Sergio Mattarella ()Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API., né le à Palerme, est un homme d'État italien. Il est président de la République italienne depuis le .
Fils du député et ministre Bernardo Mattarella, Sergio Mattarella commence sa carrière politique après la mort de son frère Piersanti, assassiné en 1980 par la mafia sicilienne. Membre de la Démocratie chrétienne (DC) jusqu'à sa dissolution, chef des fidèles d’Aldo Moro en Sicile, il siège à la Chambre des députés durant sept législatures, entre 1983 et 2008.
En 1987, il est nommé ministre pour les Relations avec le Parlement, avant d'être chargé, deux ans plus tard, du portefeuille de l'Éducation au sein du sixième gouvernement de Giulio Andreotti. Il démissionne l'année suivante pour protester contre un projet de loi favorisant certaines entreprises privées comme Fininvest.
Il fait adopter en 1993 une réforme du mode de scrutin pour l'élection des deux chambres du Parlement : surnommée , elle remplace le système proportionnel en vigueur depuis 1946. Ayant appartenu au courant de centre gauche de la DC, il rejoint le Parti populaire italien (PPI) en 1994 et se fait réélire député sous les couleurs de L'Olivier en 1996.
En 1998, il est nommé vice-président du Conseil des ministres au sein du premier gouvernement de Massimo D'Alema, qui lui confie, un an plus tard, le portefeuille de la Défense : à ce titre, Mattarella abolit la conscription et promeut l'engagement militaire de l'Italie pour le maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine. Reconduit par Giuliano Amato, il quitte le gouvernement après la victoire du centre droit aux élections parlementaires de 2001.
Il met un terme à sa carrière politique sept ans plus tard, en 2008, quittant la Chambre des députés après un bref passage au Parti démocrate (PD). En 2011, fort de son passé d'enseignant en droit, il est élu juge à la Cour constitutionnelle par le Parlement.
En 2015, Sergio Mattarella est élu président de la République au quatrième tour de scrutin, après avoir obtenu sur 995 votants. Succédant à Giorgio Napolitano, il est le premier chef de l'État italien né en Sicile.
À la suite des élections parlementaires de 2018, il se pose en « garant des engagements européens » de l'Italie pour s'opposer à une partie de la composition du gouvernement proposée par le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, ce qui provoque une crise politique. Un compromis entre les deux formations et le président est finalement trouvé quelques jours plus tard.
En , à 80 ans, après avoir initialement refusé de concourir pour un second septennat conformément à la tradition italienne, il est réélu président de la République en recueillant 759 voix sur 983 votants au huitième tour de scrutin. Second chef de l'État ainsi reconduit après Giorgio Napolitano, il détient depuis le le record de longévité à la présidence de la République italienne.
Situation personnelle
Naissance et origines Issu d'une famille de juristes de tradition démocrate-chrétienne, Sergio Mattarella naît le , à Palerme en Sicile. Il est le quatrième enfant de Bernardo Mattarella, ministre au sein de plusieurs gouvernements de l'après-guerre. Son frère Piersanti mène lui aussi une carrière politique.
Dans ses jeunes années, Sergio Mattarella, qui vit à Rome du fait des activités politiques de son père, milite au sein du Mouvement des étudiants de l'Action catholique (MSAC), dont il devient le délégué pour Rome et le Latium en 1961 ; il le sera trois ans durant.
Mariage et descendance De son mariage avec Marisa Chiazzese, fille de l'universitaire Lauro Chiazzese qui fut recteur de l'université de Palerme entre 1950 et 1957 « CHIAZZESE, Lauro », volume 24 (1980), Dizionario Biografico degli Italiani., morte en 2012, sont nés trois enfants, prénommés Laura, Francesco et Bernardo Giorgio. Ce dernier, chargé de cours en droit administratif à l'université de Sienne, est le directeur du bureau de la législation du département de l'Administration publique et de la Simplification « Prof. Bernardo Giorgio Mattarella », Istituto di Ricerche sulla Pubblica Amministrazione.. La sœur de Marisa, Irma, avait épousé le frère de Sergio, Piersanti Mattarella.
