Le protestantisme est la troisième religion pratiquée en Belgique. Les protestants, présents en Belgique depuis la Réforme, ont joué un rôle important dans le développement du pays en matière politique, économique et sociale. Depuis 2003, l'État belge reconnaît comme représentant du protestantisme belge le Conseil administratif du Culte protestant et évangélique (CACPE)Site officiel du CACPE qui est composé de deux branches : la branche de l'Église protestante unie de Belgique, protestantisme historique, le Synode Fédéral des Églises protestantes et évangéliques de Belgique, protestantisme évangélique.
Histoire
Les débuts de la Réforme
thumb|left|Monument Tyndale à Vilvorde thumb|La ville de Tournai, surnommée la « Genève du Nord » est, au , majoritairement composée de protestants. Foyer de résistance à la politique autoritaire des Habsbourg, elle ratifie l'Union d'Utrecht. thumb|right|Trois prêches près d'Anvers en 1566 : un luthérien, un réformé wallon et un réformé néerlandophone. Le protestantisme est présent en Belgique depuis la Réforme. À la suite de la publication des 95 thèses de Martin Luther le , le luthéranisme s'implante à Tournai et Liège dès 1520. Les moines du couvent augustin d'Anvers se convertissent à la doctrine de Luther en 1522. Le moine augustin Jean Castellain prêche la Réforme à Tournai en 1524. Dans les années 1530, c'est à Anvers que l'érudit anglais William Tyndale publie ses traductions de la Bible, les premières en anglais, notamment son Pentateuque (1530) et son Nouveau Testament révisé (1534). Il est arrêté et exécuté à Vilvoorde en 1536.
Pierre Brully, ancien moine jacobin converti à la Réforme vers 1540 après avoir rencontré Calvin, introduit à partir de 1544 le courant réformé dans le Hainaut, qui fait alors partie des Pays-Bas espagnols, notamment à Valenciennes et à Tournai, où il sera brûlé vif le .. C'est ensuite Guy de Brès, originaire de Mons et converti à la Réforme après un exil à Londres, qui organise les Églises réformées des Pays-Bas méridionaux à partir de 1552. Il prêche dans une vaste région qui inclut Dieppe, Sedan, Lille, Douai et Anvers. De 1559 à 1561, il est ministre résident à Tournai. Il sera pendu en 1567 à Valenciennes. Auteur de la célèbre Confessio BelgicaLe texte fut d'abord écrit en français sous le titre Confession de foy; peu après, il fut traduit en latin sous le titre Confessio Belgica : l'œuvre est surtout connue sous le titre latin (une version néerlandaise fut aussi rapidement publiée : Belydenisse des gheloofs)., confession de foi toujours en vigueur auprès de certaines églises calvinistes notamment aux Pays-Bas, en Afrique du Sud et en Amérique du Nord, il est considéré comme le principal réformateur des Pays-Bas. Le calvinisme se répand en effet graduellement dans l'ensemble des Pays-Bas espagnols à partir du Hainaut et des Flandres. Vers 1560, Anvers compte déjà et deux pasteurs : Hermann de Strijker dit Moded pour les néerlandophones et Pierre Datheen pour les francophones.. La ville de Tournai, où les protestants sont majoritaires dès la deuxième moitié du , est surnommée la « Genève du Nord ». Dans les années 1540-1550, la ville est considérée comme la métropole réformée calviniste pour les provinces wallonnes et flamandesGérard Moreau, Histoire du protestantisme à Tournai jusqu'à la veille de la Révolution des Pays-Bas, Bibliothèque de la faculté de philosophie et lettres de l'université de Liège, Paris, Les Belles Lettres, 1962.. Anvers et Gand joueront un rôle similaire dès 1563. Dans la deuxième partie du , les protestants sont principalement présents, pour la partie flamande du pays, dans le comté de Flandres et le duché de Brabant, et pour la partie wallonne, dans les villes industrielles, à Tournai et dans le Tournaisis, à Mons et dans le Borinage, à Enghien, à Liège et à Verviers, Limbourg, Eupen, dans le Pays d'Outremeuse, et le Marquisat de Franchimont. La population réformée atteint sans doute en 1566, soit 20% de la population du pays..
