vignette|Cheval recueilli par une association de protection alors qu'il mourait de faim. Le bien-être du cheval dépend des conditions de vie et d'utilisation de cette espèce domestiquée, par opposition à toute mise en souffrance volontaire ou involontaire, que ce soit par le biais de coups, de mutilations, de négligences ou de soins mal adaptés.
Les débats autour du bien-être et des maltraitances chez le cheval sont récents. Au , alors que la mort de chevaux au travail est courante, une première vague de sensibilisation naît avec la Society for Prevention of Cruelty to Animals puis la parution du roman Black Beauty en Angleterre. La France suit le mouvement avec la création de la ligue française pour la protection du cheval et la loi Grammont en 1850. Des préoccupations similaires touchent les États-Unis. Le débat s'intensifie et s'étend à tout l'occident au siècle suivant, en ce qui concerne l'utilisation du cheval pendant les guerres, la fin de sa présence dans les villes, son entraînement sportif, l'abattage ou encore ses conditions d'élevage et de détention. Les États-Unis ratifient le Horse protection act de 1970 pour mettre un terme au et au . Au début du éclatent de nouvelles polémiques à l'échelle mondiale, en particulier autour de l'entraînement en rollkur, de l'endurance et de la circulation des véhicules hippomobiles.
La notion de bien-être est complexe en ce qui concerne le cheval. Longtemps considéré comme incapable de ressentir la douleur dans le monde occidental, cet animal est très silencieux et ne manifeste que peu de signes de son éventuel mal-être, ce qui en rend la détection particulièrement difficile. L'épiderme des chevaux est plus mince que celle des humains (0.05 mm contre 0.08 mm), le cheval a donc moins de cellules entre la source de la douleur et les terminaisons nerveuses. Sociable, le cheval a besoin de se dépenser et passe la majeure partie de son temps à se nourrir dans la nature. Il souffre des confinements prolongés en écurie, des isolements et de l'impossibilité de brouter. Il a besoin d'être en contact avec d'autres équidés, d'avoir une alimentation suffisante et adaptée par jour, et d'avoir un espace suffisant pour se déplacer librement. A l'état naturel, un cheval mange environ 16h par jour et se déplace beaucoup en recherche de sa nourriture. Certains pays, comme la Suisse, appliquent des lois pour faire respecter ces besoins fondamentaux.
La fédération équestre internationale interdit désormais le barrage du cheval d'obstacles et le rollkur. Plusieurs pays, notamment la Suisse, ont adopté des lois pour protéger les chevaux. La coupe de la queue, les transports trop longs et les aides artificielles lors des compétitions de sports équestres ou hippiques font l'objet d'interdictions ou de limitations nationales ou européennes. Les transports vers les abattoirs sont réglementés. Dans le cadre d'une recherche accrue de bien-être pour le cheval, de nouvelles pratiques telles que l'équitation éthologique, la mise « pieds nus », voire le refus de l'équitation se sont développées. Elles laissent présager une préoccupation majeure pour cette question éthique à l'avenir.
Historique vignette|Scène de Horse-baiting d'après une gravure de Joseph Strutt au : ce divertissement anglais consiste à faire combattre un cheval contre un ou plusieurs autres animaux, généralement des chiens.|alt=Gravure représentant un cheval à droite, attaqué par deux chiens eux-mêmes encouragés par deux hommes à gauche. La domestication du cheval a permis aux humains d'utiliser cet animal pour une foule de tâches : labour, transport, guerre... Le cheval devenu inutile peut même être abattu et transformé en source de nourriture. L’ethnologue italien Sergio Dalla Bernardina explique cette situation du cheval par le désir d'une partie de la population humaine d'être « Maître » et de « tyranniser des êtres vivants » : . Des blessures volontaires, des mutilations et des mises à mort de chevaux (en témoignent les sacrifices, l'hippophagie, le et l'organisation de combats d'étalons) sont largement documentés dans de nombreuses régions du monde. Les chevaux sont tués sur des champs de bataille, marqués au fer, taillés d'une oreille pour être reconnus plus viteEntre autres, un édit promulgué en 1756 en Bretagne ordonne de couper ou de tailler une oreille aux bidets bretons de qualité supérieure. Voir , éperonnésLa cruauté des éperons du Moyen Âge a vraisemblablement donné l'expression populaire « chevaucher à pointe d'éperon » en français. Voir : , ou encore caudectomisés (amputés de leur queue) à partir du , pour empêcher que la queue ne se coince entre leurs harnais. L'utilisation même du cheval, d'un point de vue antispéciste, relève de la mise de l'espèce en esclavage et au travail ouvrier. Pierre Enoff estime que globalement, cette situation est plus proche d'un asservissement qui impose des conditions de vie « carcérales » au cheval, que d'une symbiose entre l'humain et l'animal.
Des interactions humain-cheval bénéfiques pour l'animal se développent également, avec de nombreux exemples de cultes. La détention d'un cheval implique la nécessité de subvenir à ses besoins (eau, nourriture) et de le protéger de ses prédateurs, apportant à l'animal un sentiment de sécurité et du bien-être. Du point de vue du scientifique David W. Ramey, la relation humain-cheval est profitable aux deux espèces, et ce malgré le développement d'un discours selon lequel la fréquentation de l'être humain serait globalement « néfaste » au cheval.