Carrière universitaire Après des études secondaires au lycée San Leone Magno de Rome, un institut religieux tenu par les Frères maristes, il intègre la faculté de droit de l'université La Sapienza « La Sapienza saluta il presidente Mattarella », site Internet de l'université La Sapienza, ., qu'il quitte diplômé avec une mention très honorable en 1964, après la rédaction d'un mémoire intitulé La fonction d'orientation politique. Trois ans plus tard, en 1967, il s'inscrit à l'ordre des avocats du barreau de Palerme tout en entamant une brillante carrière universitaire : assistant de la chaire de droit constitutionnel, il est ensuite nommé professeur associé à la faculté de droit de l'université de Palerme. Il enseigne jusqu'en 1983, après son élection à la Chambre des députés « Discorso di benvenuto del Presidente a Sergio Mattarella, giudice costituzionale. », Cour constitutionnelle, audience publique du ..
Son travail universitaire est prolifique : outre des publications relatives au droit constitutionnel concernant le bicamérisme, les procédures législatives et les propriétés des administrations locales, il a rédigé un ensemble de travaux portant sur le développement économique régional et national.
Parcours politique Débuts Professeur à l'université, Sergio Mattarella n'envisageait pas une carrière politique, préférant se consacrer à ses travaux. Cependant, le , son frère, Piersanti Mattarella, alors président de la région de Sicile, meurt assassiné par la mafia sicilienne, qui voulait lui faire payer sa lutte contre le crime organisé entreprise après son élection. Atteint de plusieurs balles, il meurt dans les bras de son frère Sergio.
Par tradition familiale, Sergio Mattarella adhère à la Démocratie chrétienne, le parti qui fut celui de son père et de son frère défunt. Il fréquente comme son frère assassiné, le courant Moro, du nom de l'ancien chef du gouvernement assassiné par les Brigades rouges et considéré comme progressiste.
Après avoir hésité, il s'engage dans le parti en participant à la commission nationale de la DC consacrée au scandale de la loge Propaganda Due.. En 1982, il se rapproche du nouveau secrétaire de la Démocratie chrétienne, Ciriaco De Mita, lequel lui confie divers travaux pour la direction du parti, dont il est appelé à devenir l'un des cadres. L'année suivante, il est élu député de la circonscription de Palerme après avoir recueilli préférentielles lors du scrutin du . Il devient ainsi le chef des ex-Morotei siciliens.
En , De Mita le nomme commissaire provincial de la DC palermitaine frappée par des scandales (arrestation de l'ancien maire Ciancimino, suicide du secrétaire Rosario Nicoletti…). Il s'entoure de deux adjoints, proches de son frère, Leoluca Orlando et Vittorino La Placa. Tous trois mènent une liste aux municipales de 1985 avec les commissaires Enrico La Loggia, Vito Riggio et Elio Chimenti. Orlando prend la tête de Palerme avec le programme du qui s'ouvre entre 1987 à 1990 aux Verts et aux Communistes, sous l'influence de Mattarella.
Premiers portefeuilles ministériels upright|gauche|thumb|Sergio Mattarella en 1983. Réélu député le avec de préférence, Sergio Mattarella est nommé ministre pour les Relations avec le Parlement dans le gouvernement de Giovanni Goria, au mois de juillet de cette même année ; sans portefeuille, il dépend du président du Conseil. Lorsque Ciriaco De Mita est désigné chef du gouvernement, Mattarella conserve ses fonctions dans le nouveau cabinet. À ce poste, où il doit gérer les rapports entre le gouvernement et la majorité parlementaire, il réorganise la présidence du Conseil et remanie les règlements parlementaires relatifs aux rapports avec le gouvernement.
