Sainte Marie-Marguerite d'Youville (née Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais) (Varennes, -Montréal, ) est une religieuse catholique, fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal, communément appelées Sœurs Grises et administratrice de l’Hôpital général de Montréal. Elle est la première Canadienne à être canonisée. Les Sœurs de la Charité sont aussi la première communauté religieuse fondée au Canada.

Biographie

Enfance

Fille de François-Christophe Dufrost de Lajemmerais et de Marie-Renée Gaultier de Varennes, Marguerite est née à Varennes, près de Montréal, le . Issue de la noblesse coloniale, son grand-père, René Gaultier de Varennes, avait été gouverneur de Trois-Rivières et son oncle était l'explorateur Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye. Marguerite comptait aussi deux sœurs et trois frères.

Après avoir étudié chez les Ursulines à Québec de 1712 à 1714, elle doit aider sa mère devenue veuveJacques Mathieu, « Charles-Madeleine Youville-Dufrost et sa mère Marguerite d'Youville », dans Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, dir., Vivre la Conquête à travers plus de 25 parcours individuels, tome 1, Québec, Septentrion, 2013, p. 234.. En 1719, sa mère se remarie avec Timothy Sullivan, un chirurgien irlandaisIl a francisé son nom pour Timothée Sylvain. Sanctuaire Sainte Marguerite d'Youville: http://fr.sanctuaireyouville.ca/sainte_marguerite_d_youville/marie_marguerite/vers_montreal.

Le mariage de Marguerite et Louis-Hector Piot de Langloiserie, fils du seigneur de l'Île Sainte-Thérèse, aurait été annulé après que Marie-Renée Gaultier de Varennes ait épousé le médecin Sullivan, roturier de surcroît, qui avait fort mauvaise réputation en Nouvelle-France. La famille de Langloiserie considérait le mariage de la mère de Marguerite comme une mésalliance. Marguerite déménage ensuite avec sa mère et son beau-père Sullivan, dépeint généralement comme un homme violent et ayant marqué son développement, à Montréal en 1721Albertine Ferland Angers, Mère d'Youville. Première fondatrice canadienne, Montréal, Centre Marguerite-d'Youville, 1977 , p. 82..

Mariage et vie de famille L'année suivante, Marguerite épouse François-Madeleine d’Youville (1700-1730) à l'église Première église Notre-Dame le Albertine Ferland-Angers, Mère d'Youville. Première fondatrice canadienne, Montréal, Centre Marguerite d'Youville, 1977, p. 33.. Ils s’installent d'abord chez la mère de François-Madeleine, Madeleine Just, place du Marché. Le couple aura six enfants :

Timothée Youville (1723-1723) Joseph-François Youville de la Découverte (1724-1778), prêtre séculier, desservant à Maskinongé (1747-1749) Ursule Youville (1725-1726) Marie-Louise Youville (1727-1727) Charles-Marie-Magdeleine Youville Dufrost (ou Charles d'Youville Dufrost) (1729-1790), prêtreEn 1759, l'abbé Charles d'Youville Dufrost était curé de la paroisse Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy de la seigneurie de Lauzon (aujourd'hui ville de Lévis), lors de l'invasion des troupes du général James Wolfe dans la région de Québec. Au début du mois de juin, le curé d'Youville Dufrost va se réfugier dans la forêt de Saint-Henri-de-Lévis avec 287 paroissiens, apportant avec lui les registres et certains articles liturgiques de sa paroisse. Il sera finalement capturé avec ses paroissiens et détenu par les troupes du major John Dalling jusqu'en septembre. Pendant ce temps, les registres restent cachés dans un four à chaux, ce qui expliquerait les altérations et les lacunes de cette période. Il est décédé à Boucherville le 17 mars 1790. Il fut aussi le premier biographe de sa mère. Ignace Youville (1731-1731)

