François de La Mothe Le Vayer (1627-1664) est un homme de lettres et ecclésiastique français du Grand Siècle. Auteur de quelques pièces de vers et d'un roman burlesque, Le Parasite Mormon, il fut l'ami, entre autres, de Molière et de Nicolas Boileau. On lui attribue également une traduction richement annotée de l'Épitomé de l'histoire romaine de Florus, qu'il fit paraître sous le nom de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV.

Biographie Unique enfant du philosophe François de La Mothe Le Vayer et de sa première femme, Hélène Blacvod, fille de l'Écossais Adam Blackwood, François de La Mothe Le Vayer junior est né probablement au printemps 1627S'appuyant sur la lettre de Gui Patin qui lui donne trente-cinq ans au moment de sa mort, et négligeant le témoignage d'Henry Le Bret reproduit ci-dessous, les historiens et les auteurs de dictionnaires donnent généralement la date de 1629. Celle de 1627 se déduit de l’épître dédicatoire du premier volume de la seconde partie du roman Mitridate [achevée d'imprimer le 28 août 1648], dans laquelle l’auteur, Roland Le Vayer de Boutigny, écrit à son cousin et dédicataire : Or, on peut sans trop se hasarder, conjecturer que le personnage-titre est la projection de l’auteur plutôt que celle de son cousin, et on lit, à la page 250 : La naissance de Le Vayer de Boutigny, fixée par le dictionnaire de Moréri, puis par l'abbé Goujet, dans les derniers mois de 1627 , est suggérée par Boutigny dans la même épître dédicatoire : . Après des études secondaires au collège de Lisieux à ParisC'est ce que suggère une lettre de son père de septembre 1636 . C'est également au collège de Lisieux, selon toute vraisemblance, et non au collège de Beauvais, comme on l'a longtemps cru, que Cyrano de Bergerac fit ses études secondaires., il est reçu bachelier, puis licencié en droit à la faculté de Poitiers, en , comme son père l'avait été trente-neuf ans plus tôt.

Contrairement à son cousin Roland Le Vayer de Boutigny, reçu aux mêmes grades quelques mois plus tôt à Paris, et qui deviendra un juriste célèbre (il sera l'un des défenseurs de Nicolas Fouquet en 1664), le jeune La Mothe Le Vayer se détourne du droit pour se consacrer aux belles-lettres.

Cousins et amis Le premier texte qu'on peut lui attribuer avec quelque vraisemblance est un « rondeau burlesque » imprimé en tête de Le Grand Sélim, ou le Couronnement tragique, tragédie que son cousin publie en 1645 et dont il est probablement le dédicataire anonymeDans son édition des Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, Paris, Honoré Champion, 1921 , tome premier, p. XLVIII-XLXIX, Frédéric Lachèvre attribue le rondeau à l'auteur du Pédant joué, composé vers le même temps, et ce parce que, « bien qu'anonyme, il porte sa griffe »..

Au cours des années suivantes, on trouve sa signature parmi les pièces liminaires de divers essais ou recueils de vers : La Science des Sages et Le Triomphe des dames, de François du Soucy de GerzanLe Triomphe des dames a valu à son auteur une extraordinaire lettre de Cyrano de Bergerac . (mars et ), Le Virgile travesti, de Paul Scarron (), et Le Jugement de Pâris en vers burlesques, de Charles Coypeau d'Assoucy ().

En , Pierre Guillebaud, en religion Pierre de Saint-Romuald, fait paraître deux volumes d'un recueil intitulé Hortus epitaphiorum selectorum, ou Jardin d’épitaphes choisis. Où se voient les fleurs de plusieurs vers funèbres, tant anciens que nouveaux, tirés des plus fleurissantes villes de l’Europe. L'ouvrage est dédié par le libraire à « Monsieur Naudé, chanoine en l’église cathédrale de Notre-Dame de Verdun, prieur d’Artige en Limousin, et bibliothécaire de l’Éminentissime cardinal Mazarin ». Les épitaphes du premier volume sont toutes en latins. On y lit () une épitaphe de « Marie de Jars, dame de Gournay, Parisienne, morte à Paris, l’an 1645, âgée de 79 ans, 9 mois et 7 jours, et inhumée à Saint-Eustache », connue dans l'histoire littéraire comme la « fille d'alliance de Montaigne ». L'épitaphe est précédée de ces lignes :