La conception religieuse et philosophique des animaux dans le monde occidental leur a longtemps dénié toute sensibilité à la douleur (et donc la possibilité de ressentir un mal-être), suivant la théorie de l'animal-machine énoncée par René Descartes au . La civilisation de l'Islam témoigne au même moment d'un grand respect pour le cheval, en lui accordant (entre autres) la possibilité de passer la nuit sous la tente de son maître. De nombreux hadiths conseillent de bien traiter les chevaux. Le Prophète était lui-même dépeint comme très attentionné vie à vis de sa jument..
La naissance de la notion de bien-être du cheval remonte au , où le sentimentalisme entre de plus en plus en compte dans les relations entretenues avec les animauxÉric Pierre, « Les inconstances de la sensibilité : au sujet de la violence envers les animaux (1845-1914) » dans Sociétés et représentations, 1998, , juin, . Au début du , le cheval est largement reconnu par les biologistes (et par le monde scientifique) comme étant un « être sensible ». Cette évolution accompagne celle de toute la société occidentale, entrée depuis le milieu du dans un mouvement de bienveillance à l'égard des animaux domestiques, avec une reconnaissance croissante de leur individualité. Le cheval est désormais idéalisé par un grand nombre de cultures, grâce à l'attirance qu'il suscite au niveau émotionnel.
Une erreur commune est la croyance selon laquelle les avancées en matière de respect du bien-être du cheval proviennent des considérations éthiques et scientifiques. En réalité, ces avancées ont été presque essentiellement obtenues grâce aux demandes de militants et du grand public.
Dans la société occidentale, le représente le summum de l'exploitation du cheval. Ainsi, Robert Bakewell et des ouvrages d'époque répandent l'idée que le cheval est la meilleure machine pour convertir la nourriture en argent. Les sentiments envers l'animal n'ont pas leur place dans la société en pleine industrialisation, car « ils ne rapportent rien ». Ce contexte voit également l'éclosion des premiers mouvements de sensibilisation et des premières lois condamnant la maltraitance équine.
En Angleterre
Les premiers mouvements de sensibilisation à la cause des chevaux naissent en Angleterre à la fin du . Une loi interdisant de battre volontairement les chevaux est proposée dans les années 1820, mais non adoptée. La Society for Prevention of Cruelty to Animals est créée en 1824 à Londres, en réaction à cette souffrance animale. Son logo représente un ange venu châtier un homme qui frappe son cheval.
Le roman Black Beauty, publié en 1877 dans l'Angleterre victorienne, est connu comme le premier ouvrage qui s'intéresse au sujet du bien-être du cheval. Son originalité est de laisser la parole à plusieurs chevaux qui y racontent leur souffrance quotidienne, sous forme d'une autobiographie. Il entraîne une forte sensibilisation pour cette cause. L'auteur Anna Sewell se montre très en avance sur son temps en matière de protection animale. Son roman prend parti contre l'enrênement en attelage, les œillères et la caudectomie. D'après Amélie Tsaag Valren, il . Ce roman provoque une controverse en Angleterre à sa sortie. Ce n'est qu'au fil du temps qu'il devient un best-seller. Anna Sewell, décédée cinq mois après sa publication, affirme que son but était d'améliorer le sort des chevaux dans ce pays. Le résultat est au-delà de ses espérances, puisque la sortie du roman aux États-Unis, dans un contexte de souffrance équine omniprésente, permet au débat de s'y implanter. Les multiples traductions de ce roman ont même entraîné des débats dans toute l'Europe. Black Beauty reste considéré de nos jours comme une œuvre influente en matière de protection du cheval.
Aux États-Unis vignette|gauche|Gravure américaine parue en 1880, conseillant de contrôler les chevaux d'attelage rétifs par l'application de chocs électriques.|alt=Une calèche tirée par un cheval qui ouvre grand la bouche et semble s'être figé sur place Les documents américains relatent plusieurs cas d'exploitation du cheval donnant lieu à des maltraitances, notamment dans les compagnies d'omnibus et de tramways. Ces véhicules hippomobiles sont souvent surchargés, les chevaux qui les tractent sont battus et soumis à un travail pénible.
Les premières définitions d'une notion de maltraitance du cheval s'orientent sur leur privation de nourriture et de soin, et le fait de les frapper. La cour de New York est pionnière, publiant une loi qui punit ceux qui tuent ou torturent volontairement un animal (dont le cheval) dès 1829. La cour de l'État du New Jersey traite le cas d'un homme ayant battu son cheval à mort en 1858, mais conclut que rien n'interdit de frapper son propre cheval en dépit du problème que pose un tel spectacle en public. En 1860, l'État de Pennsylvanie condamne ceux qui battent un cheval à une amende maximale de deux cents dollars, le double de ce que risque une mère qui battrait son enfant de moins de sept ans. Le vol de chevaux et la mutilation d'animaux appartenant à autrui sont sévèrement sanctionnés, témoignant de motivations essentiellement financières et « sociétales ». Battre son cheval sans raisons est considéré comme étant « mal » et contraire aux bonnes mœurs, mais la souffrance ressentie par l'animal n'est pas prise en compte. La punition de ceux qui maltraitent leurs propres chevaux n'est pas immédiatement à l'ordre du jour, la loi ne pouvant être appliquée que si une preuve est apportée que le cheval a été battu avec de réelles « mauvaises intentions ». La notion de « torture » des animaux est introduite dans le droit américain à la fin du , par le cas d'un homme ayant appliqué de l'acide sur les sabots de ses chevaux. L'évolution se fait également sentir par des procès mettant en cause des meneurs d'omnibus accusés de surexploiter les chevaux.
En France vignette|droite|upright|Descente d'un cheval dans une mine de charbon en France.|alt=Gravure d'un cheval suspendu à la verticale, de la paille entre les jambes.