Emma Hardinge Britten, née Emma Floyd le et morte le , est une écrivaine, actrice, guérisseuse, occultiste, éditrice et médium anglaise, grande figure du mouvement spirite au .

Elle quitte l'Angleterre pour les États-Unis en 1855 où elle exerce le métier de chanteuse pendant 10 ans. Elle devient de plus en plus influente dans les cercles spirites américains où elle est très appréciée pour ses facultés de médium. Repartie s'installer en Angleterre pendant la guerre de sécession, elle écrit de nombreux livres et devient de plus en plus influente dans le milieu occulte.Elle est en 1875 l'une des fondatrices de la Société théosophique avec Helena Blavatsky, mais quitte rapidement cette société et se positionnera par la suite contre elle lors de la crise du milieu occultiste de la fin du . Devenue à la fin de sa vie une médium itinérante et véritable propagandiste du Spiritualisme moderne anglo-saxon, ses nombreux écrits lui valent le surnom d'« historienne du spiritisme ».

Biographie Jeunesse

Emma est née en 1823. Son père, Ebenezer Floyd (né en 1790) est un capitaine de la marine anglaise et sa mère Ann Sophia Broomfield (née en 1793) est la fille d'un armateur de bateau. Les Floyd habitent à Bristol. La jeunesse d'Emma est très difficile. Sa grande sœur Frances Ann meurt en 1830Bristol Mercury, 10 juillet 1830 et son père en 1834 lors d'une épidémie de choléraBristol Mercury, 5 mai 1834Emma Hardinge Britten, autobiography, 1900, laissant la famille d'Emma sans ressources et dans le dénuement le plus complet. Sa mère Ann Sophia doit faire appel à la charité pour survivreBristol Mercury, 17 mars 1838 et Emma se retrouve à l'âge de 12 ans dans la situation difficile d’être la seule personne à pouvoir subvenir aux besoins de sa mère, de son frère Thomas, âgé de 6 ans, et de sa sœur Margaret, âgée de 2 ans. Très tôt intéressée par les arts et véritable surdouée du piano (Emma apprend le piano très jeune avec un marchand de musique qui lui permettait de venir jouer dans sa boutique tous les jours), elle commence dès l'âge de 11 ans à gagner de l'argent difficilement en enseignant la musique et continue cette activité jusqu'à ses débuts en tant qu'actrice. Elle ne va jamais à l'écoleEmma Hardinge Britten, Preface to Six Lectures on Theology and Nature, 1860.Emma est très marquée par cette période qui la hante toute sa vie, et témoigne dans son autobiographie avoir eu des envies de suicide au cours de son adolescence. En 1838, Ann Sophia obtient un poste de gardienne d'une école de Bristol et la situation des Floyd s'améliore quelque peu jusqu'en 1840 avant de sombrer de nouveau, Ann Sophia se retrouvant de nouveau sans ressources.En 1838, poussée par sa mère et profitant de la relative amélioration de la situation financière de sa famille, Emma, alors âgée de 15 ans, fait ses débuts en tant que chanteuseBristol Mercury, 29 novembre 1838.En 1840, Emma est remarquée par T. Machlin, un impresario, qui prend sa carrière en main. Les Floyd quittent alors Bristol pour Londres, Ann Sophia ayant auparavant confiée la jeune sœur d'Emma, Margaret, à sa sœur.

Vie à Londres

Débuts en tant qu'actrice

Arrivés en 1840 à Londres, la famille Floyd est vite frappée par un nouveau drame : le frère d'Emma, Thomas, engagé dans la marine anglaise, meurt d'une maladie en mer de Chine en 18411841 UK Census for Larkhall Lane, Lambeth. Jusqu'en 1843, Emma et Ann Sophia ont énormément de mal à subvenir à leurs besoins et toute leur vie tourne autour de leur seule subsistance.À partir de 1843, Emma travaille avec un nouvel impresario, Thomas Welsh, qui lui permet de faire ses débuts en tant que modèle et actrice de théâtre. Emma commence ainsi à faire du théâtre, chanter dans des opéras et des salles de concerts. Malgré un début de notoriété elle doit néanmoins continuer à enseigner la musique dans des écoles ou chez des familles, et continuer à se produire dans des lieux peu prestigieux comme des cabarets. C'est pendant cette époque qu'Emma commence à fréquenter le Orphic circleThe Two Worlds, 18 November 1887, une société secrète d'occultisme. En plus d'y avoir été appréciée pour ses talents de médium, il semble qu'Emma ait aussi été la pianiste chargée de mettre une ambiance musicale lors des réunions du cercle, auxquelles assiste la haute société londonienne de l'époque.

