Khénifra (en ; en berbère :اخنيفرة .) est une ville du Moyen Atlas central au Maroc, nommée la « Ville rouge » en référence à la couleur rougeâtre peinte sur les façades des habitations de la ville, ou « Khénifra la zaïaneKhénifra capitale Zayane » car elle a été bâtie sur les deux rives basaltiques de l'Oum Errabiâ et le dirVoir la carte du Dir marocain.
La ville est sur un piémont versant septentrional le plateau central, le Moyen Atlas (Fazaz) et la partie ouest du Moyen-Atlas, capitale des ZayanesLe Moyen AtlasAire géographique de la tribu Zayane. Avec une superficie globale de (selon l'ancien découpage régional au Maroc, avec les provinces de Midelt), Khénifra fait partie de la région Béni Mellal-Khénifra instaurée en 2015Nouveau découpage administratif du Maroc. Elle regroupe actuellement l'ancienne région de Tadla-Azilal, la ville de Khouribga, de Fquih Ben Salah et les provinces de Khénifra. Son axe routier important est la route nationale 8Route nationale 8 (Maroc), carte Michelin, anciennement nommée route impériale 24. Elle permet de rejoindre Meknès, Marrakech, Fès et les provinces de KhénifraRoute no 24.
Les Aït Oumalou sont un ensemble de peuples Amazighes de même souche qui occupaient un immense territoire compris entre Tadla au sud et Sefrou au nord. Ils étaient réputés indomptables, avides d'indépendance. Ils étaient connus historiquement avec leurs alliés Zayanes pour leurs nombreuses guerres, la plus célèbre est la bataille d'Elhri contre le colonel Laverdure à de Khénifra près du village d'Elhri, le 13 novembre 1914Affaire de KhénifraMaroc : l’autre guerre de 1914. À noter que la photo est du fils de Mouha Ou Hammou, connu sous le Pacha Hassan, décoré pour les services qu'il avait rendus à la France. À rappeler que Mouha Ou Hammou n'avait jamais été vu par les Français..
L'activité économique de la ville est dominée par le secteur tertiaire (43,2 %). Le milieu rural y représente près de 76 % du chiffre d'affaires global économique. Khénifra est considérée comme une destination privilégiée pour le tourisme écologique, connue par la beauté de ses montagnes aux couleurs rougeâtres, de ses grands lacs et par ses forêts de cèdres, notamment la forêt d'Ajdir Izayane.
Toponymie L'origine du nom de Khénifra est interprétée différemment :
l’interprétation la vraie semblable est que khénirra est un mot grammaticalement arabe et dérive de la langue arabe et qui signifie « au milieu des reliefs ». Le mot « khnfr » en arabe signifie engouffré dans un milieu, notamment un milieu caché entre les reliefs.
Khénifra est la dérivation du verbe arabe « khnfr » mais qui fut introduit aussi en dialecte ziyani et qui signifierait aussi en Tazayit « tenir énergiquement », « Khanfar Aryaz », en raison d'un fait historique. À un moment donné, la ville a été prise de force par le clan Imahzane qui avait chassé les Ait Bouhaddous une tribu Zayane. Pour manifester leur hégémonie sur la ville, les Zayanis firent de Khénifra une zone de contrôle pour les non-Zayanis. Ils établirent un système pseudo « douanier » pour les transitaires qui furent obligés de payer une taxe. Lors de l'instabilité politique (Siba), les caravanes du Makhzen venant de Marrakech pour Fès sont contraintes de payer une rançon pour assurer la sécurité du transit.
Selon une autre version anecdotique, l'étymologie proviendrait de l'histoire d'un homme fort qui agressait les passants. Akhanfer est le nom d'une lutte berbère assimilée au catch et largement pratiquée dans le Moyen Atlas Tamoughzilt en Tazayit. Le toponyme désigne le lieu où se déroule le jeu.
Selon une autre version, Khénifra serait un mot composé de khenig (passage) et ifra (grotte), c'est-à-dire un passage étroit. Khénifra tire également son nom de sa géomorphologie en raison de son enclavement entre quatre montagnes : « Al Hafra ».
Aussi de la coloration rougeâtre de sa terre, un autre nom lui est attribué, Khnifra AlHamra : « Khénifra la Rouge ».
