vignette|Coton, préparé pour une récolte mécanisée par un défanage chimique (généralement par du méthanearséniate monosodique, qui est une source durable et croissante de pollution des champs de coton par l'arsenic). vignette|Machine à récolter le coton, qui a remplacé le travail fastidieux de millions d'ouvriers agricoles. vignette|Récolte du coton au Pérou en 2003.
Le coton est une fibre végétale qui entoure les graines des cotonniers « véritables » (Gossypium sp.), arbustes de la famille des Malvacées. Cette fibre, constituée de cellulose presque pure, est généralement transformée en fil qui est tissé pour fabriquer des tissus. Le coton est la fibre naturelle la plus produite dans le monde, principalement en Chine et en Inde. Depuis le , il constitue, grâce aux progrès de l'industrialisation et de l'agronomie, la première fibre textile du monde (près de la moitié de la consommation mondiale de fibres textiles).
Botanique Plante Plante herbacée ou plante ligneuse, le cotonnier pousse dans les régions tropicales et subtropicales arides.
Le cotonnier sauvage (« coton pérenne ») vit une dizaine d'années et peut mesurer jusqu'à dix mètres.
En culture, on limite sa taille à un ou deux mètres pour faciliter le ramassage du coton et il est généralement exploité sous la forme de plante annuelle. À la floraison apparaissent de grandes fleurs blanches ou jaunes à cinq pétales, sans odeur notable. Ensuite des capsules aux parois épaisses et rigides se développent. Lorsqu'elles s'ouvrent, elles laissent s'échapper des graines et des bourres de coton recouvertes d'une houppe de fibres blanche et soyeuses pouvant mesurer entre deux et cinq centimètres de long selon les variétés. En moyenne, le fruit du cotonnier se compose de 55 % de graines, 40 % de fibres et 5 % de déchets. On en extrait les fibres, qui sont utilisées notamment pour produire des étoffesLe cotonnier..
Espèces et variétés Les espèces de cotonniers asiatiques sont Gossypium arboreum et Gossypium herbaceum, les cotonniers américains sont Gossypium hirsutum et Gossypium barbadense.
Les espèces de cotonniers les plus connues sont le cotonnier en arbre (Gossypium arboreum) et le cotonnier herbacé (Gossypium herbaceum). Ces deux formes de cotonnier à fibres courtes ont donné naissance à de nombreuses variétés, mais ne sont presque plus exploitées en tant que telles, car leurs fibres sont trop courtes.
Le cotonnier créole (Gossypium barbadense), est originaire du Pérou, compte pour environ 6 % de la production mondiale de fibres. Sa culture a été notamment introduite en Égypte et produit, aujourd'hui au travers de la qualité « Jumel », l'un des meilleurs cotons du monde sur le plan de la qualité et de la longueur de fibres.
Gossypium hirsutum qui représente environ 81,5 % de la production mondiale de fibres est également originaire d'Amérique du Sud.
Culture
La culture du cotonnier nécessite une saison végétative longue, beaucoup de soleil et un total de 120 jours arrosés pour assurer la croissance puis un temps sec en fin de cycle végétatif pour permettre la déhiscence des capsules et éviter le pourrissement de la fibre. Ces conditions climatiques se rencontrent généralement sous les latitudes tropicales et subtropicales. Le cotonnier supporte les climats tempérés à condition qu'il ne gèle pas.
La culture du cotonnier est majoritairement pluviale (Afrique subsaharienne, une grande partie des cultures des États-Unis, de l'Inde, de la république populaire de Chine). La culture pluviale est théoriquement possible dès de précipitations annuelles. Pourtant, dans les faits, le cotonnier ne peut être cultivé sans irrigation qu'avec une pluviométrie supérieure à , afin de pallier la variabilité interannuelle des pluies et les irrégularités de leur distribution. Ainsi, 40 % des surfaces cultivées en coton (Égypte, Ouzbékistan, Pakistan, Syrie) sont irriguées.
