Charles Collier, né le à Paris où il est mort le , est un éducateur français, appartenant à l'ordre religieux laïc de vie consacrée des Frères des écoles chrétiennes. Il est aussi connu en religion sous le nom de frère Adolphe-Joseph.
Pendant vingt-deux ans, il a été directeur du pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen.
Biographie
Charles-Adrien Collier naît à Paris, le . Son père, Eugène Collier, petit-fils d'un officier d'Empire, avait épousé, en 1871, Cécile Delivré, fille d'un notaire de Chatou Delivré, maire de Chatou entre 1844 et 1848.. Il grandit dans un milieu de bourgeoisie moyenne et chrétienne ; parmi les amis de son père, le frère Joseph (Jean-Marie Josserand), assistant du supérieur général des Frères des écoles chrétiennes, aura une grande influence sur lui.
En 1880, sa mère meurt, laissant deux enfants en bas âge, Charles, huit ans, et sa sœur Marthe, deux ans.
Des Francs-Bourgeois à Saint-Pierre de Dreux (1879-1889)
En 1879, Charles Collier entre à l'école commerciale des Francs-Bourgeois, où son père avait été élève jusqu'en 1859..
Brillant, il se porte candidat à l’« Académie » de l'école commerciale des Francs-Bourgeois en , en devient titulaire en janvier de l'année suivante.
Les revers de fortune de son père amène le frère Joseph à le faire quitter Paris pour le pensionnat Saint-Pierre de Dreux (Eure-et-Loir), en avril 1887, en pleine année scolaire. Il y obtient son brevet supérieur, son baccalauréat de l'enseignement secondaire spécial et son baccalauréat ès-sciences (latin) en 1889.
Au cours de l'été 1888, il exprime pour la première fois au frère directeur de Saint-Pierre son souhait de devenir frère des écoles chrétiennes.
Professeur à Saint-Pierre de Dreux (1889-1894) gauche|vignette|redresse=0.66|Charles Collier en 1893. En , sur intervention du frère Joseph, Charles Collier devient professeur civil de mathématiques en classe de cinquième au pensionnat Saint-Pierre de Dreux (« Ces fonctions vous permettront, pendant trois ans, jusqu'au service militaire de secourir un peu votre père » lui écrivait le frère Joseph en ).
En 1891, le directeur du pensionnat, frère Adolphe, lui confie le dernier niveau de l'enseignement secondaire spécial ()L'enseignement secondaire spécial, créé par Victor Duruy en 1865, n'était pas un enseignement professionnel mais un enseignement général, plus court — 5 années — que l'enseignement classique ; il était destiné aux élèves dont les familles voulaient les diriger sur l'agriculture, l'industrie et le commerce. En 1882, cet enseignement secondaire spécial était sanctionné par un baccalauréat. Il resta en vigueur jusqu'en 1902.. Cette ascension rapide (Charles Collier n'a que 19 ans !) n'est pas sans susciter quelque émoi dans le corps professoral, avant que sa valeur professionnelle et ses talents d'éducateur ne soient unanimement reconnus.
Charles Collier, novice (1894-1895) thumb|upright=0.5|Charles Collier en 1896. Le , Charles Collier entre à la MaisonLe terme « maison » désigne un établissement sous la responsabilité des Frères des écoles chrétiennes, notamment les écoles ; le terme « communauté » désigne quant à lui un groupe de religieux vivant sous une même règle. du RancherNotre-Dame du Rancher est lieu de formation du district du Mans (subdivision territoriale de l'institut des Frères des écoles chrétiennes de 1853 à 1946 où le district du Mans est rattaché à celui de Rouen. Le district du Mans comprend les départements de la Sarthe, de la Mayenne, de l'Orne, d'Indre-et-Loire, de Loir-et-Cher et d'Eure-et-Loir). à Teloché, près du Mans (Sarthe), pour son noviciat.
Il prend l'habit des Frères des écoles chrétiennes le suivant sous le nom de frère Adolphe-Joseph, en référence à ses deux maîtres, frère Adolphe, directeur du pensionnat Saint-Pierre à Dreux et frère Joseph, ami de la famille et supérieur général des Frères des écoles chrétiennes.
Après un peu plus d'un an de noviciat, le frère Adolphe-Joseph quitte le Rancher pour rejoindre Saint-Pierre à Dreux.
Retour à Dreux (1895-1904) Dès la rentrée, le , le frère Adolphe-Joseph prend en charge les élèves désireux de passer le baccalauréat (5 en 1895-1896). L'insuffisance du corps professoral l'amène à enseigner toutes les disciplines de l'examen : philosophie, histoire, géographie, mathématiques, physique et chimie, histoire naturelle sans oublier la formation religieuse. À l'éclectisme, il ajoute l'innovation en introduisant la géographie humaine enseignée par Jean Brunhes, neveu du supérieur général frère Gabriel-MarieSupérieur général de 1897 à 1913. (Edmond Jean-Antoine Brunhes) ou la présentation, dès 1896, des Rayons X découverts par Röntgen l'année précédente, à ses élèves, tels qu'Adolphe LepapeFutur professeur au Collège de France., Joseph Hackin, Louis Leter ou Georges Blanpain.
Directeur du pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen (1904-1926) La sécularisation et la nomination à Rouen (1904) gauche|vignette|Le pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle en 1900 (d'après négatif sur plaque de verre). Si la loi sur les associations de 1901 avait épargné les écoles lasalliennesLa loi de 1901 stipulait l'interdiction de toute formation de congrégation religieuse non autorisée par une loi et interdisait l'enseignement aux congrégations religieuses non autorisées. Les Frères des écoles chrétiennes, reconnus par décret de l'Université impériale, faisant force de loi, étaient en règle, à l'inverse des autres congrégations enseignantes laïques jusqu'alors uniquement autorisées par décret., la loi du interdit l'enseignement à toute congrégation religieuse. Dès lors, les Frères des écoles chrétiennes ne pouvaient enseigner ès qualités. La même loi prévoyait, en outre, la fermeture des établissements scolaires tenus par les congrégations jusqu'alors autorisées dans un délai de dix ans, à compter du suivant.
