, né le à Nádkút dans le royaume de Hongrie, dans l'Empire austro-hongrois., située aujourd'hui en Autriche, et probablement mort en ou en à Damas., en Syrie, est un membre du parti nazi et un officier SS, qui se rend célèbre par son action contre les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dans plusieurs pays d'Europe. Il est l'organisateur des actions du RSHA.

Alois Brunner est l'un des criminels de guerre nazis les plus recherchés, longtemps resté l'un des derniers criminels de guerre nazis en vie et impunis. En Syrie, il devient conseiller d'Hafez el-Assad, aide à former les services de renseignement, à organiser la répression et la torture dans les prisons du régime.

Biographie Un nazi parmi d'autres Aloïs Brunner naît en 1912 à Nádkút en Hongrie à au sud de Vienne. Son père, Joseph Brunner et sa mère, Anna Kruise, sont de petits paysans du Burgenland, profondément catholiques et antisémites. À l'âge de , il devient apprenti dans un grand magasin de Fürstenfeld, en Autriche.

En 1931, à l'âge de , il adhère au NSDAP. Il s'inscrit en 1932 à l'école de police privée de Graz. Il intègre la Légion autrichienne, vivier des futurs responsables de la Shoah, en 1933. Il y côtoie : Adolf Eichmann, Odilo Globocnik, Rolf Günther, Ernst Kaltenbrunner, Franz Novak, Franz Stangl… Âgés, pour la plupart, de vingt à trente ans, ces hommes sont les cadres dirigeants de l'Office central pour l'émigration juive à Vienne, fondée en par Adolf Eichmann. La même année, Brunner entre à la SS puis au SD en 1939.

Un acteur essentiel de l'extermination des Juifs Il devient par ses fonctions l'un des rouages importants de la Solution finale aux côtés d'Adolf Eichmann. Il est notamment l'instigateur des faits suivants : déportation vers les camps d'extermination de autrichiens ; déportation vers les camps d'extermination de grecs (voir : « Histoire des Juifs à Salonique ») ; chef du camp de Drancy, puis organisateur de rafles sur la Côte d'Azur, il fait déporter français ou résidant en France au départ de la gare de Bobigny vers Auschwitz principalement ; il est également impliqué dans les rafles de Berlin et dans la déportation des enfants d'Izieu.

La déportation des Juifs d'Autriche

À partir du , Eichmann dirige depuis Berlin la de la Gestapo, chargée des affaires juives. Brunner lui succède à la tête de la Centrale de Vienne qui devient le « laboratoire » pour l'internement et la déportation des Juifs du Reich et des pays occupés. Dès , Brunner fait déporter un millier de Juifs autrichiens à Nisko près de Lublin. Il est promu (lieutenant SS), l’année suivante. À Vienne, suivant le modèle du Judenrat mis en place dans les communautés juives de Pologne, il impose aux Juifs d'Autriche la création d'une police juive ou Jupo qui est chargée de coopérer à la constitution de cinq convois de déportés en direction de Lublin, du au . À partir d’, il interdit l’émigration des hommes juifs âgés de 18 à . Du au , cinq nouveaux convois sont dirigés vers le ghetto de Łódź. En , quinze jours après la conférence de Wannsee qui organise la Solution finale du « problème juif », Brunner est promu (capitaine SS) et, en juillet, inspecteur de la SIPO-SD. Du au , six nouveaux convois de Juifs quittent l’Autriche pour Lublin. sont également déportés sur ordre de Brunner.

Nommé ensuite à Berlin, en , il y organise en deux mois la déportation de .

La déportation des Juifs de Salonique

Le , Alois Brunner et Dieter Wisliceny arrivent en Grèce. Pour organiser la déportation de la communauté juive de SaloniqueEn tout il est responsable de la déportation de de Salonique., ils imposent aux Juifs de Grèce les lois de Nuremberg. Les Juifs sont rassemblés fin dans quatre ghettos : Kalamaria, Singrou, Vardar et Agía Paraskeví près d'Athènes. Ils sont ensuite transférés dans un camp de transit du quartier du baron Hirsch jouxtant la gare de Salonique, à l'ouest de la ville. De là, les trains de la mort les emmènent à Auschwitz-Birkenau. Pour accomplir leur mission, les SS imposent à la communauté juive la création d'une police juive à leur service.