Pour lutter contre les parasites du cotonnier, et pour défaner chimiquement le cotonnier avant récolte (au méthanearséniate monosodique en général), les cultivateurs des États-Unis ont longtemps utilisé et utilisent encore une grande quantité de pesticides contenant de l'arsenic (arséniate de plomb autrefois et composés organoarsenicaux aujourd'hui), ce qui a contribué à une pollution et une dégradation croissante des sols dans les régions de grande culture du cotonnier (Louisiane par exemple).
Les producteurs de cotonnier bio n'utilisent pas ces produits, mais ont une production moindre et plus coûteuse en main-d'œuvre.
Histoire
Dans l'ancien monde
Dans la haute Antiquité, la présence du coton est attestée en Mésopotamie à la fois par des sources écrites et par l'archéologie. Cette dernière révèle la présence de cette plante dans la péninsule Arabique. Théophraste l'évoque à Bahrein et dans le golfe Persique. On suit son développement en Nubie (Stèle d’Ezana, 325-356), dans des oasis égyptiennes du . Il se fait rare dans l'Antiquité tardive. Les sources antiques s'arrêtent au , mais le coton continue sa progression pour conquérir l’Asie centrale du au . Il réapparaît discrètement en Égypte au à la faveur de la conquête arabe où il est nommé al-quṭun. Il est alors à la périphérie du monde arabe et musulman. mais il se développe en Iran puis dans tout le monde musulman.
Au , le dernier territoire musulman à le cultiver est Al Andalus, à Séville, Málaga et Cadix. Le calendrier de Cordoue (‘Arīb ibn Sa‘d) indique qu'il est semé en mars. C'est l'époque où Ibn Waḥšiyya traduit en arabe l'ouvrage l'Agriculture nabatéenne composé entre le et le . Cet ouvrage nous informe que le coton planté à la forme d'un arbuste de la taille d'un homme, que le coton .
Cependant, la production de la péninsule ibérique et de l'Afrique du nord était réduite alors qu'en parallèle se développait une industrie textile locale qui influença la production chrétienne à Barcelone avec l'apparition des tissus à bas coûts (fustians) ce qui implique un développement des routes commerciales catalanes vers le nord de l’Afrique, la Sicile et l'Égypte. .
En parallèle, en Italie, le coton cultivé par les arabes en Sicile pénètre vers le nord de la péninsule à la faveur de la conquête normande de l'Italie du Sud, il était connu en Lombardie et à Venise dès le même si les tissus en coton importés d'orient avaient meilleure réputation que ceux de Sicile. Cependant à cause de la rareté du coton en Europe, il était intéressant d'en contrôler la production, ce que réalisa la république de Gênes lors d'un pacte avec . Les Génois réexportaient le coton vers l'Espagne et l'Afrique du Nord. Le marché s'étendit avec les villes de Venise, Florence, Pérouse, Bologne. Marseille, Montpellier, Saint-Gilles et Cahors prirent leur part à ce marché pour la France.
La Renaissance La production indienne
L'Inde a été un exportateur de tissus en coton dès l'antiquité. Des sources comme Marco Polo, qui se rendit en Inde au , les pèlerins chinois aux sanctuaires bouddhistes indiens, Vasco de Gama, qui se rendit à Calcula en 1498 et Tavernier qui visita l'Inde au témoigne de la grande qualité des tissus indiens. Jean Chardin décrit au les grandes exploitations cotonnières de PerseEncyclopaedia Islamica Foundation..
La séparation des grains de coton de la fibre est mécanisée au moyen d'une vis-sans-fin puis d'une manivelle en Inde durant le sultanat de Delhi du et se généralisa dans l'Empire moghol vers le et perdure au . La production de coton, la machine à tisser dans les villages et le transport des pelotes pour être tissées se développa par la diffusion de la roue à tisser peu avant l'explosion de la demande mongole. Ces améliorations techniques supposèrent un grand développement de la production textile dans l'Empire moghol.