Répression du protestantisme Irrité par le succès évident des idées réformées, Philippe II d’Espagne, qui a succédé à son père Charles Quint en 1555, choisit de lutter par la force contre l'"hérésie", par le moyen de l'inquisition. Il publie des « placards » extrêmement rigoureux qui alimentent le sentiment de ses sujets d’être gouvernés par un pouvoir absolu et étranger en contradiction avec les traditions de gouvernement et de libertés instituées par les ducs de Bourgogne. En réaction, une révolte se développe en 1566 : elle se manifeste d’abord par une proclamation des nobles en faveur des droits et libertés anciennes, c’est le « compromis des Nobles ». Elle prend ensuite le nom de révolte des Gueux : par dérision envers les mots méprisants du chancelier de Berlaymont, de grands nobles participent à un banquet habillés en paysans. Mais le nom est pertinent car la révolte touche le peuple autant que les nobles ; elle mêle une revendication de liberté religieuse et une revendication d’indépendance par rapport à l’Espagne qui réunit protestants et catholiques. En , un mouvement de "prêches aux champs" parti de Steenvoorde, non loin d’Hazebrouck, rassemblent des dizaines de milliers de personnes, aux environs des grandes villes, comme Lille, Tournai ou Anvers. Les mesures répressives mises en œuvre pour lutter contre le développement du protestantisme provoquent le soulèvement du pays en 1567 et le départ de la régente Marguerite de Parme, qui, flamande par sa mère, essayait de pratiquer une politique d’accommodement.
Le pouvoir espagnol, désormais représenté par un militaire, le duc d’Albe, qui vient de gagner une guerre contre la France, engage toute sa puissance militaire dans la répression du protestantisme. En 1567, le siège de Valenciennes se conclut au bout de 4 mois par la prise de la ville, un temps surnommée la « Nouvelle Genève », par les troupes espagnoles commandées par Philippe de Noircarmes et par l’exécution de plusieurs centaines de protestants, dont le pasteur Guy de Brès. Ce siège est parfois considéré comme la première bataille de la Guerre de Quatre-Vingts Ans. L'année suivante, en représailles à une victoire du prince d’Orange, le pouvoir espagnol croit bon d’exécuter deux grands nobles signataires du compromis des nobles bien qu’ils soient catholiques et membres du Conseil d’État, Egmont et Hornes, puis de nombreux autres, ce qui marque la rupture définitive entre le pouvoir et le peuple. La Guerre de Quatre-Vingts Ans s’engage alors pleinement. En 1573, le duc d'Albe, qui a fait l'unanimité contre lui et n'a pas réussi militairement, renonce, et rentre en Espagne. En 1574, l'acte de pacification de Gand ramène le calme dans le pays.
Entre 1577 et 1585, plusieurs villes se dotent, sous l'influence des réformés, d'un gouvernement républicain, comme Bruxelles, Gand, Bruges, Ypres, Anvers, Ostende, Malines et Tournai. En 1577, une Académie réformée est fondée à Gand. Le , le comté de Flandre (avec Bruges, Gand, Ypres), le duché de Brabant (avec Anvers, Bréda, Bruxelles, Lierre) et la ville de Tournai ratifient l'Union d'Utrecht qui consacre la liberté religieuse.
Malgré leur supériorité militaire, les Espagnols n'arrivent pas à reprendre le contrôle de l'ensemble de leurs possessions. Ils reprennent une à une les villes protestantes du sud des Pays-Bas espagnols. La chute de Tournai en 1581, puis de Bruxelles et d'Anvers en 1585, marque pratiquement la fin du protestantisme en Belgique même si Ostende résiste jusqu'en 1604. Le sud des Pays-Bas, embryon de la future Belgique, reste, par la force des armes, sous la tutelle des Habsbourg d'Espagne, avec pour religion d'État le catholicisme tandis que le nord des Pays-Bas constitué de 7 provinces, s'émancipe, proclamant son indépendance d'abord unilatéralement par le décret de déchéance voté en 1581, puis par la proclamation de la République des Provinces Unies en 1588, avant que cette indépendance soit reconnue de jure par le traité de Münster en 1648.