De mars à , plus de quittent Salonique pour Auschwitz-Birkenau par Belgrade et Vienne. Le premier convoi arrive à Auschwitz dans la nuit du 20 au . Fin mars, un convoi part pour Treblinka. En tout, sont déportés : de Salonique même, des villes environnantes et de la zone est-Egée. Le voyage d'un convoi dure une dizaine de jours en moyenne. L'état d'affaiblissement des victimes est tel à l'arrivée que la plupart des survivants sont immédiatement destinés à la chambre à gaz.

Dans le dernier convoi, qui part le , se trouvent protégés par leur nationalité espagnole qui sont déportés à Bergen-Belsen puis de là purent être transférés à Barcelone puis au Maroc, certains purent atteindre la Palestine mandataire.

Commandant du camp de Drancy La réorganisation du camp et des déportations de Juifs Le , Brunner est nommé à Paris afin d'intensifier le processus de déportation des Juifs de France. Dépendant directement de Berlin, Brunner court-circuite l’autorité du -SS Heinz Röthke, dans la mise en œuvre de la déportation des Juifs de France.

Accompagné de son équipe mobile de SS autrichiens, Brunner dirige le camp de Drancy à partir du . Il prend en main directement la gestion du camp à partir du et cantonne les gendarmes français à sa garde extérieure. Il réorganise le fonctionnement interne du camp et y fait régner un système de terreur qui s’abat sur les internés. Selon des techniques éprouvées à Vienne, à Berlin et à Salonique, Brunner crée également une police juive au sein même des internés dont il réorganise la hiérarchie.

Cependant, en contrepartie, la nourriture et les conditions d’hygiène s’améliorent, grâce aux colis collectifs de l’Union générale des israélites de France (UGIF).

Le , il fait fermer les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et fait regrouper les Juifs raflés à Drancy.

Il organise le départ des déportations non plus de la gare du Bourget mais de la gare de Bobigny pour des raisons de discrétion et de logistique.

Les rafles de Juifs de la Côte d'Azur On estime le nombre de Juifs vivant ou réfugiés sur la Côte d'Azur en 1943 à .

À partir du , à la suite de l’armistice signé entre l’Italie et les Alliés, la Gestapo entre à Nice et y organise la traque des Juifs selon un plan préétabli par Röthke et Brunner. Les rafles sont pratiquées dans toute l'ancienne région d'occupation italienne avec une méthode, une intensité et une cruauté jusque-là inusitées en France : pour la Gestapo, la circoncision vaut appartenance à la « race » juive ; des « physionomistes » installés sur des voiturettes sont chargés de repérer les Juifs dans les rues et de les arrêter ; des rafles sont systématiquement opérées dans les hôtels et les meublés ; des bandes organisées de dénonciateurs font la chasse aux Juifs riches pour les dépouiller et prévenir la Gestapo qui vient les arrêter ; les trains sont méticuleusement contrôlés.

Les réseaux de résistance comme le réseau Marcel délivrent force faux papiers, mais jusqu'au , sont arrêtés et détenus à l’hôtel Excelsior près de la gare de Nice ; le docteur Abraham Drucker, médecin juif interné au camp de Drancy, transféré à Nice pendant trois mois, chargé d'examiner les Juifs arrêtés, témoigne de la brutalité qu'ils subissent. Brunner demeura dans la région niçoise du au , parvenant à déporter en , dont Charlotte Salomon, Arno Klarsfeld, père de Serge Klarsfeld, Roman Joffo, père de Joseph Joffo, ses successeurs en raflant () jusqu'à la fin , dont André, Jean et Simone Jacob (Jean-Louis Panicacci : Les Juifs et la question juive dans les Alpes-Maritimes (en ligne)). Une stèle commémorative a été édifiée devant l'hotel Excelsior..