La seconde partie du recueilDans lequel figurent une dizaine de pièces signées de Jean Royer de Prade. donne à lireHortus epitaphiorum selectorum, seconde partie, pp. 539-542, lire en ligne. une série de courtes épitaphes burlesques (« Sur un pendu », « Sur un voleur qui, se voyant découvert, se jeta du haut d'une maison », « Sur un qui se fit mourir par poison, ayant mangé tout son bien », « Sur un nommé de La Rivière, qui se précipita dans la mer », « Sur un qui fut décapité pour avoir parlé trop haut », « Sur un vieillard qui alla mourir en Canada, étant âgé de plus de cent ans », « Sur un nommé Le Coq, qui fut tué à la petit guerre par des paysans », « Sur un gueux qui se noya de désespoir », « Sur un faux monnayeur qui fut pendu ») suivies de ces lignes :

Au cours de l'été 1648, Le Vayer de Boutigny fait paraître la première partie d'un roman historique à clefs intitulé Mitridate (sic), dont chacun des deux volumes est dédié « à Monsieur La Mothe Le Vayer le fils », lequel figure dans le roman sous le nom de Glaucias. Une seconde partie, elle aussi en deux volumes, tous deux également dédiés au cousin et ami, paraîtra en .

En , Jean Royer de Prade dédie au jeune La Mothe Le Vayer son Trophée d'armes héraldiques :

Le Parasite Mormon Au cours de l'été 1650, est mis en vente (ou du moins en circulation) à Paris, un petit in-octavo intitulé Le Parasite Mormon, histoire comique. Publié sans permission ni privilège, sans nom d'auteur ni adresse de libraire, ce roman, où s'entrecroisent les portraits et aventures de trois personnages hauts en couleur — Mormon, le parasite, La Hérissonnière, dit le Pointu, et le poète Desjardins — est très certainement l'œuvre du jeune François de La Mothe Le Vayer, qui le dédie à son cousin Le Vayer de Boutigny « pour [son] amitié ». Il s'ouvre sur un avis de « l'un des auteurs de ce livre au lecteur » d'une désinvolture drolatique :

Les premières lignes de ce préambule burlesque ont trompé de nombreux historiens, lesquels, faute sans doute d'avoir lu l'œuvre avec suffisamment d'attention, d'en avoir relevé les sources et étudié le style, l'ont pris au mot et ont développé la thèse d'une œuvre collective, dont les multiples contributions formeraient "une sorte de manifeste littéraire"Ainsi, dans sa thèse sur La Vie et les œuvres de Charles Sorel, Paris, 1891, p. 423, Émile Roy fait-il entrer le Parasite Mormon dans la "Bibliographie des œuvres pouvant être attribuées à Charles Sorel". Un siècle plus tard, Jean Serroy fera de même dans Roman et réalité, les histoires comiques au XVIIe siècle, Paris, Minard, 1981, p. 406 : « Comme le dit l'Avertissement au lecteur, l'œuvre est collective. Son principal responsable en est cependant connu : il s'agit de l'abbé de La Mothe Le Vayer, le fils du philosophe libertin, qui dut sans doute rédiger une partie de l'ouvrage et, après avoir fait appel autour de lui à ses amis les plus proches, jouer le rôle de coordonnateur de l'ensemble. Le jeune La Mothe Le Vayer se trouve, en effet, dans les années 1645-1650, au cœur d'une sorte de cénacle littéraire — non une école, mais plutôt un cercle amical, uni par des idées et des haines connunes, et se soutenant vigoureusement quand il s'agit de défendre, à travers l'œuvre de tel ou tel d'entre eux, les idées partagées par l'ensemble du groupe. On trouve là, à côté du maître d'œuvre du Parasite Mormon, ceux parmi lesquels il dut, à coup sûr, recruter ses collaborateurs : D'Assoucy, Tristan, Chapelle, Cyrano, Scarron et aussi Sorel, lequel, quoique réputé solitaire, n'hésite pas à intervenir dans une œuvre collective pour soutenir ceux qui luttent pour faire triompher les mêmes conceptions que lui. ».