Le , François-Madeleine d’Youville meurt subitement. Marguerite se retrouve veuve à 28 ans, enceinte de surcroîtL'enfant voit le jour le 26 février 1731 et décède cinq mois après sa naissance. et avec deux enfants à charge. Pour ajouter à son malheur, son mari lui a laissé une succession grevée par les dettes. Elle choisit d’y renoncer. Pour assurer sa survie et celle de ses enfants, elle tient un commerce au cours des années suivantes, où elle fera montre de ses talents d'administratriceJacques Mathieu, « Charles-Madeleine Youville-Dufrost et sa mère Marguerite d'Youville », dans Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, dir., Vivre la Conquête à travers plus de 25 parcours individuels, tome 1, Québec, Septentrion, 2013, p. 234-235..

Fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal thumb|140px|Mère d'Youville. Musée McCord, vers 1910. Son fils Joseph-François entre au Séminaire de Québec en 1737 et Charles-Marie suit le même chemin en 1742Jacques Mathieu, « Charles-Madeleine Youville-Dufrost et sa mère Marguerite d'Youville », dans Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, dir., Vivre la Conquête à travers plus de 25 parcours individuels, tome 1, Québec, Septentrion, 2013, p. 232.. Marguerite accorde elle aussi une place de plus en plus prépondérante à la religion. À cette époque, elle est dirigée spirituellement par le Sulpicien Louis Normant du FaradonDominique Deslandres, John A. Dickinson et Ollivier Hubert, dir., Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007, Montréal, Fides, 2007, p. 325..

Le , avec Catherine Cusson, Marie-Catherine Demers Dessermont et Marie-Louise Thaumur de La Source, elles décident de consacrer leur vie aux pauvres. Bien qu'elles ne soient encore qu'une association séculière, elles prononcent tout de même des vœux. Les femmes sont toutefois confrontées à de nombreuses difficultés au cours des années suivantes, marquées notamment par les problèmes de santé de Marguerite et l'incendie de la maison où elles logeaient avec leurs pensionnaires, le Jacques Mathieu, « Charles-Madeleine Youville-Dufrost et sa mère Marguerite d'Youville », dans Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, dir., Vivre la Conquête à travers plus de 25 parcours individuels, tome 1, Québec, Septentrion, 2013, p. 235.. Elle trouve conseil et aide auprès du Supérieur Normant du Faradon, qui rédige les « engagements primitifs » de la jeune communauté en 1747.

L'Hôpital général de Montréal À la fin des années 1740, les Frères hospitaliers de la Croix et de Saint-JosephL'hôpital a été fondé en 1694 par François Charon de La Barre. manifestent le désir de se départir de la gestion de l'hôpital général à Montréal, anciennement l'Hôpital général des Frères Charon fondé dans en 1694, rue Saint-Pierre. Les Sulpiciens, qui leur avait jadis cédé le terrain pour l'érection du bâtimentDominique Deslandres, John A. Dickinson et Ollivier Hubert, dir., Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007, Montréal, Fides, 2007, p. 243., tentent de faire en sorte que la direction de l’établissement revienne à Marguerite d’Youville et à sa communauté. Le , une ordonnance lui confie effectivement l'administration de l'Hôpital général de Montréal. Mais c'est un établissement endetté et en mauvais état dont elle hériteDominique Deslandres, John A. Dickinson et Ollivier Hubert, dir., Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007, Montréal, Fides, 2007, p. 326.. Qu'à cela ne tienne, le , elle s’y installe avec six consœurs et veille à réaménager les lieux. Jusque-là réservé aux hommes exclusivement, elle ouvre l'Hôpital aux pauvres des deux sexes, ainsi qu'aux soldats infirmes, aux personnes âgées, aux filles mères, aux enfants trouvés et aux orphelins.

Union avec l'Hôpital général de Québec Trois ans plus tard, le roi fait savoir aux administrateurs coloniaux qu'il souhaite voir diminuer le nombre de nouvelles communautés religieuses au Canada. En , l'intendant François Bigot agit en ce sens et émet une ordonnance révoquant la gestion de l'hôpital par les sœurs grises et unissant l’Hôpital général de Montréal à celui de Québec.