Le , le sixième gouvernement du démocrate-chrétien Giulio Andreotti prête serment au palais du Quirinal ; parmi les ministres du nouveau gouvernement, Sergio Mattarella est chargé de l'Éducation, un portefeuille qui fut souvent confié aux démocrates-chrétiens depuis l'après-guerre. Il est alors confronté à la réforme du système éducatif, à la question de l'autonomie de l'école et à la réorganisation des programmes d'enseignement secondaire. Néanmoins, il ne peut pas mener à bien l'ensemble de ces projets puisque le , à peine un an après sa nomination, Mattarella remet sa démission au président du Conseil. Par cet acte, le ministre démissionnaire entend dénoncer le projet de loi défendu par le ministre des Postes et des Télécommunications Oscar Mammì, qui favorise les intérêts du secteur privé dans le domaine de l'audiovisuel, plus particulièrement ceux de l'entreprise Fininvest, dirigée par Silvio Berlusconi. Cette démission est critiquée par Andreotti qui ironise sur ce ministre qui se prononce contre une loi proposée par le gouvernement auquel lui-même appartient« Sergio Mattarella, un président italien au-dessus de tout soupçon », Le Monde, ..
Néanmoins, au mois de , Mattarella devient l'un des vice-secrétaires de la Démocratie chrétienne, aux côtés de son dirigeant, Arnaldo Forlani ; il doit représenter, auprès de ce dernier, les courants démocrate-chrétiens de centre gauche. Il demeure l'un des cadres du parti jusqu'en 1992, quand Mino Martinazzoli en prend la direction. À cette époque, il rompt violemment avec Orlando, celui-ci quittant la DC pour fonder en 1991 la Rete autour d'un discours antimafia.
Sergio Mattarella prend ensuite la direction du quotidien démocrate-chrétien Il Popolo, qu'il dirige deux ans, jusqu'en 1994, puis contribue à la fondation du Parti populaire (PPI), constitué d'anciens démocrate-chrétiens comme lui. Il est le dernier secrétaire régional de la Démocratie chrétienne sicilienne, qui disparaît le ..
Il propose, en , que Giuseppe Campione prenne la tête du gouvernement régional sicilien. Celui-ci est effectivement élu et prend la tête d'une coalition incluant notamment le Parti démocrate de la gauche (PDS) et qui adopte l'élection des maires au suffrage universel direct, dont Mattarella est l'un des inspirateurs.
Dans le cadre du scandale Tangentopoli, il est accusé de corruption mais les accusations sont abandonnées « car le fait est inexistant ».
Loi Mattarella
upright|thumb|La carte électorale issue de la loi Mattarella pour la Chambre des députés. Après avoir quitté le gouvernement, Sergio Mattarella se consacre à son mandat de député.
Le , la législature est ouverte ; réélu député avec seulement personnels, une baisse de 65 % par rapport au scrutin de 1987, Mattarella intègre la commission bicamérale pour les Réformes institutionnelles. Il en sera vice-président entre et .
À ce titre, il propose une réforme de la loi électorale pour la désignation des membres des deux chambres du Parlement. Cette proposition de loi engage une profonde réforme du système électoral adopté en 1946 et jamais remis en cause depuis : il s'agit en effet de passer d'un scrutin proportionnel pur à un scrutin mixte dans lequel les trois quarts des sièges de chaque chambre sont pourvus au scrutin uninominal majoritaire à un tour et le quart restant à la proportionnelle de Hare pour la Chambre des députés — avec un seuil de représentativité national de 4 % des suffrages exprimés — et la proportionnelle d'Hondt pour le Sénat. Elle diminue en outre de 32 à 27 le nombre de circonscriptions plurinominales pour la Chambre des députés.
Le texte, après de multiples débats à la Chambre des députés comme au Sénat, sera finalement promulgué le , par le président de la République, Oscar Luigi Scalfaro, qui se disait favorable à cette proposition de loi. Il gagne le nom de ou de , qui sera abolie en 2005, après l'adoption de la loi Calderoli dite « Porcellum ».
Au second plan de la vie politique