[…]

Fidèle de Mazarin Au printemps 1651, en pleine Fronde dite des Princes, une altercation oppose La Mothe Le Vayer fils à Michel Hamelin, curé de La Flèche et ci-devant aumônier de la reine Marie de Médicis, lequel, s'il faut en croire Gui Patin, « frondait avec les autres contre le Mazarin, que ce jeune homme voulait défendre »Lettre du 5 février 1655, dans Lettres de Guy Patin à Charles Spon : janvier 1649-février 1655, Paris, Honoré Champion, 2006, . Consultable en ligne.. Cette attitude légitimiste et le soufflet qu'il reçoit à cette occasion, vaudront au jeune homme, dans les semaines suivantes, de se voir attribuer par la régente Anne d'Autriche « mille écus de rente sur l'archevêché de Rouen »Voir ce que Gabriel Naudé en écrivait dès le 3 juin 1651 à Mazarin alors en exil (Considérations politiques sur la Fronde. La Correspondance entre Gabriel Naudé et le cardinal Mazarin, Biblio 17, 1991, ) : « La résignation de l’archevêque de Rouen à l'abbé de Chanvallon ayant été admise, la Reine proprio motu a pris dessus une pension de trois mille livres pour le fils de Monsieur de La Motte (sic). ». Ils expliquent sans doute aussi qu'en publiant ses Œuvres diverses en 1654, Cyrano de Bergerac adresse sa lettre « Contre les frondeurs » à « M.D.L.M.L.V.L.F. » [= Monsieur de La Mothe Le Vayer Le Fils].

C'est au cours de ces premières années 1650, sans doute, qu'il prend ses degrés à la faculté de théologieLe premier document imprimé où se trouve mentionnée sa qualité d'abbé est l'Apologie de Mr Costar à Monsieur Ménage, achevée d'imprimer en décembre 1656 . Il y est question, , de « la belle, fidèle et savante version [de Florus par] Monsieur l'abbé de La Mothe Le Vayer ».. Dès ce temps, il assiste son père dans ses fonctions de précepteur de Philippe d'Anjou, frère de Louis XIV.

[…]

Éditeur de trois éditions successives des Œuvres de son père (1654, 1656, 1662).

L’Épitomé de Florus traduit et annoté En , le libraire Augustin Courbé met en vente un Épitomé de l’histoire romaine, de Florus, mis en français sur les traductions de Monsieur. L'épître dédicatoire, adressée au duc d'Anjou, alors âgé de quinze ans et demi, est signée « De La Mothe Le Vayer le fils ». L'assistant précepteur y revendique la paternité (partagée…) de cette nouvelle traduction d'un classique de l'histoire romaine : La préface, non signée, vise à justifier la présence, en fin de volume, de quelque 270 pages de notes, qui témoignent d'une étonnante érudition.

L'abbé de La Mothe Le Vayer Le de la même année 1656, le jeune La Mothe Le Vayer fait donation à son pèreArchives nationales, Y 193, folio 129, cité par Émile Magne dans Une amie inconnue de Molière, Paris, Émile-Paul, 1922, , note 53, consultable sur Internet Archive. (chez qui il demeure, rue des Bons-enfants, paroisse Saint-Eustache) de « tous et chacun des biens meubles et immeubles provenant de la succession de sa mère », décédée le précédent. Cette donation est faite en reconnaissance des soins que le fils a reçus du père :

Après le mariage d'Henriette d'Angleterre avec son cousin Philippe d'Orléans, en , il devient son aumônier ordinaireUn Arrêt du Grand Conseil daté du 22 décembre 1662 et conservé à la réserve de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris (cote 4 E 2218 INV 1398 RES, ) concerne une requête déposée par « notre bien amé Messire François de la Mothe le Vahier (sic), conseiller en nos conseils, aumônier ordinaire de madame la duchesse d'Orléans ; et M. Jean Reverend, prêtre bachelier en théologie en la faculté de Paris, conseiller et aumônier de notre très cher frère le duc d'Orléans, pensionnaires chacun de deux mille livres de pension par chacun an à prendre sur les fruits et revenus de l'abbaye Notre Dame de Conlombe (sic, pour Coulombs), diocèse de Chartres ».. La même année il est nommé titulaire de l'abbaye de Bouillas dans le GersVoir Gallia Christiana, Paris, 1715, , colonne 1026 ..

Dans son « Mémoire de quelques gens de lettres vivant en 1662 », Jean Chapelain note, à propos de « l'abbé de La Mothe Le Vayer » :