En application de la loi, le pensionnat Saint-Pierre de Dreux est fermé quelques semaines plus tard. Frère Adolphe-Joseph s'interroge sur son avenir : les projets envisagés par certains Frères des écoles chrétiennes, tels que l'ouverture d'un centre d'études supérieures à Mouscron (Belgique) sous sa direction (proposition lui en a été faite en ), se heurtent aux avis d'autres favorisant la sécularisation pour maintenir, à tout le moins, le pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle de RouenLe pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle de Rouen est la propriété d'une société civile, la Société anonyme d'éducation chrétienne de la rue Saint-Gervais, légalement constituée. Il pourrait ainsi échapper à la fermeture..
« La sécularisation me répugne » notait frère Adolphe-Joseph en . Pourtant, à la demande de frère Adolphe-Marie (Adolphe Relaut), frère visiteur du district du Mans et de l'assistant du supérieur général, il accepte de quitter ses habits religieux pour reprendre ses habits civils et redevenir ainsi Charles Collier.
Le , Charles Collier se présente au président du conseil d'administration de la Société d'éducation chrétienne de la rue Saint-Gervais, Paul Marc.
L'arrivée de Charles Collier à Rouen ne fut pas sans générer quelques réticences. Le , le conseil d’administration, réuni en séance, accepte « en principe, les offres de Monsieur Charles Collier, charge son Président de faire sur ce candidat le supplément d'enquête nécessaire ». Un mois plus tôt, le même conseil d'administration avait souhaité, à la quasi-unanimité (neuf voix sur dix) que « la Direction du Pensionnat ne soit pas confiée, s'il est possible, à un ancien congréganiste sécularisé ». Le , il avait invité son Président « de bien vouloir insister auprès des Chers Frères résidant encore au Pensionnat, pour qu'ils consentent à anticiper de quinze jours au moins l'exécution de l'arrêt qui les en expulse le afin qu'il n'y ait plus un seul congréganiste dans le pensionnat au plus tard le à l'arrivée du nouveau Directeur et du nouveau personnel laïque enseignant ».
Toutefois, dans son assemblée générale du , la Société anonyme d'éducation chrétienne de la rue Saint-Gervais ratifie la nomination de Charles Collier « en vue de la réouverture pour le du Pensionnat J.B. de La Salle avec un personnel complètement laïque ».
Arrivé à Rouen avec dix autres frères sécularisés de Dreux, dont Louis Leter et Georges Blanpain, Charles Collier se heurte également aux « sécularisés sur place », c'est-à-dire les frères sécularisés du pensionnat lui-même, opposés et mécontents de la nomination des « druides »Nom donné aux personnes originaires du pensionnat Saint-Pierre de Dreux. aux postes de sous-directeur ou de titulaires des classes de baccalauréat (« De mesquines ambitions, assez peu justifiées ; de petites combinaisons, assez maladroites, s'étaient manifestées ou élaborées dans l'ombre... Une sorte de soviet avant la lettre avait nommé, en des réunions clandestines, des titulaires aux principaux postes.... Il se produisit des remous ; le désarroi et le mécontentement sévirent dans les rangs des combinards » écrira Louis Leter, lui-même venu de Dreux avec Charles Collier).
Le redressement (1904-1914) vignette|Classes de Première et Terminale du pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle de Rouen en 1912. Si le pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle a pu rouvrir le , avec 35 enseignants dont 25 frères sécularisés, les sources d'inquiétude sont loin d'être levées. Charles Collier est confronté rapidement à plusieurs problèmes concomitants : la baisse des effectifs, le risque judiciaire, les tensions internes sur la tutelle de district et les rivalités d'origine des élèves.
Alors qu'à la rentrée 1903, l'établissement comptait 420 élèves, les effectifs chutent à 344 élèves en 1904 et 305 en 1905 (encore faut-il souligner l'apport massif constitué par les élèves de Saint-Pierre de Dreux fermé dès ). Progressivement, ceux-ci augmentent au cours des années suivantes pour atteindre 425 aux rentrées de 1910 et 1911, à la grande satisfaction des administrateurs, d'autant qu'à partir de 1910 le recrutement des élèves venant de Dreux s'est tari.
Le , l'établissement est perquisitionné par la police sur commission rogatoire. Charles Collier est inculpé de délit d'ouverture et de direction d'un établissement congréganiste non autorisé et est poursuivi en correctionnelle avec 24 autres professeurs, pour complicité, et Paul Marc, président de la Société anonyme d'éducation chrétienne de la rue Saint-Gervais, pour complicité et pour avoir favorisé l'organisation et le fonctionnement d'un établissement congréganiste. Examinée au tribunal les et , l'affaire est d'abord renvoyée au du fait du projet d'amnistie voté par le SénatNon voté par la Chambre des députés du fait des vacances parlementaires.. Le , conformément à la loi d'amnistie du La loi, promulguée le , accorde l'amnistie pleine et entière aux délits et contraventions prévus par la loi du , du 4 décembre 1902 et du 7 juillet 1904, et commis antérieurement au dépôt du projet de loi (27 juin 1905)., plus aucune charge ne pèse sur les accusés.
gauche|vignette|Le corps professoral du pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle en 1908.