'état civil d'Aniche et de Somain d'où vient la majeure partie des tués. Parmi les blessés, un certain nombre habitaient Aniche.
Hameau de la Renaissance (Somain) : Louis Bertinchamps, Adolphe Brunet, Léon Copin, Henri Duriez, Florimond Moura, Désiré Pollet, Achille Tison, Gustave Tison Somain-Ville : Eugéne Branche, Jules Cotton, François Dulieu, Auguste Fourdraine Abscon : Joseph Koesler, Louis Jeux Mastaing : François Carlier Fenain : Jules Bouriez, Adolphe Danel, Toussaint Degorre, Camille Dumortier, Joseph Lebon, Gustave Poulain
Le bilan final de l'explosion d'un dépôt souterrain de dynamite a coûté la vie à vingt et un ouvriers et blessé onze autres..
Acte de dévouement Un jeune homme de , nommé Leçu, avait été renversé par l'explosion : il resta la journée entière dans la fosse pour dégager ses camarades, les remonta et les lava lui-même, pour permettre de les reconnaître. Parmi les victimes, il retrouva le cadavre de son oncle.
Les funérailles Somain La cérémonie de Somain se déroula le matin. Somain compte douze morts : Eugène Branche, , Jules Cotton, , François Dulieu; , Auguste Foudraine, , Moura Floromind, pour Somain-Ville Achille Tison, , Gustave Tison, , Henri Dupriez, , Léon Copin, , Adolphe Brunet, , Désiré Pollet, , Louis Bertinchamps, pour le hameau de la Renaissance.
Les cercueils sont précédés du clergé puis des enfants des écoles du centre et l'association des anciens élèves ; la fanfare municipale exécute des marches funèbres.
Le maire, le préfet, le procureur, des administrateurs des mines sont présents. Aux cimetières, , président du syndicat des mineurs du Nord, fait un discours violent. , député, prend la parole, au nom du Syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, adresse un adieu aux victimes. Des discours suivent.
Somain : À la Renaissance L'après-midi, sept victimes seront conduites au cimetière. Henri Dupriez et son voisin Léon Copin sont portés à l'épaule par des mineurs, sur la route de la gare. Ils sont rejoints par les cercueils de Gustave et Achille Tison, de Désiré Pollet, sur lequel est posé un uniforme de pompiers et enfin Louis Bertinchamps, au son des marches funèbres. Un délégué du gouvernement et le préfet font un discours aux grilles du cimetière.
Abscon Les victimes sont Louis Jeux, et Joseph Koesler, .
Le rassemblement se fait sur la place de l'église, derrière les cercueils de Joseph Koessler et de Louis Jeux, portés à bras par des mineurs, suivis par plus d'un millier de personnes ; parmi elles, de nombreuses femmes. Les officiels sont venus de Valenciennes. , délégué du Syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, appelle les camarades à se grouper pour la défense de leurs intérêts. Il déplore qu'une dynamitière ait été placée sur le passage même des ouvriers.
Fenain Les victimes sont Bourriez Jules, , Degorre François, , Dumortier Camille, , Danel Adolphe .
Athur, , de Fenain meurt à son domicile et est enterré le Le petit Parisien du 2 décembre : lire en Ligne..
Mastaing François Carlier, 30 ans, est enterré.
L'enquête vignette|gauche|Aniche - fosse fénelon - note sur le dépôt souterrain de dynamite- tableau des tués et causes. vignette|Aniche - fosse Fénelon - note sur le dépôt souterrain de dynamite- Plan. vignette|Aniche - fosse Fénelon - note sur le dépôt souterrain de dynamite- Plan. vignette|Aniche - fosse Fénelon - note sur le dépôt souterrain de dynamite- Plan. vignette|Aniche - fosse Fénelon - note sur le dépôt souterrain de dynamite- Plan. vignette|Aniche - fosse Fénelon - note sur le dépôt souterrain de dynamite- Plan.
L'enquête est immédiatement ouverte sur les causes de l'explosion d'Aniche par le sous-préfet, le parquet de Douai ainsi que par le juge de paix ; elle sera difficile : les témoins sont morts. L'enquête arrivera au résultat de dix-sept tués sur le coup, un blessé grave et dix-sept blessés légers. Les dégâts matériels sont qualifiés d'insignifiants : le magasin et deux éboulements..
Le magasin de dynamite se situe au niveau - et à de la fosse sur la bowette Nord, servant de sortie d'air par aération naturelle de la fosse Saint-louis
De jour, prennent la bowette Nord pour atteindre les veines Georges, Grand Veine, Bonsecours ou Marie. La bowette sud est utilisée par pour les veines Sondage et Ferdinand. Leur section est de l'ordre de précisant entre la dynamitière et la fosse
Le magasin a été construit dans une niche de de large et de profondeur, sous un banc de quenettes (grès) de d'épaisseur. Il est maçonné et voûté, constitué d'un sas de et d'un magasin de fermé par deux portes en bois de chêne de . Les caisses d'explosifs sont déposées sur trois planches appuyées sur des banquettes maçonnées. L'explosif utilisé est de la dynamite-Gomme ; étaient stockés dans le magasin avec de grisoutine B. La distribution des cartouches, par rotation d'ancienneté, était assurée par Louis Bertinchamps ; il ne donnait des cartouches de dynamite qu'aux mineurs non porteurs de capsules.
La grisoutine B était constituée de 12 % de dynamite-Gomme et 88 % d'azotate d'ammoniaque. Les capsules de fulminate était stockées au jour dans une armoire du bureau du chef porion. La distribution des capsules se faisait avant la descente des ouvriers ; elles étaient rangées dans des boites métalliques placées dans les vêtements. La dernière livraison de grisoutine B date d'août et celle de dynamite du ; les deux provenaient de la dynamiterie Nobel d'Ablon.
Le procès Le tribunal correctionnel de Douai rend, le jeudi , son jugement dans l'affaire de la catastrophe d'Aniche.