Des rafles de Juifs dans toute la France À partir de , Brunner fait procéder à des rafles en province et en région parisienne. En , son passage à Grenoble entraîne l'arrestation de Juifs dans la villeTal Bruttmann, La Logique des bourreaux – 1943-1944, Hachette Littératures, 2003..

Conjointement avec Helmut Knochen, chef de la police de sécurité en France, il signe, le , un ordre d'arrestation de tous les Juifs de nationalité française restant sur le territoire : orphelinats, prisons, camps de travail sont vidés de leurs occupants juifs, les campagnes sont ratissées… Cette dernière vague d'arrestation a pour conséquence la déportation de (parfois dénoncés pour toucher une prime réservée aux délateurs) envoyés de France dans les camps d'extermination en Pologne.. Seuls les conjoints de non-Juifs sont, depuis 1943, en principe, provisoirement épargnés au profit de l’Organisation Todt ou d'autres camps en région parisienne.

Brunner reçoit, dans la traque des Juifs, l'aide de la Milice de Joseph Darnand.

Les derniers convois au départ de Drancy En , Brunner fait partir un convoi de .

Mais les arrivées à Drancy se font de plus en plus rares, et malgré le débarquement de Normandie, il veut absolument continuer les déportations de Juifs. Dès lors naît en lui l'idée de se rabattre sur les centres d'enfants qui sont entretenus par l'UGIF à Paris et en banlieue. Il rassemble ainsi à Drancy cinq cents enfants âgés de un à quinze ans, accompagnés de leurs directeurs et de leurs assistances sociales. Le , , dont trois cents enfants quittent Drancy en direction du centre de mise à mort d'Auschwitz-Birkenau (convoi ). Parmi eux se trouvent les filles de l'orphelinat de Saint-Mandé et leur directrice, Thérèse Cahen.

Il fait partir un dernier convoi de Drancy, le , avant que les derniers internés ne soient libérés par le consul de Suède Raoul Nordling. Aidé de la gendarmerie française, il a fait déporter en un an, , femmes et enfants, soit près du tiers des déportés juifs de France.

La déportation des Juifs de Slovaquie

En , à Bratislava, il assiste Josef Witiska, chef de l', dans le processus de déportation des Juifs slovaques. Il organise, dans la nuit du 25 au , la rafle de de la capitale slovaque qui sont internés avec les du camp de concentration de Sereď, antichambre d’Auschwitz. Plus de sont déportés de Slovaquie sur ordre de Brunner.

Le dernier convoi qu'il organise avant la fin de la guerre part le de Sered« Alois Brunner », Trial.ch.org..

Après avoir démantelé le camp de Sered en 1945, Brunner réussit à gagner Vienne puis, en avril, Prague où se trouve replié le QG d’Eichmann.

L'après-guerre, condamnation à mort par contumace Lors de l’entrée des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie, il prend une nouvelle identité, « Aloïs Schmaldienst » et réussit à se soustraire aux partisans tchèques. Il est finalement interné dans un camp américain près de Vienne. Il semble que son identité soit confondue avec celle d'Anton Brunner, qui est exécuté, ce qui lui permet d'échapper aux Alliés. Libéré, il mène une existence paisible à Essen, en Allemagne, bien que figurant sur la liste des criminels de guerre établie par le Tribunal militaire international de Nuremberg.. Craignant d’être découvert, il s'enfuit en Égypte en 1953, avant de gagner la Syrie en 1954, aidé par Mohammed Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem. Il y retrouve Franz Rademacher qui l'embauche dans sa société Orient Trading Company (OTRACO), sous le nom de Georg Fischer.

Brunner est condamné à mort par contumace par le Tribunal permanent des forces armées à Paris, le ...

Le , il est condamné à nouveau en France par contumace à la prison à perpétuité pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité« Alois Brunner condamné par contumace », La Libre Belgique, 2 mars 2001..

L'exil en Syrie Il est traqué sans relâche par Simon Wiesenthal, mais trouve refuge à Damas où il serait connu sous le nom de « » ou bien « Ali Mohammed ». L'Allemagne et d'autres pays réclament sans succès son extradition.