Le Orphic circle Dirigé par Lady Blessington et le comte d'Orsay, réputé pour avoir utilisé l'alchimie pour rembourser ses dettes, le cercle, qui se réunit dans les locaux de la London Astrological SocietyThe Monthly Critical Gazette, February 1825 accueille de nombreux occultistes, hommes politiques et artistes de l'époque tels John Varley, Charles Dickens, Benjamin Disraeli, John Forster, Chauncy Hare Townshend, Edward Bulwer-Lytton, R. C. Smith, Thomas Oxley, R. J. Morrison, George Graham, ainsi que le célèbre voyant Alexis DidierThomas Oxley, Oxley’s Celestial Planispheres, 1830Samuel Carter Hall, Retrospect of a Long Life, 1883. La salle de réunion du cercle est aménagée comme une tombe égyptienne. Emma Hardinge Britten et Charles Dickens deviennent amis et travaillent ensemble au théâtre, entretenant une correspondance qui dure jusqu'à la mort de Dickens en 1870. Emma évoque cette amitié dans ses textes. Clairvoyante et médium depuis sa plus tendre enfance, Emma participe à des expériences de spiritisme et de magnétisme dans le cadre des réunions du cercle, qui a pour coutume de prendre des jeunes femmes, de préférences très belles, comme sujets d'expérience. Emma Hardinge Britten raconte plus tard que c'est dans le cadre des expériences de somnambulisme du Orphic circle qu'elle rencontre Austria, l'entité mystérieuse qui est l'auteure de Art Magic: Or Mundane, Sub-Mundane and Super-Mundane Spiritism, livre qu'écrit Emma Hardinge Britten via channeling en 1876, près de 35 ans plus tard By One Who Knows, extrait de Occultism Defined, publié dans The Two Worlds, 18 novembre 1887. Emma affirme dans Ghost Land, publié en 1876, que les membres du Orphic circle sont des personnes sincèrement intéressées par l'occultisme et possédant de réelles connaissances en la matière Emma Hardinge Britten, Ghost Land; or, Researches into the Mysteries of Occultism, Boston, E. H. Britten, 1876. Certains historiens avancent que la carrière d'Emma Hardinge Britten décolle grâce aux personnes qu'elle fréquente lors des réunions du cercle occulte, ce qui n'a jamais été prouvé formellement.

Carrière d'actrice (1844-1856)

Définitivement remarquée du grand public en 1844 dans une mise en scène de MacbethMorning Post, January 30, 1844. au théâtre de Londres, la carrière d'actrice d'Emma franchit un stade qui la met (ainsi que sa mère) dans une situation économique et sociale confortable. C'est à cette occasion qu'elle prend le pseudonyme de Emma Hardinge pour préserver son anonymat, en référence à une nouvelle de Camilla Toulmin nommé Sweet revengeColonial Times, 24 mai 1845. La nouvelle est consultable ici: http://trove.nla.gov.au/ndp/del/article/8756826, parue en 1844, dans laquelle l'héroïne nommée Emma Harding a un parcours similaire à celui d'Emma, passant de la misère à la prospérité.

Europe

De 1844 à 1856, elle exerce le métier d'actrice à temps plein, subvenant à ses besoins et ceux de sa mère. Elle joue ainsi dans des pièces de théâtre à Londres, Paris, New York et MilanLes rôles tenus par Emma à Londres jusqu'en 1854 sont listés ici: http://www.ehbritten.org/docs/emma_harding_london_stage_performances.pdf. Elle donne aussi quelques concerts de piano et de chants mais se concentre essentiellement sur son métier d'actrice. Louée pour sa beauté, elle obtient au début de sa carrières surtout des rôles de jeunes premières.

Cependant, ses relations avec son employeur, la compagnie de théâtre Adelphi company, sont extrêmement tendues. Elle décrit l'aristocratie londonienne et les producteurs de l'époque comme étant des personnes d'une grande galanterie et amabilité en public, et d'une égale tyrannie et cruauté en privé.Emma Hardinge Britten, A Vision, 1872. Voir aussi son autobiographie et sa correspondance avec Charles Dickens, des gens vicieux, cruels et sans remords, profitant des jeunes femmes sans ressources et prêts à annuler leurs engagements avec elles à tout moment. Poussée par Ann Sophia, Emma dénonce publiquement en 1854 les pressions et menaces subies par les actrices, entraînant une rupture entre elle et le milieu du spectacle londonien. En 1854, c'est grâce à son ami Charles Dickens qu'elle peut continuer à exercer son métier en Europevoir sa correspondance avec Charles Dickens.

L'année suivante, dans l'impossibilité de continuer à exercer son métier, Emma quitte l'Angleterre pour New York le , accompagnée d'Ann Sophia.

Broadway

À Broadway, elle obtient tout de suite un premier rôle, mais sa carrière d'actrice en Amérique ne dure que deux ans. Son dernier rôle est celui dAzurine dans la pièce King Charming en . Son échec à s'imposer sera encore une fois dû à des disputes avec les propriétaires des théâtres de Broadway. C'est à cette époque qu'elle commence à écrire et utiliser ses facultés de medium publiquement en s'impliquant de plus en plus dans les cercles spirites. Emma compose également quelques œuvres musicales et écrit des paroles de chansonRobert Mathiesen, The Unseen Worlds Of Emma Hardinge Britten: Some Chapters In The History Of Western Occultism, Theosophical publishing, 2001.

Vie en Amérique

Débuts en tant que médium et musicienne

Sa carrière d'actrice terminée, Emma reprend les concerts de piano et le chant, avec un succès modeste. Elle reprend aussi l'enseignement de la musique et fonde une école dans laquelle elle investit beaucoup de temps et d'énergie, sans succès. Après cet échec, poussée par sa colocataire Elisabeth J. French, une médium et magnétiseuse, elle participe de plus en plus aux réunions des cercles spirites. Il ressort de ses lettres et des témoignages de son entourage qu'Emma n'a jamais voulu utiliser ses dons de clairvoyance pour faire une carrière de medium, et a toujours privilégié ses autres compétences qui sont en 1856 le métier d'actrice, l'édition de magazines (compétence qu'elle a acquise à Londres en éditant avec E. L. Blanchard et W. H. Harrison la Court Gazette), l'enseignement de la musique et la création et gestion d'organisme de charité (compétence qu'elle a acquise lors de son implication avec Charles Dickens dans le Urania cottage).