Marguerite d’Youville rédige alors une supplique pour s'opposer à cette décision dans laquelle elle fait état de toutes les améliorations apportées à l'établissement. Elle s’engage également à liquider l'entièreté de la dette des frères Charon (Frères hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, mieux connus sous le nom de frères Charon). Le , mère d'Youville se rend en personne à Québec remettre sa supplique à l'intendant Bigot et à Mgr de Pontbriand. De plus, elle peut compter sur l'appui de Jean Couturier, supérieur de la Compagnie de Saint-Sulpice à Paris, et du Supérieur montréalais Normant Faradon, qui ont tous deux entrepris des démarches auprès de la Cour pour renverser la décision.

Ordonnance révoquée et lettres patentes En 1751, un arrêt du Conseil du roi annule l'ordonnance de Bigot et demande qu'un contrat soit conclu avec Mère d’Youville pour l’administration de l'hôpital. Le , l’intendant rend donc une ordonnance révoquant la fusion des deux hôpitaux généraux et laissant Marguerite d’Youville à la gestion de l'établissement montréalais. Dans un deuxième temps, le contrat, fortement inspiré de la supplique présentée par Mère d’Youville, est établi dans une ordonnance datée du .

La communauté reçoit enfin ses lettres patentes en 1753Datées du 3 juin 1753, elles sont enregistrées au Conseil supérieur le 1er octobre suivant.. Mère d’Youville et ses sœurs deviennent dès lors formellement responsables de l’administration de l’Hôpital général. Appelées Sœurs de la Charité, les professes reçoivent l’habit gris qui leur vaut le nom de sœurs grises. En 1755, confirma la règle établie en 1747 par le père Normant Faradon.

Soigner et nourrir les soldats vignette|L'Hôpital général en 1758 (en bas à gauche à l'extérieur des fortifications). Tandis qu'en France, les dettes de l’hôpital sont réglées en 1756, l'Angleterre déclare la guerre à la France. C'est le début de la guerre de Sept Ans. Au Canada, dès cette année-là, les sœurs grises accueillent des soldats des armées française et britannique. Si, « maintes fois, l'Hôpital général, situé entre les bosquets de la Pointe-Saint-Charles et les remparts de la ville, fut le centre de vives escarmouchesMarcel Trudel, L'église canadienne sous le Régime militaire, 1759-1764, Montréal, Institut d'histoire de l'Amérique française, 1956, vol. 1, p. 351. », Mère d'Youville ne ménage pas son aide. Il lui arrive même de secourir des fugitifs français et anglais, dont un certain Southwork qui rendra la pareille à la communauté en 1760 quand les troupes de Jeffery Amherst viendront prendre Montréal. Pour ajouter au stress vécu par la supérieure, lors du siège de Québec, son fils Charles-Marie-Magdeleine, alors curé à Pointe-Lévy, est fait prisonnier par les Britanniques. Il le restera jusqu'en Jacques Mathieu, « Charles-Madeleine Youville-Dufrost et sa mère Marguerite d'Youville », dans Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, dir., Vivre la Conquête à travers plus de 25 parcours individuels, tome 1, Québec, Septentrion, 2013, p. 233..

Par ailleurs, sous le Régime français, les gardes-magasins du roi leur faisaient effectuer divers travaux de couture, tels que des uniformes. Ce n'est plus le cas avec les Britanniques sous le régime militaire. Mère d'Youville s'en plaint: « L'argent est extrêmement rare et on ne trouve rien à gagner; ces gens-là ne font point travailler et leur Roi encore moins. » Pour assurer le maintien de la Congrégation des Sœurs de la charité, elle peut toutefois compter sur les dons de divers particuliers, sur les revenus de leur ferme à Pointe-Saint-Charles et de leurs terres à ChamblyMarcel Trudel, L'église canadienne sous le Régime militaire, 1759-1764, Montréal, Institut d'histoire de l'Amérique française, 1956, vol. 1, p. 358-359..