Géographie
Situation
Située dans le DirEncyclopédie Berbère marocain, perchée à d’altitude, sur les bords du fleuve Oum Errabia, dans le couloir encombré de coulées basaltiques qui sépare le Moyen AtlasVoir la carte du Dir Marocain :Le Dir marocain signalé par un trait gras interrompu et par le chapelet des agglomérations de piémont de la Mesata (Plateau Central Marocain), Khénifra se présente comme une cité rouge, reflet de la couleur des sols argileux qui l’entourent.
Khénifra est située à l'extrémité ouest du Moyen Atlas, sa position géo-morphologique représente une cuvette entourée de quatre grandes montagnes, Bamoussa à l'ouest, Akllal à l'est, Bouhayyati au nord (Table Zayan) et Jbel Lahdid (ou Bouwazal : montagne de fer en berbère) au sud. La ville est traversée par le fleuve Oum Errabiaa ou Oum Erebia. La construction de la bourgade Khénifra remonte au début du , n'est pas une coïncidence mais un atout stratégique vu sa position entre deux pôles urbains au nord, à savoir celui de Meknès (capitale à l'époque), Fès et celui de Marrakech qui représentait un pôle économique rayonnant et un marché prospère. Au Moyen Âge, la zone de Khénifra constitue un axe caravanier de chameaux entre Fès et Marrakech.
Sa position géographique lui confère une situation privilégiée, elle se trouve sur la Route nationale 8 (ancien axe routier emprunté par les caravanes des sultans Alaouites, nommée route impériale) à de Fès, à de Marrakech et à de Midelt axe reliant le Moyen et le Haut Atlas oriental facilitant l'accès vers la haute Moulouya d'une part et la porte du Sahara par Errachidia et à de Casablanca : axe routier stratégique reliant le Moyen AtlasLe Moyen Atlas central au bassin d'Oum Errabiaa à partir des plaines fertiles de Tadla jusqu'à la côte atlantique. Au niveau de Khénifra (cette rivière est alimentée par oued Srou, oued Bouzakour, Oued Chbouka et Oued Ouaoumana) et la côte atlantique.
Dans le journal français Le Matin du , Khénifra est décrite comme suit :
Climat Le climat de cette région est continental, ce qui influe sur les amplitudes thermiques saisonnières, voire journalières. À un hiver rigoureux succède un été très chaud. La pluviométrie varie selon les régions entre 400 et /an en moyenne. Sa localisation enclavée, entourée par des montagnes qui dépassent les , lui confère des hivers froids, la température annuelle moyenne est de baisse jusqu'à ainsi que des étés chauds et secs mais sans précipitations. Les précipitations moyennes les plus faibles sont enregistrées en juillet avec seulement. Avec une moyenne de , c'est le mois de décembre qui enregistre le plus haut taux de précipitations et varient de entre le plus sec et le plus humide des mois.
Au mois d'août, la température moyenne est de , ce qui en fait le mois le plus chaud de l'année. Avec une température moyenne de , le mois de janvier est quant à lui en moyenne le plus froid. Une différence de existe entre la température la plus basse et la plus élevée sur toute l'année.
Population Au , la population était en majorité Amazighe de la tribu Zayane. Le mélange avec les locaux s'était manifestement réalisé après l'installation de la Mahalla chérifienne à Khénifra, venue dans le cadre expéditif, mais la mission n'avait pas abouti pour des raisons financières (soldats composés des (Abids Al Boukhari, du Guich, Chérarda)Histoire du Guiche des Oudayas (Gish-L-Oudaïa)Les tribus de Guich et le MakhzenOrigine des Abids Alboukhari et Chrarda au service du Makhzen. L'armée du sultan finira par se dissoudre et se rallier au contingent Zayan de Mouha Ou Hammou, c'est le cas des populations de Taskarte (un village à de Khenifra), un clan de chérifiens de souche Alaouite (Chorfas), Ait Nouh, les localités d'Arougou et Tamskoute ; outre l'arrivée des commerçants venus de Boujaad et les artisans de Fès. À l'arrivée des Français en 1914, Khénifra comptait 1200 familles (Kanoun), selon le recensement de l'officier interprète Ben DaoudSource: F.Berger, Moha Ouhammou le zayani, éd. Atlas, 1929.