Sous l’effet des persécutions dans la partie sud des Pays-Bas et de la radicalisation de la lutte contre les Espagnols dans la partie nord, la division est aussi religieuse : des villes comme Tournai ou Anvers sont dépeuplées par le départ des huguenots qui rejoignent les Provinces Unies indépendantes qui seront dès lors en grande majorité protestantes et plus particulièrement calvinistes, alors que les 10 provinces méridionales (dont l’Artois, la Flandre, le Hainaut et la Wallonie) qui ont formé l’Union d'Arras ne conservent que la partie catholique ou recatholicisée de leur population.
La dispersion des communautés
thumb|left|Le peintre réformé anversois Jacob Jordaens peint Les quatre évangélistes, entre 1620 et 1625 thumb|right|Le baptême en 1817 de Guillaume III d'Orange en l'église des Augustins de Bruxelles. Lors de la révolution de 1830, plusieurs communautés protestantes perdent leur lieu de culte De violentes persécutions vont entrainer l'exode de plus d'une centaine de milliers de personnes à partir de la fin du , principalement vers les principautés protestantes allemandes, comme le Palatinat ou le Brandebourg, l'Angleterre, les Provinces-Unies et la Suède, mais aussi vers le Nouveau Monde et l'Afrique du Sud. À la suite de ces mouvements de population, d'importantes colonies belges, wallonnes ou flamandes, sont créées à Canterbury, Londres, Francfort, Hanau, Magdebourg et Wesel. Ces réfugiés vont fonder des communautés réformées, contribuer à l'essor économique des pays d'accueil et diffuser des idées calvinistes orthodoxes en Europe. L'histoire des Wallons de Suède est initiée par les industriels liégeois Guillaume de Bèche, Etienne Gérard et Louis De Geer, connu comme le « père de l’industrie suédoise » du fer. À partir de 1620, cinq à dix mille Wallons émigrèrent alors en Suède, travaillant dans l'industrie de l'acier. Aux , l'exercice du culte protestant est réprimé dans les Pays-Bas espagnols. Des « Églises sous la croix », clandestines subsistent cependant, notamment dans le Borinage ou à Maria-Horebeke.
Au , le Traité de la Barrière, signé entre la France de Louis XIV, l'Angleterre et la Hollande en 1713, permet à des garnisons hollandaises de s'installer dans huit villes du sud la Belgique autrichienne pour faire "barrière" à une nouvelle invasion française. Dans ces villes (Charleroi, Furnes, Gand, Menin, Mons, Namur, Tournai et Ypres), des « Églises de la Barrière » sont créées sous la protection des Néerlandais. De nombreux protestants français y venaient clandestinement en passant notamment par Rongy, pour les grandes fêtes chrétiennes ou pour célébrer leur mariage toutes choses interdites en France. Ce système dura jusqu'au , où le traité de Fontainebleau l'abrogea..
Liberté de conscience et de culte La liberté de conscience n'est accordée qu'en 1781 par un édit de tolérance de l'empereur du Saint-Empire Joseph II. Bruxelles, Anvers et Ostende servent temporairement de séjour à des réfugiés protestants chassés par l'échec des mouvements révolutionnaires à Genève en 1782 et en Hollande en 1787.
À partir de la conquête de la Belgique par les armées révolutionnaires française, les lois françaises visant à laïciser la société s'appliquent en Belgique : confiscation et vente des biens de l’Église, constitution civile du clergé, suppression des congrégations religieuses, puis interdiction des manifestations religieuses. À partir de 1801, le régime concordataire français s'applique.
De 1814 à 1830, la Belgique se trouve rattachée au royaume uni des Pays-Bas, sous l’autorité d’un prince protestant, Guillaume , qui réorganise les Églises protestantes et essaie par divers moyens de favoriser leur développement. L'opposition de la hiérarchie catholique à ce pouvoir politique protestant qui contrôle les cultes et l'enseignement jouera un rôle non négligeable dans l’opposition des populations au maintien du royaume des Pays-Bas.