Du début du jusqu'au début du la production de coton indien augmenta tant pour le coton brut que pour les textiles manufacturés. Les moghols réalisèrent des réformes agraires pour augmenter les revenus, favoriser les cultures et plus haute rentabilité comme le coton et l'indigo, avec des aides d'état pour ces derniers qui s'ajoutaient à une augmentation de la demande.
Les exportations mogholes La principale industrie de l'Empire moghol était le textile de coton, qui incluait des toiles en gros, les calicots et les mousselines, disponibles en brut ou colorées. L'industrie textile était le principal commerce international de l'empire, l'Inde représentant jusqu'à 25 % de la production textile mondiale au début du Angus Maddison (1995), Monitoring the World Economy, 1820-1992, OECD, p. 30. Le coton indien était le bien manufacturé le plus important du commerce mondial du , consommé depuis l'Amérique jusqu'au Japon. Le principal centre de production du coton était le Subah du Bengale et particulièrement sa capitale DacaRichard Maxwell Eaton (1996), The Rise of Islam and the Bengal Frontier, 1204-1760, página 202, University of California Press.
Les tissus indiens dominaient le commerce de l'océan Indien et Atlantique durant des siècle, représentant jusqu'à 38 % du commerce de l'Afrique occidentale au début du . Il était également très exporté vers le golfe Persique où se développa une industrie basée sur la matière première indienne. Ormuz, alors colonie portugaise, se transforma en un important comptoir commercial.
50 % des importations textiles La compagnie néerlandaise des Indes orientales (1610-1757) venait du Bengale vers l'Europe, l'Indonésie, le Japon avec des routes commerciales via les territoires islamiques qui arrivaient jusqu'en Asie centrale, où les tissus étaient nommés « daka »
Aux Amériques
vignette|Récolte manuelle du coton, Oklahoma, dans les . vignette|Utilisation de prisonniers (du pénitencier d'État du Mississippi) pour la culture du coton (1911). Le coton est utilisé pour fabriquer des vêtements légers depuis des millénaires dans les régions au climat tropical. L'on a trouvé des fragments de coton datant d'il y a environ dans des grottes de la vallée du Tehuacán, au Mexique.
Du coton naturellement coloré datant de plus de a été découvert sur la côte nord du Pérou. Le coton est en effet cultivé en Inde depuis plus de et le Rig-Veda, écrit en 1500 av. J.-C. le mentionne. Mille ans plus tard, le Grec Hérodote mentionne le coton indien :
À la fin du , le coton, dont le nom vient de l'arabe (al qutun) via le castillan (« algodón »), . L'artisanat cotonnier en Inde profite ensuite de vogue pour les « Indiennes », livrée à l'état brut puis imprimées en Suisse puis en France.
La révolution industrielle britannique a commencé par des inventions qui ont permis une productivité et la du nombre d'ouvriers cotoniers : en 1764, James Hargreaves construit la première machine à filer industrielle à plusieurs fuseaux baptisée « Spinning Jenny ». Quelques années plus tard, Richard Arkwright inventa la machine à peigner et à filer, et c’est finalement Samuel Crompton qui fit la synthèse de ces deux métiers en 1779 en créant le mule-jenny (mulet) à la productivité environ quarante fois plus élevée que le rouet.
En 1793 dans l'État de Géorgie, l'Américain Eli Whitney invente le , une machine égreneuse qui permet de séparer la graine du coton de sa fibre. En 1801, Jacquard mit au point l'un des premiers métiers à tisser automatiques, le métier Jacquard, fonctionnant avec de grandes cartes perforées qui permettaient la réalisation de motifs variés.
En Inde, lorsque l'Angleterre met fin à la révolte des cipayes en 1858, Le second débouché du coton indien était essentiellement chinois. Le tissage reprendra sous l'influence du Mahatma Gandhi.
Le coton reste largement utilisé dans le monde mais depuis le début du il est largement par les fibres synthétiques.
Économie vignette|200px|Le coton est l'un des produits dont le commerce a contribué à la mondialisation de l'économie (livraison de coton des États-Unis dans le port de Brême (Allemagne), mars 1949).
Économie internationale