La langue parlée est TazayitDialecte des Zayanes et Ait Sgougou 1924 par V Loubignac, une variante de la langue tamazight, un parler du Maroc central aussi l'arabe dialectale (Darija), langue parlée localement et au Maroc. La démographie s'est développée considérablement : à partir des années 1970, la ville avait encore environ . Au recensement de 1994, la population était de . Pour le recensement de 2004, Khénifra comptait .
Démographie
Histoire
vignette|droite|Grand souk de Khénifra. Mouha Ou Hammou Zayani disaitcélèbre citation de Mouha ou Hammou à propos de Khénifra : « Les montagnes sont mes os, L'Oum Rabia est ma limite, La plaine est ma proie ». Cette célèbre citation, montre l'importance de l'espace vital conquis par la tribu Zayane qui fait de Khénifra plus tard un centre stratégique sur le plan militaire et commercialEsquisse géologique. Maroc central Espace vital des Zayans : Carte coloniale, avant le , Khénifra n'était qu’une petite agglomération insignifiante, elle n'avait jamais été cité par les chroniqueurs avant l'arrivée des Français. Historiquement elle fut soumise à l'influence de la famille des Aït AffiAit Affi / de la sous-tribu Zayane Ait Bouhaddou, qui contrôlait le pont d'Elborj à de Khénifra, un passage obligatoire qu’empruntaient les commerçants vers Tadla et Meknès aussi les pasteurs locaux entre le Jbel et l'Azaghar, les passants doivent payer un impôt de transit, aucun étranger ne traverse leur territoire sans s'assurer, contre paiement, la protection coutumière ou mesrag (passeur en tamzighte)Les Zemmours : Essai d'histoire tribale., le Zetat en marocain dialectal. Vers le début du , les Ait Affi seront délogés par le clan de Hammou Ou Akka El Harkati père de Mouha Ou Hammou.
Contexte historique Cette période fut marquée par l'anarchie totale nommée SibaSiba, révoltes et révolution..Ces troubles coincident avec la défaite du sultan Mohammed ben Abderrahmane dans la bataille d'Isly le contre les troupes du général Thomas Robert Bugeaud à la frontière algéro-marocaine. Le Maroc est menacé de dislocation par les guerres intertribales et des soulèvements contre le Makhzen affaibli par les intrigues des Européens. Après la mort du sultan Mohammed ben Abdellah, son fils (Hassan ben Mohammed) hérite un pays délabré et pour sauver l'intégrité des zones relevant du bled El Makhzen. Le nouveau sultan décida de nommer des personnalités influentes au sein de leur tribu au titre de caïd en les dotant des armes, dont Mouha Ou Hammou Zayani qui profita de ce nouveau statut pour s'imposer sur les Zayans et d'écraser les tribus rivales notamment Ichkirns et les Aït Soukhmanes. Il exerça aussi une hégémonie sur des tribus en dehors du « pays Zayan ». Dans cette période de l'histoire marocaine () que d'autres caïds ont pu s'imposer à la tête de leur tribu notamment El Glaoui, El Goundafi, El Mtougui, El Ayyadi le caïd Aïssa Ben Omar El Abdi, par la suite le pacha Hassan Amahzoune ; l'ascension de ces caïds permettra plus tard à la France de s'installer au Maroc sous prétexte de pacifier les tribus en perpétuelle lutte contre le Makhzen et de mettre fin à l'anarchie dite Siba..
L'émergence de Khénifra
Khénifra est bâtie sur les deux rives basaltiques de la rivière Oum Errabiaa au parage du pont dit portugais et de la casbah de Mouha Ou Hammou. Son histoire reste méconnue par les historiens et les chroniqueurs de l'époque, certes la ville avait évolué dès la première arrivée des soldats des sultans Alaouites notamment avec Moulay Hassan vers 1886 venu en renfort soutenir militairement () (Mouha Ou Hammou) afin d’asseoir son autoritéSaid Guennoun, 1933. sur les Zayans et contre leur ennemi commun les Ichkirnes et les Ait Soukhmanes, tribus dissidentes opposées à l’autorité du Makhzen et à la montée en puissance de Mouha ou Hammou.